Le chapitre 53 du prophète Ésaïe en vers – Alfred de Montvaillant
19 octobre 2021

Alfred de Montvaillant (1826-1906) était un poète réformé français qui écrivit des fables et des cantiques mais qui, surtout, versifia de nombreux livres de l’Ancien Testament. Il composa aussi une longue collection de poèmes sur les Évangiles et les Actes des apôtres. Nous avons publié l’intégralité de sa versification des Lamentations de Jérémie et vous proposons aujourd’hui une versification du célèbre chapitre 53 du prophète Ésaïe.


1 Les merveilles que nous prêchons qui les croira ?
A qui le bras de Dieu visible apparaîtra ?
2 Comme un vert rejeton et comme une racine,
Qui sort sur un terrain que le soleil calcine,
On le voit qui s’élance et monte vers les cieux.
Il n’a rien cependant qui ravisse les yeux,
Ni dehors imposants, ni rien qui nous attire,
Qui peut plaire aux regards et fait qu’on le désire.
3 Méprisé, rejeté c’est l’homme de douleur,
Il connaît les soucis, la peine et la langueur,
Et nous avons caché notre front en arrière,
Tant à notre mépris nos cœurs donnaient carrière.
4 Mais lui compatissant, a porté nos langueurs,
Il a voulu charger lui-même nos douleurs,
Et le voyant en proie à sa tristesse amère,
Nous disions : c’est du ciel le châtiment sévère.
5 Or il était navré pour nos méchancetés,
Comme il était froissé pour nos iniquités ;
La paix coule pour nous de sa large blessure,
Et notre guérison vient de sa meurtrissure.
6 Détournant du chemin nos pas indifférents,
Ainsi que des brebis nous étions tous errants ;
L’Eternel a voulu par sa puissance auguste,
Qu’il eût le châtiment que méritait l’injuste.
7 On l’interroge et lui tristement étonné
N’a même pas ouvert la bouche, on l’a mené
Comme un docile agneau jusqu’à la boucherie,
Mais il reste muet devant cette furie,
Ainsi que la brebis quand le ciseau la tond,
Par son seul bêlement timidement répond.
8 Condamné, sa personne aux méchants est livrée,
De son supplice affreux qui dira la durée ?
Il subit jusqu’au bout patiemment son sort,
Au milieu de tourments horribles il est mort,
Et de son flanc saignant l’atroce meurtrissure,
Pour les iniquités de son peuple il l’endure.
9 Ces méchants désiraient l’enterrer avec eux,
Mais il a comme un riche un sépulcre pompeux ;
Car il n’avait point fait à personne d’outrage,
Et la fraude jamais n’inspira son langage.
10 Toutefois l’Eternel l’ayant voulu froisser,
Il le mit en langueur pour le mieux éprouver
Mais après qu’il aura racheté nos offenses,
Enfin il recevra le prix de ses souffrances.
Ses enfants s’étendront sur tout le genre humain,
Le bon plaisir de Dieu sera seul dans sa main.
11 Il jouira du fruit du travail de son âme,
Heureux d’avoir partout communiqué sa flamme,
Et par sa connaissance on sera racheté,
Car il se chargera de toute iniquité.
12 Aussi parmi les grands il aura son partage,
Les puissants plus que lui n’auront pas d’avantage,
Car ayant été mis au rang des transgresseurs,
Il aura des méchants éprouvé les fureurs,
Car il aura voulu subir le trépas même,
Pour offrir aux pervers l’éternel diadème.


Illustration en couverture : Antonio Balestra (1666-1740), Le prophète Ésaïe.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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