La prière de Daniel en vers – Alfred de Montvaillant
25 novembre 2021

Alfred de Montvaillant (1826-1906) était un poète réformé français qui écrivit des fables et des cantiques mais qui, surtout, versifia de nombreux livres de l’Ancien Testament. Il composa aussi une longue collection de poèmes sur les Évangiles et les Actes des apôtres. Nous avons publié l’intégralité de sa versification des Lamentations de Jérémie, sa versification des Béatitudes, du célèbre chapitre 53 du prophète Ésaïe et vous proposons aujourd’hui une versification de la prière de Daniel au chapitre 9 du livre du même nom.


1 Darius occupait le trône à Babylone,
C’était l’an où son front avait ceint la couronne.

2 Jérémie ayant dit que nos maux accablants
Devaient avoir leur fin dans soixante et dix ans.

3 Je pris le sac, la cendre et levant ma paupière,
Au Seigneur j’adressai ma fervente prière.

4 Je fis à l’Eternel cette confession :
O redoutable Dieu tu gardes l’union
Et des trésors de grâce à tous ceux qui t’implorent,
Qui pratiquent ta loi, te servent et t’adorent,

5 Et nous avons été pécheurs et transgresseurs,
Rebelles et pervers, endurcissant nos coeurs,
Fils ingrats du Seigneur, pour nous la bonté même,
Nous avons négligé ta volonté suprême

6 Nous avons méconnu les prophètes sacrés
Pour parler en ton nom par toi-même inspirés,
S’adressant à nos rois, à nos chefs, à nos pères,
Alors qu’ils reprochaient au peuple ses misères.

7 Toi seul es juste, ô Dieu, mais notre nation
Doit rester dans la honte et la confusion,
Expier dans l’exil les péchés détestables
Qui firent qu’à tes yeux nous fûmes si coupables.

8 Oui, tous furent pécheurs, les rois, la nation ;
Seigneur, à nous la honte et la confusion :

9 Mais à lui le pardon, les grâces éternelles
Sur des coeurs endurcis à ses ordres rebelles,

10 Qui négligeant de Dieu les constantes faveurs,
N’ont pas même écouté ses plus grands serviteurs ;
Et quand ils nous prêchaient la Vérité suprême.
Ont senti sur leur front tomber notre anathème.

11 O Dieu, tout Israël a transgressé tes lois,
Car il n’a pas voulu même entendre ta voix.
La malédiction par serment annoncée,
S’est à juste raison sur nos fronts déversée,
La malédiction que Moïse lança,
Que contre les pécheurs sa bouche prononça,

12 Et de tant de malheurs les coups prompts et funestes
Ont bien ratifié les paroles célestes,
Car il n’existe pas sous le ciel de douleur
Qui de Jérusalem égale le malheur.

13 Cette calamité ne fit pas de surprise,
Car elle était écrite au livre de Moïse,
Et nous n’avons pas plus imploré l’Eternel
Afin qu’il nous sauvât de ce destin cruel
En lui vouant nos coeurs qui furent si rebelles
Et restant désormais à notre Dieu fidèles.

14 Son oeil étant ouvert sur ceux qui font le mal,
L’Eternel a permis ce malheur sans égal,
Car en tout ce qu’il fait le Tout-puissant est juste,
Et nous avions enfreint son ordonnance auguste.

15 Ton peuple fut par toi de l’Egypte tiré
Et par là tu t’acquis un renom vénéré,
Et nous fumes pécheurs, ingrats et méchants même,
Sans cesse transgressant ta volonté suprême.

16 Seigneur, toi, qui versas tant de grâces sur nous,
De ta Jérusalem détourne ton courroux ;
Et selon ta justice, épargnant son enceinte,
Ne porte pas tes coups sur ta montagne sainte !
Car c’est pour nos péchés et ceux de nos aïeux,
Que nous sommes couverts d’un opprobre odieux.

17 Seigneur, daigne sur nous abaisser ta paupière
Et de ton serviteur exaucer la prière.
Veuille considérer ton temple dévasté,

18 Incline ton oreille, écoute avec bonté !
Seigneur, ouvre les yeux, regarde nos ruines,
La ville au nom formé de syllabes divines.
En t’adressant ainsi nos supplications,
Nous comptons seulement sur tes compassions.

19 Seigneur, exauce-nous, ô Tout-Puissant pardonne !
Seigneur, veille sur nous, soit prompt, agis, ordonne !
Ne tarde pas, mon Dieu, pour l’amour de ton nom
Que porte ta cité réduite à l’abandon !

20 Je parlais, je priais, je confessais ma vie,
Les péchés, d’Israël tenant l’âme asservie.
Et devant l’Eternel dans mes afflictions
Je déposais ainsi mes supplications.


Illustration en couverture : RUBENS Pierre Paul, Daniel dans la fosse aux lions, huile sur toile, National Gallery of Art, Washington, 1614-1616.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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