Des baptêmes — Discipline des Églises réformées de France
15 février 2022

Nous avons déjà présenté l’idée de cette série dans un précédent article : vulgariser le contenu des lois canoniques des Églises réformées de France, que l’on appelle la Discipline. En effet, à Privas en 1612, les pasteurs ont juré de vivre et mourir fidèles non seulement à la confession de foi, mais aussi à ces lois. Outre l’intérêt historique, elles sont aussi un exemple de la manière avec laquelle a été bâtie une Église de dimension nationale fidèle à l’Évangile, et témoignent de la doctrine de l’Église réformée. Cette semaine, nous abordons les lois autour des baptêmes, soit l’entrée dans l’Église.


Des baptêmes

Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le XVIe siècle, le baptême administré par celui qui n’a vocation ni commission aucune est considéré comme nul. Dans le contexte du XVIe siècle, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particulier. Détail amusant: la plupart des gens au début du XVIIe siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle (1607). Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur : c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

Il arrivait que l’on baptisât des juifs, et même des musulmans. La Discipline prescrivait qu’on prît soin de bien les catéchiser. Au synode de Vitré en 1617, on aborde en particulier le cas des maures et autres Infidèles, capturés en Algérie et ramenés en France. Ils étaient baptisés à la hâte par des catholique sans recevoir d’instruction. Plus tard, plusieurs se convertirent à l’Évangile et manifestèrent le désir de rejoindre l’Église réformée. Il y en eut tellement qu’il fallut résoudre la question : faut-il les rebaptiser ? Réponse : Non, on ne les rebaptise pas, même si le procédé est condamné. En revanche, ils recevront une instruction particulière.

Les conversions d’autres religions

Au synode de Charenton 1644 on introduit des formulaires de baptême spécifique aux païens, juifs, mahométans et anabaptistes :

  • Pour les païens, quelques questions sur la Trinité et l’unité de Dieu, puis récitation du credo et explication de l’Évangile à travers le geste du baptême.
  • Pour les juifs, on lui demande de se repentir de la rébellion et de l’endurcissement du juif, de reconnaître le Nouveau Testament, puis que Jésus-Christ est vraiment le Christ et l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament.
  • Pour les mahométans, on leur demande de reconnaître l’inspiration de la Bible (qu’elle n’est donc pas falsifiée), de reconnaître la divinité de Christ, la substitution pénale, de reconnaître que Mahomet a été un indigne imposteur, et que son Alcoran est un ramas sacrilège de songes, pleins d’absurdité et avancés à dessein pour établir une fausse et abominable religion, et enfin que le christianisme est la seule vraie religion.
  • Pour les anabaptistes, on leur demande de confesser la nature humaine du Christ, le pédobaptême, l’origine divine de la magistrature.

Les enfants des catholiques et des excommuniés ne seront reçus au baptême que si les parents laissent aux parrains (fidèles) le soin de l’instruction. Les mêmes dispositions s’appliquent aux enfants des sarrasins, ou Égyptiens (musulmans). Mais cette fois, les parrains doivent assurer non seulement l’instruction mais aussi la subsistance (et donc les enfants doivent vivre dans une famille chrétienne). Les pasteurs doivent s’assurer que cette instruction religieuse est sérieusement possible.

Des parrains et marraines

Les baptêmes se font publiquement, en Église, sauf si c’est impossible par isolement ou persécution.

On reconnaît que l’usage des parrains et marraines ne vient pas des Écritures, mais c’est un bon usage. Aussi il sera encouragé, sans menaces. Il y a cependant les conditions suivantes:

  • Les parrains et marraines ne seront pas catholiques. Celui qui osera les proposer sera passible de censures ecclésiastiques.
  • Pas de marraine seule, il faut un parrain réformé.
  • Aucun parrain étranger à l’assemblée locale ne sera admis sans recommandation de son Église d’origine.
  • Les parrains et marraines doivent être d’un âge suffisant quatorze ans et ayant fait la Cène, et être dûment catéchisés.
  • On ne peut pas être parrain en étant suspendu de Cène.
  • Il faut choisir des parrains et marraines de bonne vie, bien instruits et de « bonne conversation », aptes à bien enseigner l’enfant.
  • Les parrains contractent non seulement l’obligation de le former à la piété, mais aussi de prendre en charge tout l’entretien de l’enfant en cas de nécessité (orphelinat).

Des conditions du baptême

Ceux qui présentent leurs enfants au baptême catholique seront âprement censurés, comme consentant à l’idolâtrie nous dit l’article 13. Dans le cas des pères réformés mariés à des femmes catholiques, il leur est interdit de présenter leurs enfants au baptême catholique.

Petit clin d’œil à un certain candidat à l’élection présidentielle ; l’article 14 exige que les prénoms soient chrétiens :

Touchant les noms qui sont imposés aux enfants, les ministres rejetteront autant qu’il sera possible et expédient ceux qui reflètent du vieux paganisme. Et pareillement, n’imposeront aux dits enfants les noms attribués à Dieu dans l’Écriture, comme Emmanuel et autres. Et au reste, les Pères et parrains seront admonestés de prendre les noms approuvés en l’Écriture Sainte, autant que faire se pourra. Que s’ils ont affection à quelques autres, on ne pourra les recevoir, les susdits exceptés : et ceux qui signifient quelque chose d’indécent.

Peut-on imposer deux noms à un enfant ? Le synode de Saumur (1596) dit que c’est indifférent, mais on exhortera les parrains à la simplicité.

Le baptême doit se faire en toute révérence. Par conséquence, il se fera avant la clôture du culte.

Retarder le baptême des enfants est censuré.

De l’enregistrement des baptêmes

Les baptêmes seront soigneusement enregistrés dans les Églises locales. Pour les enfants illégitimes, on enregistrera la parentèle autant que possible, sauf en cas d’inceste, afin d’en effacer la mémoire. Si ce n’est pas possible, on enregistrera la mère seule et les parrains. Dans tous les cas, l’illégitimité sera signalée par une mention marginale « né hors mariage »

Je conclus cet article sur un petit aperçu de la théologie de la famille réformée : Au synode de Vitré (1583), on se posa la question des enfants illégitimes : doit-on quand même utiliser la formule engendré de père et mère que tu as appelés en ton Église ? Réponse : Oui, car ce n’est pas seulement le parent direct, mais aussi mille générations avant qui « comptent », et que la faute des parents n’empêche pas l’appartenance à l’Alliance.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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