Le Petit catéchisme de Cracovie (1557)
30 mars 2022

Parmi les nombreux textes confessionnels qu’a produits la Réforme, certains sont particulièrement longs et détaillés : on pense aux Soixante-sept thèses réformatrices de Zwingli, à l’Apologie de la confession d’Augsbourg de Mélanchthon, à la Confession helvétique postérieure de Bullinger, à la Confession de foi de Westminster. D’autres ont le mérite de la brièveté, comme le Petit catéchisme de Luther ou, dans une moindre mesure, la Confession des Églises des Pays-Bas (Belgica) de Guy de Brès. Le Petit catéchisme de Cracovie a quant à lui toutes les chances d’être le plus court de la Réforme réformée.

Ouvrage anonyme, sa date de première impression est elle aussi inconnue ; on en trouve mention dans nos sources historiques pour la première fois à l’occasion d’un consistoire, à Pińczów (région de la Sainte-Croix), le 6 juillet 1557. Ce catéchisme a pu être écrit par Jan Łaski, qui était rentré en Pologne en décembre 1556 ; il était déjà l’auteur de deux catéchismes, un Grand catéchisme et un Petit catéchisme, appelé couramment Catéchisme d’Emden, lesquels ont connu nombreuses rééditions, en latin et surtout en traduction néerlandaise. Le Petit catéchisme de Cracovie n’en est pas moins une œuvre entièrement originale, imprimée dès 1557 ou au plus tard en 1558, et réimprimée plusieurs fois dans les années qui suivent, sous divers noms. Le catéchisme compte alors trente-deux questions ; à partir de 1568, il sera réécrit avec des réponses un peu plus détaillées et une douzaine de questions supplémentaires. De nombreuses versions, qui en dérivent toutes clairement, circuleront à partir des différents centres religieux protestants de la République des Deux-Nations. Dans le Grand-duché de Lituanie, il se diffuse à partir de 1581 en polonais et de 1653 en lituanien (catéchisme dit de Kėdainiai).

Page de titre du Petit catéchisme de Cracovie dans la version augmentée de 1584 (bibliothèque universitaire de Bâle).

À l’époque contemporaine, la forme longue (avec les ajouts de 1568) de ce catéchisme a été réimprimée en 1859 (éd. Antoni Sozański) ; la forme originale, la plus courte, vient d’être rééditée en 2021, par les éditions MW (des initiales du célèbre imprimeur réformé Maciej Wirzbięta, 1523-1605). La maison d’édition a été refondée en 2017 sous les auspices de l’Église presbytérienne du Christ sauveur de Cracovie. L’édition présente le facsimilé d’un exemplaire du XVIe siècle, la transcription du texte en vieux polonais et une traduction en polonais moderne. Pour plus de commodité, l’édition de 2021 ajoute la numérotation des questions, la division des questions en sept petits chapitres, et un ou deux versets en complément à la plupart des réponses du catéchisme ; nous les reprenons avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

C’est cette version courte originale que nous vous présentons, pour la première fois dans une langue occidentale.

Réédition du Catéchisme de Cracovie dans sa version courte originale (2021).

Première partie : Dieu et l’homme

Q1. Puisque toute notre sagesse chrétienne repose sur notre connaissance de Dieu1 et de nous-mêmes, je [te] demande : qui es-tu ?

→ Je suis un homme, une créature de Dieu raisonnable, créée par Dieu à son image2.

Q2. Dans quel but Dieu t’a-t-il créé homme ?

→ Pour que je le connaisse, que je le loue, que je l’aime, et que je vive éternellement avec lui dans son amour3.

Q3. Où pouvons-nous apprendre à connaître Dieu ?

→ Dans les saintes Écritures des prophètes et des apôtres4.

Q4. Sais-tu quelque chose au sujet de Dieu à partir des saintes Écritures des prophètes et des apôtres ?

→ Je sais que Dieu est un ; Dieu le Père, avec le Fils et le Saint-Esprit5.

Deuxième partie : la sainte foi chrétienne

Q5. Connais-tu le Seigneur ?

→ Je le connais6.

Q6. Comment le connais-tu ?

→ Par la foi7.

Q7. Et d’où tires-tu cette foi ?

→ De l’écoute de la parole de Dieu8.

Q8. De quelle foi es-tu ?

→ Je suis un homme de la sainte foi chrétienne9.

Q9. Pour quelle raison es-tu un homme de la sainte foi chrétienne ?

→ Car je crois au Seigneur Jésus-Christ et je suis baptisé en son nom10.

Troisième partie : le Christ

Q10. Qui est le Seigneur, le Christ ?

→ Il est le fils du Dieu vivant, qui est venu au monde du Père et s’est fait homme. Le Christ est de telle sorte vraiment Dieu et homme11.

Q11. Pourquoi est-il devenu homme, alors qu’il était toujours Dieu digne de louange ?

→ À cause de l’homme pécheur, séparé de Dieu, pour que nous ayons Dieu qui demeure avec nous, le salut et la vie éternelle12.

Q12. Dis-moi d’où tu sais cela.

→ Les prophètes ont écrit à ce sujet, quand ils ont appelé le Messie Emmanuel et Jahvé, c’est-à-dire le Dieu juste. Mais le Christ lui-même, par ses paroles et ses œuvres a aussi daigné en témoigner suffisamment au monde13.

Quatrième partie : la loi de Dieu

Q13. Que doit savoir un homme chrétien ?

→ Quatre choses.
Tout d’abord, les commandements de Dieu.
Deuxièmement, la confession de la sainte foi chrétienne.
Troisièmement, la prière du Seigneur.
Quatrièmement, les sacrements, c’est-à-dire le saint baptême et la Sainte-Cène du Seigneur.

Q14. Énonce les commandements de Dieu.

→ Alors Dieu prononça toutes ces paroles, en disant :

Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
1. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.
2. Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.
3. Tu ne prendras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain.
4. Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes ; car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié.
5. Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne.
6. Tu ne tueras point.
7. Tu ne commettras point d’adultère.
8. Tu ne déroberas point.
9. Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
10. Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.

Ex 20,1-1714.

Q15. Comment se divisent ces commandements de Dieu ?

→ En deux parties. Il y en a quatre sur la première table qui concernent le Seigneur Dieu lui-même. Et le Christ les a formulés en ces mots :

Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.

Mt 22,37

Il y en a six sur la deuxième table qui concernent notre prochain. Et le Christ les a formulés en ces mots :

Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Mt 22,39

Q16. Peux-tu accomplir ces commandements de Dieu ?

→ Je ne le peux pas15.

Cinquième partie : confession de foi

Q17. Pourquoi dois-tu connaître la loi de Dieu, si tu ne peux pas être sauvé par elle ?

→ Pour que je connaisse la déchéance de ma nature et ma tendance au mal, et que je recherche la rémission des péchés et la justification dans notre Seigneur Jésus-Christ ; puis, après avoir reçu l’Esprit saint, pour que je vive pour le Seigneur Dieu en nouveauté de vie et dans l’obéissance à la loi inscrite dans mon cœur16.

Q18. Comment donc peux-tu être sauvé ?

→ Par la foi17.

Q19. Confesse donc cette foi.

  1. Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.
  2. Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,
  3. qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie,
  4. a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ;
  5. le troisième jour il est ressuscité des morts,
  6. il est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
  7. il viendra de là juger les vivants et les morts.
  8. Je crois en l’Esprit Saint,
  9. la sainte Église chrétienne, la communion des saints,
  10. la rémission des péchés,
  11. la résurrection de la chair,
  12. et la vie éternelle. Amen.

Q20. Comment se divise la confession de foi ?

→ La première partie concerne Dieu le Père, et traite de la création, à savoir :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

La deuxième concerne le Fils de Dieu, et traite de notre rédemption et de notre justification, à savoir :

Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, il viendra de là juger les vivants et les morts.

La troisième concerne l’Esprit saint, à savoir :

Je crois en l’Esprit saint.

La quatrième traite de la sainte Église et des bienfaits dont Dieu l’a dotée, à savoir :

[Je crois] la sainte Église chrétienne, la communion des saints,la rémission des péchés, la résurrection de la chair, et la vie éternelle. Amen.

Q21. Sens-tu dans ton cœur que tu as une foi parfaite ?

→ Je sens que je ne l’ai pas18.

Q22. Comment peux-tu donc y venir et trouver en elle un soutien ?

→ Par l’écoute de la parole de Dieu, la prière à Dieu et les sacrements institués par le Christ19.

Sixième partie : la prière

Q23. Comment pries-tu le Seigneur Dieu ?

→ Comme nous l’a enseigné le Christ20:

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous induis pas en tentation mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles.
Amen.

Q24. En combien de parties la prière du Seigneur se divise-t-elle ?

→ En deux parties. Elle contient en effet six demandes. Les trois premières sont à la louange de Dieu, à savoir :

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Et les trois autres servent à l’Église de Dieu, à savoir :

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous induis pas en tentation mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles.
Amen.

Q25. Pourquoi appelles-tu Dieu Père ?

→ Parce qu’il nous a pris comme ses fils dans notre Seigneur Jésus-Christ, en nous donnant un esprit d’adoption21.

Septième partie : les sacrements

Q26. Par quels sacrements confirmons-nous notre foi ?

→ Par le saint baptême et la Sainte-Cène du Seigneur22.

Q27. Qu’est-ce que le baptême ?

→ Le baptême est le lavage dans l’eau de la nouvelle naissance et de la purification23 spirituelle dans le sang du Fils de Dieu, l’accueil par Dieu le Père dans la communion de son Fils bien-aimé, par l’intermédiaire du Saint-Esprit24.

Q28. Qui a institué le saint baptême ?

→ Notre Seigneur Jésus-Christ, comme en témoigne saint Matthieu dans le dernier chapitre de son Évangile, où il dit :

Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

Mt 28,18-2025.

Q29. Les enfants des chrétiens doivent-ils être baptisés, sachant qu’ils n’ont pas la foi qui vient de l’écoute de l’Évangile ?

→ Ils doivent être baptisés, car le Seigneur Dieu n’a pas reçu dans son Royaume seulement nous, les adultes, mais aussi les petits enfants, selon la promesse :

en vertu de laquelle [alliance] je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi.

Gn 17,7.

Selon cette promesse les enfants des chrétiens, au lieu d’être circoncis, doivent être baptisés26.

Q30. Qu’est-ce que le repas du Seigneur ?

→ C’est la participation commune au corps et au sang du Christ avec les signes visibles du pain et du vin, dans lesquels le Christ nous offre la vie éternelle, à nous qu’il a rachetés par sa mort, dans son corps livré pour nous et dans son sang versé pour nous27.

Q31. Qui a institué le repas du Seigneur ?

→ Notre Seigneur Jésus-Christ, comme en témoignent les saints Évangélistes et saint Paul, qui écrit au chapitre 11 de la première épître aux Corinthiens :

Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.

1 Co 11,23-25.

Q32. Quelle est l’utilité du repas du Seigneur ?

→ Celui qui a été agrégé au Christ et est né de nouveau renouvelle et confirme par sa participation au repas du Seigneur sa communion au Christ, en le remerciant pour les bienfaits de la Nouvelle Alliance, et en reconnaissant qu’il nous offre la vie éternelle, à nous qu’il a rachetés par sa mort, dans son corps livré pour nous et dans son sang versé pour nous. Amen28.


Illustration de couverture : Ludwik Krafft, La place du marché, huile sur toile, 1850-1859 (Cracovie, musée national).

  1. Le texte polonais utilise surtout Pan Bóg « le Seigneur Dieu », parfois aussi Pan « le Seigneur » et Bóg « Dieu ». Nous traduisons occasionnellement (ici par exemple) Pan Bóg simplement par « le Seigneur » ou « Dieu » ; de même Pan Chrystus « le Seigneur Christ » est rendu le plus souvent par « le Christ ».[]
  2. Gn 1,27.[]
  3. Rm 11,36.[]
  4. Jn 20,30-31.[]
  5. 1 Jn 5,7.[]
  6. Jn 17,3.[]
  7. Ac 16,31.[]
  8. Rm 10,17.[]
  9. 1 Co 12,13, 27.[]
  10. Ga 3,27.[]
  11. Col 2,9.[]
  12. Hé 2,9.[]
  13. Hé 1,1-2.[]
  14. Cf. aussi Mt 5,17.[]
  15. Rm 7,21.[]
  16. Rm 3,20.[]
  17. Ga 3,11.[]
  18. Ép 2,8.[]
  19. Ac 2,42, 47.[]
  20. Lc 11,1.[]
  21. Rm 8,15.[]
  22. Ac 2,38-39 ; 1 Co 11,24-25.[]
  23. Le texte polonais utilise un seul et même mot, omycie, que nous traduisons par « lavage » et « purification ». Omycie désigne l’action de mouiller soit par le haut, soit de tous côtés.[]
  24. Tt 3,5.[]
  25. Cf. aussi Mc 16,15-16.[]
  26. Col 2,11-14.[]
  27. Mt 26,26-28.[]
  28. 1 Co 10,16.[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

1 Commentaire

  1. Alain Houisse

    Bravo pour ce travail. En Europe occidentale nous connaissons très mal ,voir pas du tout, la Réforme en Pologne-Lituanie. L’Unitarisme s’y est aussi développé, mais c’est une autre histoire…

    Réponse

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