Apprendre à raisonner (20) : Les erreurs de langage (erreurs informelles, 1)
23 avril 2022

Cet article est le vingtième d’une série consacrée à la logique classique (ou aristotélicienne, c’est-à-dire développée par Aristote). Dans le dix-neuvième, j’ai donné la liste complète des erreurs informelles (ou sophismes de mots : les erreurs qui portent sur l’utilisation des mots). Dans cet article, je présenterai les erreurs de langage, un premier type d’erreurs informelles basées sur l’ambiguïté des termes. Comme d’habitude, je reprendrai largement le contenu du livre de Peter Kreeft, Socratic Logic des pages 69 à 79 et de celui de Bruno Couillaud, Raisonner en vérité, des pages 452 à 460.


Nous commençons ici notre voyage à la découverte des erreurs informelles. Il en existe différents types. À partir de maintenant, nous traiterons un type d’erreurs informelles par article.

Pour rappel, les erreurs informelles consistent à mal utiliser ou mal comprendre les termes (ou les mots). Par conséquent, les erreurs matérielles sont des erreurs qu’on fait dans la compréhension des termes, dans la première opération de l’esprit. Nous étudions ici les erreurs de langages. comme leur nom l’indique sont commises lorsque nous utilisons mal les mots d’une langue :

I. L’équivocité (ou homonymie) d’un terme
II. L’amphibologie (ou amphibolie) d’une expression
III. L’accentuation
IV. Biaiser le débat
(utiliser des mots biaisés, omettre des informations importantes)
V. Les slogans

VI. L’hyperbole (ou exagération)
VII. L’épouvantail
(ou homme de paille ou encore caricature)
VIII. La figure du mot

Quand ce sera possible, nous donnerons pour chaque erreur une définition, une explication, la méthode pour la corriger et des exemples. Dans l’explication, nous donnerons entre autres deux causes de l’erreur que Couillaud appelle cause d’apparence et cause d’erreur. Dans un argument fallacieux1, la cause d’apparence est ce qui nous fait croire à tort que l’erreur est vraie et la cause d’erreur ce qui nous trompe, ce qui fait que le raisonnement (le sophisme) est faux.

I. L’équivoque

Définition

L’équivoque consiste à utiliser le même mot dans deux ou plusieurs sens différents2 au cours d’un même raisonnement. Elle est aussi appelée équivocité, homonymie ou encore sophisme de l’équivoque. Cette erreur tient ce nom du fait qu’un mot est équivoque3 s’il est utilisé dans deux ou plusieurs sens différents sans rapport les uns avec les autres.

Explication

Le sophisme provient de ce qu’un nom unique signifie plusieurs choses qui n’ont pas même nature voire des natures et des définitions opposées.4

Dit autrement, il y a une erreur à cause d’un mot ambigu (cause d’apparence) qui peut prendre plusieurs sens (cause d’erreur).

Les causes de confusion de l’équivoque

Comment corriger ou éviter l’erreur

  1. Identifier le mot qui est utilisé dans plusieurs sens dans le raisonnement (la cause d’apparence), en gros trouver ce qui crée la confusion.
  2. Identifier les deux différents sens du mot trouvé juste avant (la cause d’erreur) en leur associant deux mots ou expressions différents.

En gros, il faut bien définir ses termes ou demander à son interlocuteur de bien le faire.

Exemples

  1. Seuls les hommes sont doués d’intelligence (par opposition aux plantes, aux animaux). Or les femmes ne sont pas des hommes. Donc les femmes ne sont pas douées d’intelligence.
    Erreur : le mot « homme » (c’est la cause d’apparence) est utilisé deux fois mais à chaque fois dans un sens différent5, d’abord dans un sens large (l’être humain) puis dans un sens plus étroit (les individus de sexe masculin).
  2. Platon est un grand philosophe. Or Platon est un mot de deux syllabes. Donc un mot de deux syllabes est un grand philosophe6.
    Erreur : le mot Platon (c’est la cause d’apparence) est utilisé deux fois mais à chaque fois dans un sens différent, d’abord pour désigner le philosophe puis le terme à deux syllabes qui le désigne (c’est la cause d’erreur : le philosophe homme Platon et le mot Platon en toutes lettres ne sont pas la même chose)
  3. L’âme est immortelle. Or les brutes ont une âme. Donc les brutes sont immortelles7.
    Erreur : le mot « âme » est la cause d’apparence, ses deux sens possibles (âme rationnelle propre à l’homme et âme sensitive propre à l’animal) la cause d’erreur.
  4. « Quelle est la plus haute forme de vie animale ? — La girafe. »
    Erreur : celui qui répond à la question comprend l’expression la plus haute dans le mauvais sens, pour celui qui pose la question, la plus haute signifie « la meilleure » (sens métaphorique) alors que pour celui qui y répond, cela signifie « la plus haute physiquement » (sens littéral).

II. L’amphibologie

Définition

L’amphibologie consiste à utiliser une expression ou une phrase qui peut avoir plusieurs sens différents8. Elle est aussi appelée amphibolie. Le préfixe amphi– vient du grec et signifie « double », comme dans amphibien (un animal qui peut aller à la fois dans l’eau et sur la terre).

Explication

Une expression peut être prise en plusieurs sens en raison d’une construction identique signifiant deux choses […] Le sophisme par amphibolie est une erreur qui provient de ce qu’une phrase, tout en restant la même, a plusieurs significations9.

Dit autrement, il y a une erreur parce qu’une même expression ou une même phrase ambiguë (cause d’apparence) peut prendre plusieurs sens (cause d’erreur).

Les causes de confusion de l’amphibologie

On peut remarquer que l’ambiguïté de l’argument ne vient plus d’un mot mais eurs d’accentuation qui repose sur quelque chose de plus complexe qu’un mot : une expression ou une phrase.

Comment corriger ou éviter l’erreur

  1. Identifier le mot qui est utilisée dans plusieurs sens dans le raisonnement (la cause d’apparence), en gros trouver ce qui crée la confusion.
  2. Identifier les deux différents sens du mot trouvé juste avant (la f) en leur associant deux mots ou expressions différents.

Exemples

  1. Le livre d’Aristote
    Problème : on ne sait pas si c’est le livre écrit par Aristote ou le livre qui appartient à Aristote (qu’il a dans sa bibliothèque)
  2. La crainte de l’ennemi retarda le combat.
    Problème : on ne sait pas qui a peur de qui.

III. L’accentuation

Définition

L’accentuation (linguistiquement, on parlerait plus justement d’intonation ou de prosodie) consiste à prononcer un mot ou une phrase de manière ambiguë (sur un ton suggestif, moqueur, ironique ou sarcastique).

Explication

L’accent, c’est la manière de prononcer un mot. Le sophisme de l’accent est donc une erreur qui provient de ce qu’un mot, avec une prononciation différente, présente des significations différentes10.

Dit autrement, il y a une erreur parce qu’un même mot ou une même phrase (cause d’apparence) peut avoir plusieurs sens différents en fonction de la manière de les prononcer (cause d’erreur).

Les causes de confusion de l’accentuation

Comment corriger ou éviter l’erreur

  1. Identifier le mot ou la phrase dans le raisonnement qui peut être prononcée de plusieurs différentes et avoir plusieurs sens en fonction de cette prononciation (la cause d’apparence), en gros trouver ce qui crée la confusion.
  2. Identifier les différentes manières de prononcer le mot ou la phrase trouvée juste avant (la cause d’erreur) en leur associant de sens différents. Puis faire le bon choix.

Exemples

A. Des erreurs d’accentuation qui reposent sur l’homonymie de mots (le fait qu’ils se prononcent de la même manière) :
  1. La cloche résonne (ou raisonne) plus ou moins bien donc il faut lui apprendre la logique.
    Problème : On peut comprendre la phrase soit avec le mot résonne, soit avec raisonne, qui sont homophones, ce qui change complètement le sens de phrase.
  2. Les délits sont punis ou (ou où) ils sont commis.
    Problème : On peut comprendre la phrase soit avec la conjonction ou, soit avec le pronom (c’est la cause d’erreur) qui sont homophones (c’est la cause d’apparence), ce qui change complètement le sens de phrase.
B. Des erreurs d’accentuations qui reposent sur les différentes manières de prononcer un mot (notamment dans une phrase) :
  1. C’est un bon journaliste (sous-entendu : mais pas un bon médecin).
    Problème : si on met l’accent sur journaliste, le sens de la phrase change.
  2. Il y a cinq manières de prononcer cette phrase (cinq mots sur lesquels on peut insister, qu’on peut prononcer plus fort) : « Aujourd’hui, j’ai choisi de ne pas courir. » (Mais demain peut-être que oui)
    « Aujourd’hui, j’ai choisi de ne pas courir. » (mais peut-être que lui – quelqu’un d’autre – court)
    « Aujourd’hui, j’ai choisi de ne pas courir. » (mais on peut me forcer)
    « Aujourd’hui, j’ai choisi de ne pas courir. » (aucune ambigüité possible)
    « Aujourd’hui, j’ai choisi de ne pas courir. » (mais on peut m’engager)
    Problème : il y a une seule phrase (c’est la cause d’apparence) mais plusieurs manières de la dire (d’accentuer les mots qui sont dedans) et donc plusieurs sens possibles (c’est la cause d’erreur).
  3. De même avec celle-ci :
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (personne à part toi ne le sait)
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (mais les autres si)
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (tu penses qu’on a besoin de le faire)
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (c’est optionnel)
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (mais nous devrions la connaître)
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (OK pour les demi-vérités)
    « Tu sais, nous n’avons pas à dire toute la vérité. » (il vaut mieux être évasif)
    On a le même problème.

IV. Biaiser le débat

Définition

La présentation biaisée11 consiste à donner une affirmation ou une description biaisée en faveur de sa position (et au détriment des autres) sans justification12.

Au lieu de prouver que la chose décrite (dans la description) est bonne ou mauvaise, on présuppose déjà qu’elle est bonne ou mauvaise dans la manière de la décrire. Elle est :

  1. Une forme d’équivoque : elle contient un ou plusieurs mots qui ont deux sens, a) au moins un mot qui dénote (désigne un concept) et b) qui a une connotation (qui n’est pas neutre mais affirme déjà si la chose est bonne ou mauvaise).
  2. Une forme de pétition de principe : car à cause de sa connotation, elle suppose déjà que la chose débattue est bonne ou mauvaise. Nous le verrons plus tard mais une pétition de principe consiste à supposer ce qu’on cherche justement à prouver.

Explication

On trouve beaucoup ce genre de sophismes dans la propagande dans les régimes totalitaires ou autoritaires.

La présentation biaisée existe aussi sous une forme négative : omettre des informations cruciales au débat. Par exemple, lors d’une élection, un journal peut donner beaucoup plus de couverture à un parti précis, omettre le parti adverse et lors d’un scandale du premier, faire l’inverse.

Une autre forme de présentation biaisée est l’euphémisme. Par exemple, quand on appelle un génocide « solution finale au problème juif » ou les massacres de civils durant une guerre « des dommages collatéraux ».

Pourquoi la présentation biaisée est mauvaise ?

Tout simplement parce que c’est une manière peu charitable et irrespectueuse de dialoguer avec notre interlocuteur (que ce soit notre famille, nos amis, nos collègues, nos camarades de classe ou des inconnus). De plus, de telles expressions chargées d’émotions détournent les gens de ce qui est important : utiliser leur intelligence (et non pas leurs émotions) pour évaluer les avis ou les arguments (si déjà il y en a) qu’on leur donne.

Comment corriger ou éviter l’erreur

  1. Dans cette description, il faut détecter les mots péjoratifs, « négatifs » (ils peuvent être des insultes), c’est-à-dire qui dénigrent ou ridiculisent la position adverse.
  2. Il faut aussi vérifier si l’auteur n’aurait pas pu les remplacer par des mots plus neutres ou au moins plus charitables.
  3. Il faut regarder si l’auteur de cette description a justifié pourquoi il a raison d’utiliser ces mots et si ses arguments sont honnêtes et corrects.

Exemples

  1. Si l’on se situe dans le débat sur l’IVG : « Êtes-vous Pro-choice ou Anti-choice ? » ou « Êtes-vous Pro-life ou Anti-life ? »
    Problème : Les deux questions sont biaisées en faveur d’une position. La première favorise les personnes pour l’IVG et dénigre ceux qui sont contre13 comme s’ils refusaient à la femme tout libre-arbitre et la voyait comme une femme soumise (au sens négatif) aux hommes sans avoir son mot à dire sur quoi que ce soit. La deuxième favorise les personnes contre l’IVG comme si la vie n’était pas importante au regard de toutes les personnes pour l’avortement et qu’elles étaient cruelles. Au final, il vaut donc mieux opposer les « Pro-life » aux « Pro-choice » pour être le plus neutre possible.
  2. La religion est démodée : elle empêche l’humanité de progresser.
    Problème : dans cette phrase est un argument pour prouver que la religion empêche le progrès humain, « démodée » est ici le mot négatif pour se moquer de la religion, le problème c’est qu’il est choisi sans justification et qu’on aurait en plus pu utiliser un mot plus neutre comme « traditionnel » ou « ancienne ».
  3. « Antivax vs Provax »
    Problème : ici le mot négatif est « antivax », il est mal choisi car il ridiculise sans raison ceux qui désapprouvent les vaccins issus des nouvelles technologies en faisant croire qu’ils sont tous forcément contre ces vaccins précis dans tous absolument tous les cas (même pour les personnes à risque) et/ou contre tous les types de vaccins sans exception (ici compris ceux qui utilisent des méthodes dites traditionnelles). De même pour les sobriquets « Anti-pass » et « Pro-pass » qui sont aussi ambigüs, réducteurs (très peu nuancés et/ou trompeurs. Par exemple, il ne donne pas de place pour les gens qui sont ouverts à un pass pour les événements ponctuels qui réunissent un grand nombre de personnes mais contre sa généralisation récente à des lieux de la vie quotidienne (hôpitaux, restaurants, écoles, entreprises, cinémas).

V. Les slogans

Définition

Les slogans en soi ne sont pas un problème mais il y a un problème quand on les utilise comme des arguments (comme s’ils suffisaient à justifier une thèse). Je dirai qu’il y a souvent un argument implicite dans les slogans mais qu’il faut l’expliciter et le détailler. En résumé, ne pas se contenter de slogans mais aller plus loin en présentant des arguments développés pour les défendre.

Comment corriger ou éviter l’erreur

  1. Détecter s’il y a un argument implicite derrière le slogan.
  2. S’il y en a un, l’identifier et demander pourquoi il est bon (pourquoi ses prémisses sont vraies, etc.)

Exemples

1. « Pourquoi êtes-vous pro-choix ? » « Chaque femme a le droit d’être libre »
2. « Pourquoi êtes-vous pro-vie ? » « Un enfant, pas de choix. »
3. « Pourquoi votez-vous pour ce candidat ? » « Parce que je crois en le progrès humain. »
4. Comme avant : antivax, provax, anti-pass, pro-pass, souvent le débat (ou au moins la discussion) s’arrête malheureusement à ces slogans, des insultes, des propos hautains et méprisants, et reste superficiel.

VI. L’hyperbole

Définition

Hyperbole veut dire la même chose qu’exagération. Elle consiste à exagérer des faits, c’est une forme de déformation.

Explication

Il y a erreur parce qu’on fait dire à une personne ce qu’elle n’a pas dit et on réfute donc une position qui n’est pas la sienne.

Comment corriger ou éviter l’erreur

Trouver l’exagération et l’expliquer, tout simplement.

Exemples

  1. « Tu dois ranger ta chambre — Ah, tu veux que je devienne ton esclave ! »
  2. « Tu devrais arrêter de boire autant. — Tu n’arrêtes pas de me harceler. »
  3. « Tu ne peux pas aller en soirée comme tu es encore trop jeune. — Ma vie n’a pas de sens, je suis comme un prisonnier en prison enfermé par ma mère. »
  4. « Beaucoup de gens seront bientôt au chômage car des chercheurs viennent de prouver que l’intelligence artificielle peut résumer des livres aussi vite qu’un homme. » (source)

VII. L’épouvantail

Définition

L’épouvantail (ou homme de paille, anglicisme à éviter) consiste à déformer l’argument (ou sa conclusion) d’un adversaire en le rendant faible, stupide ou ridicule, à le réfuter puis d’affirmer à tort d’avoir son réfuté argument (ou sa conclusion). En pratique, on change une ou plusieurs propositions (des prémisses et/ou la conclusion) de l’argument de l’adversaire. Il en existe différentes versions.

Explication

L’erreur est au fond la même que la précédente (l’hyperbole ou exagération) : on s’attaque à un argument (ou un adversaire) plus faible (voire qui n’a plus aucun rapport) que le vrai argument (ou le vrai adversaire), qui lui, est généralement plus raisonnable et équilibré. En gros, on ne s’attaque même pas à son argument mais à « un ennemi imaginaire ». C’est comme si on croyait avoir touché quelqu’un avec un pistolet alors qu’en fait, on a tiré dans le vide.

Comment corriger ou éviter l’erreur

Faire ce que faisaient tout le temps les philosophes du Moyen Âge (les scolastiques) :

  1. Formuler avec ses propres mots de la manière la plus fidèle possible la position et les arguments défendus par son adversaire. Cette étape est nécessaire pour être sûr de comprendre ce que dit l’adversaire et de ne pas déformer ses propos.
  2. Si possible14, faire vérifier cette reformulation à l’adversaire pour qu’il affirme qu’elle est exacte, qu’elle décrit bien sa position et ses arguments.
  3. S’attaquer alors à ce qui est, normalement, le « vrai » argument.

Exemples

  1. « Tu devrais ranger ta chambre ! — Je l’ai déjà fait le mois dernier, je ne vais quand même pas le faire tous les jours ! »
    Problème : la proposition « range ta chambre » a été changée en « range ta chambre tous les jours ». (source : Wikipedia)
  2. « Vous ne voulez pas mettre au point ce programme de construction de porte-avions ; je ne comprends pas pourquoi vous voulez laisser notre pays sans défense. »
    Problème : la proposition « je suis contre la construction d’un porte-avions » a été détournée en « je suis contre la défense de mon pays », argument beaucoup plus facile à mettre en défaut. (source : Wikipédia)

VIII. La figure du mot

Définition

La figure du mot consiste à confondre deux mots ou expressions qui se ressemblent beaucoup.

Explication

Cette erreur est très proche de l’équivoque (et de l’amphibologie) sauf qu’elle porte sur l’utilisation de mots qui se ressemblent mais qui ne sont pas identiques (exactement les mêmes) alors que l’autre ne prend en compte qu’un seul et même mot (ou expression/phrase identique).

L’aspect ou figure du mot, c’est la ressemblance extérieure d’un mot avec un autre et l’erreur provient de ce qu’un mot semblable à un autre paraît avoir le même mode de signifier15, alors qu’il ne l’a pas. Dans ce sophisme, il n’y a pas multiplicité véritable, mais imaginaire, car un mot ne signifie pas plusieurs choses en vérité, mais a un seul mode de signifier, et paraît en avoir un autre16.

En résumé, à peu près comme pour l’équivoque, la cause d’apparence est la ressemblance d’un mot avec un autre et la cause d’erreur le fait qu’ils ont un sens différent.

Les causes de confusion de la figure du mot

Comment corriger ou éviter l’erreur

La même méthode que pour l’équivoque et l’amphibologie.

Exemples

  1. Paul se porte bien donc il peut porter moins lourd que lui.
    Problème : porter et se porter se ressemblent et il n’y a pourtant pas d’équivoque (c’est le cause d’apparence) mais ils n’ont pas le même sens (c’est la cause d’erreur), porter est utilisé au sens littéral (soulever quelque chose de physique) alors que se porter bien veut dire aller bien.

Illustration : Éducation d’Alexandre par Aristote, gravure de Charles Laplante, publiée dans le livre de Louis Figuier, Vie des savants illustres – Savants de l’antiquité (tome 1), Paris, 1866, pages 134-135.

  1. Un faux argument, un argument incorrect.[]
  2. Autrement dit, pour reprendre la différence entre mot/terme et concept d’un article précédent, on utilise dans ce sophisme un même mot pour désigner deux ou plusieurs concepts différents.[]
  3. Il est plus correct de dire utilisé de manière équivoque.[]
  4. COUILLAUD, Bruno, Raisonner en vérité, Paris ; Perpignan : Desclée de Brouwer, 2014, [1ère éd. 2003] p. 452.[]
  5. À chaque fois, le mot homme ne représente pas le même concept. Il renvoie d’abord au concept d’être humain, puis au concept du genre masculin.[]
  6. ROBERT, Arthur, Leçons de logique, Québec : L’Action sociale limitée, 1915, [1re éd. 1914], p. 66.[]
  7. Ibid.[]
  8. On utilise souvent cette caractéristique pour créer des phrases ironiques[]
  9. COUILLAUD, Bruno, Raisonner en vérité, op. cit., p. 453.[]
  10. COUILLAUD, Bruno, Raisonner en vérité, op. cit., p. 456.[]
  11. Traduit de l’anglais slanting.[]
  12. « Logical Fallacies 101: Slanting », Southern Evangelical Seminary[]
  13. Il faut juste être conscient que chez la plupart des conservateurs, personne n’est contre l’IVG dans absolument tous les cas sans exception. Beaucoup l’acceptent dans le cas où la vie de la mère enceinte est en danger.[]
  14. Si possible parce que par exemple, Thomas d’Aquin n’avait aucun moyen de communiquer avec Averroès à cause de la distance géographique, ni avec Avicenne ou Platon qui étaient déjà décédés.[]
  15. La même signification, le même sens[]
  16. COUILLAUD, Bruno, Raisonner en vérité, p. 458.[]

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

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