La Pâque comme passage — Jean Mestrezat
24 avril 2022

Jean Mestrezat (1592-1657), né dans une grande famille de Genève, est un des plus célèbres prédicateurs de la France de l’édit de Nantes. Étudiant puis professeur à l’académie de Saumur, il devient pasteur à Paris (et prêche à Charenton) après un stage sous la direction de Pierre du Moulin. Il a laissé de nombreux traités et sermons, ces derniers étant disponibles sur le site dvarim.fr1. Le sermon suivant est extrait du recueil Vingt sermons sur divers textes de l’Écriture et n’est pas daté. Comme à notre habitude, nous le présentons dans un français légèrement modernisé (y compris les citations bibliques qui en sont partie intégrante).

Le sermon peut aussi être lu en version originale dans l’édition d’époque (facsimilé au format PDF, à télécharger ici).

Étant donné la longueur du sermon, nous le publions en deux parties.


Alors il leur dit, j’ai grandement désiré manger cet agneau de Pâque avec vous avant que je souffre ; car je vous dis que je n’en mangerai plus jusqu’à ce qu’il soit accompli au royaume de Dieu.

Luc 22,15-16.

Exorde

Jésus-Christ notre Seigneur disait qu’Abraham avait tressailli de joie de voir ce jour-là, et qu’il l’avait vu et s’en était réjoui2.

Or si on a eu jadis de la joie à projeter sa vue à travers les ombres et les figures sur la vérité qui devait être manifestée dans les derniers temps, il n’y a pas moins de plaisir à l’âme chrétienne de tourner maintenant la vue en arrière, sur les ombres passées, et de les regarder par la lumière de la vérité qu’on a obtenue. Et comme souvent, bien qu’une personne soit présente, nous prenons plaisir à jeter un œil à son portrait et à contempler la parfaite image qu’un tableau nous en donne, aussi est-ce un singulier plaisir pour l’âme fidèle de contempler Jésus-Christ sur les portraits que Dieu donnait dans l’Ancien Testament de cette vérité. Ce n’est en effet pas un petit argument de la foi chrétienne que ce rapport excellent des ombres et figures anciennes à ce qui est advenu sous le Nouveau Testament : il n’y a que la sagesse éternelle et divine qui ait pu crayonner et portraire aux yeux des hommes une chose qui ne devoit advenir que plusieurs siècles après.

Or nous avons cet avantage sur les anciens fidèles que c’était confusément et avec beaucoup d’obscurité qu’ils regardaient au travers des ombres la vérité future ; mais maintenantn nous regardons en arrière les figures anciennes avec grande lumière, parce que nous avons la vérité présente dont les rayons illuminent les choses anciennes et font voir les traits les plus cachés ; dont aussi Jésus-Christ dit que le moindre au royaume des cieux, c’est-à-dire, en l’état de vérité accomplie, est plus grand que n’a été Jean-Baptiste3, quoique Jean-Baptiste ait été le plus grand de tous ceux qui étaient nés de femmes dans les siècles précédents, comme ayant vu de plus près et plus clairement qu’eux les mystères de Dieu.

Maintenant donc, mes frères, dans la lumière du royaume des cieux, contemplons par la face de Jésus-Christ la face de Moïse rayonnante, le voile étant ôté qui la couvrait jadis4, et regardons la gloire que l’Église ancienne n’était pas capable de voir.

C’est à quoi nous invite cette journée que nous appellons la Pâque, du nom de l’ancienne figure, et dont l’occasion nous est présente au texte que nous venons de vous lire, où Jésus-Christ expose le grand désir qu’il a eu de ce célébrer la Pâque avec ses disciples avant de souffrir, et montre que cette cérémonie devait avoir son accomplissement au royaume de Dieu.

Ce n’est pas que nous voulions vous arrêter à décrire toutes les correspondances5 de l’Agneau avec Jésus-Christ ; cela vous a été souvent présenté, et nous estimons la chose vous être commune ; mais nous voulons vous entretenir au sujet du passage dont cet agneau était le Sacrement, et par cela élever vos esprits à la contemplation des merveilles de la grâce de Dieu en l’Évangile, en vous présentant comment, de degré en degré, la Pâque ancienne a dû recevoir son accomplissement jusqu’à ce que vînt ce degré dont Jésus-Christ parle, par lequel elle sera accomplie au royaume de Dieu ; d’où ensuite paraîtra la raison du grand désir que Jésus-Christ a eu de célébrer la Pâque suivant ces mots :

J’ai grandement désiré manger cet agneau de Pâque avec vous avant que je souffre ; car je vous dis que je n’en mangerai plus jusqu’à ce qu’il soit accompli au royaume de Dieu.

Ce sont les propos que Jésus-Christ tint s’étant mis à table avec les Douze pour célébrer la Pâque. Nous y considérerons deux points :

  • L’accomplissement de la Pâque en tant que passage.
  • L’accomplissement de la Pâque en tant que festin6.

Ouvrez, fidèles, les yeux de vos intelligences pour regarder par les choses passées les présentes et les futures, et par les choses légales et terrestres les mystiques et célestes, afin qu’encore aujourd’hui, sous l’Évangile, et finalement au royaume des cieux, vous célébriez la vraie Pâque du Seigneur.

Le temple de Charenton, où prêchait Mestrezat, au XVIIe siècle.

Premier point : l’accomplissement de la Pâque en tant que passage

Vous savez tous ce qu’était jadis la Pâque : une cérémonie lors de laquelle, chaque année, le père de famille en Israël, ayant tué un agneau, le mangeait avec des pains sans levain et des herbes amères en la compagnie de toute sa famille ; et cela en souvenir de ce que, lorsque l’Ange destructeur passa par l’Égypte pour y tuer tous les premiers-nés, un agneau fut occis en chaque famille par leurs Pères. Les portes des maisons étant marquées de son sang, l’Ange voyant ce sang épargna leurs premiers-nés et passa par dessus leurs maisons sans les frapper. Cette cérémonie donc se pratiquait parce que Dieu avait dit : Ce jour-là vous sera en mémorial, vous le célébrerez comme une fête solennelle à l’Éternel en vos âges7.

La Pâque traverse toute l’Écriture

Or, pour comprendre l’accomplissement de la Pâque, il ne nous suffit pas de considérer uniformément que tout ce qu’il y avait de cérémonies dans l’Ancien Testament étaient ombres et figures dont nous avons le corps en Jésus-Christ, comme le dit l’Apôtre au chapitre 2 de l’épître aux Colossiens8, et que, comme en parle l’Apôtre au chapitre 10 de l’épître aux Hébreux, la loi avait l’ombre des biens à venir, mais non pas la vive image des choses9. Mais de plus, comme Jésus-Christ dans notre extrait étend cet accomplissement jusqu’au royaume de Dieu, il faut savoir que Dieu, soit en instituant son service, soit en donnant les promesses de sa grâce, a dès le commencement regardé l’état de son Église comme un tout, et a assemblé ses divers âges et siècles comme s’ils n’eussent été qu’un même temps ; de telle sorte qu’une seule chose sera le tableau de tout l’état de l’Église jusqu’en l’éternité, et une même prédiction, promesse ou figure comprendra toute la condition de l’Église du commencement jusqu’à la fin, et contiendra avec les commencements de son état sous la Loi les suites de celui-ci sous l’Évangile, et l’accomplissement dans les siècles des siècles.

Cette manière d’agir était digne de Dieu, vu que toutes choses lui sont présentes et que les siècles que les créatures passent avec tant de longueur sont devant lui comme un moment, selon que dit saint Pierre, que mille ans sont comme un jour devant le Seigneur10.

Secondement, cela était convenable aux choses, car toutes choses ici-bas passent légèrement, et tout ce qui est des siècles de l’Église et de son séjour au monde n’aura été que comme un moment en comparaison de la félicité qui durera à jamais ; et de fait, quelques milliers d’années sur le total de l’éternité ne sont rien. Outre que tout ce qui arrive à l’Église ici-bas, et tout ce qu’elle a à y célébrer et pratiquer ne sont que des moyens en vue de sa félicité éternelle. Or il est raisonnable que les moyens soient proposés conformément à leur fin et à leur but ; il a été convenable que les cérémonies que Dieu a instituées en son Église et les promesses qu’il lui a données regardent l’éternelle félicité.

En troisième lieu, cette manière d’agir était convenable pour remédier à nos infirmités, car nous démembrons et séparons continuellement par nos défiances et par notre impatience ce qu’il faut conjoindre. Pendant que nous souffrons ici-bas, nous regardons la félicité comme chose éloignée ; Dieu donc, dans les figures et les prédictions qu’il donne à son Église, rend la félicité comme visible, et nous la propose avec ce qui se passe ici-bas, en un même tableau, afin que nous l’ayons sous nos yeux comme présente. Il faut que nous vous en donnions des preuves, soit dans des prédictions, soit dans des cérémonies, d’après lesquelles vous verrez clairement l’accomplissement de la Pâque au royaume des cieux.

L’accomplissement de la Pâque à venir

Quant aux prophéties, prenez par exemple celle que vous avez au chapitre 8 du livre d’Ésaïe. Le peuple qui cheminait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et ceux qui habitaient au pays d’ombre de mort, la lumière a resplendi sur eux11. Cette prédiction portait d’abord sur la délivrance de Babylone, en tant que le peuple d’Israël qui y serait comme en ténèbres et en ombre de mort, verrait la lumière de l’admirable providence de Dieu, qui le délivrerait de sa captivité et le rétablirait en Judée. Secondement, cette prédiction parlait ensuite des ténèbres spirituelles du vice et du péché qui devaient être dissipées par l’avènement du Messie et la prédication de l’Évangile, comme saint Matthieu parlant de Jésus-Christ, lorsqu’il prêcha au-delà du Jourdain, dans la Galilée des Gentils, dit que ce fut afin que fût accompli ce dont avait été parlé par Ésaïe le prophète disant : Le peuple qui gisait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et à ceux qui gisaient dans l’ombre de la mort, la lumière leur est levée12. Et en troisième lieu cette prédiction concerne le temps de la résurrection glorieuse, lorsque les fidèles sortants des sépulcres et des ténèbres de mrot où leurs corps avaient été gisants, verront la grande lumière du royaume de Dieu, au sujet de laquelle il est dit : Dieu nous a rendus capables de participer à l’héritage des saints en la lumière13. Ainsi, une seule promesse que ceux qui étaient dans les ténèbres verraient une grande lumière comprenait tout le temps et tout l’état de l’Église jusqu’à la fin.

De même, la prédiction d’une résurrection en Ésaïe 26 et la vision relatée au chapitre 37 d’Ézéchiel (à savoir une campagne couverte d’ossements de morts, sur lesquels l’esprit de Dieu vint, de sorte qu’ils reprirent et leur chair et leur vie, et se tinrent sur pieds) avaient divers degrés d’accomplissement, car premièrement cela concernait la délivrance de Babylone comme il est expliqué au même chapitre : Fils de l’homme, dit le Seigneur, ces os sont toute la maison d’Israël, voici ils disent : Nos os sont devenus secs et notre attente est perdue ; c’en est fait de nous ; prophétise pourtant et dis-leur, ainsi a dit le Seigneur éternel, voici je m’en vais ouvrir vos sépulcres, et je vous ferai rentrer en terre d’Israël14. Secondement, cela concernait la résurrection spirituelle des hommes par la prédication de l’Évangile, dont Jésus-Christ disait : En vérité je vous dis que l’heure vient et est déjà, où les morts entendront la voix du fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront15. À raison de quoi l’apôtre saint Paul dit au chapitre 5 de l’épître aux Éphésiens : Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi des morts, et Jésus-Christ t’illuminera16, comme de fait la régénération que nous obtenons ici-bas est exposée par une résurrection. Et en troisième lieu cela concernait la résurrection de l’Église par la délivrance qu’elle obtiendra de la seconde Babylone, lorsque la plénitude des Gentils sera entrée et les Juifs convertis, comme l’Apôtre au chapitre 11 de l’épître aux Romains appelle cet état vie d’entre les morts17, et au chapitre 20 de l’Apocalypse il est parlé d’une première résurrection18. Et en quatrième lieu, cette vision d’Ézéchiel promet la dernière et proprement dite résurrection du dernier jour, comme l’entier et total accomplissement de la vision et prophétie.

Venons-en aux figures et cérémonies, et vous verrez de même que leur accomplissement va de degré en degré jusque dans les cieux en l’éternité. Par exemple, voys voyez dans la Loi que Dieu y ordonne les fêtes et sabbats, c’est-à-dire, des temps de repos et de joie, à savoir de sept jours l’un, de sept ans l’un, et au bout de sept semaines d’années, c’est-à-dire tous les cinquante ans, l’année du grand repos et du grand jubilé, où liberté entière était donnée aux captifs et prisonniers et chacun prenait possession de son héritage. Le premier degré s’obtient par l’Évangile qui, sanctifiant nos âmes, fait cesser en nous les agitations du vieil homme et les œuvres serviles du péché ; imprimant en nous les sentiments d’amour de Dieu, il fait cesser les terreurs de la conscience et produit en nos cœurs le royaume de Dieu en justice, paix et joie par le Saint-Esprit. Et si jadis au jubilé était annoncée la liberté aux esclaves et captifs, il nous est annoncé par l’Évangile que nous avons rédemption par le sang de Jésus-Christ, rémission des péchés selon les richesses de la grâce de Dieu, et que la loi de l’Esprit de vie qui est en Jésus-Christ nous affranchit de la loi de péché et de mort. À raison de quoi Jésus-Christ rapporte l’accomplissement du jubilé à son avènement et à la prédication de l’Évangile ; car étant entré dans une synagogue à Nazareth (comme il est dit au chapitre 4 de l’évangile selon saint Luc), où le livre du prophète Isaïe19 lui fut donné, étant tombé sur le passage où il est écrit : l’Esprit du Seigneur est sur moi car il m’a oint, il m’a envoyé pour évangéliser les pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur froissé, pour envoyer la délivrance aux captifs, pour publier la délivrance aux oppressés, et publier l’an agréable du Seigneur, c’est-à-dire, l’année du jubilé, Il dit : aujourd’hui cette écriture est accomplie, à l’heure où vous l’entendez20. Mais je dis qu’il faut encore aller plus avant, car notre repos ici-bas est imparfait : nous sommes agités intérieurement par les convoitises qui guerroient contre l’âme, et extérieurement par les tribulations ; et nos corps jusqu’au dernier jour demeurent captifs de la mort. Et partant, non seulement nous attendons le grand accomplissement du jubilé au jour de la résurrection bienheureuse, lorsque la mort et le sépulcre rendront leurs captifs et que l’entière liberté sera publiée pour entrer en l’héritage de Canaan en joie et liesse éternelle. Et comme le premier degré de l’accomplissement du son des trompettes par lequel était annoncé le jubilé est en la prédication de l’Évangile, dont il est dit au chapitre 10 de l’épître aux Romains que le son est allé par toute la terre21, aussi le second et dernier degré d’accomplissement est dans les trompettes des anges qui sonneront au jour de la résurrection glorieuse, selon que dit l’Apôtre au chapitre 4 de la première épître aux Thessaloniciens : Le Seigneur lui-même avec cri d’exhortation et voix d’archange ,et avec la trompette de Dieu descendra du ciel22. Et au chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens : En un moment et en un clin d’œil à la dernière trompette (car la trompette sonnera) les morts ressusciteront. Ainsi voyez-vous, mes frères, la grande étendue des figures anciennes et l’admirable sagesse23 de Dieu dans les divers degrés de leur accomplissement24.

Francisco Collantes, Vision de la Vallée des ossements desséchés, huile sur toile, 1630 (musée du Prado, Madrid).

C’est sur ce pied qu’il nous faut maintenant considérer l’accomplissement de la Pâque pour y découvrir les mystères de la sagesse de Dieu à la consolation de nos âmes.

La Pâque doit être considérée à deux égards : au passage qu’elle commémorait, et au festin qui s’y faisait.

Le triple passage de la Pâque

Quant au premier, nous prenons pour fondement de notre propos et pour base des consolations évangéliques contenues dans cette figure, que cet agneau était appelé Pâque, c’est-à-dire passage, à cause de trois passages dont il était le mémorial : premièrement, d’un passage de la rigueur et de la mort, l’ange ayant eu à passer par l’Égypte à la destruction de tous les premiers-nés. Secondement, un passage de saveur, et de la mort à la vie, au regard des enfants d’Israël et de leurs aînés, l’ange passant par-dessus leurs maisons sans les frapper. Et en troisième lieu, le passage qu’allaient faire les enfants d’Israël d’Égypte en terre promise, qui était un passage de la servitude à la liberté, et de la misère à la félicité.

Premièrement donc, que la Pâque signifiât un passage de rigueur, il appert des versets 11 et 12 du chapitre 12 de l’Exode, où Dieu après avoir récité la cérémonie de laquelle on devait manger l’agneau, ajoute : C’est le passage de l’Éternel, car je passerai cette nuit-là par le pays d’Égypte et frapperai tout premier-né au pays d’Égypte depuis les hommes jusqu’aux bêtes. Quant au second passage qui était un passage de faveur et d’exception, que la Pâque aussi le signifiait, il appert du verset 13 du même chapitre, où Dieu dit : Le sang de l’agneau vous sera pour signe sur les maisons dans lesquelles vous serez, car je verrai le sang et passerai par-dessus au-dessus de vous, et il n’y aura point de plaie contre vous quand je frapperai le pays d’Égypte. Et au verset 23 : L’Éternel verra le sang de l’agneau sur le linteau et les deux poteaux, et l’Éternel passera par-dessus la porte et ne permettra point que le destructeur entre dans vos maisons pour frapper. Et quant au troisième passage qui était de l’Égypte à la terre promise, un passage de la servitude à la liberté, et de la misère à la félicité, il appert que la Pâque en était aussi le signe et le mémorial, du verset 18 où il y a : Vous prendrez garde aux pains sans levain, car en ce propre jour-là j’aurai retiré vos bandes du pays d’Égypte, vous observerez ce jour-là en vos âges par ordonnance perpétuelle. Et vous remarquerez que les pains sans levain qu’on devait manger à la Pâque étaient un mauvais pain, pour représenter le passage que le Seigneur avait fait faire à son peuple des misères et des afflictions de l’Égypte à la félicité de la terre de Canaan ; comme au chapitre 16 du Deutéronome, Moïse dit : Tu ne mangeras point de pain levé avec la Pâque, tu mangeras avec elle pendant sept jours des pains sans levain, pains d’affliction, d’autant que tu es sorti en hâte du pays d’Égypte, afin que tu te souviennes tous les jours de ta vie que du es sorti du pays d’Égypte25. Aussi, à l’occasion de ce passage, Dieu avait commandé qu’on mangeât la Pâque en état de voyageurs, comme il y a au chapitre 12 du livre de l’Exode, verset 11 : Vous mangerez ainsi la Pâque : vos reins seront troussés, vous souliers en vos pieds, et votre bâton en votre main, et vous le mangerez à la hâte : c’est le passage de l’Éternel.

Ceci étant posé, je dis que l’accomplissement de ces passages doit être considéré en quatre choses, et comme en quatre temps et quatre degrés, comme suit :

  • Dans la croix et mort de Jésus-Christ ;
  • Secondement, dans la vie du fidèle par la prédication de l’Évangile.
  • Troisièmement, dans notre mort ;
  • Finalement, dans la résurrection glorieuse.

Premier degré : Jésus-Christ est notre Pâque

Je dis dans la mort et la croix de Jésus-Christ, et nous avons à y remarquer premièrement un passage de rigueur au regard de Jésus-Christ, lequel était figuré tant par le premier-né qui avait à mourir pour ses frères, que par l’agneau qui fut effectivement immolé. Je dis par le premier-né en tant qu’il avait à souffrir, car pourquoi, je vous prie, Dieu choisissait-il d’entre plusieurs frères, et de toute une famille, le seul premier-né pour être frappé du glaive de sa vengeance ? Était-ce que le reste des frères et de la famille fut innocent, ou que le premier-né fut plus coupable que les autres ? Nullement. Quelle raison donc y avait-il en cela ? Je réponds qu’il y avait la raison du mystère, Dieu voulant montrer que de toute la famille qu’il se choisirait d’entre les hommes, et d’un corps d’enfant qu’il adopterait, il ferait passer la peine des péchés sur un seul, à savoir sur le premier-né. Car étant nécessaire que la justice de Dieu soit satisfaite, sa sagesse a accordé sa miséricorde avec sa justice, en transférant la punition de plusieurs sur un seul, sur un qui fût de telle dignité que sa souffrance fût suffisante satisfaction pour tous, comme l’excellence et la dignité du premier-né était type et figure de l’éminence et dignité du Médiateur. Ce mystère est montré dans les Écritures, quand le Médiateur nous y appelle ses frères, et quand en Israël il fallut que tout premier-né en fuite de ce qui s’était passé en Égypte fût consacré à Dieu ; Dieu se consacrant les familles de son peuple en la personne du premier-né, pour montrer qu’il nous consacrait à soi en ce premier-né dont nous parlons ; et plus particulièrement, ce mystère est (il me semble) exposé en Hébreux 2, où l’Apôtre dit : Il était convenable que celui par lequel et pour lequel sont toutes choses, puisqu’il amenait plusieurs enfants à la gloire, consacrât le prince ou chef de leur salut par des afflictions ; car et celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un, raison pour laquelle il n’a pas honte de les appeller ses frères26. Ensuite, l’Apôtre dit que, puisque les enfants que Dieu voulait amener à la gloire avaient participé à la chair et au sang, celui-là aussi, pour être leur premier-né, y a participé, afin que par sa mort il détruisît celui qui avait l’empire sur la mort, à savoir le diable, et délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie assujettis à la servitude27. L’Apôtre pense manifestement ici à l’histoire de l’Égypte.

De plus l’agneau, qui en effet fut occis, a été type et figure de Jésus-Christ, comme le dit l’Apôtre en 1 Corinthiens 5 : Notre Pâque, à savoir Christ, a été sacrifiée pour nous28; l’Égypte où l’Ange destructeur a à passer est l’univers. Le glaive des vengeances divines y passe, ou sur les hommes, ou sur Jésus-Christ qui est l’agneau. Méditez donc ici ce passage de l’ire et de la rigueur de Dieu sur Jésus-Christ à l’encontre du péché, que donne à voir Ésaïe, disant : Il a porté nos langueurs et s’est chargé de nos douleurs, et quant à nous, nous avons estimé que, lui étant ainsi frappé, il était battu et affligé par Dieu : mais il était navré pour nos forfaits et froissé pour nos iniquités ; l’amende qui nous apporte la paix est sur lui29. Pour les Israélites en Égypte, la victime était un agneau ; ici, pécheurs, la victime est le propre fils de Dieu, afin que vous remarquiez la graveté du péché, car combien est-il horrible aux yeux de Dieu qu’il ait fallu une telle hostie pour l’expier ! Ici, fidèles, que les ardeurs du feu auxquelles devait jadis être rôti l’agneau vous soient l’image des ardeurs de l’ire de Dieu que Jésus-Christ notre agneau a portées pour nous, comme l’Apôtre l’exprime sommairement au chapitre 4 de l’épître aux Galates, quand il dit : Christ a été fait malédiction pour nous30, et comme Jésus-Christ le montra lorsqu’il sua des grumeaux de sang et cria que son âme était en angoisse jusqu’à la mort31. Ainsi vous voyez de combien la Pâque chrétienne surmonte la judaïque et ancienne, puisqu’en la judaïque on ne voyait que le sang d’un agneau arrêter le glaive de l’ange destructeur ; mais en la nôtre, on sait qu’il était impossible que le sang des agneaux, des taureaux et des boucs ôtât les péchés, et qu’il fallait une victime divine. En notre Pâque, nous entendons Jésus-Christ dire à son Père : Tu n’as point pris plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, tu m’as approprié un corps, me voici venu pour faire, ô Dieu, ta volonté, par laquelle, dit l’Apôtre, nous sommes sanctifiés, c’est-à-dire par l’oblation une seule fois faite du corps de Jésus-Christ32. De sorte qu’au sacrement de la Pâque chrétienne aussi, c’est-à-dire à la Sainte-Cène, Jésus-Christ, au lieu de montrer les victimes anciennes, montre par du pain qu’il rompt son propre corps donné et rompu pour nous.

Or, de ce premier passage de rigueur en la Pâque, vous en voyez sourdre un de saveur et de grâce pour nous. Comme nous avons considéré la justice et la sévérité de Dieu, admirons donc maintenant son immense charité : en Égypte, chaque père de famille livrait un agneau, mais pour son enfant, voire pour son aîné, pour son bien-aimé. En la Pâque chrétienne, Dieu livre son propre fils pour des chétives créatures, voire pour ses ennemis ; saint Paul, ravi d’admiration pour cela, dit au chapitre 5 de l’épître aux Romains : Dieu certifie complètement sa dilection envers nous en ce que lorsque nous n’étions que pécheurs, Christ est mort pour nous ; et saint Jean, en ceci est la charité, non point que nous ayons aimé Dieu, mais en ce qui lui nous a aimés, et a envoyé son fils pour être propitiation pour nos péchés. Et Jésus-Christ lui-même en est ravi en admiration, disant Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait la vie éternelle33.

Or comme jadis les personnes auxquelles les peines de l’agneau procuraient la délivrance en Égypte étaient les aînés de chaque famille d’Israël, vous trouverez que pour cette raison, les élus et fidèles sont appelés les premiers-nés, comme au chapitre 12 de l’épître aux Hébreux : Vous êtes venus à la montagne de Sion, à la cité du Dieu vivant, à la Jérusalem céleste, aux milliers d’anges, et à l’assemblée et Église des premiers-nés, qui sont écrits dans les cieux34. Cela est une allusion manifeste à la Pâque d’Égypte : et comme en fuite les premiers-nés durent être consacrés à Dieu, il appert que ce qu’étaient les aînés d’Israël au regard du reste du peuple, cela, nous le sommes au regard du reste des hommes, étant au milieu d’eux dédiés et consacrés à Dieu. C’est pourquoi Jacob, figure des fidèles, dut avoir le droit d’aînesse sur Ésaü : droit d’aînesse par lequel nous avons la double portion comme avaient les aînés, puisque nous avions les grâces du Saint-Esprit, et l’héritage de la terre et des cieux, à savoir des nouveaux cieux et de la nouvelle terre où habite la justice. Nous avons aussi, comme les aînés de jadis, la seigneurie et domination, selon qu’il est dit au psaume 49 : les hommes droits domineront sur les mondains au matin, c’est-à-dire, au jour de la résurrection glorieuse35. Bref, nous avons la sacrificature qui appartenait jadis aux aînés, car nous sommes la sacrificature royale, et un royaume de sacrificateurs pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ36. Et voilà quant au premier degré de l’accomplissement de la Pâque.

Deuxième degré : la vie chrétienne est une Pâque

Le second degré de son accomplissement est dans la vie du fidèle, par la prédication de l’Évangile. À la Pâque ancienne, il y eut un passage de la mort à la vie qui concernait les aînés ; de la servitude à la liberté, en ce qui concernait l’ensemble du peuple, et de la misère d’Égypte à la félicité de Canaan. C’est ce qui s’accomplit par la prédication de l’Évangile : nous y passons de la mort à la vie, de la servitude du péché à la liberté des enfants de Dieu, et en somme de l’Égypte, c’est-à-dire de l’état de perdition, à l’Église de Dieu et communion des saints par la régénération.

Car sachez que, quand l’Écriture sainte nous parle de passer de la mort à la vie, elle fait allusion au passage de la Pâque : parce que le Nouveau Testament est plein d’allusion aux figures anciennes, et vous pouvez en juger au chapitre 13 de saint Jean où, sur le sujet de la Pâque, l’Évangéliste parle du passage que Jésus-Christ avait à faire de ce monde au Père : Avant la fête de Pâque, dit l’Évangéliste, Jésus-Christ sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, comme ainsi fut, etc.37 Pourquoi l’Évangéliste parle-t-il du passage que Jésus-Christ avait à faire de ce monde au Père sur la mention qu’il fait de la Pâque, sinon pour nous montrer ce qu’elle signifiait ? Voyez donc, mes frères, votre Pâque en esprit et en vérité, en ce que dit Jésus-Christ en saint Jean 5 : En vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne subira point de condamnation, mais est passé de la mort à la vie38; et saint Jean, au chapitre 3 de sa première épître : En ce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie39. Quant au passage que faisait le peuple d’Israël de la servitude à la liberté, l’Apôtre vous en montre l’accomplissement par l’Évangile, quand il dit, en Romains 6 : Grâces à Dieu que vous avez été esclaves du péché, mais vous avez obéi de cœur à la forme expresse de doctrine à laquelle vous avez été attirés, et étant affranchis du péché et faits esclaves à Dieu, vous avez votre fruit en sanctification, et pour fin la vie éternelle40. Bref, pour le passage d’Égypte en Canaan, voyez en vérité ce que dit l’Apôtre au chapitre 12 de l’épître aux Hébreux. Vous êtes venus à la montagne de Sion, à la cité du Dieu vivant, aux milliers d’anges, à l’assemblée et Église des premiers-nés dont les noms sont écrits au ciel41. Et pour vous montrer le rapport de la Pâque ancienne à ce passage, n’est-il pas vrai que l’Apôtre (1 Corinthiens 10) compare notre baptême avec le passage par la Mer rouge, par lequel les Israélites sortirent d’Égypte pour s’acheminer en Canaan42?

Tout le temps donc, mes frères, de notre vie ici-bas est notre Pâque, et tout l’Évangile ne consiste qu’à nous faire faire ce passage de la mort à la vie, du péché à la justice, de la servitude à la liberté spirituelle ; la foi en Jésus-Christ fait ce grand passage-là ; et comme le passage des aînés de la mort à la vie se faisait au moyen du sang de l’Agneau, dont étaient marquées les maisons où ils étaient, aussi la foi marque nos consciences du sang de Jésus-Christ, c’est-à-dire nous en applique le mérité et l’efficacité ; par elle, nous passons de la colère de Dieu à sa paix, selon que l’Apôtre dit (Romains 3) que Dieu a ordonné Jésus-Christ pour propitiatoire par la foi en son sang43; par elle aussi nous recevons l’esprit de sanctification par lequel nous sommes vivifiés, de morts que nous étions en nos fautes et péchés ; les soupirs et les saintes douleurs de la repentance sont les premiers mouvements de ce passage sacré ; la confiance dans les promesses de grâce et le recours à la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ fait le chemin ; la charité et les bonnes œuvres en font le progrès et l’avancement. Venez donc, ô hommes qui êtes travaillés et chargés par le sentiment de vos péchés, et qui voyez que la Loi prononce contre vous une sentence de mort et de malédiction ! Passez par la confiance en Dieu au trône de grâce où vous trouverez grâce et miséricorde en rémission de vos péchés ! Venez, vous qui êtes morts dans les péchés, passez à la vie par le renouvellement de vos âmes en vertus chrétiennes et œuvres de piété et charité : l’affection de la chair était la mort, mais l’affection de l’esprit est la vie et la paix44! Venez, vous esclaves du péché, passez à la liberté par l’obéissance à l’Évangile ! Car qui fait péché, dit Jésus-Christ, est esclave du péché45, mais si le Fils vous affranchit, vous serez vraiment libres ; et là où est l’Esprit de Dieu, dit l’Apôtre, là est la liberté46. »

Prenez horreur de votre servitude pour passer à cette félicité. Jadis les Israélites étaient esclaves de Pharaon, employés à amasser du chaume et à cuire des briques avec beaucoup de tyrannie ; vous êtes esclaves du péché et de Satan, employés à amasser du chaume et de l’argile, car tous les biens charnels et terriens ne sont que cela : l’ambitieux court après de la bale et du chaume que le vent emporte, les métaux que l’avare amasse ne sont que terre cuite, et les inquiétudes et les travaux d’esprit que les passions de l’avarice et de l’ambition et autres convoitises mondaines donnent aux hommes ne cèdent point aux travaux et inquiétudes que les commissaires de Pharaon donnaient aux Israélites en Égypte pour leurs ouvrages. Et dans cette servitude, les hommes sont liés par Satan par des chaînes ténébreuses, à savoir par l’aveuglement de leurs intelligence, pour être précipités dans les tourments éternels. Qui est donc celui qui ne veuille passer de cette servitude à la liberté ? Ô homme, Jésus-Christ te tend la main : que l’Égypte, avec ses potées de viande, ses oignons et ses poireaux ne te retiennent point ! Regarde la liberté de la gloire des enfants de de Dieu, et tu seras tout encouragé. Comme vous avez appliqué vos membres pour servir la souillure, et l’iniquité pour commettre l’iniquité, appliquez maintenant vos membres pour servir la justice et la sainteté. Car lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres quant à la justice. Quel fruit donc aviez-vous alors dans les choses dont vous avez maintenant honte ? Certes, la mort est leur fin, mais maintenant nous avons été affranchis du péché et faits esclaves de Dieu ; vous avez votre fruit en sanctification, et pour fin la vie éternelle47.

Or il est vrai que nous faisons ici-bas ce passage avec beaucoup de défauts ; nos pas sont lents et tardifs ; nous regardons derrière nous comme la femme de Loth ; nous avons volontiers toujours un pied sur la terre d’Égypte, c’est-à-dire, il y a toujours de l’amour du monde en nos cœurs, la chair convoitant contre l’esprit, si bien que nous passons sans être jamais du tout passés, pendant que nous sommes ici-bas, comme le dit l’Apôtre en Philippiens 3 : Je n’estime point avoir déjà appréhendé, ou être déjà rendu au but, mais je fais une chose, c’est qu’en oubliant les choses qui sont en arrière, et m’avançant aux choses qui sont en avant, je tire vers le but, vers le prix de la vocation céleste48 de Dieu en Jésus-Christ49.

Troisième degré : la mort du chrétien est une Pâque

C’est pourquoi vient un troisième degré de l’accomplissement de la Pâque : à notre mort, tant en ce qu’elle extirpe le péché de nos âmes qu’en ce que chaque fidèle fait en elle le passage du monde au Père, comme nous avons dit ci-dessus que saint Jean, à propos de la Pâque, nous dit que Jésus-Christ avait à passer de ce monde au Père37. Notre Égypte, c’est donc le monde, et notre mort est un passage à la Canaan bienheureuse ; et certes ici nous sommes étrangers et voyageurs, selon ce que dit l’Apôtre au chapitre 11 de l’épître aux Hébreux touchant les anciens fidèles, Abraham, Isaac et Jacob50. À tel point, ô fidèle, que quand l’heure de la mort vient, tu dois dire que c’est ta Pâque, tu dois te réjouir de quitter cette Égypte, ce monde plein de maux, pour entrer au royaume des cieux, dans la vraie Canaan que le Seigneur t’a promise. Et c’est ce passage à notre Père céleste que regarde l’Apôtre en 2 Corinthiens 5, quand il dit que sachant comme logeant au corps que nous sommes étrangers du Seigneur, nous avons confiance et aimons mieux être étrangers de ce corps et être avec le Seigneur51. Que toute votre vie, mes frères, soit une préparation à cette Pâque ; soyons ici-bas dans l’état des Israélites quand ils mangèrent l’agneau de Pâque : leurs reins ceints et leurs bâtons en main ; ayons, comme le dit saint Pierre, les reins de notre intelligence ceints52; et abstenons-nous, comme étrangers et voyageurs, des convoitises qui guerroient contre l’âme ; que rien ne vous arrête dans cette Égypte ; usons de ce monde comme n’en abusant point, étant en joie comme n’étant point en joie, et en pleurs comme n’y étant point53, c’est-à-dire, ne prenant rien trop à cœur, ni prospérité, ni adversité, sachant qu’il faut passer, et partir, et peut-être aujourd’hui, à cette heure, à ce moment. Si notre chair nous retient, considérons que le monde est le lieu où nous sommes maltraités, et où nous ne pouvons avoir paix avec les Égyptiens ; et si les melons et les délices d’Égypte vous viennent devant les yeux, regardez le pays où coulent le lait et le miel où le Seigneur vous appelle, regardez les délices du Paradis céleste et les plaisirs qui sont à la droite de Dieu à jamais ; et alors, vous direz chacun que votre désir tend à déménager pour être avec Jésus-Christ.

Quatrième degré : la résurrection à venir est la Pâque ultime

Or, parce qu’après être passé par la mort au Paradis de Dieu, nos corps demeurent poussière, vient un quatrième degré de l’accomplissement de la Pâque, au jour de la résurrection glorieuse, que Jésus-Christ appelle en notre texte le royaume de Dieu ; car le royaume de Dieu qui consiste en félicité et en gloire se considère soit au regard de Jésus-Christ, soit au regard de son corps mystique qui est l’Église. Au regard de Jésus-Christ, le royaume de Dieu ayant commencé au jour de sa résurrection sera aussi au regard de l’Église proprement au jour de la résurrection glorieuse : alors sera totalement accomplie la Pâque, les fidèles étant au regard du corps passés de la mort à la vie, et de la servitude du sépulcre et de la corruption à la gloire et à l’immortalité. Et comme jusqu’à ce jour-là une partie de de l’Église demeure dans la terre travaillée et tourmentée, alors prendront fin tous ses maux et ses travaux ; elle les quittera et passera à une pleine et éternelle félicité. Mystère admirable que la Pâque des enfants d’Israël dès les siècles anciens a regardé d’aussi loin ! Mais mystère digne de la sagesse de Dieu, car à vrai dire, c’est alors que se produira le grand passage de tout l’Israël de Dieu. C’est alors que Pharaon et tous les Égyptiens, c’est-à-dire, le Prince de ce monde et toute sa force, le péché et la mort seront entièrement abolis, et l’Israël de Dieu passera à bras étendu et main forte des travaux et misères de ce monde, à la paix et à la joie éternelle, et de la mort à la vie bienheureuse.

Suite et fin du sermon ici.


Illustration de couverture : William Turner, La dixième plaie d’Égypte, huile sur toile, 1802 (gallerie Tate, Londres).

  1. Avec l’accord du propriétaire de Dvarim, nous travaillons actuellement à l’intégration de ces ressources numériques au sein de Par la foi.[]
  2. Jean 8,56.[]
  3. Matthieu 11,11.[]
  4. 2 Corinthiens 3,7, 13.[]
  5. Convenances.[]
  6. Cette seconde partie du sermon sera publiée dimanche prochain.[]
  7. Exode 12,14.[]
  8. Colossiens 2,17.[]
  9. Hébreux 10,1.[]
  10. 2 Pierre 3,8.[]
  11. Ésaïe 9,1.[]
  12. Matthieu 4,16.[]
  13. Colossiens 1,12.[]
  14. Ézéchiel 37,11-12.[]
  15. Jean 5,25.[]
  16. Éphésiens 5,14.[]
  17. Romains 11,15.[]
  18. Apocalypse 20,5.[]
  19. Sic. La distribution confessionnelle des deux variantes ne semble pas encore définitivement fixée dans la langue, mais la préférence des protestants pour Ésaïe est déjà visible.[]
  20. Luc 4,16-21 (citation partielle).[]
  21. Romains 10,18.[]
  22. 1 Thessaloniciens 4,16.[]
  23. Sapience.[]
  24. 1 Corinthiens 15,52.[]
  25. Deutéronome 16,3.[]
  26. Hébreux 2,10-11.[]
  27. Hébreux 2,14-15.[]
  28. 1 Corinthiens 5,7.[]
  29. Ésaïe 53,4-5.[]
  30. Galates 3,13. Mestrezat cite visiblement le numéro de chapitre de mémoire.[]
  31. Matthieu 26,38.[]
  32. Hébreux 10,5-10.[]
  33. Jean 3,16. On notera que Mestrezat semble attribuer à Jésus lui-même ce verset ![]
  34. Hébreux 12,22-23.[]
  35. Psaume 49,14.[]
  36. 1 Pierre 2,9.[]
  37. Jean 13,1.[][]
  38. Jean 5,24.[]
  39. 1 Jean 3,14.[]
  40. Romains 6,17-22 (citation partielle).[]
  41. Hébreux 12,22.[]
  42. 1 Corinthiens 10,2.[]
  43. Romains 3,25.[]
  44. Romains 8,6.[]
  45. Jean 8,34.[]
  46. 2 Corinthiens 3,17.[]
  47. Romains 6,19-22.[]
  48. Supernelle.[]
  49. Philippiens 3,13-14[]
  50. Hébreux 11,13.[]
  51. 2 Corinthiens 5,6, 8.[]
  52. 1 Pierre 1,13 ; 2,10-11.[]
  53. Cf. 1 Corinthiens 7,30-31.[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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