Vingt-et-un exemples anciens de virilité chrétienne
22 juillet 2022

Dieu est un dieu d’amour, donc les chrétiens doivent pratiquer l’amour. C’est biblique. Mais sans nous en rendre compte, notre définition de « l’amour » n’est pas celle de la Bible, où Jésus notre époux est aussi capable d’égorger ses ennemis (Luc 19,27). L’amour que nous devons avoir, à en croire un discours dominant, consiste à ne pas juger, ne pas parler durement, ne pas dénoncer, ne pas s’opposer, ne pas défendre, ne pas garder, ne pas vivre chrétiennement. Nous devons craindre suprêmement d’offenser les hommes, et renoncer à déranger Satan. Voici le seul amour qui nous est permis : celui des esclaves de Satan.

Jamais je n’aurais songé à douter d’un tel discours si je n’avais pas lu les anciens chrétiens. J’ai découvert chez eux une foi qui n’était pas celle d’un eunuque, mais d’hommes faits. J’ai découvert que la virilité — agressive, conquérante, mordante et stoïque — convient aussi aux chrétiens.

Dans cet article, j’ai rassemblé vingt-et-unes citations « viriles » extraites des Histoires ecclésiastiques (HE) de Socrate le Scolastique, Sozomène et Théodoret de Cyr, qui narrent la même période du IVe sièce, dans la suite du concile de Nicée. Les pasteurs de cette génération étaient dur comme le fer, et leurs discours étaient emprunts d’un souci de la vérité et de la préservation de l’Église tel qu’il n’en fut jamais après eux, la Réforme peut-être exceptée.


Constantin contre les novatiens

Lors du concile de Nicée, les novatiens, des rigoristes opposés à ce que les chrétiens soient pardonnés par l’Eglise du moindre péché après leur baptême, essaient d’avancer leurs idées. Constantin y reste sourd.

[Les chrétiens pécheurs] devaient certes être exhortés à la repentance, mais ne devaient pas attendre la rémission du prêtre, mais de Dieu, qui a la capacité et l’autorité de pardonner les péchés. Quand Acésius eut ainsi parlé, l’empereur lui dit : « Pose une échelle, Acésius, et monte seul au ciel. »

Socrate, HE, 1.10.

Athanase à son procès

Après le concile de Nicée, les ariens se réorganisent et préparent leur revanche. Ils éliminent par une intrigue et une fausse accusation leur premier obstacle : le patriarche orthodoxe d’Antioche Eustache. Reste la dernière tête des nicéens : le très compétent Athanase d’Alexandrie. Ils concoctent une intrigue avec des ennemis locaux d’Athanase où ils mettent à l’écart le diacre Arsénius, l’envoyant quelque part à la campagne. Pendant ce temps, ils font courir le bruit qu’Athanase a tué Arsénius, et découpé son bras pour faire de la magie noire avec. Gros scandale, Athanase est convoqué à son procès lors d’un synode. Sauf qu’il a retrouvé Arsénius et préparé sa défense.

La divine providence ayant ainsi disposé les choses, Athanase fut peu après convoqué par le Synode ; et dès qu’il se présenta, ses accusateurs exhibèrent la main, et pressèrent leur accusation. Il géra l’affaire avec une grande prudence, car il demanda aux personnes présentes, ainsi qu’à ses accusateurs, « qui étaient les personnes qui connaissaient Arsenius ? » et plusieurs ayant répondu qu’ils le connaissaient, il fit introduire Arsenius, les mains couvertes par son manteau. Puis il leur demanda de nouveau : « Est-ce là la personne qui a perdu une main ? » Tous furent étonnés de la singularité de cette procédure, à l’exception de ceux qui savaient d’où venait la main coupée ; car les autres pensaient qu’Arsénius était réellement dépourvu d’une main, et s’attendaient à ce que l’accusé fasse sa défense d’une autre manière. Mais Athanase, en retournant le manteau d’Arsenius d’un côté, montra l’une des mains de l’homme ; de nouveau, alors que certains supposaient que l’autre main manquait, leur permettant de rester un court moment dans le doute, il retourna ensuite le manteau de l’autre côté et exposa l’autre main. S’adressant ensuite aux personnes présentes, il dit : « Arsénius, comme vous le voyez, a deux mains : que mes accusateurs montrent l’endroit où la troisième a été coupée. »

Socrate, HE, 1.29.

Il est tout de même déposé plus tard, ce qui amène le commentaire moqueur de Socrate le Scolastique :

Ainsi, par un extraordinaire concours de circonstances, la victime supposément assassinée par Athanase fut vivante pour aider à le déposer.

Socrate, HE, 1.32.

Maris de Chalcédoine, face à Julien l’Apostat

Maris, évêque de Chalcédoine en Bithynie, conduit par la main en présence de l’empereur, car il souffrait, en raison de son extrême vieillesse, d’une maladie des yeux appelée « cataracte », et il le réprimanda sévèrement pour son impiété, son apostasie et son athéisme. Julien répondit à ses reproches en le chargeant d’épithètes contumieuses, et il se défendit en l’appelant « aveugle ». « Vieux fou aveugle, dit-il, ton Dieu galiléen ne te guérira jamais. » Car il avait l’habitude d’appeler le Christ « le Galiléen », et les chrétiens des Galiléens. Maris, avec encore plus d’audace, répondit : « Je remercie Dieu de m’avoir privé de la vue, afin que je ne puisse pas voir le visage de celui qui est tombé dans une si affreuse impiété. »

Socrate, HE, 3.12

Martyrs de Phrygie

En Phrygie, sous le règne de Julien l’Apostat, le gouverneur restaure et rouvre un temple païen. Trois jeunes chrétiens — Macédonius, Theodolus et Tatien — vont briser les statues de nuit. Ils se rendent ensuite aux autorités, qui les mettent à mort, non sans qu’ils disent sarcastiquement : Si tu veux manger de la chair cuite, Amachius, pense à nous retourner, de crainte que nous ne soyons qu’à moitié cuit à ton goût.

La maman chrétienne d’Edesse

Ainsi, à Édesse, l’empereur Julien l’Apostat charge son préfet de massacrer les nicéens qu’il a « négligé » de punir. Le préfet, répugnant à cet ordre, demande aux nicéens de ne pas venir le dimanche suivant, pour qu’il n’aie pas à les tuer. Le lendemain, les nicéens sont tous dans leur église. Une mère traverse les rangs des soldats avec son enfant et se plante devant eux.

Et comme le préfet s’y rendait avec une importante force militaire afin de satisfaire la rage de l’empereur, une pauvre femme, menant son petit enfant par la main, passa en toute hâte, se rendant à l’église, et perça les rangs de la compagnie de soldats du préfet. Le préfet, irrité, ordonna qu’on la lui amène et s’adressa à elle en ces termes : « Malheureuse femme, où cours-tu de façon si désordonnée ? »
Elle répondit : « Au même endroit où d’autres se hâtent. »
— N’avez-vous pas entendu dire, dit-il, que le préfet est sur le point de mettre à mort tous ceux qu’on y trouvera ?
— Oui, dit la femme, et c’est pourquoi je me hâte d’y être trouvée.
— Et où traînez-vous ce petit enfant ? » dit le préfet.
La femme répondit : « Pour qu’il soit lui aussi rendu digne du martyre. »

Socrate, HE, 4.18.

Cela achève de dégoûter le préfet, qui fait ouvertement savoir à l’empereur qu’il n’appliquera pas ses consignes.

Jean Chrysostome contre l’impératrice

On érige une statue de l’impératrice Eudoxie en argent, juste en face de l’église où prêche Jean Chrysostome. Ce dernier, fidèle à lui-même, se lance dans des injures publiques plutôt qu’une gentille lettre privée. L’impératrice offensée une deuxième fois convainc son mari d’organiser un concile pour déposer encore une fois Chrysostome. Celui-ci répond alors dans un prêche :

À nouveau Hérodiade râle ; à nouveau elle est troublée ; à nouveau elle danse et à nouveau elle espère obtenir la tête de Jean sur un plateau.

Socrate, HE, 6.18.

Cela vaut bien un méchant tweet. Commentaire de Socrate le Scolastique, de sensibilité novatienne (hostile au pardon de l’Église) au sujet de Chrysostome :

C’était un homme, comme nous l’avons noté, qui à cause de son zèle pour la tempérance était plus enclin à la colère qu’au pardon ; et sa sainteté personnelle l’amena à un franc-parler qui était intolérable aux autres. En effet, et c’est un mystère pour moi, alors qu’il avait un zèle si ardent pour la pratique de la maîtrise de soi et une vie sans tâche, dans ses sermons il enseignait une vue de la tempérance plutôt lâche. Car alors que le synode des évêques disait que la repentance n’était acceptée qu’une fois pour ceux qui péchaient après le baptême, il n’avait aucun scrupule à dire : « Venez, même si vous vous repentez pour la millième fois. »

Socrate, HE, 6.21.

L’expulsion des juifs d’Alexandrie

À Alexandrie, autour de 415, la population juive a l’habitude d’assister à des spectacles de danse le jour du sabbat, ce qui choque et offense les chrétiens, et ennuie passablement le préfet Oreste qui doit gérer le désordre. Le préfet prend un édit pour réglementer ces spectacles, et les juifs offensés prennent un nommé Hiérax, un chrétien très fervent soutien de l’évêque Cyrille qui venait découvrir ce qu’était ce décret, et le dénoncent comme quelqu’un qui vient semer la sédition. Le préfet Oreste, jaloux du pouvoir grandissant de Cyrille, torture Hiérax, et Cyrille menace en retour les juifs d’Alexandrie.

La suite se déroule à l’Alexandrine : dans des émeutes. Les juifs organisent une conspiration avec comme marque de reconnaissance une bague au motif de palmier. En pleine nuit, ils crient au feu à l’église, et tuent ensuite les chrétiens qui se précipitent pour éteindre le faux incendie, évitant de s’entretuer par le signe de reconnaissance mentionné. En retour, Cyrille d’Alexandrie le lendemain matin organise les chrétiens pour fermer les synagogues, chasser les juifs et prendre leurs biens. Ainsi disparaît la communauté juive d’Alexandrie, présente depuis Alexandre le Grand. Le préfet Oreste et Cyrille sont irrémédiablement brouillés après cela.

L’affaire va encore plus loin lorsque cinq cents moines de Nitria, pas loin d’Alexandrie, y débarquent pour venir interpeller et insulter le préfet Oreste, le traitant de païen idolâtre, quoiqu’Oreste soit chrétien. L’un d’entre eux, Ammonius, lui jette un pavé dessus, blessant le préfet à la tête. La population se précipite au secours du gouverneur, faisant fuir les moines, et menant à l’arrestation d’Ammonius. Ammonius est torturé par le préfet, et il en meurt accidentellement. [l’intention d’Oreste n’était pas de le tuer.] Cyrille d’Alexandrie prend son corps, le renomme Thaumasius [admirable] et lui rend les honneurs d’un martyr. Même dans l’Église d’Alexandrie, certains sont choqués par cette récupération, mais Cyrille n’en bouge pas.

Même à l’époque, la férocité de Cyrille d’Alexandrie était désapprouvée par des chrétiens, dont Socrate le Scolastique. Mais il ne faut rien exagérer : il n’était pas plus détesté que pouvait l’être Douglas Wilson dans les milieux réformés américains, et il bénéficiait d’une énorme base de popularité, signe qu’il était approuvé de beaucoup. L’essentiel est ici de dire que les chrétiens ont parfois su aussi se défendre quand on voulait les assassiner.

Discours d’intronisation de Nestorius

Le ton de son patriarcat est posé dès le premier discours.

Donnez moi, mon prince, la terre purgée des hérétiques, et je vous donnerai le ciel en récompense. Aidez moi à détruire les hérétiques, et je vous aiderai à vaincre les Perses.

Socrate HE, 7.29.

Plus tard, il va se heurter à un autre patriarche aussi féroce que lui : Cyrille d’Alexandrie, déjà introduit. Il a donné son nom aux nestoriens.

Débats avec les philosophes en marge de Nicée

Les philosophes païens sont dans le public, pour provoquer les chrétiens à des débats apologétiques en défense du paganisme et de l’ancienne religion. Sozomène rapporte deux scènes où deux vieillards font taire des philosophes sophistiqués par l’intensité de leur foi. Dans la première, un simple vieillard qui n’a pas l’habitude des discours obtient la conversion instantané du philosophe après lui avoir dit :

« Au nom de Jésus-Christ, ô philosophe, écoute-moi. Il y a un seul Dieu, le créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles. Il a fait toutes choses par la puissance du Verbe, et les a affermies par la sainteté de son Esprit. Le Verbe, que nous appelons le Fils de Dieu, voyant que l’homme était plongé dans l’erreur et vivait comme les bêtes, a eu pitié de lui et s’est donné la peine de naître de la femme, d’avoir des rapports avec les hommes et de mourir pour eux. Et il reviendra pour juger chacun de nous selon les actes de cette vie présente. Nous croyons ces choses vraies en toute simplicité. Ne gaspillez donc pas votre travail en vain en vous efforçant de réfuter des faits qui ne peuvent être compris que par la foi ou en examinant la manière dont ces choses se sont produites ou non. Réponds-moi, est-ce que tu crois ? » Le philosophe, étonné de ce qui s’était passé, répondit : « Je crois. »

Sozomène HE, 1.18.

Pour Alexandre, patriarche d’Alexandrie, plein de philosophes demandent à faire un débat officiel avec lui. Constantin finit par leur accorder, même si Alexandre n’aime pas débattre. Lorsque les philosophes païens se sont organisés pour choisir un débatteur, Alexandre lui dit: « Je t’ordonne au nom de Jésus-Christ de te taire », et le philosophe se tut. Ce qui est franchement miraculeux.

Ça change des appels à l’autel sur fond musical.

La repentance d’Usthazanès

En Perse, l’Église rencontre de la résistance de la part du roi Shapour, influencé par les magi et les juifs. Il inflige plusieurs vexations et discriminations contre les chrétiens en vain. Il va jusqu’à arrêter Syméon, l’archevêque des chrétiens en Perse, et le menacer de mort et de destruction si les chrétiens ne rendent pas un culte au soleil. Syméon résiste bravement à la pression. Il inspire alors l’eunuque Usthazanès, un proche de Shapour (son mentor en fait) qui avait abjuré peu auparavant et prend le deuil parce qu’il est doublement traître : envers Christ pour avoir abjuré et envers son roi pour ne pas obéir à ses ordres. Le roi le remarque, et Usthazanès lui dit ouvertement:

Ô roi, rien n’est arrivé à ma famille ; mais j’aurais préféré souffrir n’importe quelle autre affliction que celle qui m’est arrivée, et elle aurait été facile à supporter. Maintenant, je m’afflige parce que je suis vivant, alors que je devrais être mort depuis longtemps ; et pourtant, je vois encore le soleil que, non pas volontairement, mais pour te plaire, j’ai fait profession d’adorer. C’est pourquoi, à double titre, il est juste que je meure, car j’ai trahi le Christ et je t’ai trompé.

Face à la repentance imprévue d’Usthazanès, Shapour n’a pas d’autres choix que de l’exécuter.

Sisinius le novatien facétieux

Pendant très longtemps, à Constantinople, novatiens et orthodoxes sont restés dans des assemblées séparées, même pendant la crise arienne (où les novatiens étaient d’accord avec les nicéens). Au Ve siècle les évêques des deux assemblées, toujours rivaux, ont des relations difficiles.

Léonce, évêque d’Ancyre, en Galatie, s’installa à Constantinople après avoir privé les novatiens de sa province de leurs églises. Sisinius se rendit auprès de lui pour demander que les églises soient restaurées ; mais loin de céder, il injuria les novatiens et déclara qu’ils n’étaient pas dignes de détenir des églises, car, en abolissant l’observance de la pénitence, ils interceptaient la philanthropie de Dieu. À cela, Sisinius répondit : « Personne ne fait pénitence comme moi. » Léonce lui demanda de quelle manière il faisait pénitence. « En venant te voir », rétorqua Sisinius.

Sozomène, HE, 8.1.

Martyr de Juventin et Maximin

Juventin et Maximin, deux membres de la garde impériale de Julien l’Apostat qui se plaignirent de devoir manger des viandes impures. Sommés de s’expliquer, ils assument leur convictions chrétiennes en face de Julien jusqu’à la mort.

Monsieur, nous avons été élevés dans la vraie religion ; nous avons obéi aux lois les plus excellentes, les lois de Constantin et de ses fils ; maintenant nous voyons le monde plein de pollution, les viandes et les boissons souillées par des sacrifices abominables, et nous nous lamentons. Nous déplorons ces choses à la maison, et maintenant, devant votre face, nous exprimons notre chagrin, car c’est la seule chose dans votre règne que nous prenons mal.

Théodoret, HE, 3.11.

Valentinien le puritain

Valentinien, un officier dans la garde rapprochée de l’empereur, reste un chrétien zélé et public. Il sera le successeur de Julien l’Apostat.

Un jour que l’empereur infatué entrait en procession solennelle dans l’enceinte sacrée du temple de la Fortune, de part et d’autre des portes se tenaient les serviteurs du temple qui purifiaient, comme ils le prétendaient, tous ceux qui entraient, avec leurs fouets d’arrosage. Alors que Valentinien marchait devant l’empereur, il remarqua qu’une goutte était tombée sur son propre manteau et donna un coup de poing au gardien, « car, dit-il, je ne suis pas purifié mais souillé ». Pour cet acte, il gagna deux empires.

Théodoret, HE 3.12.

Notez qu’il n’a pas « respectueusement exprimé sa divergence en travaillant pour l’unité », mais asséné une gifle au prêtre païen, sous les yeux du dernier empereur païen. Évidemment, il fut puni par Dieu… par la pourpre impériale.

Troll de la diaconnesse Publia

Toujours sous le règne de Julien l’Apostat, des chrétiens inspirés par leur diaconnesse Publia, décidèrent de troller Julien à base de psaumes :

Un jour, l’empereur passait par là, et comme les chrétiens considéraient le Destructeur comme un objet de mépris et de dérision, ils firent entendre une musique d’autant plus forte, chantant surtout ces psaumes qui se moquent de l’impuissance des idoles, et disant, selon les paroles de David : « Les idoles des nations sont d’argent et d’or, l’ouvrage de la main de l’homme » (Psaume 115), et après avoir décrit leur insensibilité, ils ajoutèrent : « Qu’ils soient semblables à ceux qui les font et à tous ceux qui se confient en elles. » Julien les entendit, et, très fâché, leur dit de se taire pendant qu’il passait. Elle ne prêta cependant pas la moindre attention à ses ordres, mais mit encore plus d’énergie dans leur chant, et quand l’empereur passa de nouveau, elle leur dit de lancer : « Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dispersés ». (Psaume 68)

Théodoret, HE 3.14.

Mais voyons Publia, ne sais-tu pas que nous ne devons avoir que des prières de bénédiction pour les autorités et entonner des psaumes pour… oups !

Le papa chrétien de Bérée

A Bérée, un décurion chrétien local renie et maudit publiquement son fils qui a apostasié. Julien invite père et fils à un dîner pour les réconcilier.

Au milieu de ce repas, Julien dit au père : « Il ne me semble pas juste de forcer un esprit autrement disposé et n’ayant aucun désir à changer d’allégeance. Votre fils ne veut pas suivre vos doctrines. Ne le forcez pas. Même moi, bien que je sois facilement capable de vous contraindre, je n’essaie pas de vous forcer à suivre les miennes. » Alors le père, poussé par sa foi en la vérité divine à aiguiser le débat, s’écria : « Seigneur, dit-il, parlez-vous de ce misérable que Dieu déteste et qui a préféré le mensonge à la vérité ?”

Théodoret, HE 3.17.

Dans le dernier traité chrétien que je lisais sur la transsexualité : Dieu et le débat transgenre d’Andrew Walker, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que cet enseignant, qui par ailleurs fait un bon travail, était coulant sur beaucoup de choses vis-à-vis des transgenres. C’est quelque chose que je peux comprendre, car c’est un sujet délicat, explosif, et il y a aussi derrière ces démarches une souffrance dont il faut traiter les vraies causes, ce qu’une approche brutale peut ruiner.

Aussi ais-je été surpris lorsqu’au milieu du traité, Andrew Walker agite soudainement un drapeau rouge, trace une ligne dans le sable, monte sur ses grands chevaux pour désigner un interdit absolu dans les relations avec les transgenres : celui de renier son enfant. Pour lui, c’était un péché plus grave que tous les autres en ce domaine.

Comparez donc, cher lecteur, Andrew Walker et le béréen qui, à l’image de ses pères, examinait chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact. Puis considérez et jugez.

Le professeur chrétien d’Antioche

À Antioche, un enseignant chrétien est ami avec Libanius, le principal sophiste et enseignant de la cité. Un jour, Libanius le païen vient titiller le chrétien.

Libanius était un païen qui s’attendait à la victoire et qui avait à l’esprit les menaces de Julien. Un jour, pour ridiculiser notre croyance, il dit au pédagogue : « Que fait maintenant le fils du charpentier ? » Rempli de la grâce divine, [le pédagogue chrétien] prédit ce qui allait bientôt arriver. « Sophiste, dit-il, le Créateur de toutes choses, que tu appelles par dérision le fils du charpentier, est en train de fabriquer un cercueil. »

Théodoret HE, 3.18.

Libanius meurt peu après.

Basile le grand contre la proposition de communier avec les ariens

Valens envoie un préfet pour convaincre Basile le Grand de communier avec Eudoxe, le patriarche arien de Constantinople. Après avoir déployé toutes sortes de gentilles paroles, le préfet se voit répondre :

« Ce genre de discours, dit l’homme de Dieu, convient aux petits garçons, car eux et leurs semblables gobent facilement de telles incitations. Mais ceux qui sont nourris de paroles divines ne souffrent pas qu’une syllabe des croyances divines soit abandonnée, et pour elles, ils sont prêts, si besoin est, à embrasser toutes sortes de morts. L’amitié de l’empereur, je la tiens pour très précieuse si elle est jointe à la vraie religion ; sinon, je la considère comme mortelle. » Alors le préfet s’emporta, et déclara que Basile avait perdu la raison. « Mais, dit l’homme de Dieu, je prie que cette folie soit toujours la mienne.”

Théodoret HE 4.16

Puisse Dieu nous frapper de la folie de Basile.

Les démons exilés

Le préfet d’Alexandrie vient encercler l’église de Pierre II pour l’exiler, mais Pierre s’enfuit. Euzoïus, patriarche arien d’Antioche vient installer Lucius à sa place. Dans la répression, certains moines sont envoyés en exil dans une île perdue. À cette occasion, une démoniaque dit quelque chose d’assez intéressant sur la conséquence de la mort de christ sur les démons :

Hélas, de par votre puissance, vous, les serviteurs du Christ, vous nous avez chassés partout de la ville et du hameau, de la colline et de la hauteur, des déserts où il n’y a pas d’hommes ; dans cet îlot, nous avions espéré vivre hors de portée de vos coups, mais notre espoir était vain ; ici, vous avez été envoyés par vos persécuteurs, non pour qu’ils vous fassent du mal, mais pour nous chasser. Nous quittons l’île, car nous sommes blessés par les rayons perçants de votre vertu.

Théodoret, HE, 4.18.

Et cela, par la seule présence des moines sur l’île.

Ambroise de Milan contre l’impératrice Justina

Justina, femme de Valentinien Ier et mère de Valentinien II, essaie d’éduquer le jeune empereur dans la foi arienne. Mais le jeune empereur se heurte à la désapprobation d’Ambroise, évêque de Milan. Ambroise résiste à toutes les menaces.

Cependant, lorsqu’il apprit que cet illustre champion n’était pas le moins du monde alarmé par ses actes, car Ambroise traitait toutes ces menaces comme les fantômes et les lutins avec lesquels certains hommes essaient d’effrayer les bébés, il se mit dans une colère extrême et lui ordonna publiquement de quitter l’église. « Je ne le ferai pas, dit Ambroise, de mon plein gré. Je ne céderai pas la bergerie aux loups ni ne trahirai le temple de Dieu aux blasphémateurs. Si tu veux me tuer, plante ton épée ou ta lance dans mon corps. Je me réjouirai d’une telle mort. »

Théodoret, HE, 5.13.

Ambroise de Milan suspend l’empereur de la Cène

Suite à une émeute à Thessalonique où des officiers impériaux ont été tués, Théodose laisse la rage se déchaîner, et la répression entraîne sept mille morts là-bas. À cette nouvelle, Ambroise excommunie Théodose.

Ambroise le rencontra devant le porche extérieur et lui interdit de franchir le seuil sacré. « Vous semblez, Sire, ne pas connaître, dit-il, l’ampleur de l’acte sanglant qui a été commis. Votre rage s’est apaisée, mais votre raison n’a pas encore reconnu le caractère de l’acte. Peut-être votre puissance impériale vous empêche-t-elle de reconnaître le péché, et la puissance obscurcit la lumière de la raison. Nous devons pourtant savoir comment notre nature trépasse et est soumise à la mort ; nous devons connaître la poussière ancestrale d’où nous sommes sortis et à laquelle nous retournons bientôt. Nous ne devons pas, parce que nous sommes éblouis par l’éclat de la pourpre, ne pas voir la faiblesse du corps qu’elle habille. Vous êtes souverain, Sire, d’hommes de même nature que les vôtres, et qui sont en vérité vos compagnons d’esclavage ; car il n’y a qu’un seul Seigneur et Souverain du genre humain, Créateur de l’Univers. De quels yeux regarderez-vous donc le temple de notre Seigneur commun, de quels pieds foulerez-vous ce seuil sacré, comment tendrez-vous vos mains encore ruisselantes du sang d’un injuste massacre ? Comment, dans ces mains, recevrez-vous le Corps tout saint du Seigneur ? Comment, vous qui dans votre rage avez injustement répandu tant de sang, porterez-vous à vos lèvres le précieux Sang ? Partez. Ne tentez pas d’ajouter un autre crime à celui que vous avez commis. Soumettez-vous à la restriction à laquelle le Dieu, le Seigneur de tous, consent à vous condamner. Il sera votre médecin, il vous donnera la santé.

Théodoret HE 5.17

Après 8 mois, Théodose demande en larmes la réintégration dans l’Église. Ambroise de Milan lui demande d’abord d’imposer un délai de trente jours avant de confirmer les futures mises à mort. Théodose accepte et il est réintégré, exprimant sa repentance en toute sincérité. Théodose en retire une sincère admiration pour Ambroise et c’est le début de leur amitié.

Eunomius, évêque d’Erzurum

Sous le règne de Théodose, la ville de Théodosiopolis, actuelle Erzurum, est assiégée par les Perses.

Lorsque l’un des chefs barbares s’aventura dans son blasphème habituel, et avec des mots semblables à ceux de Rabshakeh et de Sennacherib, menaça follement de brûler le temple de Dieu, le saint évêque ne put contenir sa furieuse colère, mais ordonna lui-même qu’une baliste, qui portait le nom de l’apôtre Thomas, soit placée sur les remparts, et qu’une puissante pierre y soit installée. Puis, au nom du Seigneur qui avait été blasphémé, il donna l’ordre de lâcher prise, et la pierre s’écrasa sur ce chef impie, le frappa sur sa bouche méchante, lui écrasa le visage, lui brisa la tête en morceaux et répandit sa cervelle sur le sol.

Théodoret, HE, 5.26.

Conclusion

Nous devons prendre conscience que si la foi chrétienne passe par des qualités proprement féminines — soin, douceur, prévenance, service — elle nécessite aussi l’expression des qualités viriles : agressivité contre le mensonge, persévérance stoïque, esprit de conquête et désir ardent de défense de l’Evangile. Ô jeunes hommes, considérez ce que dit Théodoret, évêque de Cyr, qui a connu son lot de luttes et d’intrigues au cours de sa vie.

Ces guerres et la victoire de l’Église avaient été prédites par le Seigneur, et cet événement nous enseigne que la guerre nous apporte plus de bénédiction que la paix. La paix nous rend délicats, sans force et lâches. La guerre aiguise notre courage et nous fait mépriser ce monde présent qui passe.

Si vous n’écoutez pas l’appel de Jordan Peterson, écoutez celui de notre père Théodoret, et soyez des hommes, chrétiens !


Illustration: Boniface abat le chêne du Danube, lithographie en couleur, env. 1900 (d’après un tableau de Heinrich Maria von Hess, 1834-44)

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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