Le saint ministère (2/10) : Y a-t-il diversité de ministères ?
10 septembre 2022

Je propose dans cet article et les suivants un examen approfondi d’un ouvrage qui m’a beaucoup appris (et a parfois remis en cause certaines de mes positions) sur la théologie pastorale réformée : Le saint ministère selon la conviction et la volonté des réformés du XVIe siècle, de Jean-Jacques von Allmen (Neuchâtel, 1968). Dans le deuxième chapitre (pp. 28-42), von Allmen insiste sur l’existence d’un seul ministère d’institution divine pour l’Église d’aujourd’hui. Le discours contemporain majoritaire, tant dans les milieux libéraux qu’évangéliques, tient au contraire pour acquise la diversité des ministères, accordant le mot le plus souvent au pluriel.


L’étude précédente a établi :

  • que le ministère est d’origine divine, tant pour « la recueillir et l’établir » (ministères extraordinaires, de l’âge apostolique) que pour la « gouverner et la conserver » (ministères ordinaires, de l’âge actuel).
  • que l’Église ne peut donc se passer de ministres.
  • qu’elle ne peut renoncer à en former et en ordonner pour l’avenir.

Il faut maintenant chercher à définir ces ministres dont l’Église a besoin.

  • Ces ministres sont-ils tous de même type ? de même qualité ?
  • S’il y a des différences entre eux, sont-elles voulues de Dieu ?

La section suivante du chapitre XVIII répond d’abord en donnant une définition positive, à partir du témoignage du Nouveau Testament, puis en critiquant la pratique romaine.

Le témoignage du Nouveau Testament

Le texte de la confession continue comme suit1:

Or les Ministres du peuple nouveau sont appelez de divers noms. Car ils sont appelez Apostres, Prophetes, Evangelistes, Evesques, Anciens, Pasteurs et docteurs. Quant aux Apostres, ils n’avoyent point de certain lieu assigné pour prescher, mais ils assembloyent diverses Eglises par tout le monde : lesquelles ayant esté dressees par eux, l’office d’Apostre a cessé, mais au lieu d’iceux les pasteurs ont succedé en chacune Eglise. Les Prophetes ont eu de Dieu anciennement la cognoissance des choses à venir, et ont aussi interprété les Escritures, comme il y en a encores aujourd’huy. On a appellé Evangelistes, ceux qui ont escrit l’histoire Evangelique, et qui ont aidé aux Apostres en l’Evangile de Christ : comme sainct Paul commande à Timothee de faire l’œuvre d’Evangeliste. Quant aux Evesques, ils sont les guettes et les surveillans de l’Eglise, pour dispenser la viande et les choses necessaires à l’Eglise. Les Anciens sont comme Senateurs et peres de l’Eglise, pour la gouverner par leur bon et sainct conseil. Touchant les Pasteurs, ils gardent le troupeau du Seigneur, et le pourvoyent des choses qui luy sont necessaires et expedientes. L’office des Docteurs est d’instruire, et d’enseigner la vraye foy et pieté. Parquoy il nous sera licite d’appeller maintenant les Ministres des Eglises, Evesques, Prestres, Pasteurs et Docteurs : mettant toutesfois bonne distinction par tout.

La traduction française présente plusieurs particularités notables : elle rattache plus précisément que l’original latin le ministère d’évangéliste à celui d’apôtre (en ajoutant qui ont aidé aux Apostres en l’Evangile de Christ) ; la dernière clause, mettant toutesfois bonne distinction par tout, est un ajout du texte français, qui est assez discutable comme on va le voir. Les mots Anciens et Prestres traduisent un seul et même mot latin (presbyteri). Là où le français dit que les pasteurs succèdent aux apôtres en chacune Eglise, le latin se fait enfin plus précis (quisque in sua ecclesia) : l’original laisse entendre que les pasteurs sont des évêques, ayant chacun leur Église, et qu’il n’y a donc normalement pas plus d’un pasteur par Église.

Notons tout d’abord qu’il n’est pas du tout question ici des ministres de l’ancienne alliance, mais uniquement de ceux du « peuple nouveau », c’est-à-dire de la nouvelle alliance. Ils sont qualifiés par sept termes : trois d’entre eux pour les ministères à caractère fondateur (apôtres, prophètes, évangélistes), quatre pour ceux qui sont plus durables et concernent la succession apostolique (évêques, anciens / prêtres, pasteurs et docteurs). C’est une division courante à l’époque (on la trouve dès 1536 chez Bucer) ; en revanche, l’énumération précise varie pour les ministères post-apostoliques. Là où Bullinger, dans la Confession helvétique postérieure, donne quatre titres (évêque, presbytre, pasteur et docteur), Calvin et Théodore de Bèze, n’en distinguent que deux (pasteur et docteur). Ils suivent en effet à la lettre l’Écriture sur ce point :

Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs.

Éphésiens 4,11.

La Bible n’ignore d’ailleurs pas une certaine diversité et souplesse dans l’usage des termes : « ceux-ci peuvent aussi porter un autre nomen generale, par exemple évêques, diacres ou presbytres » (p. 34). On constate cependant aussi que certains ministères ne sont jamais nommés, pas plus dans la Confession helvétique postérieure que chez Calvin ou de Bèze : ce sont les ministères dits charismatiques.

Et Dieu a établi dans l’Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues.

1 Corinthiens 12,28.

Il aurait pu être fait mention de ces ministères, puisque la confession insiste sur la différence chronologique entre les ministères. Si les réformateurs ont choisi de n’en dire mot (et de ne pas dire grand-chose des prophètes, comme on le verra ci-dessous), c’est probablement là encore par crainte de l’illuminisme.

Les apôtres

Deux caractéristiques définissent les apôtres :

  • Leur ministère est fondateur : ils ont été ordonnés et envoyés pour rassembler des Églises.
  • Leur ministère est itinérant : ils ne sont pas liés à un lieu particulier, mais se déplacent.

De cette dernière caractéristique découle, selon Bullinger, le caractère temporaire du ministère apostolique : une fois les Églises dressées, leur mission a pris fin, et des pasteurs ont pris leur suite. Cette définition est couramment partagée parmi les réformés de l’époque.

La Confession hongroise de 1562 rajoute à cela quelques caractéristiques supplémentaires :

  • Les apôtres ont été désignés directement par le Christ (ἀμέσως ab ipso Christo designati).
  • Ils ont une autorité égale les uns sur les autres (æquali inter se potestate).
Ægidius Sadeler, Le Baroche, La vocation des apôtres Pierre et André, estampe, 1594 (bibliothèque municipale de Lyon).

Partout donc, ce qui semble essentiel au ministère d’apôtre, c’est la dimension missionnaire : c’est ce qui leur donne une juridiction universelle et ce qui justifie leur unicité. S’il n’y a plus d’apôtres, c’est parce qu’ils ont achevé leur mission en allant recueillir des Églises dans le monde entier : la mission a pris fin. L’ecclésiologie réformée du XVIe siècle est donc très peu missionnaire. Du reste, la définition donnée aux autres ministères fera elle aussi peu cas de l’évangélisation du monde.

Comment peut-on expliquer ce manque d’attention pour la mission, au moment même où d’immenses territoires peuplés de païens sont découverts outre-Atlantique ? On sait en tout cas que les Amériques n’ont pas été source de grand intérêt pour les réformateurs ; l’expédition de Villegaignon au Brésil, avec deux pasteurs de Genève2, fait figure d’exception. Plusieurs raisons peuvent être invoquées :

  • La persistance de la conviction médiévale que les apôtres ont parcouru le monde entier et en ont atteint les limites. Mais il est peu probable que Bullinger croie cela à la lettre (l’Église de Zurich n’a pas été fondée par un apôtre, et les Amériques témoignent du contraire).
  • L’apostolat est peut-être conçu comme un « ministère-charnière » qui avait la charge d’assurer la transition entre l’ancienne et la nouvelle alliance. La Confession hongroise de 1562 va dans ce sens : le ministère apostolique est ordonné ad id tempus, quo plantandæ erant gentilium Ecclesiæ, et Israel a Mose ad Christum traducendus (« pour le temps où des Églises de gentils devaient être plantées et où Israël devait être conduit de Moïse à Christ »).
  • Après la mort des apôtres, la mission n’est pas conçue comme une œuvre ordinaire de l’Église, mais plutôt comme une œuvre extraordinaire de Dieu. Pour elle, il peut susciter des ministres extraordinaires, et aussi employer les princes et les magistrats chrétiens. Or les textes confessionnels s’intéressent avant tout à l’œuvre ordinaire de l’Église, quant au reste, il suffit d’y être disponible le cas échéant. Calvin déclare :

Les serviteurs de Seigneur continuent quand l’occasion se presente. La porte se ferme, s’il n’y a pas d’esperance. Et comme, si la porte est fermée, nous ferons mieux de prendre une autre route, plutot que de nous accrocher à cette porte-là et de nous fatiguer dans un vain travail, de même, quand l’occasion se presente à nous pour bâtir, nous estimerons que c’est la main de Dieu qui nous ouvre une porte pour que nous amenions Christ et alors nous ne refusons pas d’obéir à un pareil appel genéreux de Dieu.

Commentaire sur 2 Co 2,12.
  • Toutes les forces vives des réformateurs étaient engagées et absorbées par la réformation de l’Église d’Occident. Les autres tâches devaient suivre ou étaient tout simplement provisoirement laissées de côté.
  • L’insistance sur la fin de l’apostolat et l’absence de ministère itinérant est un argument supplémentaire pour Bullinger contre le papisme. « Puisqu’il n’y a plus d’apôtres, plus aucun ministre ne peut désormais prétendre à une juridiction universelle, puisqu’il ne peut être pasteur que d’une Église locale, par exemple évêque de Rome. On définit donc l’apôtre d’une manière qui permet de contester les prétentions papales. » (p. 33) Cette même définition peut également servir contre les diverses sectes illuministes.

Les prophètes

Ils sont qualifiés de deux manières :

  • Anciennement, par la connaissance de l’avenir (Agabus, par exemple, Ac 21,10). En ce sens-là, ils ont disparu (cessationisme).
  • par l’interprétation de l’Écriture sainte, comme il y en a encores aujourd’huy. La Confession helvétique postérieure ne dit rien de plus, et l’on se doit donc de comprendre que cette tâche d’origine prophétique est aujourd’hui remplie par les pasteurs.
Louis Chéron, Le prophète Agabus prédisant à saint Paul ses souffrances à Jérusalem, 1687 (Notre-Dame de Paris).

Les évangélistes

Ils sont qualifiés eux aussi de deux manières :

  • Ce sont les auteurs des Évangiles (lorsqu’ils ne sont pas apôtres : Marc et Luc).
  • Plus généralement, ils sont au service des apôtres qu’ils assistent dans leur ministère ; Calvin parle de « ceux qui avoyent un office prochain à celuy des Apostres, combien qu’ils fussent inférieurs en dignité, comme ont esté Luc, Timothée, Tite, et les autres semblables. » (IRC IV,3,4).

La Confession helvétique postérieure est très concise sur ces deux ministères : le ministère qui compte vraiment aux débuts de l’Église est visiblement celui d’apôtre.

Les évêques

Les évêques sont établis pour dispenser la viande3 et les choses necessaires à l’Eglise. Ils sont donc au premier chef responsables de la Parole et des sacrements, mais aussi de la discipline, d’où les termes de guettes et surveillans. C’est au moyen de la Parole, des sacrements et de la discipline qu’ils peuvent exercer cette surveillance (ἐπίσκοπος étant compris à partir d’ἐπισκοπεῖν surveiller plutôt que d’ἐπισκοπή visitation). Elle concerne à la fois le dehors (les ennemis extérieurs de l’Église, qui doit être défendue) que le dedans (hérétiques, schismatiques, indisciplinés).

Les presbytres

Les presbytres sont définis par Bullinger comme Senateurs et peres de l’Eglise : il insiste d’emblée sur la collégialité de ce ministère. Cependant, et malgré la traduction française qui rend la première occurrence du terme par anciens, il n’est pas question ici des « anciens » au sens réformé, mais plutôt des prêtres que l’Église a connus depuis l’époque post-apostolique. Plusieurs éléments permettent de s’en persuader :

  • À l’époque de la rédaction de la confession, l’Église de Zurich ne disposait pas de collèges d’anciens. En Suisse, ce système n’existait que dans les régions francophones.
  • Il n’est fait allusion, ni ici ni ailleurs, au collège presbytéral paroissial. Les fonctions des presbytres, qui seront définies dans la suite du texte, sont clairement pastorales : prédication de la Parole, administration des sacrements, exercice public de la discipline. Cela n’est jamais confié aux anciens dans l’ecclésiologie réformée de l’époque.
  • Lorsqu’elle parlera de l’autorité des ministres, la confession identifiera les presbytres aux évêques, en leur donnant un même pouvoir. Or là non plus, l’ecclésiologie réformée n’identifie pas les anciens et les pasteurs.

Pourquoi donc mentionner les presbytres séparément des évêques ? Sans doute dans un but apologétique : 

C’est pour dire que l’Église réformée reprend le contenu des ministères traditionnels (épiscopal et presbytéral), même si, dans la pratique, elle a désigné les ministres par d’autres noms, en particulier ceux de pasteurs et de docteurs dont saint Paul parlait aux Éphésiens. Calvin, Théodore de Bèze et la Confession hongroise mentionnaient les pasteurs et les docteurs immédiatement après les ministères fondateurs. La Confession helvétique postérieure est plus prudente : elle intercale les désignations ministériales traditionnelles avant de parler des pasteurs et des docteurs, dans le souci de bien marquer que nous n’avons pas osté le ministere de l’Eglise, quand nous avons rejetté de l’Eglise de Christ la prestrise (sacerdotium) telle qu’elle est en l’eglise Romaine.

p. 35.

Les pasteurs

La définition donnée par la confession au ministère pastoral — ils gardent le troupeau du Seigneur, et le pourvoyent des choses qui luy sont necessaires et expedientes — est rigoureusement identique à celle donnée à celui d’évêque. Il faudra simplement revenir ultérieurement sur la dimension « épiscopale » du ministère du pasteur (von Allmen y consacre un chapitre à part).

Les docteurs

Les docteurs enseignent la foi et la piété. Qu’est-ce qui distingue donc pasteurs et docteurs ?

  • Calvin admet une distinction : le ministère doctoral est comme spécialisé dans l’enseignement théologique, le ministère pastoral est plus large et polyvalent : « les Docteurs n’ont point charge de la discipline, ne d’administrer les Sacrements, ne de faire les exhortations et remonstrances, mais seulement d’exposer l’Escriture, afin qu’il y ait tousiours saine doctrine et pure conservee en l’Eglise » (IRC IV,3,4).
  • Mais cette distinction n’est pas présente explicitement dans la Confession helvétique postérieure : on se souvient que le terme docteur était employé très largement dans le paragraphe précédent (sur la pérennité du ministère). Surtout, la fin de cet alinéa insiste sur l’équivalence de ces quatre termes entre eux : il nous sera licite d’appeller maintenant les Ministres des Eglises, Evesques, Prestres, Pasteurs, et Docteurs.
Calvin, pasteur ou docteur dans l’Église ?

L’unicité du ministère

L’usage libre fait par Bullinger du titre de docteur, l’équivalence entre les attributions des évêques et des presbytres d’une part, entre le titre d’évêque et le titre de pasteur d’autre part, amène donc von Allmen à une conclusion importante :

Il y a donc dans l’Église, après les Apôtres, un seul ministère qui puisse se réclamer d’institution divine et de succession apostolique : le ministère de la Parole, des sacrements et de la discipline, quel que soit par ailleurs le titre que l’on donne à celui qui l’exerce. En d’autres termes il n’y a pas dans l’Église réformée une diversité de ministères. Le mettant toutesfois bonne distinction par tout que la traduction française ajoute au texte sauve peut-être la structure ecclésiale courante dans le calvinisme mais elle dépasse et même altère le texte de Bullinger : pour lui il n’y a justement pas à faire de distinction entre les évêques, les prêtres, les pasteurs et les docteurs, du moins quant à leur pouvoir d’ordre puisque — comme nous le verrons plus bas — de telles distinctions peuvent se faire quant à leur pouvoir de juridiction.

p. 36 (c’est von Allmen qui souligne).

Cette question de l’unicité ou de la diversité des ministères dans l’ecclésiologie réformée fera l’objet d’un long excursus de von Allmen, auquel nous consacrerons un article distinct.

Les ministres auxiliaires

Malgré cette conclusion, il faut souligner que la confession n’ignore pas l’existence d’auxiliaires :

  • Il est fait allusion aux diacres — sans que leur titre soit toutefois mentionné — au chapitre XXVIII de la confession, qui traite des biens de l’Église et du service aux pauvres : il est demandé d’eslire gens craignans Dieu, bien avisez, et qui sachent que c’est de mesnager, pour bien dispenser les biens de l’Eglise.
  • Il est fait allusion à ce qu’on appelle aujourd’hui anciens — sans que ce titre leur soit non plus conféré, et sans doute avec un rôle plus modeste — au chapitre XXIX : il faut establir à l’Eglise des sieges4 legitimes, et saincts juges, qui maintiennent les mariages et punissent toute impudicité et impudence, et par devant lesquels toutes les controverses matrimoniales soyent cognues.

Leur contribution, néanmoins, n’est pas considérée comme d’institution divine et ils ne sont donc pas mentionnés dans le chapitre XVIII. Leur existence appartient davantage au bene esse de l’Église qu’à son esse, et peut donc s’organiser plus librement. Si Bullinger, contrairement à Calvin, ne leur accorde pas les noms de diacres et de presbytres / anciens, c’est sans doute pour insister sur cette liberté et éviter une filiation non désirée avec les réalités correspondantes de l’Église ancienne5.

La critique des ministères catholiques

Après avoir défini positivement l’unique ministère divinement institué, Bullinger s’attaque désormais aux « distorsions papistes », sans chercher là non plus à faire trop de distinctions.

Au reste, il y a eu en ces derniers temps plusieurs et divers noms de Ministres introduits en l’Eglise de Dieu. Car les uns ont esté ordonnez Patriarches, les autres Archevesques, les autres Suffragans : item, Metropolitains, Archeprestres, Diacres, Sousdiacres, Acolithes, Exorcistes, Chantres et Portiers, et je ne say quels autres, comme Cardinaux, Prevosts et Prieurs, Peres mineurs et majeurs. Item, les ordres grands et petis. Mais nous ne nous soucions aucunement de ce qu’ils ont esté ou qu’ils sont maintenant, veu que la seule doctrine Apostolique qui traitte des Ministres nous suffit.

Puis donc que nous savons pour certain que les Moines et ordres, ou sectes des Moines n’ont esté instituées ni par Jesus Christ, ni par ses Apostres, nous enseignons que telles sectes ne sont pas seulement inutiles à l’Eglise de Dieu, mais aussi tres-pernicieuses. Car combien qu’autresfois, respondans à leur nom, ils ayent esté solitaires, et vivans du travail de leurs mains, sans estre en charge à personne, et qu’obeissans en tous lieux aux pasteurs des Eglises, comme les laics, ils ayent esté tolerables : toutesfois le monde universel apperçoit maintenant quels ils sont. Car sous pretexte de je ne say quels vœus, ils meinent une vie toute contraire à leurs vœus : tellement que les meilleurs d’entre eux peuvent estre à bon droict nombrez entre ceux desquels l’Apostre a dit : Nous oyons qu’il y en a aucuns entre vous cheminans desordonnément, ne faisans rien, mais vivans curieusement. Parquoy nous ne voulons de telles gens en nos Eglises, mais enseignons au contraire qu’on ne les doit nullement souffrir és Eglises de Jesus Christ.

La traduction française est parfois plus radicale encore que l’original, ajoutant très au latin perniciosa, et traduisant nec habere par nullement souffrir. La traduction allemande, en revanche, omet la mention des diacres et sous-diacres.

Les ministères rejetés

Von Allmen note que cette prise de position est « un peu pêle-mêle, et comme jetant avec mépris et irritation aux balayures ce qui ne correspond pas à la seule doctrine apostolique » (p. 38). L’accumulation rhétorique des titres rejetés va certainement dans ce sens ; elle n’est pas très méthodique, si ce n’est qu’on trouve d’abord les ordres majeurs (des patriarches aux sous-diacres) puis les ordres mineurs (des acolytes aux portiers, tous y passent) ; cette division est ensuite répétée (item, les ordres grands et petits) « au point qu’on a l’impression qu’ils sont autre chose que ce qui vient d’être énuméré » (p. 128), et d’autres titres (cardinal, prévôt) et degrés des ordres monastiques viennent clore la liste. Le pape n’y figure pas car il en a déjà été question dans le chapitre précédent (XVII). En revanche, même le diaconat, qui pourrait se recommander d’origines apostoliques, ne fait pas exception ; et ceci alors même que dans l’Église zurichoise du temps, deux diacres aident le pasteur pour la célébration de la Cène6!

Une telle radicalité s’explique, d’après von Allmen, par « la décision théologique […] prise de ne recevoir qu’un seul ministère : celui qui est constitutif de l’esse de l’Église » (p. 39). C’est donc à la suffisance de l’Écriture qu’on recourt, comme souvent dans la Confession helvétique postérieure. Comme le ministère (unique) est d’institution divine, sa pureté doit être préservée (et restaurée) : l’organisation de l’Église et du ministère n’est donc pas un adiaphoron.

En d’autres termes — et c’est la conclusion nécessaire à laquelle on aboutit quand on fait du ministère un des éléments de l’être de l’Église — une Église peut devenir hérétique non seulement à la suite d’une altération de sa foi ou d’une falsification de son culte ; elle peut le devenir aussi si elle adopte une structure qui ne se justifie pas au regard du Nouveau Testament. Celle-ci n’a pas pour raison d’être de faciliter l’inévitable vie sociale de l’Église. Sa vraie raison d’être, c’est d’exprimer et de protéger la nature même de l’Église.

p. 40.

Tous ne sont pourtant pas aussi critiques lorsqu’ils abordent la question de l’organisation et de la hiérarchisation progressive de l’Église ancienne. Dans le chapitre 4 du livre IV de l’Institution de la religion chrétienne (que je cite dans la traduction en français modernisé de Marie de Védrines et Paul Wells), Calvin sait présenter et évaluer la chose avec le recul historique et la charité chrétienne nécessaires :

Bien que les évêques de l’époque aient élaboré de nombreux canons ou règles, qui donnaient à penser qu’ils ordonnaient plus de choses que Dieu ne l’avait énoncé dans l’Écriture, ils ont tellement conformé la discipline et leurs règlements à la seule Parole de Dieu qu’il apparaît avec évidence qu’ils ne s’en sont pas écartés. Même s’il y avait eu des choses à reprendre dans leur façon de faire, le zèle avec lequel ils se sont efforcés de conserver l’institution du Seigneur, sans guère s’en éloigner, nous encourage à examiner maintenant comment ils ont fait.

IRC IV,4,1.

Voilà les ministères ou charges qui étaient en vigueur dans l’Église ancienne ; les autres états du clergé, dont il est souvent fait mention dans les livres de docteurs ou dans les conciles, étaient plutôt de l’ordre de la formation et de la préparation que de véritables charges. Afin que l’Église ne disparaisse pas et qu’elle ne soit pas dépourvue de ministres, les jeunes gens qui, avec l’accord et l’autorisation de leurs parents, se présentaient avec le projet de servir plus tard, étaient reçus dans le clergé et avaient le nom de clercs. On les instruisait et les préparait à une vie de sainteté, afin qu’ils ne soient pas sans expérience et ignorants quand il serait question de leur confier une charge. J’aurais préféré qu’on leur donne un autre nom mieux adapté, puisque Pierre appelle toute l’Église le clergé du Seigneur, c’est-à-dire son héritage (1 Pierre 5,3). Ce nom ne convenait pas à un seul ordre. Pourtant, la façon de faire était sainte et utile : ceux qui veulent se consacrer à l’Église doivent être nourris sous le contrôle de l’évêque, afin que personne n’assume une charge avant d’avoir été bien formé, c’est-à-dire instruit dans la bonne et sainte doctrine, habitué à accepter la discipline et à être humble et obéissant, ainsi qu’à être occupé des choses saintes, afin de prendre de la distance par rapport aux préoccupations profanes et mondaines.

IRC IV,4,9.

La Confession écossaise de 1560 se fait elle aussi le reflet de l’opinion majoritaire quand elle nie la nécessité

that one polecy and one ordour in ceremoneis can be apoyntit for al ageis, tymes and places: for as ceremoneis… are but temporal, so may and aucht thay to be chengeit, quhen thay rather foster superstitioun, than that thay edifie the kirk using the same.

qu’une seule règle et qu’un seul ordre des cérémonies puisse être décrété pour tous les âges, les temps et les lieux, car les cérémonies… sont par essence temporelles, de sorte qu’elles peuvent et doivent être changées lorsqu’elles nourrissent la superstition plutôt qu’elles n’édifient l’Église.

La manière dont s’organise et s’exprime le ministère peut donc connaître certaines variations du moment que celles-ci relèvent de son bene esse, sans menacer son essence. C’est davantage la canonisation ou la dogmatisation de ces différences que critiquent les réformés. Les prélats de l’Église risquent d’une part d’obscurcir l’unité fondamentale du ministère divin, d’autre part, force est de constater qu’en Suisse au moins, ils n’ont pas collaboré aux efforts de réformation de l’Église.

Nier la légitimité de ces titres ne signifie pas forcément que l’Église réformée se désintéresse du tout des ecclésiastiques. Certes, certaines critiques semblent le suggérer et refuser la dignité de ministre à leurs porteurs. Ainsi, un réformé déclare lors de la dispute de Lausanne :

Les papes, vichancelliers, légatz, cardinaux, prothonotaires, referendaires, dataires, patriarches, archevesques, evesques, prestres, doyens, moynes, gardiens, prieurs, abbez et toute ceste maniere papale tant diverse en vie, doctrine et ordonnances… ne sont nullement ministres de l’Eglises de Jesus et n’ont rien et ne font rien qu’appartiennent à vrays ministres.

A. Piaget (éd.), Actes de la Dispute de Lausanne, Neuchâtel, 1928, p. 283.

Mais il fait à la même occasion appel à « ceux qui se disent pasteurs » : il leur est demandé de « s’employer à faire ce que Dieu commande » (ibid.) et de se soucier du pauvre peuple. Von Allmen conclut donc son paragraphe en plaidant donc pour « le maintien d’une certaine diversité d’exercice à l’intérieur du ministère essentiel du pastorat-épiscopat » (p. 41). À cela, j’ajouterais deux autres éléments qui ne figurent pas ici :

  • Les différents titres et grades qu’un ecclésiastique catholique (ou orthodoxe) reçoit au fil de sa carrière ne s’oblitèrent pas nécessairement les uns les autres. Le sacrement de l’ordre, auquel l’ecclésiologie catholique reconnaît deux ou trois degrés7, demeure en particulier pour l’éternité (il a un character indelebilis, dit le canon 1008 du Code de droit canonique actuel ; cela a été reconnu peu avant la Réforme, au concile de Florence en 1439). Un archiprêtre demeure donc prêtre, un archevêque ou pape évêque, etc. Plus encore (à supposer que le clerc ait suivi la progression normale dans les ordres, et n’ait pas été ordonné per saltum), un évêque est en même temps un prêtre, et même un diacre. Paul VI se prévalait encore de son statut de diacre lorsqu’il était pape (cf. cette anecdote). Nier la légitimité du titre d’un archevêque ne met pas ipso facto son porteur en dehors du rôle des « ministres de l’Église de Jésus », pour peu que la validité des ordinations presbytérales (et/ou épiscopales) catholiques soit reconnue. Notons toutefois — il en sera davantage question dans le chapitre suivant — que Zwingli s’est élevé contre la théologie du character perpétuel de l’ordination (61e thèse de la dispute de Zurich) :

Et bien que les apôtres aient imposé leurs mains sur ceux qu’ils ordonnaient pour prêcher, cela se passait néanmoins selon l’usage général des gens qui ont l’habitude d’attester par une poignée de main la fidélité, la foi et l’engagement pour une importante charge8. Tu n’y trouves pas non plus qu’ils aient dit quoi que ce soit d’une gravure inamissible, mais tu trouves du temps de Jérôme (qui écrit aussi que certain diakonos, c’est-à-dire serviteur, était à blâmer et à congédier) que, si quelqu’un n’était plus apte à la fonction du service eucharistique, il n’était plus un diacre ; or le character [de ce diacre] n’était pas pris en considération, mais si on le révoquait il n’était plus dans la fonction. Nous en déduisons qu’ils ont considéré la prêtrise comme une fonction, et non comme une dignité ou une aristocratie. Comme lorsque quelqu’un qui est bourgmestre exerce cette fonction et reconnaît que c’est une fonction. Si on lui en rend hommage, cela vient alors du fait qu’il exerce correctement sa fonction. Dès qu’il ne l’exerce plus comme ce doit être le cas, on l’écarte ; car il n’est plus bourgmestre. « Être un prêtre » n’est donc rien d’autre qu’être un honorable proclamateur de la parole de Dieu et un veilleur au salut des âmes. Si quelqu’un fait cela, le respect vient ensuite ; s’il ne le fait pas, on doit le révoquer ; car il n’est plus un prêtre.

H. Zwingli, Les 67 thèses réformatrices de 1523 et leurs commentaires, Genève : Labor et fides, 2021, pp. 404-405.
  • La pratique constante des Églises réformées en matière baptismale a été de considérer comme valide un baptême administré par un clerc catholique (a contrario, l’Église réformée s’est élevée contre l’administration du baptême par les laïcs, notamment par les sages-femmes). À notre connaissance, aucune différence n’était faite en fonction du titre porté par le clerc en question — même lorsqu’il s’agissait d’un diacre. Il semble donc que l’ensemble des ordres majeurs ait été considéré comme équivalent valide au saint ministère.

Le monachisme

La cause des moines est plus difficile. Là où des nuances peuvent et doivent sans doute être apportées à la critique des prélats et des ordres mineurs catholiques, l’existence du monachisme « n’a aucune justification biblique » (p. 41). Les réformés ont formulé plusieurs types de reproches à leur encontre :

  • Le premier et le plus fréquent est celui de judaïser : les moines méprisent la liberté chrétienne et s’imposent un joug fait de traditions et d’ordonnances humaines (ein dienstbarkeit menschlicher satzungen, écrit la Confession tétrapolitaine de 1530). On retrouve aussi cette accusation dans la Confession genevoise de 1536, mais pas dans la Confession helvétique postérieure.
  • Le second, et celui qui se déploie ici, est celui du parasitisme : les moines ont cessé d’être des laïcs ordinaires, vivans du travail de leurs mains, sans estre en charge à personne, pour vivre au crochet de la communauté. Ce ne sont donc pas seulement leurs vœux qui sont critiqués, mais aussi leur vie et leur fidélité à ces vœux. On retrouve cette accusation dans la Confession tétrapolitaine — la seule qui consacre un article complet au monachisme — avec une attaque supplémentaire contre la licence sexuelle des moines.
Lucas Cranach l’Ancien, « Le veau-moine », gravure, in De deux monstres prodigieux, à savoir d’un asne-pape qui fut trouvé à Rome en la rivière du Tibre l’an 1496, et d’un veau-moine nay à Friberg en Misne l’an 1528, 1557.
  • Le troisième découle du second : retirés du monde, les moines sont aussi insoumis au pasteur du lieu. Ils contreviennent en cela à leur propre vœu d’obéissance. À cela s’ajoute, pour ceux des moines qui reçoivent la prêtrise, le sectarisme : sans charge de paroisse, ils sont des « bergers sans troupeau ». La même accusation se trouve chez d’autres (les thèses de Zwingli de 1523, par exemple). Pour von Allmen, c’est ce facteur qui a été déterminant : « le rejet pur et simple du monachisme est une mesure avant tout cléricale. » (p. 41)
  • Une dernière circonstance aggravante, que von Allmen mentionnera en passant au chapitre suivant, est la présence de femmes dans les ordres monastiques. Or le rejet de tout ministère féminin est explicite dans la Confession helvétique postérieure.

On note tout de même, et c’est un trait fréquent dans la polémique réformée, la reconnaissance des fruits positifs du mouvement monastique à ses débuts : c’est le cas chez Calvin et chez Viret, par exemple. Enfin, von Allmen note que les réformateurs ne se sont pas confrontés qu’au monachisme catholique ; certains points communs pouvaient être repérés dans l’organisation du ministère chez les vaudois, qui cherchaient progressivement à se rapprocher des Églises réformées, et prennent des contacts.

Or ils avaient réglé l’exercice du ministère d’une manière à la fois « apostolique » et « monacale » : pour accéder chez eux au ministère, il fallait savoir lire et écrire, et avoir au moins vingt-cinq ans. La formation du clergé se faisait par des cours bibliques et catéchétiques qui se donnaient chaque hiver pendant trois mois. Les candidats suivaient ces cours pendant trois ou quatre ans. Au cours de cette période, ils faisaient aussi du travail diaconal, pratique, en passant un à deux ans dans un hospice tenu par des sœurs (mi-diaconesses, mi-moniales). Ainsi éprouvés, ils étaient ordonnés, par la prière et l’imposition des mains, au ministère presbytéral au cours d’un culte eucharistique, puis envoyés deux par deux pour un exercice itinérant du saint ministère. Ils devaient rester célibataires, et le plus jeune des deux devait une obéissance totale à son aîné. Les fidèles les rétribuaient en nature, et ils complétaient leur revenu en travaillant de leurs mains. Six fois par jour, ils faisaient des prières pendant un quart d’heure, et ils vivaient en communauté de biens.

p. 42.

La réponse des réformateurs allait-elle être différente, face à ces moines d’un autre genre, bien mieux disposés à leur égard ? Allaient-ils faire preuve de favoritisme ? Il semble qu’il n’en ait pas été ainsi, à en croire les réactions d’Œcolampade et de Bucer9:

  1. L’exercice parallèle d’un métier manuel est déconseillé aux ministres vaudois.
  2. L’imposition du célibat est fortement critiquée.
  3. Le service dans les hospices est lui aussi déconseillé.
  4. Le caractère itinérant de leur ministère est désapprouvé.
  5. Bucer insiste de plus sur les dons d’enseignement nécessaires chez les candidats.

En somme, c’est l’ensemble du modèle ministériel vaudois qui est remis en cause selon les mêmes principes ! Von Allmen, tout en reconnaissant la logique et le fondement scripturaire de cette réforme, reste aussi critique ; la suppression du monachisme a engendré un manque qui n’a pas tardé à être comblé par autre chose, et qui aurait peut-être pu être prévenu.

Ce manque de confiance et d’espérance à l’endroit de l’extraordinaire, cette dure réduction de l’Église à l’ordinaire n’a pas été bénie : d’un côté les conditions étaient posées qui devaient rendre possible la revanche piétiste de la fin du XVIIe siècle, revanche autrement « sectaire » que ne l’aurait été un monachisme entraîné en tant que tel dans la Réforme ; de l’autre il en est résulté un refroidissement indéniable de l’amour de la sainteté, et on a fini par oublier qu’il y a dans l’Église deux chances de grandeur : le ministère et la sainteté, mais que seule celle-ci compte pour l’éternité.

p. 42.

Cette critique est devenue assez classique, et l’histoire contemporaine du protestantisme est ponctuée d’initiatives néo-monastiques. Von Allmen ajoute aussi que la suppression du monachisme a rendu difficile de proposer quelque chose de satisfaisant aux vocations féminines (p. 130). Il s’agit pour les Églises réformées de prendre conscience de ces écueils et de tâcher d’y répondre sans renoncer à leurs principes (von Allmen a d’ailleurs milité contre l’ouverture aux femmes du ministère pastoral). On verra au chapitre suivant que Bullinger était du reste bien conscient que la simplicité évangélique était aussi une qualité des ministres, qui pouvait à l’occasion pallier leur manque d’érudition.


Illustration de couverture : Sir David Wilkie, La prédication de John Knox devant les lords de la congrégation, 10 juin 1559, huile sur toile, 1832 (Galerie nationale d’Écosse, Édimbourg).

  1. La Confession helvétique postérieure peut être lue en français modernisé ici.[]
  2. Pierre Richier et Guillaume Charretier. Sur cette expédition, cf. Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre de Bresil autrement dit Amerique, 1577, et Théodore de Bèze, Histoire des Églises réformées au royaume de France, 1580. Pour un traitement moderne, O. Reverdin, Quatorze calvinistes parmi les Topinambous (1556-1558).[]
  3. Viande : nourriture.[]
  4. Sieges : tribunaux.[]
  5. Les réformateurs ont par exemple critiqué le rôle donné par l’Église romaine aux diacres dans la prédication et l’administration de certains sacrements (mais cf. infra sur leur rôle dans l’Église de Zurich).[]
  6. D’où peut-être l’omission gênée de la traduction allemande ?[]
  7. Le statut sacramentel du diaconat a été discuté dans l’histoire de l’ecclésiologie catholique. Cajetan refusait d’y voir un sacrement ; à l’inverse, Bellarmin étendait le statut de sacrement au sous-diaconat et à tous les ordres mineurs. Le concile de Trente n’a pas pris position sur le sujet. Le canon 1009 du Code de droit canonique fait actuellement du diaconat le premier degré du sacrement de l’ordre. Pour le détail de la question, cf. Jean-Robert Armogathe, « Deux questions disputées : la nature sacramentelle du diaconat et l’ordination diaconale des femmes », Communio, n°XXXVI, mars-avril 2001, p. 81 sq. (disponible en ligne).[]
  8. Encore aujourd’hui dans certaines Églises alémaniques, l’imposition des mains est accompagnée voire remplacée par une poignée de mains (dont les origines liturgiques peuvent remonter à Galates 2,9).[]
  9. Von Allmen cite C. Gonnet, « Beziehungen der Waldenser zu den oberdeutschen Reformatoren vor Calvin », Zeitschrift für Kirchengeschichte 1952/53, Stuttgart, pp. 308-311.[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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