Il y a beaucoup de titres angéliques dans la Bible qui laissent à penser qu’il y a un ordre chez les anges, avec certains qui sont supérieurs à d’autres : armées célestes, trônes, principautés et puissances, archange. En Matthieu 25,41 on parle aussi de princes parmi les démons. Cependant Turretin et la tradition réformée avec lui ne pense pas qu’il soit sage d’élaborer davantage, pour savoir par exemple la hiérarchie exacte derrière tous ces noms. Il s’appuie notamment sur Augustin :
Je crois très fermement qu’il y a des trônes, des dominations, des principautés, des puissances dans les arrangements célestes, et je tiens d’une foi ferme qu’il y a une différence entre eux. Mais au risque que tu méprises celui que tu crois être un grand enseignant, je ne sais pas ce qu’ils sont, et quelle est cette différence – Augustin, Ad orosium contra priscillianistas II
La présomption hâtive est plus blâmable que l’ignorance prudente. – ibid.
Comment ces mots diffèrent entre eux, que celui qui sait le dise, s’il peut le prouver. Pour ma part, je confesse ne pas savoir. – Enchiridion 15
Mais la tradition occidentale ultérieure, et surtout la scolastique médiévale ne s’était pas contenté de cette sobriété, et l’on voit chez Thomas d’Aquin beaucoup de détails et de propositions d’ordre basés sur un livre particulier : Les hiérarchies célestes de celui que nous appelons aujourd’hui le pseudo-Denys, mais qui jusqu’au XVIe siècle était considéré comme Denys l’aéropagite, soit un disciple direct de Paul mentionné en Actes 17,34. Turretin mentionne aussi que cet intérêt disproportionné pour les hiérarchies angéliques était un défaut typique des juifs, tel qu’on le voit dans le livre apocryphe de Tobit. Tout cela, selon Turretin, ne sont que des inventions humaines indignes d’un théologien.
Du pseudo-Denys
Tout d’abord, Turretin rejette que l’auteur des hiérarchies célestes soit le compagnon de l’apôtre Paul. Il s’appuie non seulement sur le témoignage des auteurs réformés, mais également celui des auteurs catholiques :
- Le cardinal Cajetan.
- L’évêque Godell de Venise.
- Sirmondus
- Launoyus, professeur à la Sorbonne.
- Erasme, Valla, Rhodiginus, Nicolas Faber.
Ensuite, il y a des problèmes suivants :
- Aucun témoignage de ce livre avant le Ve siècle, et particulièrement dans les catalogues de littérature faits par Jérôme et Eusèbe de Césarée.
- Des grands enseignants comme Augustin, Irénée, Cyrille de Jérusalem ignorent totalement l’existance de ce livre.
- Le style du livre est ampoulé, précieux et obscur, alors que le style du Ier siècle est bien plutôt clair et simple.
- On y mentionne des autels, des temples, des choeurs qui ne pouvaient pas exister à l’époque du vrai Denys l’aéropagite.
- Pour un traitement plus complet, Turretin renvoie vers Jean Daillé qui prouve en détail et en profondeur la pseudonymie des Hiérarchies célestes.
Contre les hiérarchies scolastiques
Turretin avance les arguments suivants contre le système proposé par les scolastiques :
- Paul n’en parle pas, et il serait vraiment extraordinaire que ce soit une tradition orale qui n’ait été enregistré par personne avant le cinquième siècle, pas même par ses compagnons tels que Timothée.
- Si vraiment on devait dessiner une hiérarchie à partir des titres angéliques, neuf catégories ne suffiraient pas pour l’armée de Dieu.
- En Hébreux 1,14, il est écrit Ne sont-ils pas tous des esprits serviteurs? ce qui écrase toute distinction parmi les anges.
- Aucun de ces titres ne donne une qualité qui serait propre à cette catégorie d’ange et pas une autre. Autant que l’on sache, tous les anges voient Dieu, aiment Dieu, servent Dieu et il n’y a pas d’autres distinctions.
- Le pseudo-Denys dit que les anges les plus élevés voient Dieu et ne sont pas envoyés dans le Monde, tandis que les plus bas ne voient pas Dieu et sont envoyés dans le Monde. Or, dans l’Écriture, nous voyons les séraphins et les chérubins contempler le visage de Dieu et être envoyés dans le monde. Cf Ésaïe 6,6 et Genèse 3,24.
- Ces divisions en trois ressemble à la division platonicienne entre surcéleste, céleste et subcéleste ; non à la pensée paulinienne.
Les titres angéliques que donne Paul ne contiennent aucune information pouvant justifier une hiérarchie, comme par exemple des effectifs, des qualités spécifiiques, des pouvoirs spécifiques. Trône, principautés et dominations sont utilisés de façon interchangeable ailleurs dans la Bible.
Objection Il est écrit en Apocalypse 12,7 que Michel et ses anges combattirent le dragon. Donc il y a une hiérarchie angélique précise. → Michel est ici un titre de Christ.
- Michel est en Apocalypse 12.7 le chef des armées de l’Éternel. Or, dans d’autres passages de la Bible, cette même fonction est attribuée à Dieu en tant que chef des anges. Cf Josué 5,13 ; Ésaïe 55,4 ; Hébreux 2,10.
- Cette victoire écrasante sur le dragon en Apocalypse 12,7 est attribué à Jésus Christ en Romains 16,20 Le Dieu de la paix écrasera bientôt le Satan sous vos pieds. et Genèse 3,15.
- Le nom même de Michel est utilisé en Daniel 12,1 pour parler de l’avènement et l’incarnation de Jésus Christ.
0 commentaires