Y a-t-il un péché originel ou une tâche inhérente et la dépravation peut-elle être admise, propagée à nous par génération ? Nous l’affirmons contre les pélagiens et les sociniens.
Turretin enchaîne la question sur le péché originel par une question qui exclut deux erreurs opposées quant au péché originel.
1. Le péché originel n’a pas corrompu l’essence même de notre âme (§§2-6)
Au XVIe siècle, Flacius Illyricus avait répondu à un proto-arminien exaltant le libre-arbitre humain en insistant exagérément sur la corruption innée de l’homme. D’après lui, le péché originel mutilait jusqu’à l’essence de notre âme. C’est resté une opinion marginale chez les réformés, mais Bellarmin en profitait quand même pour l’épingler.
La position orthodoxe est que le péché reste quelque chose que l’on a, pas que l’on est. En langage scolastique : Le péché doit être distingué de la substance elle-même, comme accident et qualité vicieuse de son sujet.
- Toute substance est créée par Dieu et est bonne, à ce titre. (Genèse 1:31 ; 1 Timothée 4:4)
- Dans l’Écriture, le péché est décrit comme quelque chose qui nous assaille, qui est présent en nous, qui habite en nous ou comme un vêtement que l’on enlève. Ces images ne décrivent pas notre substance.
- La position d’Illyricus impliquerait que Christ est devenu pécheur en assumant la nature humaine, ce qui est inacceptable.
- Le péché n’est ni un genre, ni une espèce (puisqu’il n’est pas un être) ; c’est donc une qualité qui s’attache à une substance.
La justice originelle et le péché sont mutuellement opposés l’un à l’autre, mais l’image de Dieu est parfois utilisée de façon plus large (en ce qu’elle s’étend à la substance immortelle et spirituelle de l’âme même).
2. Le péché originel est-il seulement un manque de quelque chose ?
Dans la doctrine catholique (du XVIIe siècle) on allait dans l’autre extrême : le péché originel n’est que la perte de la justice originelle, une justice originelle qui n’était de toute façon qu’un don surajouté à notre nature et non un élément naturel de notre substance. Cf 1
Leur but est de prouver que l’homme après la chute n’est pas plus différent de l’homme avant la chute qu’un homme malade et infirme est différent d’un homme sain et fort, un homme entravé d’un homme libre.
Contre cela, nous affirmons que nous avons perdu la justice originelle, et qu’elle a été remplacée par un habitus d’injustice.
- Dans l’Écriture, le péché n’est pas décrit seulement comme un manque (Romains 3:23 ; Romains 7:18 ; 1 Corinthiens 2:14 ; Éphésiens 4:18) mais aussi comme une chose affirmable et positive (que l’on ajoute) : chair, concupiscence, loi dans mes membres, le péché habitant en moi, ce corps de mort, vieil homme, etc. (Jean 3:6 ; Romains 7:18, 20, 23, 24 ; Éphésiens 4:22)
- Le péché demeure en l’homme et l’incline vers le mal, et il se propage à sa postérité. On ne peut pas dire cela d’un « simple » manque.
- Les hommes ne manquent pas seulement de justice, mais ils sont pleins d’injustices ; non seulement incapables de faire le bien, mais inclinés vers le mal ; non seulement détournés de Dieu le Bien éternel et immuable, mais aussi tournés vers la créature et penchant vers tous les vices. Même la métaphore de la maladie est mal utilisée : un malade n’a pas seulement un « manque de santé » : sa maladie est une chose positive qui s’ajoute à son état. Un cancer n’est pas un manque de santé, mais la présence positive d’une tumeur agressive.
- Le péché n’est pas seulement le manque de justice originelle, mais son contraire.
- L’action de pécher n’est pas seulement manquer de bonnes actions, mais pratiquer des mauvaises actions.
- Plusieurs scolastiques de renom admettent que le péché originel n’est pas seulement un manque, mais aussi une corruption ajoutée à la nature humaine.
- Thomas d’Aquin [Summa Theologica I-II, Q82, art. 1]
- Cajetan, le principal théologien opposant à Luther [Commentaire sur la Summa Theologica de Thomas d’Aquin, sur I-II, Q82, art. 1]
- Bellarmin indique aussi que cette opinion est tenue par Pierre Lombard, Henri de Gand, Grégoire d’Arminium, même si c’est pour les réfuter.
Turretin plonge ensuite dans des détails fins encore pertinents au XVIIe siècle. Mais dans l’état actuel de la théologie évangélique, cette synthèse suffira bien.siècle. Mais dans l’état actuel de la théologie évangélique, cette synthèse suffira bien.
- 5.11 Justice originelle[↩]


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