Les trois Églises orientales qui ont le canon protestant
5 novembre 2025

Il y a quelques temps, j’ai publié une vidéo compilant en grand détail les écrits des Pères qui optaient pour un canon étroit de l’Ancien Testament : le canon juif ou protestant. Dans celle-ci, je mentionnais deux Églises orientales dont le canon correspond au canon protestant. Ayant découvert une troisième Église orientale dont les affirmations sont similaires, je publie ici les textes en question. Mais avant cela, voici la vidéo en question si vous ne l’avez pas visionnée :

L’Église orthodoxe russe

Pour donner un aperçu de l’enseignement officiel de l’Église orthodoxe russe à ce propos, voici ce que dit le catéchisme du patriarche Philarète de Moscou :

Q. Combien compte-t-on de livres de l’Ancien Testament ?

R. Saint Cyrille de Jérusalem, saint Athanase le Grand et saint Jean Damascène en comptent 22, pour se conformer au dénombrement qu’en font les Hébreux dans la langue originale. (Voyez l’Épître 39 d’Athanase sur les solennités et la Théologie de saint Jean Damascène, liv. 4, chap. 17.)

Q. Pourquoi la manière de compter des Hébreux doit-elle être prise en considération ?

R. Parce que, comme le dit l’apôtre saint Paul, les oracles de Dieu leur ont été confiés, et l’Église chrétienne de la Nouvelle Alliance a reçu les livres de l’Ancien Testament de l’ancienne Église hébraïque. (Rom. 3,2.)

Q. Et comment saint Cyrille et saint Athanase énumèrent-ils les livres de l’Ancien Testament ?

R. De la manière suivante :

1 Le livre de la Genèse. 2. L’Exode. 3. Le Lévitique. 4. Le livre des Nombres. 5. Le Deutéronome. 6. Le livre de Josué. 7. Le livre des Juges et avec lui, comme étant son appendice, le livre de Ruth. 8. Le premier et le second livre des Rois, comme deux parties d’un même livre. 9. Le troisième et le quatrième livre des Rois. 10. Le premier et le second livre des Paralipomènes. 11. Le premier livre d’Esdras et le deuxième du même auteur, ou, selon la version grecque, le livre de Néhémie. 12. Esther. 13. Job. 14. Les Psaumes. 15. Les Proverbes de Salomon. 16. L’Ecclésiaste du même auteur. 17. Le Cantique des Cantiques du même. 18. Le livre du prophète Isaïe. 19. Celui du prophète Jérémie. 20. Celui du prophète Ézéchiel. 21. Daniel. 22. Le livre des douze petits prophètes.

Q. Pourquoi dans cette nomenclature ne fait-on pas mention du livre de la Sagesse et de quelques autres ?

R. Parce qu’ils n’existent pas en langue hébraïque.

Q. Comment doit-on considérer ces livres ?

R. Saint Athanase dit qu’ils sont destinés à servir de lecture aux néophytes.

Par ailleurs, comme l’explique la vidéo en en-tête de l’article, cet enseignement est fort courant dans les siècles qui précèdent l’adoption de ce catéchisme, on le trouve chez des théologiens comme Théophane Prokopovitch, recteur de l’académie de Kiev au début XVIIIe ; dans un exposé de dogmatique orthodoxe de 1783 ; l’archimandrite Irénée Falkovski dit la même chose en 1795 ; de même pour Sylvestre Lébedinski, un autre archimandrite de la fin XVIIIe, qui composa même un poème en latin listant les apocryphes et se terminant par le vers « non possunt merito divina oracula dici », c’est-à-dire « ils ne méritent pas d’être considérés comme oracles divins. » L’achimandrite Antoine, début XIXe, réitère l’enseignement. Le grand théologien orthodoxe Macaire, au XIXe, dit de même. Eugène Ouspenski en 1895 aussi.

L’Église assyrienne de l’Orient

Cette Église, dont le nom officiel est Sainte Église catholique apostolique assyrienne de l’Orient, est la descendante de l’Église de l’empire sassanide, qui était dès l’an 424 indépendante de l’Église de l’Empire romain (que ce soit l’Église latine ou l’Église grecque). La tension politique entre l’empire sassanide et l’Empire romain força les Églises de ces empires respectifs à prendre de la distance. L’Église assyrienne donc, est une Église dite « des deux conciles » puisqu’elle adhère aux conciles de Nicée et Constantinople. Depuis 424, donc, elle a déclaré officiellement être sous la direction du patriarche de l’Orient.

Toutefois, cette Église a continué d’entretenir des liens étroits avec les Églises de l’Empire romain, et en particulier avec le patriarcat d’Alexandrie, celui où Athanase était évêque.

Dans la dernière édition de son catéchisme, celle de 2006, l’Église assyrienne déclare :

7) Combien de livres de l’Ancien Testament comptons-nous ?

Selon les premiers documents de l’Église, nous avons un système de numérotation qui peut dérouter les fidèles ; cependant, disons qu’il y a un total de 46 livres de l’Ancien Testament. Les premiers Pères de l’Église comptent un total de 22 livres de l’Ancien Testament, étant arrivés à ce nombre particulier, en accord avec la communauté juive de Jérusalem, qui les avait ainsi comptés avec l’ancienne langue originale « hébraïque ».

8) Pourquoi devons-nous approuver le calcul juif de Jérusalem de ces livres ?

Nous vous renvoyons aux écrits de saint Paul, le trésorier de l’Église, où il déclare dans l’épître à l’Église romaine : … beaucoup de toutes manières, principalement parce que les oracles de Dieu leur ont été confiés (3,2), ce qui signifie simplement par interprétation que les saints écrits de l’Ancien Testament ont été reçus de l’Église hébraïque (à Jérusalem) par l’Église chrétienne du Nouveau Testament de Jérusalem.

9) Comment les Pères de l’Église primitive énumèrent-ils les livres de l’Ancien Testament ?

[S’ensuit alors une liste du canon de l’AT qui correspond au canon protestant, puis le catéchisme poursuit :]

10) Nous avons d’autres livres de l’Ancien Testament, mais ils ne sont pas mentionnés ici, comme la Sagesse du fils de Sirach, et d’autres, pourquoi cela ?

Ces livres n’existent pas en langue hébraïque, mais ils existent dans les textes grecs.

11) Comment l’Église d’Orient considère-t-elle ces autres livres qui ne sont pas inclus dans l’original hébreu ?

Saint Athanase, en tant que père de l’Église, a déclaré que ces livres étaient inclus dans les lectures obligatoires des prosélytes qui se préparent à être admis dans la sainte Église par le saint Baptême.

L’Église arménienne

Après avoir listé le canon de l’Ancien Testament, correspondant exactement au canon protestant, le catéchisme de l’Église arménienne déclare :

La liste, ci-dessus, des livres de l’Ancien et du Nouveau Testaments fait partie du Canon de l’Écriture sainte. En dehors de celle-ci, certains livres de la Bible se disent deutérocanoniques ; on ne les a pas trouvés dans l’hébreu de l’Ancien Testament, mais ils ont été découverts dans la traduction en grec de l’Ancien Testament faite par les Septante.

Les livres deutérocanoniques ont été inclus dans le canon car leur teneur était pure et leur morale élevée. L’Église arménienne considère avec respect les livres deutérocanoniques, mais seuls les livres contenus dans le Canon sont d’inspiration divine1.

Remarquez l’alternance entre canon et Canon, pour désigner par le second les livres d’inspiration divine et par le premier des livres dignes de lecture car pur et de morale élevée.

Le catéchisme poursuit en mentionnant le concile de Partav de 768 qui a dressé la liste des livres deutérocanoniques, sous la direction du Catholicos Sion Ier de Bavonq et en présence du Catholicos David III d’Albanie Caspienne. Les livres en question sont Judith, Tobie, 1 et 2 Maccabées, Sagesse, Siracide et Baruch.

Conclusion

Outre la curiosité historique, l’intérêt de ces données dans le cadre de l’argumentaire que je développe dans la vidéo est de battre en brèche l’idée que les protestants auraient arbitrairement et unilatéralement décidé de retirer certains livres du canon. Le canon dit « protestant » n’est rien d’autre que le canon correspondant à la liste chrétienne la plus ancienne que nous avons du canon de l’Ancien Testament, le canon des juifs, des orthodoxes russes, des assyriens, des arméniens et, comme entend le montrer la vidéo, le canon de la majorité des Pères.


Illustration : Monument à Mesrop Maštocʿ (Erevan, Arménie).

  1. Albert Khazinedjan, Le Catéchisme de la sainte Église arménienne apostolique universelle orthodoxe, éd. L’Harmattan, 2014, pages 131-135.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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