La perfection de la loi de Moïse – Turretin (11.3)
8 décembre 2025

La loi morale est-elle une règle de vie et de morale si parfaite que rien ne peut lui être ajouté ni ne doit être corrigé pour le vrai culte à Dieu ? Ou bien Christ l’a-t-il accompli non seulement parce qu’elle est imparfaite, mais l’a aussi corrigé à rebours de ses doctrines ? Nous affirmons la première proposition, nous nions la seconde contre les sociniens, les anabaptistes, les remontrants et les papistes.

Au sujet de la loi de Moïse (ou loi morale), et surtout de sa perfection, on avait différentes fausses opinions :

  1. Les sociniens disaient que Jésus avait corrigé et augmenté la loi morale sur tous les commandements (par exemple, en poussant le « tu ne tueras pas » jusqu’à ne pas se mettre en colère du tout).
  2. Les papistes comme Bellarmin affirmaient que Christ avait amené la loi de Moïse à une maturité parfaite [De Justificatione 4.3]. Maldonatus disait plus directement que la loi de Moïse avait été corrigée et on y avait ajouté des éléments évangéliques qui lui manquaient auparavant.

Contre cela, les réformés du XVIIe siècle affirmaient que Jésus n’a pas corrigé la loi mais seulement son interprétation, et enlevé aussi des rajouts humains qui n’avaient rien à voir avec ce que Moïse avait donné. L’enjeu de la question était qu’avec le système romain, les préceptes évangéliques devenaient une « deuxième loi » aussi dénuée de grâce que la première.

Argumentation (§§4-8)

Premier argument : c’est le témoignage explicite de l’Écriture en Psaume 19.8 La loi de l’Éternel est parfaite.

Deuxième argument : Christ n’est pas venu pour détruire la loi, mais pour l’accomplir (Matthieu 5.17). Le verbe grec derrière « accomplir » — πληρῶσαι — ne signifie pas corriger ou rajouter ce qui manque. Il s’agit plutôt de faire ce que la loi commande.

Troisième argument : ni Christ ni les apôtres n’ont introduit de nouveaux commandements qui n’étaient pas déjà présents dans la loi de Moïse (Mt 22.37 ; Rom 13.9). Il n’a rien interprété différemment que ce qu’avaient déjà fait les prophètes, et c’est pour cela que Jean parle d’un commandement ancien et nouveau (1 Jn 2.7-8).

Quatrième argument : Croire que la loi de Moïse doit être corrigée, c’est croire que Dieu s’est trompé, ce qui est impie.

Cinquième argument : même des préceptes évangéliques comme « renoncer à nous-même », « porter sa croix », « imiter Christ » faisaient déjà partie de l’Ancien Testament, même si les mots n’y étaient pas. Les prophètes appelés par Dieu n’ont-ils pas dû renoncer à eux-mêmes et porter leur part de souffrance pour la foi dans le vrai Dieu ?

Réponses aux objections (§§9-33)

Il y a une chose à corriger la loi elle-même ; une autre à la purifier de la fausse interprétation des scribes et des pharisiens. Une chose à introduire un sens entièrement nouveau dans la loi ; une autre à n’introduire qu’une nouvelle lumière en déroulant ce qui était caché dans la loi et n’était pas pris en compte par les enseignants (et ainsi, en expliquant, à déclarer ; et en vindiquant, à restaurer). Christ a fait ce dernier, non le premier (Mt 5). Il n’agit pas comme un nouveau législateur, mais seulement comme un interprète et vindicateur de la loi donnée par Moïse. Il oppose ses paroles non aux paroles ou écrits de Moïse, mais à ceux des scribes et des pharisiens (qu’ils se vantaient d’avoir reçus des anciens enseignants). Cela est clair : (1) de la proposition de Christ où il parle de la justice des pharisiens — « si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens » (Mt 5.20). Par conséquent, son intention était de mettre de côté la justice des pharisiens et non celle enjoignée par la loi de Moïse. (2) De la manière de parler, il ne dit pas « Il est écrit dans la loi de Moïse » ; ou « la loi ou Moïse vous a dit », mais « vous avez entendu » (à savoir, des scribes ou pharisiens) « qu’il a été dit autrefois » ou « par ceux d’autrefois ». Et ainsi il montre qu’il rejette seulement les traditions des anciens (Mt 15.2, 3) et non la loi de Moïse. (3) De l’exemple cité concernant l’amour des voisins (Mt 5.43) et la haine de nos ennemis, qui n’a pas été dit par Moïse, qui commande même le contraire (Lév 19.18 ; Ex 23.4, 5), et Salomon après lui (Prov 25.21, 22), mais par les enseignants juifs et les anciens des pharisiens. (4) Des choses elles-mêmes soit commandées soit interdites par Christ (que nous prouverons plus tard étaient contenues soit explicitement soit implicitement dans la loi) ; et des autres qu’il rejette, qui n’étaient pas dans la loi (comme il apparaîtra de ce qui suit).

Turretin va ensuite exposer avec beaucoup de détails chaque instance où Jésus semble corriger la loi, mais ne fait qu’en donner une interprétation correcte. Exposer cette partie serait hélas bien longue et plus adaptée à un article dédié.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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