Ce livre est une anthologie pluridisciplinaire intéressante sur l’euthanasie avec des contributeurs des deux côtés : pour et contre l’euthanasie. On trouve des essais dans différents domaines : éthique (philosophie morale), loi (étude de droit), clinique (études médicales et cliniques), théologie (étude de la Bible et de la tradition catholique). On trouve en gros deux parties.

Première partie : partie éthique
On a d’abord une première partie consacrée à l’éthique qui est un débat en six articles entre un philosophe pro-euthanasie (John Harris, auteur de The Value of Life) et un philosophe anti-euthanasie (John Finnis, un catholique notamment connu pour être le fer de lance de la théorie de la nouvelle loi naturelle (en anglais New Natural Law) qui prétend fonder la loi naturelle non plus sur des faits descriptifs connus par l’expérience (position traditionnelle des thomistes), les propositions is de Hume, mais sur des connaissances directement accessibles à la raison pratique). Les échanges sont intéressants mais tournent un peu en boucle vu que chacun accuse l’autre de mal le comprendre et de tordre ce qu’il dit. Au début l’échange est plutôt calme et posé mais il devient de plus en plus envenimé avec des petites piques.
Harris se base en résumé sur deux arguments pour défendre la moralité et la légalisation de l’euthanasie :
- Le fait que certains êtres humains ne soient pas des personnes (des êtres ayant droit à la vie), dit autrement, tous les êtres humains ne sont pas des personnes. Pour cela, il s’inspire du critère de Ronald Dworkin pour être une personne : le fait d’accorder de la valeur à sa propre vie. Le gouvernement n’a pas à empêcher quelqu’un de se tuer s’il juge que sa vie n’a plus de valeur car nos choix autonomes revêtent une “valeur cosmique”. S’il le fait, il agit comme un tyran.
- Le fait que le principe du double effet soit faux, que la distinction entre agir avec une intention de faire du mal et agir en prévoyant un effet secondaire non désiré sur le plan moral (le premier type d’action est immoral, le second moral) est infondée. Il pense cela car il semble mettre complètement de côté l’intention pour juger si un acte est moral ou immoral, et s’appuie strictement sur les conséquences (penche donc vers une théorie purement conséquentialiste).
Finnis, quant à lui, défend les arguments qui disent le contraire :
- Tous les êtres humains sont des personnes et ont donc un droit égal à la vie car ils ont tous une “capacité radicale” (rational capacity) à être intelligents. Ils sont tous rationnels même s’ils sont (encore ou désormais) incapables de l’exercer (soit ils ne l’ont pas encore exercé comme les foetus et les nouveau-nés, soit ils ne peuvent plus l’exercer comme les gens dans le coma). Refuser ce droit conduit souvent (et dans le cas de Harris) à un dualisme cartésien intenable : une personne peut arrêter d’être une personne même si son corps n’est pas encore mort (la personne humaine est indépendante de son corps), comme pour les gens à l’état de légume. Il mentionne le débat de l’avortement sur le statut moral du foetus car il est étroitement lié à celui sur l’euthanasie. De plus, si on s’appuie sur le critère de Harris, l’euthanasie active volontaire implique logiquement l’euthanasie active non volontaire étant donné que l’autonomie du patient n’est en réalité pas le fondement de la moralité de l’euthanasie. Il note que si Harris nie cette pente glissante, il l’assume pourtant dans son livre The Value of Life: An Introduction to Medical Ethics.
- L’intention compte pour évaluer la moralité d’une action, le résultat brut à lui seul ne suffit pas comme le prétend Harris.
Selon moi, Finnis a largement plié le débat et écrasé Harris.
Deuxième partie : partie légale, clinique et théologique
On trouve des essais indépendants et plus variés. Voici les essais qui m’ont marqué.
- Il y a un essai qui commente un livre de science-fiction du XXème où sur une île toutes les personnes âgées sont euthanasiées au bout d’un certain âge fixe.
- Il y a également un essai qui répond à la question de savoir s’il est moral de “débrancher” les personnes dans un état végétatif. Il montre que le débat n’est pas si simple et que cela dépend. Le critère ultime n’est pas les bénéfices puisqu’il y a tout le temps un bénéfice pour le patient à ne pas être débranché. Le critère ultime se trouve plutôt dans la balance « bénéfice-fardeau » : est-ce une décision où le bénéfice pour le patient l’emporte sur le fardeau pour l’ensemble des parties prenantes (ses proches, les services publics qui ont des capacités et des ressources limitées) ? Dans certains cas oui, le coût par exemple n’est pas toujours déterminant et impossible à supporter si les proches ont les moyens de s’occuper du patient. Dans d’autres clairement non.
- On trouve une étude de cas sur la Belgique et l’argument de la pente glissante (ses versions logique et empirique) par John Keown.
- Enfin à la fin on a un chapitre de théologie qui résume la position biblique et catholique sur l’euthanasie : le caractère sacré de la vie, le principe de double effet, “l’euthanasie” du roi Saül dans 1-2 Samuel, le soutien moral et de charité à apporter aux mourants et aux malades, etc.
Illustration de couverture : Nicolaes Berchem, Hippocrate rendant visite à Démocrite, huile sur toile, 1650.





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