Est-ce que tous les serments qui obligent la conscience doivent être gardés par une nécessité inévitable ? Nous distinguons.
C’est quelque chose qui a disparu de notre culture, mais avant que notre Père l’État et notre Sainte Mère l’Administration ne développent un appareil de contrôle et de surveillance, c’est en tenant sa parole que s’établissait la confiance entre membres d’un pays. Le serment était alors un outil incontournable pour établir des contrats et des accords. Au XVIIe siècle, alors que l’unité religieuse était rompue, il y a eu des débats bien compliqués sur la légitimité de ceux-ci, et de si l’on pouvait les exiger. Turretin ne fait pas ici de traité détaillé, mais rappelle seulement quelques principes largement soutenus.
1. Un serment illégitime ne lie pas.
Un serment illégitime, c’est un serment répugnant à la loi de Dieu et à l’obéissance légitime aux magistrats (au sujet de choses illégales ou impossibles). Il ne peut pas y avoir de serments pour assassiner, par exemple. Isidore de Séville suggérait : « Dans les promesses mauvaises, romps ta foi ; dans un vœu honteux, change ton dessein ; n’accomplis pas ce que tu as imprudemment promis. »
C’est ainsi que David n’a rien fait de mal en rompant son vœu de tuer Nabal (1 Sam 25,22s), et qu’Hérode n’a pas accompli une bonne action en tenant son serment de tuer Jean-Baptiste (Mt 14,7).
Par conséquent, il ne faut pas prêter serment à faire des choses impossibles ou illégales ; il ne faut pas faire prêter serment à des personnes incapables de raisonner (enfants, personnes ivres, fous) : si cela devait arriver, leurs tuteurs doivent annuler le vœu (Nombres 30,4).
Remarque finale : lorsque l’objet du serment disparaît, le serment disparaît. Il n’y a pas de serment qui oblige à l’obéissance à un prince déchu (contre les 40 rônins, nous le nions).
2. Un serment au sujet de ce qui est légal et possible nous lie.
À partir du moment où aucun commandement de Dieu n’est enfreint, qu’aucune loi du magistrat n’est enfreinte, qu’aucun tort n’est causé à notre prochain… alors notre serment doit être accompli, même s’il a été fait sous menaces et contraintes.
- Lévitique 19,11s : « Vous ne commettrez pas de vol et vous ne recourrez ni au mensonge ni à la tromperie les uns envers les autres. Vous ne jurerez pas faussement par mon nom, car ce serait déshonorer le nom de ton Dieu. Je suis l’Éternel. »
- Matthieu 5,33 : « Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne violeras pas ton serment, mais tu accompliras ce que tu as promis au Seigneur. »
- Psaumes 15,4 : « Il [l’homme juste] regarde avec répulsion l’homme au comportement méprisable, mais il honore ceux qui craignent l’Éternel. Il ne se rétracte pas, s’il fait un serment à son préjudice. »
Pourquoi doit-il être maintenu même lorsqu’il est fait sous contrainte ? Parce qu’il est fait au nom de Dieu, qui ne doit pas être profané.
C’est ainsi qu’il faut comprendre le fait que Josué ait gardé son serment aux Gabaonites (Jos 9,19-20) : même s’ils avaient été trompés par les ambassadeurs gabaonites, Israël a maintenu son serment de protection envers eux, et n’a pas exterminé ces Cananéens. Et Dieu a approuvé cela en donnant la victoire ensuite à Israël, et en punissant les descendants de Saül pour la persécution des Gabaonites (2 Sam 21).
Il n’y a pas d’autorité humaine qui puisse dissoudre un serment fait au nom de Dieu.
3. Un serment doit être gardé même avec des hérétiques.
Rassurez-vous : le contraire n’a jamais fait partie de la tradition protestante. Mais pour les catholiques du XVIIe siècle, en revanche, ils enseignaient qu’aucun serment ne devait être gardé vis-à-vis des protestants : il était permis de mentir, tromper et trahir à souhait les protestants. Rappelons-nous en particulier le sauf-conduit de Jan Hus, brisé pour pouvoir mieux le brûler vif (cf. concile de Constance, session 19). Imaginez les mariages religieusement mixtes (protestant/catholique) où l’on disait au conjoint catholique qu’il n’avait pas besoin de rester fidèle à l’autre…
Mais les protestants s’y opposent, et affirment qu’il faut maintenir les serments avec les catholiques et les musulmans, etc.
- Il s’agit de justice, de vérité et de fidélité. Celui qui prête serment fait ce qu’il dit, point, et cela ne doit pas dépendre de l’autre.
- Il est légitime de prêter serment à des incroyants, comme ce qu’a fait Abraham avec Abimélec (Gen 21,23s), Isaac (Gen 26,26), Jacob (Gen 31,53), les espions à Rahab (Jos 6,22) ou les Israélites avec les Gabaonites (Jos 9,15). Un catholique est quand même moins pire qu’un païen.
- Le parjure des fils de Jacob envers les Sichémites (Gen 34 ; 49,5-7) a été sévèrement puni par Dieu. De même pour le parjure de Saül contre les Gabaonites (2 Sam 21,1-9) ou celui de Sédécias contre Nabuchodonosor (2 Ch 36,11-13 ; Ézéchiel 17,11-21).
- Il n’est pas permis de briser un mariage parce que l’autre est hérétique, mais seulement s’il est adultère (1 Co 7,13s).
- La loi naturelle et l’usage entre nations exigent de garder les promesses et serments que l’on fait. Or certaines nations sont hérétiques ou incroyantes. Donc il faut garder ses serments envers les hérétiques.


0 commentaires