Le 3 juin dernier, Pep’s Café a relayé une conférence de Guillaume Dezaunay, professeur de philosophie et membre du collectif Anastasis, intitulée: « Le christianisme contre la préférence nationale » (2024). Je remercie Pep’s Café pour cet exemple chimiquement pur de socialisme chrétien, et c’est l’occasion pour moi de montrer ce qu’est la nature du christianisme de gauche : ce n’est rien d’autre que le zombie chrétien du socialisme.
Le socialisme comme religion parasitaire
Cette conférence est intéressante en ce que le conférencier montre bien à quel point le socialisme révolutionnaire dont il se revendique est une foi qui est par nature parasitaire. J’entends par là qu’elle ne peut pas vivre par elle-même, elle a besoin d’infecter un corps hôte pour l’asservir à ses besoins.
En effet, assez tôt dans la conférence, il explique pourquoi le christianisme bien compris devrait aboutir selon lui à la participation au projet socialiste. Il rapporte alors la fable de Kropotkine. Il s’agit d’imaginer un médecin, un bon médecin qui veut bien faire, et qui rencontre une patiente pauvre, qui se tue au travail pour échapper à la misère, et qui est en train de détruire sa santé. Peut-il se contenter seulement de lui prescrire du repos? Peut-il lui dire d’arrêter de travailler pour se concentrer sur sa santé? Le fait est que s’il est un bon médecin, il devra alors militer en plus de son activité médicale, et travailler à l’avènement d’un monde de progrès, où la révolution socialiste répondra à la souffrance et la misère humaine.
Le piège est tendu : sous prétexte de charité ou de dévouement professionnel, l’hôte est sommé d’élargir, voire délaisser sa tâche première (dont les termes ont été gardés, mais le sens modifié) pour devenir un agent politique. Ce raisonnement qui s’applique aux médecins est transposable tel quel à la foi chrétienne, et il est en fait transposable tel quel à n’importe quel corps social. La foi socialiste commence par cibler un corps social. Ça peut être la communauté de l’Église, ça peut être l’ordre médical, ça peut être votre école, votre club de sport, n’importe quel corps organisé. Elle cherche alors à reconfigurer l’hôte en redéfinissant son vocabulaire pour qu’ils se mette à militer politiquement en faveur du progressisme. Pour cela, elle cible et s’infiltre dans les organes de contrôle et de censure de ces corps sociaux pour imposer son vocabulaire, redéfinir le corps et exclure les opposants qui voudraient défendre la mission et les traditions initiales de ce corps.
Les socialistes ont donc le génie de la subversion, de la mutation du vocabulaire, afin de garder les mêmes mots, mais de leur ajouter un sens complètement différent qui subvertit leur compréhension traditionnelle. Et quand on n’est pas pleinement au courant de cette mécanique, il est assez difficile de la voir avant qu’il ne soit trop tard. Le résultat est une société où le parti progressiste est assisté de plusieurs corps sociaux zombifiés qui le servent afin d’accéder au pouvoir. La zombification socialiste du corps professoral et de certains juges est aujourd’hui célèbre, ainsi que celle de l’Église libérale.
J’insiste pour dire que ce n’est pas une vision de ma part. Il suffit d’écouter le conférencier entre 0:16 et 8:08. La fable de Kropotkine (4:55-8:00) est une présentation de ce mécanisme parasitaire. Il est d’ailleurs à noter que la foi socialiste est obligée de fonctionner par subversion, car elle ne peut pas par elle-même créer un mouvement organique comme le ferait l’oumma islamique. Elle est trop intellectuelle et hostile au monde créé pour créer son propre corps. Elle est donc obligée d’infecter le corps social des autres.
Religion ouverte et religion fermée
Après avoir explicité les bases de sa méthode, le conférencier développe un argument basé sur le philosophe Henri Bergson, les deux sources de la morale et de la religion (à partir de 10:23) qui faisait la distinction entre religion ouverte et religion fermée. Une religion fermée, c’est une religion qui a surtout une utilité sociale, celle de fermer le corps social aux influences étrangères et néfastes. Une religion ouverte, c’est une religion qui libère l’individu de ses particularités afin de mieux embrasser les vérités universelles et la foi humaniste.
Dans l’interprétation de Bergson, Jésus est celui qui a brisé la fermeture de la religion juive pour la transformer dans la religion ouverte chrétienne, une religion humaniste, progressiste, compatible avec l’universalisme des Lumières. Puisque le christianisme est une religion ouverte, il est donc opposé à la préférence nationale, puisque la préférence nationale convient aux religions fermées. Voilà pour son premier argument.
Je réponds en disant que je n’ai pas de temps à perdre avec un système doctrinal piraté. Autant discuter de la légitimité prophétique du prophète Mahomet avec un musulman. Le fait même que Guillaume Dezaunay utilise un philosophe du XXe siècle pour faire le tri dans ce que les apôtres ont dit au Ier siècle montre que la religion défendue par Dezaunay s’appelle peut-être christianisme, mais c’est un christianisme qui n’a pas existé avant le XXe siècle. J’insiste donc pour dire que nous avons des religions différentes, et qu’il ne décrit pas en quoi le christianisme s’oppose à la préférence nationale, mais en quoi le zombie du socialisme s’oppose à la préférence nationale.
Dire que le prochain est proche, c’est fasciste
Dans un parfait exemple de piratage sémantique, Dezaunay parle ensuite du prochain, qu’il définit comme celui qui s’approche ou celui dont on s’approche.
Commençons par dire que cette définition est tout simplement illogique. Le prochain, c’est celui dont on est proche, tout simplement. Et il se trouve que l’on est proche de nos compatriotes, non seulement du point de vue ethnique, mais aussi, tout bêtement, du point de vue géographique. Les socialistes cependant n’ont pas l’intention de laisser la logique s’opposer à eux.
La définition de Dezaunay n’a pas non plus de sens d’un point de vue biblique. En effet, dans le Lévitique, lorsqu’on parle d’amour du prochain (Lev 19.16), tu aimeras ton prochain comme toi-même, cela s’applique en particulier aux compatriotes juifs. C’est à cause de l’amour du prochain, par exemple, que l’on ne peut pas prêter à intérêt à des juifs, même si on peut le faire à des non-juifs. Il y a une préférence nationale qui est tout à fait compatible dans la loi de Moïse avec l’amour du prochain. Cependant, dans sa conférence, Dezaunay est d’humeur très marcionniste et jette toute la Bible sauf les évangiles.
Pour ce qui concerne la parabole du bon samaritain qui est souvent amenée pour subvertir la l’ordre de charité, il faut la comprendre dans son contexte. Le sujet de la parabole n’est pas les limites de la nation juive, c’est la légitimité des élites religieuses. La question posée par le scribe, qui est mon prochain, revient à savoir à qui faut-il obéir, à la loi orale et ses interprètes pharisiens, ou bien à un groupe qui serait peut-être hors du circuit de la légitimité religieuse classique, mais qui obéirait à Dieu? La parabole du bon samaritain répond en disant que ceux qui sont légitimes pour définir les bornes du peuple saint, ce sont ceux qui obéissent à Dieu. C’est pour cela que cette parabole a lieu juste après l’envoi des 70 disciples qui évangélisent le peuple juif.
Je me contenterai enfin de faire remarquer que le comportement de Jésus vis-à-vis de la syro-phénicienne n’est pas compatible avec ce que dit Dezaunay plus tôt : Lorsque la syro-phénicienne est venue voir Jésus, il n’a pas dit: La voici mon prochain, il a dit ce n’est pas bien de retirer le pain des enfants de la table pour le donner aux petits chiens. Il a privilégié ses compatriotes, et il n’a pas non plus manifesté une « morale ouverte ». Cela amène d’ailleurs certains auteurs progressistes à dire que Jésus a péché à cette occasion, du péché de racisme. Bien sûr, il faut comprendre cela dans le cadre de la mission spécifique de Jésus-Christ envers Israël, qui a ensuite été ouverte par les apôtres à toutes les autres nations. Mais le point demeure : même en amputant toute la Bible pour garder seulement 0,75 évangile, il y a encore de quoi réfuter les socialistes.
J’ai développé davantage et avec plus de rigueur mes arguments dans mon article « Aimer les nôtres avant les autres ? » vers lequel je renvoie le lecteur pour une défense plus ciblée de la préférence nationale. Ce sera ma conclusion ici.





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