ยซ Au commencement รฉtait le christianisme mรฉdiรฉval. En ce temps-lร , la terre รฉtait couverte de fanatiques sanguinaires qui ont tuรฉ douze milliards de gens dans les guerres les plus atroces. Puis de courageux apรดtres vinrent prรชcher les lumiรจres de la Raison, et alors s’ouvrit l’รขge d’or des libertรฉs exprimรฉes dans les รฉternels principes de 1789, rejetant les obscures superstitions du passรฉ et domestiquant enfin la religion ร sa juste place : purement privรฉe, purement spirituelle, purement volontaire. Depuis, nous vivons dans une nation humaniste et parfaite. Honte et anathรจme aux intรฉgristes, aux prosรฉlytes, aux รฉvangรฉliques qui ne savent pas toujours oรน est la juste place de leur foi. Honte ร ceux qui mettent en danger les remparts de la laรฏcitรฉ, qui nous protรจge contre la barbarie fanatique… ยป
Tel est le rรฉcit des origines du libรฉralisme, et ce qui la vรฉritรฉ de base de notre sociรฉtรฉ. Certes, peut-on admettre, elle a des dรฉfauts, mais c’est toujours mieux que de vivre dans les tรฉnรจbres des guerres de religion. Alors mรชme que l’avรจnement du libรฉralisme s’est accompagnรฉ du gรฉnocide des Vendรฉens et des grandes croisades napolรฉoniennes, les chrรฉtiens sont sans cesse ramenรฉs aux guerres de religion des XVIe et XVIIe siรจcles, et sont les seuls coupables des violences idรฉologiques.
Je connaissais l’argument qui consistait ร rappeler que le libรฉralisme et l’athรฉisme avaient tuรฉ davantage que le christianisme. La Terreur a tuรฉ plus de monde en quatre ans que l’Inquisition en quatre siรจcles. Le problรจme, c’est que cela ne marche pas : deux sorciรจres tuรฉes par l’Inquisition sont plus plaintes que cinq cent mรจres vendรฉennes noyรฉes dans la Loire.
Je connaissais l’argument qui consiste ร dire que les guerres de religion n’รฉtaient pas ร base de religion, mais de politique seulement. Mais le problรจme, c’est qu’il y avait bien des motifs religieux aussi.
Or, j’ai lu cette semaine un livre de William T. Cavanaugh Le Mythe de la Violence Religieuse, publiรฉ en 2009, qui propose une interprรฉtation plus juste des guerres de religion, et rรฉvรจle l’histoire du premier paragraphe pour ce qu’elle est : un mythe, une simple cosmogonie libรฉrale destinรฉe ร protรฉger et lรฉgitimier l’ordre libรฉral dans lequel nous vivons tous. Sans plus tarder, exposons le chapitre 3 de ce livre.

Formulation du mythe
Les guerres de religions des XVIe-XVIIe siรจcles font partie de la ยซย cosmogonie sรฉculiรจreย ยป : elles constituent le chaos primordial ร partir duquel la modernitรฉ libรฉrale est venue mettre son ordre, ยซย et voici cela รฉtait bonย ยป. Cavanaugh revisite ce mythe des origines, non pour dire que la religion est innocente, mais que les guerres de religion furent le processus mรชme de sรฉparation entre religion et politique.
Je ne prรฉtends pas que ces guerres ne relevaient pas vraiment de la religion, mais plutรดt de la politique, de l’รฉconomie ou de la culture. [โฆ] Prรฉsenter de tels arguments revient ร supposer que l’on peut facilement faire le tri entre ce qui est ยซย religionย ยป et ce qui est ยซย politiqueย ยป, etc. dans l’Europe de la Rรฉforme. Je dis plutรดt que ces guerres faisaient elles-mรชmes partie du processus de crรฉation de ces distinctions. La crรฉation de l’รtat moderne, en d’autres termes, n’รฉtait pas simplement la solution ร la violence des XVIe et XVIIe siรจcles, mais รฉtait elle-mรชme impliquรฉe dans cette violence.
William T. Cavanaugh, The myth of religious violence, p.124.
Rien que dans la formulation de ce mythe, il y a des incohรฉrences :
- ยซย Au vu des รฉpouvantables massacres des fanatiques, les magistrats ont mis en place les premiers pas de la laรฏcitรฉ, ร travers l’รฉdit de Nantes, que la Rรฉvolution franรงaise a parachevรฉย ยป. Cependant, les concepteurs de l’รฉdit de Nantes n’ont pas proposรฉ la tolรฉrance par principe, mais uniquement pour des raisons pragmatiques. L’objectif รฉtait bel et bien d’avoir un roi, une loi, une foi.
- ยซย L’impossibilitรฉ pour l’รglise occidentale d’รชtre unie a engendrรฉ la nรฉcessitรฉ de la libertรฉ religieuse pour pouvoir ร nouveau รชtre unis.ย ยป Entre les รฉtats mรฉdiรฉvaux et les รฉtats libรฉraux, il y a l’absolutisme royal. Les guerres de religion ne se sont pas arrรชtรฉes lorsque le libรฉralisme est venu au pouvoir, mais lorsque l’absolutisme a arrachรฉ le pouvoir des mains de l’รglise. La libertรฉ religieuse au sens libรฉral date au mieux de 1789 en France, mais le plus souvent du XIXe, voire du XXe siรจcle dans les autres pays ! Comment donc le libรฉralisme est-il censรฉ รชtre la consรฉquence nรฉcessaire des guerres de religion ?
- Variante de John Rawls : ยซย Le libรฉralisme est la solution trouvรฉe au conflit thรฉologique insolvable entre deux confessions normatives, absolues et expansionnistes (Rรฉformรฉs et catholiques). Il a donc รฉtรฉ nรฉcessaire d’entrer dans la sรฉcularisation pour gรฉrer cette opposition.ย ยป Le problรจme, c’est que les libรฉraux amรฉricains ont eux aussi justifiรฉ leur sรฉcularisme par le mรชme argument, alors qu’il n’y a jamais eu de guerre confessionnelle et pas mรชme de trouble social liรฉ au pluralisme religieux ! L’Establishment clause de la constitution amรฉricaine (รฉquivalent de la loi de 1905 franรงaise) a mis fin ร un conflit religieux qui n’a en fait jamais existรฉ. Il y avait certes beaucoup de rebellions ร l’รฉpoque, mais aucune n’avait de motif religieux.ย ยป
- David Held : ยซย L’absolutisme รฉtait pour les hommes politiques le seul moyen possible de rรฉgler les querelles religieuses, et l’absolutisme a engendrรฉ le sรฉcularisme.ย ยป Mais pourquoi juger que la dispute รฉtait impossible ร rรฉgler ร l’ancienne ? Ne serait-ce pas plutรดt qu’ils ont jugรฉ la querelle insolvable parce qu’ils ne voulaient pas que l’รglise la rรฉsolรปt toute seule ?
Thรจses fondamentales
Si l’on regarde bien, pour que le mythe fondateur du libรฉralisme fonctionne et soit vrai, il faut que les quatre thรจses suivantes soient vraies :
- Les guerres de religion voyaient s’affronter deux camps confessionnellement homogรจnes.
- Ils s’affrontaient pour des raisons religieuses, et non politiques ou sociales.
- Leurs raisons religieuses รฉtaient distinctes de leurs motivations politiques.
- C’est l’รtat moderne qui a mis fin aux guerres de religion.
Or chacune est fausse : les camps รฉtaient religieusement mixtes ; il n’y avait pas de distinction entre religion et le reste de la vie ร l’รฉpoque, tout รฉtait religieux et donc rien ne l’รฉtait en particulier ; l’รtat moderne est la cause et non la solution aux guerres de religion.
Rรฉfutation
Des camps mixtes
Au cours mรชme des guerres de religion, il y a eu des conflits entre mรชme confessions, et des alliances entre confessions ยซย ennemiesย ยป. Cavanaugh cite des pages entiรจres de contre-exemple, mais je n’en donne qu’une partie.
- La Rรฉforme a commencรฉ en 1517, et la premiรจre ยซย guerre de religionย ยป โ la guerre de Smalkalde โ a eu lieu entre 1546 et 1547. Pour un conflit censรฉ รชtre inรฉvitable, il fallut trente ans pour qu’il se matรฉrialisรขt. Mieux mรชme : pendant la dรฉcennie de 1520 (le dรฉbut de la Rรฉforme), l’empereur Charles Quint, catholique, fait la guerre contreโฆ le pape, allant jusqu’ร piller Rome en 1527, pendant qu’on prรชche l’รvangile en Allemagne.
- La ยซย premiรจre guerre de religionย ยป, que l’on appelle guerre de la ligue de Smalkalde, a vu un grand nombre de princes protestants du cรดtรฉ deโฆ Charles Quint pour soutenir les intรฉrรชts catholiques, contre les princes protestants. Par exemple, le duc Moritz de Saxe, le margrave Albrecht-Albiciade du Brandebourg.
- En sens inverse, la Baviรจre catholique n’a pas fourni de soldats pour cette guerre, et a parfois fait des alliances avec des princes protestants au sein de la politique impรฉriale.
- Les papes eux-mรชme n’รฉtaient pas ยซย fanatiquesย ยป : Paul III a retirรฉ son soutien militaire ร l’empereur Charles Quint en 1547, de crainte que l’empereur ne devรฎnt trop fort. Ainsi que le dit l’historien Blockmans, ยซย le pape considรฉrait que quelques apostats du nord de l’Allemagne รฉtaient moins terribles qu’un empereur suprรชme.ย ยป En 1556, le pape Paul IV dรฉclara la guerre au roi Philippe II d’Espagne qui รฉtait pourtant un catholique pieux.
- En 1552, les princes protestants d’Allemagne s’alliรจrent au roi de France Henri II (catholique) contre Charles Quint. Loin de dรฉfendre l’empereur et la religion, les princes catholiques d’Allemagne le laissรจrent y aller tout seul, et รชtre dรฉfait. C’est la fondation de la paix d’Augsbourg.
- Dans les armรฉes de Charles Quint (utilisรฉes contre les protestants), il y avait beaucoup de soldats luthรฉriens, comme les lansquenets.
- Les guerres de religion franรงaises sont remplies de nobles changeant de confession ร volontรฉ, et de nobles de diffรฉrentes confessions collaborant entre eux. C’en est au point oรน l’impression populaire รฉtait que ces conflits religieux รฉtaient un complot de la noblesse pour รฉgorger le peuple, le noble protestant retenant l’agneau que le noble catholique รฉgorgeait.
- En France, nobles catholiques et huguenots collaboraient facilement lorsqu’ils s’agissaient de dรฉfendre leurs droits face ร la montรฉe de l’รtat moderne et absolutiste. Henri de Turenne, duc de Bouillon, catholique, dirigeait des troupes huguenotes en Guyenne et Pรฉrigord. Le gouverneur royal du Languedoc, Henri de Montmorency, a pris la tรชte d’une rebellion menรฉe par des huguenots pour soutenir une constitution anti-monarchique. Il a combattu ensuite Jacques de Crussol, un ex-huguenot vandaliseur d’รฉglises.
- En 1579, le duc de Guise, le principal persรฉcuteur des protestants du royaume, dรฉclara la guerre au roi. Il fut rejoint parโฆ des nobles protestants.
- En 1583, Jean-Casimir du Palatinat (protestant) s’allia avec le duc de Lorraine (catholique, grand persรฉcuteur de protestant) contre Henri III de France.
- Le roi de France lui-mรชme fit parfois alliance avec les huguenots, comme Charles IX en 1571 pour intervenir dans les Pays-Bas habsbourgeois.
- Parmi le peuple franรงais, les paysans catholiques n’รฉtaient pas toujours opposรฉs aux paysans huguenots. En 1562 ร Agen, le baron Franรงois de Fumel interdit aux paysans huguenots de pratiquer leur culte. Les huguenots se rรฉvoltรจrent, et accompagnรฉs de centaines de paysans catholiques, vinrent ร la rรฉsidence du baron pour le dรฉcapiter.
- En 1578, protestants et catholiques de Pont-en-Royans expulsรจrent ensemble le capitaine protestant Bouvier, parce qu’il avait enfreint le traitรฉ de Bergerac.
- ร la mรชme รฉpoque, des rรฉvoltes populaires contre les taxes rassemblรจrent aussi bien des catholiques que des protestants. Le protestant Franรงois Barjac mena une troupe formรฉe de huguenots et catholiques contre le chรขteau de Crussols en Ardรจche, en 1580. Il y eut beaucoup d’exemples de jacqueries mixtes, semblables.
- Le camp catholique รฉtait divisรฉ entre la Ligue catholique partisans de la rรฉpression, et les politiques partisans de la tolรฉrance. C’est pour contrebalancer l’influence de la Ligue que Catherine de Mรฉdรฉcis promut Condรฉ, Coligny et Navarre, contre le pouvoir du duc de Guise. C’est aussi contre cette faction que les rois de France se retrouvรจrent parfois ร faire alliance avec les huguenots.
- Des rois catholiques intervinrent en faveur des protestants pendant la guerre de Trente ans, comme Henri IV (passรฉ au catholicisme) ou Charles Emmanuel Ier de Savoie.
- Jean-Georges Ier de Saxe (protestant) s’allia ร l’empereur Ferdinand II (catholique) pour l’aider ร reconquรฉrir la Bohรชme catholique, pour rรฉcupรฉrer les territoires de la Lusace. Cette conquรชte provoqua l’รฉradication du protestantisme en Bohรชme.
- Le cardinal de Richelieu demanda de l’aide aux protestants anglais et nรฉerlandais contre les huguenots franรงais. Qu’il ait seulement songรฉ ร le faire est dรฉjร รฉnorme, mais les Nรฉerlandais rรฉpondirent ร son appel et envoyรจrent une flotte contre les hugenots lors du siรจge de la Rochelle !
- Le gรฉnรฉralissime du Saint-Empire de 1625 ร 1630, Albrecht von Wallenstein, n’hรฉsita pas ร employer des troupes et des gรฉnรฉraux protestants dans son armรฉe destinรฉe ร combattreโฆ les protestants. Et nous parlons lร de protestants rรฉfugiรฉs fuyant la persรฉcution catholique.
- Le roi de Suรจde Gustave Adolphe (luthรฉrien) trouva bizarrement trรจs peu d’alliรฉs parmi les protestants allemands. Les soldats suรฉdois persรฉcutรจrent des paysans brandebourgeois protestants.
- La derniรจre phase de la guerre de Trente ans fut un conflit entre la France catholique et les Habsbourgs catholiques.
- En 1635, le roi d’Espagne trรจs catholique enleva l’archevรชque de Trรจves. La France catholique lui dรฉclara la guerre.
- Le pape Urbain VIII refusa de soutenir l’empereur catholique, et soutint plutรดt l’alliance franco-suรฉdoise, afin d’affaiblir le pouvoir des Habsbourg en Italie centrale ; tant pis si cela faisait les affaires des luthรฉriens suรฉdois.
- En 1643, la Suรจde luthรฉrienne attaqua le Danemark luthรฉrien.
Pour des guerres de ยซย fanatiques puritainsย ยป, on constate donc qu’ils sont trรจs laxistes en terme de loyautรฉ religieuse. Elle existe certes, mais n’est pas le facteur le plus dรฉterminant. Que le roi augmente les impรดts et finalement, on pouvait trรจs bien se battre et mourir ร cรดtรฉ du papiste.
Des motifs religieux des guerres du XVIe et XVIIe siรจcle
On peut toujours objecter : ยซย Il y a certes des exceptions, mais en gรฉnรฉral la cause des guerres et des violences des XVIe et XVIIe siรจcle fut religieuseย ยป.
Premiรจre rรฉponse : Il s’agit de plus que des exceptions ; la derniรจre moitiรฉ de la guerre de Trente ans (officiellement une ยซย guerre de religionย ยป) fut un conflit entre la France catholique et les deux branches des Habsbourgs, catholiques, ce n’est pas un dรฉtail.
Deuxiรจme rรฉponse : Si vraiment la cause des guerres รฉtait principalement religieuse, alors ces ยซย exceptionsย ยป deviennent tout ร fait inexplicables. Si vraiment la religion est le principal facteur de ces guerres, alors il est impossible que des catholiques luttent l’un contre l’autre, et des protestants participent ร des suppressions de protestants. Ces exceptions montrent que la religion n’รฉtait qu’un facteur parmi d’autres de ces guerres. La raison pour laquelle catholiques et protestants s’entretuรจrent peut รชtre aussi motivรฉe par la cupiditรฉ que lorsque Jean-Georges Ier de Saxe a aidรฉ Ferdinand de Habsbourg ร supprimer les protestants de Bohรชme pour rรฉcupรฉrer la Lusace.
Cavanaugh prend ensuite l’exemple de l’historiographie des guerres de religion franรงaise pour montrer qu’il n’y a actuellement aucun consensus chez les historiens pour savoir si les guerres de religion franรงaise รฉtaient surtout religieuses, ou surtout politiques / sociales, etc. Mais il y a une chose sur laquelle ils sont d’accord : Voltaire a tort lorsqu’il dit que ces guerres รฉtaient purement religieuses.
Du caractรจre distinctement religieux de ces guerres
Pour que l’on puisse accuser la religion d’รชtre casus belli, mรชme si elle est mรฉlangรฉe ร d’autres motifs, il faudrait au moins que les contemporains des guerres de religion puissent dire : ยซย je combats pour la doctrine eucharistiqueย ยป comme motif distinct. Or, ร l’รฉpoque, l’eucharistie รฉtait un sujet politique, puisque la sociรฉtรฉ รฉtait dรฉfinie par les communiants ร la Sainte-Cรจne. De mรชme, ยซย rรฉsister au roiย ยป ne pouvait pas รชtre purement politique lorsque ce roi รฉtait l’oint de Dieu par l’intermรฉdiaire de Sa Saintetรฉ le pape de Rome.
Aux XVIe et XVIIe siรจcles, la religion รฉtait un corps social et non un corps doctrinal. Il est donc impossible de sรฉparer causes sociales et causes religieuses. De mรชme, les princes allemands qui passaient du luthรฉranisme au calvinisme le faisaient tout autant pour des raisons de piรฉtรฉ personnelle โ ils รฉtaient convaincus de la vรฉritรฉ de ces doctrines โ que de l’aspect diplomatique et politique sous-jacent โ le papisme s’รฉtendait en Allemagne, et seuls les rรฉformรฉs s’y opposaient vraiment.
Cela signifie que:
- On ne peut pas dire que les guerres de religion รฉtaient purement politiques, etc. Le facteur religieux est rรฉel et important.
- On ne peut pas dire non plus que les guerres de religion รฉtaient du pur fanatisme. Les facteurs bassement matรฉriels รฉtaient importants eux aussi.
Bref, les guerres de religion sont en fait des guerres avec de la religion dedans. Rien de bien extraordinaire, au final.
La vraie cause est la montรฉe de l’Etat moderne
Cavanaugh propose que ce qui en jeu dans les guerres de religion, ce n’est pas le conflit doctrinal ou l’opposition entre รglises ou l’impossible communion : c’est le processus mรชme de sรฉparation entre รtat et รglise.
L’รtat moderne n’est pas simplement une solution ร l’apparition de la diffรฉrence religieuse lors de la Rรฉforme et ร la violence qu’elle a dรฉclenchรฉe. Si la Rรฉforme elle-mรชme รฉtait, comme le dit Wolfart, une manifestation de la lutte permanente pour le pouvoir et l’autoritรฉ entre l’รglise et les dirigeants civils – qui se dรฉroulait dรฉjร depuis un certain temps avant que Luther ne clouรขt ses quatre-vingt-quinze thรจses sur la porte de Wittenberg -, alors le transfert du pouvoir de l’รglise ร l’รtat n’apparaรฎt pas tant comme une solution aux guerres en question que comme une cause de ces guerres. Les guerres dites de religion apparaissent comme des guerres menรฉes par les รฉlites chargรฉes de la construction de l’รtat dans le but de consolider leur pouvoir sur l’รglise et les autres rivaux. Il ne s’agit pas ici de dire que ces guerres รฉtaient en fait liรฉes ร la politique et non ร la religion. Nous disons que la distinction mรชme de la politique et de la religion, et donc le transfert du pouvoir de l’รglise ร l’รtat, du monde mรฉdiรฉval vers le monde moderne, รฉtait elle-mรชme ร l’origine de ces guerres.
Ibid. p.162
L’avรจnement de l’รtat moderne est liรฉ aux guerres europรฉennes : pour faire la guerre, il fallait un รtat efficace dans l’extraction des ressources et taxes de sa population. Et les รtats efficaces faisaient ensuite la guerre pour augmenter leur efficacitรฉ. Ainsi que le dit Tilly, ยซย la guerre a fait l’รtat et l’รtat a fait la guerre.ย ยป รvidemment, un tel processus ne peut arriver sans des rรฉsistances plus ou moins locales, et c’est lร qu’on retrouve beaucoup de ces ยซย exceptionsย ยป inexplicables. Par exemple, si Charles Quint s’est retrouvรฉ isolรฉ sans l’aide des princes allemands catholiques contre le roi de France, c’est parce que, chacun pour ses propres raisons, ils s’opposaient ร la montรฉe de l’รtat impรฉrial au profit de l’รtat franรงais ou bavarois. C’est aussi dans cette rรฉsistance ร la centralisation du pouvoir qu’il faut comprendre les conflits des noblesses franรงaises, qu’elles soient protestantes ou catholiques, ou alliรฉes l’une ร l’autre1
En fin de compte, les guerres de religion franรงaises sont bien les souffrances de l’enfantement de l’รtat moderne, et non un bourbier dont l’รtat moderne est la solution :
Comme l’a notรฉ J. H. M. Salmon, les guerres de religion en France sont souvent considรฉrรฉes comme une aberration, un intermรจde de chaos entre deux pรฉriodes de consolidation nationale, d’abord les rรจgnes centralisateurs de Charles IX, Louis XI et Franรงois Ier, puis la tendance ร l’absolutisme sous Henri IV et ses successeurs. Salmon s’oppose ร ce que l’on considรจre les guerres de religion comme une discontinuitรฉ dans l’histoire de France, comme une curieuse parenthรจse de chaos entre deux pรฉriodes d’ordre croissant. Salmon soutient que ยซย la fin du XVIe siรจcle est d’une importance cruciale dans le dรฉveloppement gรฉnรฉral de l’ancien rรฉgime. C’est le creuset dans lequel certaines des forces concurrentes d’un รขge antรฉrieur ont รฉtรฉ consumรฉes dans le feu et d’autres mรฉlangรฉes et transmutรฉes en de nouveaux composรฉs : c’est la matrice de tout ce qui est venu aprรจsย ยป. Si le rรฉcit que fait Salmon du XVe au XVIIe siรจcle est vrai, alors la montรฉe de l’รtat absolutiste en France n’รฉtait pas simplement la solution aux guerres de religion ; la montรฉe de l’รtat รฉtait l’une des principales causes des guerres. Les soi-disant guerres de religion ont รฉtรฉ les souffrances de l’accouchement de l’รtat, et pas simplement la crise qui a nรฉcessitรฉ l’intervention de l’รtat en tant que sauveur.
Ibid, p.166
Il ne s’agit pas de dire que ces guerres รฉtaient en fait des guerres politiques et non religieuses, ni que l’รtat est ร blรขmer et que l’รglise est innocente de la violence. Si le transfert de pouvoir de l’รglise ร l’รtat a contribuรฉ aux bouleversements des XVIe et XVIIe siรจcles, ce transfert a gรฉnรฉralement pris la forme d’une absorption de l’รglise par l’appareil d’รtat. L’รglise รฉtait, bien entendu, profondรฉment impliquรฉe dans la violence des XVIe et XVIIe siรจcles. Le message est que la montรฉe de l’รtat moderne n’รฉtait pas la solution ร la violence de la religion. L’absorption de l’รglise par l’รtat, qui a commencรฉ bien avant la Rรฉforme, a รฉtรฉ un รฉlรฉment crucial de la montรฉe de l’รtat et de l’agitation des XVIe et XVIIe siรจcles.
Cela, par ailleurs, n’exclut pas la sincรฉritรฉ des acteurs ; cela signifie simplement qu’en mรชme temps que la question religieuse et doctrinale de la Rรฉforme, se dรฉroulait aussi un processus profond de centralisation du pouvoir. La confessionalisation participa aussi ร ce processus de centralisation, en donnant ร la population une identitรฉ unie gรฉrรฉe et dรฉfendue par l’รtat.
Des frontiรจres ecclรฉsiales nettes coรฏncident avec la crรฉation de frontiรจres territoriales nettes dans la construction de l’รtat moderne. L’รglise et l’รtat ont fusionnรฉ pour crรฉer des ยซย sujets obรฉissants, pieux et diligents de leurs princes allemandsย ยป. Les moyens de cette discipline รฉtaient les confessions de foi, l’uniformitรฉ liturgique et la police morale, mise en ลuvre par de frรฉquentes visites des รฉglises locales par les reprรฉsentants de l’รglise et de l’รtat. Selon Hsia, ce sont gรฉnรฉralement les fonctionnaires de l’รtat qui ont pris l’initiative d’imposer la confessionnalisation : ยซย Les autoritรฉs laรฏques telles que les princes, les fonctionnaires et les magistrats jouaient gรฉnรฉralement un rรดle plus crucial que le clergรฉ dans la dรฉtermination du cours de la confessionnalisation. . . . Devenus chefs de leurs รglises territoriales, les princes ont compris l’imposition de la conformitรฉ confessionnelle ร la fois comme une extension de leur autoritรฉ sรฉculiรจre et comme la mise en ลuvre de l’ลuvre de Dieu =.
Ibid, p. 170
Et il n’y a pas que les rรฉformรฉs: les catholiques aussi ont leur propre version du mรชme phรฉnomรจne:
Comme le souligne Hsia, cette dynamique ne se limite pas au calvinisme, mais caractรฉrise รฉgalement la Contre-Rรฉforme catholique : ยซย Toutes deux รฉtaient des rรฉformes venues d’en haut, รฉmanant des princes, des hauts fonctionnaires et de l’รฉlite acadรฉmique.ย ยป La crรฉation d’une รฉglise d’รtat bavaroise centralisรฉe sous les Wittelsbach suit ce modรจle. De mรชme, les institutions, les pratiques et les symboles catholiques, tels que le crucifix et les dรฉvotions mariales, ont servi de base ร l’รฉvolution des rituels d’รtat des Habsbourg. ร propos de Salzbourg, Hsia remarque que ยซย le triomphe final du catholicisme baroque ร Salzbourg a reprรฉsentรฉ la victoire finale de l’รtat absolutiste sur le communalisme paysan des villages de montagne.ย ยป
Ibid., p. 170
Cela ne veut pas dire que confessionalisation est dรปe ร la centralisation du pouvoir. Il existe aussi des cas oรน l’identitรฉ confessionnelle a รฉtรฉ utilisรฉe contre le pouvoir central. Mais simplement, les confessions de foi sont nรฉes des remous dรปs ร la grande centralisation des pouvoirs du dรฉbut de la modernitรฉ. Cette dynamique entre politique et confessionalisation est trรจs visible dans les guerres civiles anglaises, oรน la politique religieuse est en mรชme temps une position sur la centralisation ou non du pouvoir: l’รglise, et par extension les autres institutions doivent-elles รชtre contrรดlรฉes par l’รtat? ร quel point ?
Autre raison de douter que l’รtat sรฉculier ait รฉtรฉ la rรฉponse ou la solution aux guerres de religion : Tout d’abord, les รtats libรฉraux sont arrivรฉs au moins un siรจcle aprรจs les guerres de religion. Ensuite, lorsque les guerres de religion se sont รฉteintes, la sacralitรฉ du roi et de l’รtat avait augmentรฉ et non diminuรฉ. L’รฉdit de Nantes n’รฉtait pas conรงu par les politiques comme un รฉquiilibre final aux tensions religieuses : c’รฉtait simplement un moyen de gagner du temps et d’essayer autre chose pour obtenir enfin un seul roi, une seule loi, une seule foi.
Consรฉquence des guerres de religion
Une fois les guerres de religion รฉteintes, l’รtat n’est pas devenu plus sรฉculier, mais plus religieux au contraire :
L’idรฉe que l’รtat libรฉral a rรฉsolu les guerres de religion est encore plus invraisemblable que la version absolutiste du mythe car, dans les faits, l’รtat libรฉral n’apparaรฎt que beaucoup plus tard. Si l’on entend par ยซย libรฉralismeย ยป la sรฉcularisation du gouvernement, c’est tout le contraire que l’on constate en Europe ร la fin des guerres de religion. L’รtat est de plus en plus sacralisรฉ aux XVIe et XVIIe siรจcles. Ce processus est ce que Bossy appelle la ยซย migration du sacrรฉย ยป de l’รglise vers l’รtat. En France, au XVIe siรจcle, la monarchie a empruntรฉ ร l’รglise des rituels et des formules sacrรฉs pour exprimer la solidaritรฉ sacrรฉe avec la Couronne. Le dicton ยซย un roi, une foi, une loiย ยป รฉtait une transmutation de la formule biblique ยซย un Dieu, une foi, un baptรชmeย ยป. La fรชte du Corpus Christi a รฉtรฉ exploitรฉe pour les cรฉrรฉmonies marquant l’entrรฉe du roi dans une ville. Auparavant, les cรฉrรฉmonies d’entrรฉe mettaient l’accent sur les coutumes locales plutรดt que sur la gloire du roi. Le but de ces cรฉrรฉmonies รฉtait de prรชter un serment de loyautรฉ au roi en รฉchange de la promesse du roi de respecter les privilรจges locaux. Cette situation change radicalement ร la fin du XVe siรจcle. Charles VIII est accueilli ร Rouen avec les titres d'ย ยปAgneau de Dieu, sauveur, chef du corps mystique de la France, gardien du livre aux sept sceaux, source de la grรขce vivifiante pour un peuple aride, et porteur dรฉifiรฉ de la paixย ยป. Des rituels de plus en plus รฉlaborรฉs sacralisent la monarchie. Le couronnement de Franรงois Ier en 1515 prรฉsente le roi non plus comme un laรฏc mais comme un oint, dotรฉ d’habits sacerdotaux et ayant accรจs au calice. Au fil du siรจcle, se dรฉveloppe ce que David Potter appelle une ยซย religion royaleย ยป qui identifie le roi non plus comme un simple prรชtre mais comme l’image mรชme de Dieu sur terre. En 1555, Pierre de Ronsard รฉcrivait : ยซย En somme, le roi des Franรงais est un grand Dieu.ย ยป En 1625, l’assemblรฉe gรฉnรฉrale du clergรฉ de France pouvait proclamer non seulement que les rois franรงais รฉtaient ordonnรฉs par Dieu, mais qu'ย ยปils รฉtaient eux-mรชmes des dieuxย ยป, un sentiment repris par l’รฉvรชque Jacques-Bรฉnigne Bossuet lorsqu’il dรฉclara que les rois ยซย sont des dieux et participent en quelque sorte ร l’indรฉpendance divine.ย ยป Le culte du roi atteint son apogรฉe sous le ยซย roi Soleilย ยป, Louis XIV, ร Versailles, oรน des rituels de cour รฉlaborรฉs sont mis en scรจne pour souligner l’association รฉtroite du roi avec la divinitรฉ
Ibid, p. 175
Ce genre de culte royal avait lieu dans toutes sortes de nations europรฉennes. C’en est au point oรน le martyr lui-mรชme s’est dรฉplacรฉ, et oรน ยซย mourir pour la patrieย ยป a commencรฉ ร avoir la mรชme connotation que les martyrs antiques.
Conclusion
Le mythe des guerres de religion est faux, parce qu’il y a eu des guerres au sein d’une mรชme confession et en alliance avec des confessions opposรฉes ; les motifs religieux, politiques, sociaux ne sont tout simplement pas sรฉparables ; l’avรจnement de l’รtat moderne n’est pas la solution, mais la cause de toute cette violence des XVIe et XVIIe siรจcles.
Il faut aussi voir qu’ร l’occasion de ces guerres de religion, il y a eu une ยซย migration de la saintetรฉย ยป : elle est passรฉe de l’รglise ร l’รtat chrรฉtien, avec le culte royal dont on a parlรฉ. La Rรฉvolution franรงais n’a fait que passer du culte de l’รtat chrรฉtien au culte de l’รtat national. Et nous vivons depuis dans cette nouvelle forme de sacralitรฉ, oรน la religion publique qui lie ensemble la sociรฉtรฉ est celle qui convient ร un รtat centralisรฉ et trรจs-puissant.
Je ne suis pas en รฉtat actuellement de bien mesurer l’impact que cela a sur notre foi, et comment notre dรฉmarche confessante peut encaisser une telle dรฉcouverte. Mais il m’a semblรฉ utile de vous la partager, et que Dieu aie pitiรฉ de nous.
Illustration : Henri-Paul Motte, Le cardinal de Richelieu au siรจge de la Rochelle, huile sur toile, 1881 (musรฉe d’Orbigny Bernon, La Rochelle).
- Alors que les propagandistes de la Couronne, comme Michel de l’Hรดpital, s’efforรงaient d’รฉtablir une continuitรฉ entre la Couronne et une monarchie mรฉdiรฉvale idรฉalisรฉe, la propagande huguenote idรฉalisait la noblesse, censรฉe dรฉfendre les anciennes coutumes et le corps politique de la France contre les usurpations de la bureaucratie royale grandissante. Comme le fait remarquer Salmon, ยซย la raison fondamentale de la guerre รฉtait la mรฉfiance de la noblesse protestante ร l’รฉgard de la Couronne.ย ยป Les raisons de l’opposition catholique ร la Couronne รฉtaient trรจs similaires. Le manifeste de la Ligue catholique engageait ses membres non seulement ร restaurer la dignitรฉ de l’รglise catholique, mais aussi ร recouvrer la ยซย parfaite libertรฉย ยป ร laquelle les nobles avaient droit et ร abolir ยซย les nouveaux impรดts et tous les ajouts depuis le rรจgne de Charles IXย ยป. Op. cit., p.165[↩]





Je pense quโil serait injuste de ne pas รฉvoquer mรชme briรจvement la derniรจre ยซย guerre de religionย ยป entre catholiques et protestants qui nโest pas si ancienne puisquโelle se dรฉroula en 1847 en Suisse. Elle est nommรฉe plus souvent ยซย guerre civileย ยป, pourtant son arriรจre-plan essentiellement confessionnel fut dรฉterminant dans son dรฉclenchement. Elle fut mรชme la derniรจre guerre en Europe oรน catholiques et protestants sโopposรจrent les armes ร la main. Peut-รชtre que William Cavanaugh en parle dans dโautres chapitres de son livreย ?
Lโinfluence franรงaise grandissante depuis la crรฉation par la France de la Rรฉpublique Helvรฉtique en 1798 allait permettre aux idรฉes des Lumiรจres de se propager encore davantage. Si cela convenait plutรดt aux Libรฉraux qui รฉtaient majoritairement protestants, cโรฉtait au contraire de plus en plus mal supportรฉ par les Conservateurs catholiques, surtout dans certains cantons restรฉs farouchement hostiles ร la Rรฉforme et qui pensaient que le temps รฉtait venu dโen finir une fois pour toutes avec le protestantisme et la prรฉtendue modernitรฉ libรฉrale. Cette opposition exacerbรฉe allait produire ce qui รฉtait tant redoutรฉย : un conflit armรฉ en 1847, la guerre du Sonderbund. Lโenjeu de ce conflit nโรฉtait rien de moins que lโhรฉgรฉmonie politique et religieuse du parti victorieux. Cependant, la ligne de dรฉmarcation entre les deux partis restait floue, outre que certains cantons sโaffichรจrent neutres, certains protestants ne suivant pas lโorientation libรฉrale officielle se trouvaient plus proches du camp conservateur catholique sur le plan politique et certains catholiques adhรฉraient au libรฉralisme sans devenir pour autant protestants. Nommรฉ ร la tรชte de lโarmรฉe des Libรฉraux, la personnalitรฉ trรจs estimable que fut le gรฉnรฉral protestant genevois Guillaume Henri Dufour gagna trรจs rapidement la guerre qui fit heureusement peu de victimes. Le cas de lโarmรฉe du parti Conservateur catholique qui fut dรฉfaite est rรฉvรฉlateur de lโinexistence dโune parfaite homogรฉnรฉitรฉ confessionnelle ร lโintรฉrieur de chaque campย : cโest en connaissance de cause quโelle fut placรฉe sous le commandement du gรฉnรฉral Johann Ulrich von Salis-Soglio parce quโil รฉtait conservateur, argument qui prรฉvalut sur le fait quโil รฉtait aussiโฆ protestantย ! Il accepta ce commandement sachant quโil consistait ร combattre des coreligionnaires.
De plus, les mรชmes causes produisant les mรชmes effets, on peut observer que de mรชme que les guerres de religion du XVIe et XVIIe siรจcle ont marquรฉ profondรฉment lโEurope toute entiรจre, de mรชme cette guerre de 1847 a marquรฉ durablement la Suisse en confortant son pacifisme qui demeure toujours aujourdโhui une composante importante de lโidentitรฉ helvรฉtique. LโEtat fรฉdรฉral moderne nรฉ en 1848 est nรฉ de ces รฉvรฉnements.
Je trouve donc que la guerre du Sonderbund dont on parle peu et dont la dimension religieuse est indรฉniable illustre bien la thรจse que William Cavanaugh expose dans ce chapitre que vous nous avez fait dรฉcouvrir (ร moi, en tout cas) dans cet article fort instructif.