En défense de la peine de mort – Turretin (11.17)
6 avril 2026

Les droits de la guerre et les punitions sont-ils contenus dans le sixième commandement ? Le suicide et le duel sont-ils interdits ? Nous nions le précédent, affirmons le suivant.

Pour rappel, le sixième commandement est : « Tu ne tueras point ». Mais il comporte des nuances que notre époque a complètement oubliées.

L’exécution capitale n’est pas interdite

Contrairement au dogme catholique actuel (depuis 2018), la peine de mort n’est pas intrinsèquement interdite.

« Premièrement, d’un point de vue négatif, l’homicide judiciaire n’est pas prohibé lorsqu’il est commis par le magistrat public contre des individus privés qu’il punit par l’épée, le gibet ou de toute autre manière. Le magistrat est armé de l’épée afin de venger le mal (Rom 13:4 ; 1 Pi 2:14). Cela ne concerne pas seulement les magistrats païens alors au pouvoir, mais tous les magistrats en tant que tels, qu’ils soient croyants ou non. En effet, cela s’applique tout particulièrement aux croyants qui, en tant que gardiens des deux tables de la Loi, doivent veiller à son observation. Cela ne pourrait se faire s’il ne leur était pas permis de punir les coupables. Car là où il n’y a pas de crainte du châtiment, le crime est encouragé. C’est ici l’erreur des Anabaptistes et des Sociniens, qui s’efforcent d’arracher l’épée des mains du magistrat chrétien. »

Ce n’est pas seulement le devoir du magistrat, c’est aussi ce qu’exigent la tranquillité publique et la paix sociale. « Celle-ci ne pourrait jamais être préservée si l’épée ne pouvait être dégainée contre les coupables, afin que l’État soit débarrassé de tels misérables. »

Le sixième commandement ne s’y oppose pas, car il s’adresse aux personnes privées et non aux magistrats dans l’exercice public de leur autorité. Pour Turretin, l’abolition de la peine de mort serait même contraire à l’amour du prochain : « Ce serait une violation de la loi de charité que de laisser les méchants désespérés impunis, car ils sont pernicieux pour la République et nuisibles aux gens de bien. »

  • Objection : Il est écrit en Matthieu 5.39 : « Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant… ». Le magistrat ne doit donc pas exercer la vengeance.
    • Réponse : Jésus parle ici de la vengeance privée, pas de la justice publique (exercée au nom de Dieu, à qui la vengeance appartient).
  • Objection : Jésus a dit : « Tous ceux qui prendront l’épée mourront par l’épée » (Mt 26.52).
    • Réponse : « Prendre l’épée » pour une vengeance privée n’a rien à voir avec le fait de porter l’épée légitimement en tant que magistrat.

Le droit de faire la guerre (contre les Sociniens et les Anabaptistes)

« Nous soutenons que le droit de guerre appartient au magistrat et peut être légitimement exercé par lui dans une guerre juste et nécessaire. Les guerres injustes et hâtives, entreprises sans cause juste par simple ambition ou avarice pour étendre les frontières d’un empire, nous les détestons comme de simples brigandages de grand chemin. »

  1. La guerre est légitime dans l’Ancien Testament, et cela n’est jamais annulé dans le Nouveau.
  2. Dans le Nouveau Testament, Jean-Baptiste approuve la discipline militaire (Lc 3.14) : il ne dit pas aux soldats de renoncer à leur carrière, mais de ne pas abuser de leur force. Le métier des armes n’est donc pas un péché en soi. (Voir aussi Mt 8.10 ; Ac 10.1).
  3. L’office du magistrat l’exige : s’il doit nous protéger contre les petits brigands, à plus forte raison doit-il nous défendre contre ceux qui dévastent des régions entières.
  4. Dans l’Apocalypse, les saints livrent des combats contre les forces du mal.

Objection : Nos armes sont spirituelles et non charnelles (2 Cor 10.4).

« Bien que les armes des apôtres […] soient dites spirituelles et non charnelles […] parce qu’ils ont reçu l’ordre de combattre le monde non par la force extérieure, mais par la seule prédication de la parole ; et bien que les armes des croyants ne soient autres que les prières et les larmes dans la guerre spirituelle, il ne s’ensuit pas que le droit de l’épée et des armes charnelles n’appartienne pas au magistrat. De même que l’appel des apôtres et des croyants ne supprime pas l’office du magistrat, de même les armes spirituelles des croyants ne suppriment pas les armes charnelles utilisées par le magistrat. »

L’homicide en légitime défense n’est pas interdit

Une autre proposition tout à fait oubliée à notre époque :

« L’homicide défensif n’est pas interdit lorsque quelqu’un, dans le but de défendre sa propre vie contre un agresseur violent et injuste (en restant dans les limites d’une protection légitime), tue l’autre. »

Les conditions sont strictes :

  1. L’agression doit être injuste.
  2. Le défenseur doit avoir tout fait pour éviter la mort (parole, fuite, abandon).
  3. L’acte doit avoir lieu pendant l’agression, pas après.
  4. L’acte ne doit pas être motivé par la colère ou la revanche, mais par la seule nécessité de se défendre.

« La raison est claire. S’il n’est pas permis de rendre le mal pour le mal ou de se venger soi-même, repousser la force par la force pour se défendre relève du droit naturel et perpétuel […] même jusqu’à la mort de l’agresseur (bien qu’elle ne soit pas voulue en soi, mais seulement parce que nous ne pouvons autrement défendre nos vies). […] Dieu lui-même l’a clairement indiqué dans la Loi : « Si un voleur est surpris forçant une porte […] et qu’il soit frappé et meurt, on ne sera pas coupable de meurtre envers lui » (Ex 22.2). »

Note sur les cas spécifiques :

  • Défense d’autrui : On peut tuer pour défendre ses parents, sa femme, ses enfants ou ses amis. « Celui qui ne repousse pas une injure faite à autrui alors qu’il le peut est aussi blâmable que celui qui la commet. »
  • Défense de la chasteté : L’homicide est permis pour empêcher un viol si aucun autre moyen n’existe.
  • Exception : Si l’agresseur est un père ou un prince, il est parfois plus digne de souffrir la mort que de repousser l’injure par une telle défense.

L’homicide accidentel et le meurtre

Dieu a institué les villes de refuge pour ceux qui tuaient accidentellement et sans préméditation. Cependant, Turretin s’oppose au droit d’asile médiéval tel qu’étendu par Rome : « Mais cela est faussement étendu dans la papauté aux misérables de toutes sortes : homicides volontaires, ravisseurs de vierges et autres, auxquels ils souhaitent qu’un asile soit ouvert dans les lieux sacrés. »

Pourquoi le meurtre est-il interdit ?

  1. Raison divine : L’homme est à l’image de Dieu.
  2. Raison naturelle : Tout être cherche sa préservation ; le meurtrier est l’ennemi du genre humain.
  3. Raison civile : Le meurtre renverse les fondements de la société.

Le suicide est interdit

Si nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes, il nous est interdit de nous tuer. Le suicide est un « auto-meurtre ».

« Un suicidé pèche contre Dieu en piétinant son autorité, lui qui est seul Seigneur de la vie ; contre sa bonté et sa providence. Il pèche contre lui-même en violant l’inclination naturelle à chérir sa propre chair (Eph 5.29). Il pèche contre l’État en détruisant l’un de ses citoyens ; contre sa famille en plongeant ses proches dans le déshonneur et le deuil ; contre l’Église en marquant le système chrétien d’ignominie. […] Comme le disait Sénèque : « C’est une folie de mourir par peur de la mort ». L’homme n’est pas plus maître de sa propre vie que de celle d’autrui. Il est un serviteur qui a un maître, un soldat qui a un général. Il doit attendre que Dieu donne le signal pour quitter son poste. »

Les duels sont interdits

Il s’agit ici des duels d’honneur, très courants au XVIIe siècle. Turretin les condamne fermement :

  • L’honneur mondain est un faux honneur qui ne doit pas primer sur l’honneur dû à Dieu.
  • Une blessure à l’honneur se guérit mieux que la mort d’un homme.
  • On ne peut pas invoquer la « manifestation de la vérité » par le combat : c’est tenter Dieu par une « invention diabolique ».
  • Les Jésuites (Lessius, Escobar) sont critiqués pour avoir parfois favorisé cet « art diabolique » dans leur théologie morale.

De la colère et de la haine

Le sixième commandement s’applique aussi aux mouvements intérieurs. La colère et la haine sont interdites (Mt 5.21 ; Lev 19.17). Enfin, puisque tout précepte négatif implique un devoir affirmatif, nous devons :

  • Défendre et aider notre prochain.
  • Être doux et rechercher la concorde (Rom 12.18).

« Car il ne suffit pas de ne blesser personne ; nous devons donner à chacun ce qui lui est dû. Il ne suffit pas de ne tuer personne ; nous devons nous appliquer à préserver la vie de notre prochain. De même qu’une lampe s’éteint soit parce qu’on souffle dessus, soit parce qu’on ne lui fournit plus d’huile, la vie du prochain est détruite soit par une extinction violente, soit par le retrait inique de l’aide qui l’aurait préservée. »

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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