Garantie de l’alliance de grâce – Turretin (12.9)
3 août 2026

Christ, sous l’Ancien Testament, garantissait-il seulement la sécurité ou la promesse de l’alliance de grâce aussi ? Nous nions le premier, et affirmons le second.

La question traitée ici est extrêmement technique et repose sur des distinctions juridiques anciennes :

Car il y en a qui ajoutent cette différence-ci à toutes les autres entre l’Ancien et le Nouveau Testament : que Christ était bien, sous l’Ancien, un garant de sécurité (fidejussor), mais non celui qui reprenait formellement la dette à son compte (expromissor). C’est-à-dire qu’il s’est porté garant pour les élus, mais d’une manière telle qu’il n’y avait pas de transfert réel de la dette sur lui ; les pères n’étaient pas libérés de la culpabilité du péché, et Dieu se réservait le droit de leur infliger la punition si jamais Christ abandonnait sa caution et ne lui donnait pas satisfaction.

En langage plus courant : Jésus était-il déjà pleinement le Médiateur des croyants de l’Ancienne Alliance avant son incarnation ? Sa médiation auprès des pères anciens était-elle purement virtuelle et suspendue à l’avenir, ou bien était-elle déjà pleinement efficace ?

Prenons l’exemple d’Abraham lorsqu’il a péché : Christ a-t-il agi comme un simple fidejussor (une caution qui s’assure que la dette sera payée un jour, laissant le débiteur sous la menace de la justice) ou a-t-il agi comme un expromissor (celui qui prend juridiquement la dette d’un autre sur lui et l’en libère immédiatement) ?

Les théologiens réformés orthodoxes rejettent cette distinction artificielle : la médiation et le cautionnement de Christ étaient déjà parfaitement efficaces pour les croyants de l’Ancien Testament.

Argumentation principale

  • La nature du cautionnement de Christ : Cette sécurité et cette garantie offertes par le Fils ne sont rien d’autre que l’expression de sa volonté parfaitement absolue, éternelle et immuable de se substituer lui-même à la place des élus, selon le conseil souverain du Père. Il est théologiquement inimaginable que Christ se contente de surveiller une dette ou de garantir que « quelqu’un » paiera un jour, alors qu’il a été résolu de toute éternité que c’est lui-même qui l’acquitterait.
    • Ésaïe 53,5 : « Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. »
    • Psaume 40,7-8 : « Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, tu m’as ouvert l’oreille; tu ne demandes ni holocauste ni victime pour le péché. Alors je dis: Voici, je viens; avec le rouleau du livre écrit pour moi. »
  • La rigueur de la justice divine : La nature de la justice de Dieu exige un fondement juridique réel pour faire grâce. Dieu ne saurait se contenter d’une promesse en l’air ou d’un statut d’attente qui laisserait le péché impuni. Christ, notre Médiateur, n’avait aucune raison de suspendre ou de différer l’efficacité spirituelle de sa mission : la Sagesse divine savait pertinemment dès l’origine que l’homme était incapable de payer la moindre part de sa dette.
  • Le besoin immédiat des élus : Les croyants sous l’Ancienne Alliance avaient un besoin absolu d’un substitut réel (expromissor) et non d’une simple caution future. Ils ne pouvaient pas demeurer dans un état de culpabilité non résolu en attendant l’incarnation, car leur justification présente, leur communion avec Dieu et leur glorification post-mortem en dépendaient directement. Ils n’ont pas été sauvés par un autre moyen, ni d’une autre manière que par le Christ.
  • L’immutabilité du ministère de Christ : Restreindre le rôle du Christ à celui de simple fidejussor sous l’Ancien Testament revient à introduire une imperfection, une faiblesse et un changement injustifiable dans son office de Médiateur. Son œuvre de rédemption reste unique, constante et parfaite d’un bout à l’autre de l’histoire du salut.

Considérant la haute technicité de cette question et son obsolescence complète dans les débats théologiques contemporains, les réponses détaillées aux objections spécifiques ne seront pas développées ici. Les sociniens et les critiques de l’époque qui utilisaient cette subtilité juridique n’ont pas légué cette formulation particulière aux débats modernes.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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