Les pères de l’ancien Testament ont-ils été pardonnés ? – Turretin (12.10)
10 août 2026

Peut-on dire que les pères sous l’ancienne alliance ont été sous la colère de Dieu et la malédiction de la loi, et sont restés sous la peine du péché, jusqu’à la mort de Christ ? Ont-ils eu une ἄφεσις (effacement) ou seulement une πάρεσις (suspension) de leurs péchés ? Nous distinguons.

Encore une fois, nous touchons ici à l’une des questions les plus techniques et les plus obsolètes des Instituts de théologie élenctique. Nous nous en tiendrons donc uniquement aux grandes lignes de l’argumentation.

Formulation de la question

Pour aborder correctement ce débat, il convient de définir précisément ce qui est en cause et ce qui ne l’est pas :

  • Le moment de l’application : La question ne porte pas sur le principe de la rémission des péchés des anciens croyants morts avant la venue du Christ. Il est acquis qu’ils ont été pardonnés par le Christ. La question est de savoir si ce pardon était déjà pleinement appliqué et effectif sous l’Ancienne Alliance, bien avant le temps de l’Incarnation.
  • L’impuissance de la loi : La question n’est pas de savoir si la loi mosaïque en elle-même pouvait effacer les péchés. Elle en est purement incapable. Il s’agit plutôt de savoir si les pères de l’Ancien Testament pouvaient recevoir la grâce salvatrice et efficace de Dieu par anticipation, avant que le Christ ne s’incarne.
  • L’expérience subjective face à la réalité objective : La question n’est pas de savoir si le croyant de l’Ancien Testament ressentait moins intensément ce pardon. L’expérience subjective du pardon était effectivement moins lumineuse sous l’ancienne économie. La question est objective : les péchés étaient-ils complètement effacés (ἄφεσις / aphesis), ou simplement suspendus et mis de côté (πάρεσις / paresis) en attendant que le Christ meure à la Croix ?
  • L’anticipation des effets de la Croix : La question n’est pas de savoir si l’événement de la Croix et la proclamation de l’Évangile sont les seuls fondements du pardon. C’est une certitude. Le point de friction est de savoir si leurs effets eschatologiques pouvaient être appliqués de façon anticipée et plénière aux croyants de l’Ancienne Alliance.

Turretin affirme fermement que les croyants des deux alliances ont eu accès aux mêmes privilèges spirituels et aux mêmes droits juridiques découlant de l’alliance de grâce. Les différences réelles entre l’Ancien et le Nouveau Testament sont des questions de statut, de clarté et d’administration extérieure ; le pardon des péchés expérimenté par David est aussi efficace, complet et identique que celui qui a été accordé à l’apôtre Paul.

Argumentation principale

  • La continuité du cautionnement du Christ : Nous venons de prouver que la mission médiatrice du Christ s’appliquait pleinement et efficacement dès l’Ancienne Alliance, sans qu’il soit nécessaire d’imaginer un « demi-régime » temporaire. Par conséquent, les péchés des pères étaient authentiquement couverts sous l’Ancienne Alliance, et non pas simplement tolérés ou laissés en suspens.
  • L’unité de la relation fédérale : Considérant qu’il s’agit d’une seule et même alliance de grâce, il est théologiquement impensable que Dieu se présente comme « leur Dieu » selon une relation spirituelle identique, tout en privant les anciens croyants des avantages fondamentaux de cette union, à savoir la justification immédiate.
  • L’indivisibilité de la charge du péché : De deux choses l’une : soit les anciens pères conservaient sur eux la culpabilité et la condamnation du péché (ce qui est radicalement incompatible avec l’essence de l’alliance de grâce), soit cette faute était intégralement portée par le Christ. Or, le Christ ne portait pas la culpabilité à moitié.
  • Le témoignage textuel d’un pardon total : Les Écritures indiquent de manière limpide que les croyants de l’Ancien Testament étaient pleinement délivrés et sauvés de leurs transgressions. Ils ne bénéficiaient pas d’un pardon partiel ou conditionnel :
    • Exode 34,7 : « …qui conserve son amour jusqu’à mille générations, qui pardonne l’iniquité, la rébellion et le péché, mais qui ne tient point le coupable pour innocent… »
    • Psaume 32,1 : « Heureux celui à qui la transgression est remise, à qui le péché est pardonné ! »
    • Psaume 51,3-4 : « O Dieu ! aie pitié de moi dans ta bonté; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché. »
    • Psaume 65,3 : « Les iniquités m’accablent: tu pardonneras nos transgressions. »
    • Psaume 85,2-3 : « Tu as été favorable à ton pays, ô Éternel ! Tu as ramené les captifs de Jacob; tu as pardonné l’iniquité de ton peuple, tu as couvert tous ses péchés. »
    • Psaume 103,3-4 : « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies; c’est lui qui délivre ta vie de la fosse, qui de couronne de bonté et de miséricorde… »
    • Ésaïe 1,18 : « Venez et plaidons ! dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. »
    • Ésaïe 44,22 : « J’efface tes transgressions comme un nuage, et tes péchés comme une nuée; reviens à moi, car je t’ai racheté. »
    • Michée 7,18-19 : « Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage ? […] Il aura encore pitié de nous, il foulera aux pieds nos iniquités; tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés. »
  • La réalité d’une foi salvatrice : Comment pourrait-on soutenir que les pères de l’Ancien Testament manifestaient les signes profonds d’une foi qui sauve, expressément citée en exemple pour nous (Romains 4,3-5 ; Galates 3,6 ; Hébreux 11,2 ; 2 Corinthiens 4,13), sans qu’ils aient été sauvés et libérés de manière tout à fait réelle et contemporaine à leur vie ?
  • Le lien indissociable entre justification et sanctification : L’Écriture atteste de la sainteté réelle de nombreux croyants de l’Ancienne Alliance. S’ils étaient véritablement saints, c’est qu’ils étaient transformés et sanctifiés par l’Esprit. Or, pour être engagé dans un processus de sanctification aux yeux de Dieu, il faut nécessairement être reconnu comme légalement et pleinement justifié. Le plein pardon précédait donc leur marche.

Le septième argument historique de Turretin repose sur une analyse philologique visant à démontrer l’absence de frontière étanche entre les termes ἄφεσις (effacement) et πάρεσις (suspension) dans l’usage biblique. Cependant, pour éviter de ressusciter de vieilles querelles terminologiques aujourd’hui éteintes, cette distinction subtile ne sera pas davantage développée.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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