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Qu'est-ce que la Scolastique Protestante ? – Partie 2

La scolastique

Scholasticus (signifiant « érudit » dans la culture romaine), signifiait une « personne instruite » dans l’église médiévale. Mais le mot « scolastique » et ses apparentés prennent toutes sortes de sens à l’époque de la Réforme. Habituellement, le contexte aide à discerner l’intention de l’auteur lorsqu’il fait référence à un « scolastique ».

Souvent, les gens ont cru que le mot  » scolastique  » se référait au contenu, à certaines croyances, mais ce n’est pas du tout le cas. En général, la scolastique se réfère à une méthode particulière. Il y a peut-être un peu de vérité dans le fait que la méthode a un impact sur le contenu, mais généralement la méthode n’affecte pas le contenu, sinon les catholiques romains, les luthériens et les théologiens réformés arriveraient tous aux mêmes conclusions puisqu’ils ont essentiellement adopté la même méthode dans leur théologie au milieu du 16e siècle et au 17e.

M. de Rijk définit la scolastique comme une « méthode appliquée en théologie et en philosophie caractérisée par l’utilisation (pour l’enseignement et la recherche) d’un système de concepts, distinctions, définitions, analyse propositionnelle, techniques de raisonnement et de contestation ».[1] À un niveau plus restreint, la scolastique inclut les « concepts, les distinctions et les méthodes de raisonnement utilisés pour traiter un sujet particulier ».[2] Ainsi, en utilisant les concepts aristotéliciens (hérités d’Aristote), les scolastiques ont utilisé des distinctions telles que la puissance et l’acte. Ils ont également fait usage de la logique, y compris l’utilisation célèbre du syllogisme. Les termes de l’ère patristique et du Moyen Âge ont été transmis aux réformateurs et aux scolastiques protestants. Ces termes étaient « monnaie courante » dans les discussions et les débats théologiques, mais certainement pas gravés dans la pierre. Puisque la dynamique du débat théologique a changé au cours du XVIe siècle, la théologie scolastique est devenue plus dominante à la suite de phénomènes comme la Contre-Réforme menée par le cardinal catholique romain Robert Bellarmin (1542-1621) et l’influence croissante du Socinianisme et autres erreurs ou hérésies.

Comme le note Willem van Asselt, « presque tous les théologiens réformés dignes de mention ont écrit une réfutation de Bellarmin, dont le Bellarmin Rendu impuissant de William Ames (Bellarminus enervates, 1626) est devenu le plus célèbre. L’attaque réalisée par Bellarmin était de nature scolastique, et pour le contrer, lui et d’autres théologiens catholiques romains polémiques, il était nécessaire d’utiliser le même appareil : la scolastique. »[3] Bien sûr, les réformés auraient pu adopter un biblicisme plutôt simpliste – criant, « nous laissons la Bible parler d’elle-même » – mais cela n’aurait convaincu personne, même si peut-être les Sociniens auraient été impressionnés d’avoir de tels alliés quant à la méthode !


[1] L.M. de Rijk, Middeleeuwse wijsbegeerte: Traditie en vernieuwing, 2nd ed. (Assen: Van Corcum, 1988), 111. Traduction d’une citation en Néerlandais par Dolfe Te Velde.
[2] Willem J. van Asselt, Introduction to Reformed Scholasticism (Grand Rapids: RHB, 2011), 99.
[3] Ibid., 109.
 

Maxime est étudiant en médecine en 4ème année (FASM1) à la Faculté de Médecine et Maïeutique de l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde avec laquelle il vit sur Lille.

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