Quand est-ce qu’un luthérien n’est pas un luthérien ?
5 août 2020

Cet article est une traduction de When Is A Lutheran Not A Lutheran? de Carl R. Trueman, ancien professeur de théologie historique et d’histoire de l’Église au Westminster Theological Seminary et actuellement professeur au Grove City College.


Dimanche dernier, une Église luthérienne du New Jersey a célébré la transition de son pasteur de femme à homme. Le révérend Rose Beeson est devenu le révérend Peter Beeson.

La rhétorique entourant ce changement était prévisible et typique de notre époque. L’expression « radicalement inclusif » a été utilisée par un paroissien pour décrire la paroisse. Je soupçonne que cette « inclusion radicale » n’est probablement pas aussi peu qualifiée que le terme le suggère. Il est peu probable que les membres du Klux Klux Klan soient inclus dans la franchise. De même que ceux qui affirment la vision chrétienne historique du mariage comme union d’un homme et d’une femme. Il est probable que ces personnes seront rejetées comme des bigots. Et je doute fort que ceux qui considèrent le corps comme un élément fondamental du genre — qu’ils soient de gauche ou de droite — se sentent particulièrement « inclus ». Les TERF sont détestées par le lobby transgenre autant que n’importe quel fou de droite. L’expression « radicalement inclusif » signifie en fait « radicalement exclusif, conformément aux mœurs des temps présents ».

Plus troublant et plus digne de réflexion est le commentaire du révérend Beeson dans son interview avec une chaîne d’information locale. Elle décrit sa transition comme une façon de démontrer que les chrétiens considèrent les transgenres comme étant faits à l’image de Dieu.

C’est absolument le cas. Et le fait que l’Église ne les traite pas en conséquence est certainement une critique du témoignage de l’Église concernant ses convictions. Ainsi, l’Église considère que tous les êtres humains sont faits à l’image de Dieu : les transsexuels, les homosexuels, les TERF, les membres du Klux Klux Klan, les partisans de Trump, et même les partisans du mariage traditionnel. L’Église doit être un lieu où toutes ces personnes sont accueillies. Mais avec une qualification essentielle. Être accueilli n’implique pas d’être approuvé dans ses croyances ou l’identité que l’on a quand on entre dans le sanctuaire. L’Évangile est, selon Paul, une folie pour les Grecs et une offense pour les Juifs. En bref, il est en contradiction avec les attentes humaines et l’identité la plus profonde. Pour ne pas offenser les gens ou paraître stupide, l’Église devrait abandonner l’Évangile ! Nous devons comprendre cela dès le départ.

La conviction que tous sont faits à l’image de Dieu entraîne de profondes implications morales pour l’Église. On ne trouvera pas parmi ces implications l’idée que la culture environnante décide de la nature de la personne humaine et de son identité, ni des limites de l’expression sexuelle acceptable. Cette croyance implique en fait l’aspect transcendant et fondamental de ce qu’être humain signifie. C’est quelque chose que l’on a reçu. Cela implique une autorité sur l’individu, de sorte que ce n’est pas à moi de décider qui je suis et comment je peux me comporter.

Cette croyance est quelque peu compliquée par la compréhension qu’a l’Église du péché. La Formule de concorde, qui est un des documents confessionnels central de l’église luthérienne, déclare que le péché originel a remplacé l’image de Dieu chez l’être humain par « une corruption profonde, méchante, abominable, sans fond, impénétrable et inexprimable de toute sa nature dans toutes ses puissances, en particulier des plus hautes et des plus importantes puissances de l’âme dans l’esprit, le cœur et la volonté ». Ce n’est pas moi qui parle. Je suis un chrétien réformé et je suis très peu qualifié pour offrir mes propres réflexions sur la théologie luthérienne. C’est ce que les luthériens sont censés considérer, selon leurs documents confessionnels fondateurs.

Si cet enseignement est pris au sérieux, il affectera naturellement la manière dont on considère ses convictions psychologiques sur l’identité et la sexualité. Bien sûr, on peut rejeter cet enseignement comme une absurdité mythologique — mais il faut alors se demander quelle est la différence entre être luthérien et n’être rien d’autre qu’un laïc radical. Est-ce simplement que le radicalisme s’exprime dans une synthèse impie de rhétorique politique et théologique (une tentation permanente, d’ailleurs, sur laquelle la gauche religieuse et la droite religieuse doivent toutes deux réfléchir) ?

Et cette question met en évidence le véritable défi de l’inclusion dans l’Église. L’Église doit s’occuper de ceux qui ont été endommagés par la révolution sexuelle. Mais s’occuper de ces personnes exige que nous fassions une distinction minutieuse entre les objectifs politiques et culturels des lobbyistes de l’identité sexuelle et les luttes personnelles et la confusion douloureuse que connaissent les individus dans ces domaines. Si nous ne le faisons pas, il y aura deux conséquences : soit nous suivrons la voie du révérend Beeson et affirmerons le consensus culturel actuel, quel qu’il soit, et l’Église deviendra si inclusive qu’elle ne pourra plus être distinguée du reste du monde ; soit nous nous concentrerons tellement sur la lutte contre les aspects socialement révolutionnaires des ambitions des lobbyistes que nous ne nous occuperons pas des personnes qui viennent dans nos églises pour demander de l’aide et de la clarté.

Le chaos règne dans la société, et l’Église doit réfléchir calmement et sobrement à ces questions. Les actions sans doute bien intentionnées du révérend Beeson et de ses paroissiens ne font malheureusement qu’accroître la confusion que la révolution sexuelle a cultivée pendant de nombreuses décennies. Nous qui ne sommes pas d’accord avec elle devons penser clairement et faire mieux.



			

Hadrien Ledanseur

Enfant de Dieu, passionné par la théologie et la philosophie. S'il est enfant de Dieu, c'est exclusivement en vertu des mérites de Jésus-Christ et de la grâce de Dieu. Si Dieu le veut, il se fiancera bientôt !

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