Un bref résumé de l’histoire de la philosophie (La dernière superstition — Edward Feser)
19 février 2021

Je vous propose ici le résumé du livre d’Edward Feser contre le « nouvel athéisme » (Richard Dawkins, Christopher Hitchens, Daniel Dennett, Sam Harris), intitulé La dernière superstition (en anglais The Last Superstition). C’est un excellent résumé de l’histoire de la philosophie qui explique en particulier :
la philosophie classique : celle de Platon, d’Aristote, d’Augustin et de Thomas d’Aquin qui a duré jusqu’à la Renaissance environ ;
la philosophie moderne : celle qui est apparue avec Descartes, Hobbes, Locke, Hume ;
leurs différences ;
comment on est passé de la première à la deuxième ;
les conséquences dramatiques de ce changement.
Si vous avez compris ce résumé, alors vous connaissez presque tout ce qu’il y a à savoir sur l’histoire de la philosophie ! Bien sûr, si vous voulez en savoir plus, alors jetez-vous sur le livre de Feser !

La thèse centrale du « nouvel athéisme » de Richard Dawkins, Daniel Dennett, Sam Harris et Christopher Hitchens est qu’il y a eu pendant plusieurs siècles une guerre entre la science et la religion, guerre que la religion n’a cessé de perdre, et qu’à cette heure de l’histoire de l’humanité, une vision totalement athée du monde a été confirmée de façon si convaincante qu’il n’y a plus aucune raison qu’une personne rationnelle et éduquée puisse trouver les prétentions d’une quelconque religion dignes d’intérêt. Cependant, fait remarquer Edward Feser dans La dernière superstition, il n’y a en fait jamais, et il n’y eut jamais non plus de guerre entre la science et la religion. Bien au contraire, il s’agit d’un long conflit entre deux conceptions entièrement philosophiques de l’ordre naturel : d’une part, la vision « téléologique » classique de Platon, Aristote, Augustin et Thomas d’Aquin, selon laquelle le but ou la finalité est une caractéristique aussi inhérente au monde physique que la masse ou la charge électrique ; de l’autre, la vision « mécanique » moderne de Descartes, Hobbes, Locke et Hume, selon laquelle le monde physique n’est constitué que de particules en mouvement sans but ni signification.

Ainsi, dans la conception téléologique classique, l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et la conception de la morale selon la loi naturelle sont rationnellement inévitables. C’est pourquoi l’athéisme et le laïcisme modernes ont toujours crucialement reposé, pour leur crédibilité rationnelle, sur l’insinuation que l’image moderne et mécanique du monde a en quelque sorte été établie par la science. Or, cette moderne image « mécanique » n’a jamais été établie par la science et ne peut l’être, car il ne s’agit pas au départ d’une théorie scientifique, mais simplement d’une interprétation philosophique de la science.

De plus, comme le montre Feser, les arguments philosophiques en faveur de la vision moderne donnés par les premiers philosophes modernes n’étaient remarquables que par leur étonnante faiblesse. Les véritables raisons de sa popularité étaient alors, et le sont encore aujourd’hui, essentiellement politiques : c’était un outil susceptible de saper les fondements intellectuels de l’autorité ecclésiastique et d’ouvrir la voie à un nouvel ordre social laïciste et libéral, orienté vers le commerce et la technologie. Afin de promouvoir ces objectifs politiques, il fut simplement décrété qu’aucune théorie contredisant l’image mécanique du monde ne pouvait être considérée comme « scientifique ». Avec le passage des siècles et l’obscurcissement de la mémoire historique, cet acte de proclamation dogmatique a fini par être considéré à tort comme une « découverte ».

Cependant, non seulement cette image philosophique moderne n’est pas rationnellement fondée, elle est manifestement erronée. En effet, la conception « mécanique » du monde naturel, lorsqu’elle est développée de manière cohérente, implique absurdement que la rationalité, et même l’esprit humain lui-même, est illusoire. La prétendue « vision scientifique du monde » défendue par les nouveaux athées sape donc inévitablement ses propres fondements rationnels ; et par-dessus le marché (et contrairement à la position moralisatrice des nouveaux athées), elle sape également les fondements de toute morale possible.

En revanche, comme le démontre La dernière superstition, l’image téléologique classique de la nature peut être considérée comme étant fortement confirmée par les développements de la philosophie, de la biologie et de la physique contemporaines ; en outre, la morale et la raison elle-même ne peuvent être comprises indépendamment d’elle. La vision téléologique des anciens et des médiévaux est ainsi rationnellement vengée — et avec elle la vision religieuse du monde qu’ils ont fondée sur elle.


Illustration de couverture : Rembrandt, Philosophe en méditation, huile sur toile, 1632 (Paris, musée du Louvre).

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

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