Natural theology – David Haines – Recension
4 février 2022

Je remercie The Davenant Press d’avoir répondu favorablement à ma demande en m’envoyant gratuitement son livre pour cette recension.


Natural Theology est une excellente introduction, fort accessible, et à la fois biblique, historique et confessionnelle à la théologie naturelle (en termes plus contemporains “philosophie de la religion”), discipline de la philosophie qui étudie l’existence de Dieu et ses attributs accessibles par la raison sans révélation surnaturelle (par exemple la Bible). Elle est écrite par un réformé thomiste.

Biblique, car l’auteur pose les fondements bibliques d’une telle démarche, les passages et versets clés (Romains 1,17, 32, 2,14-15, Actes 14, 17, le psaume 19) et montre comment la quasi-totalité de la tradition chrétienne (catholique ou protestante) a compris qu’ils montraient que tous les hommes (chrétiens ou non) pouvaient connaître Dieu (son existence et des attributs) par le moyen de la nature. C’est ce dont parle la première partie du livre. J’ai tout particulièrement apprécié le fait qu’il mentionne Actes 14 car j’étais plusieurs fois surpris de ne pas voir apparaître ce passage aussi souvent qu’il le mérite. Passage dans lequel Paul explique aux habitants païens de Lystre que l’existence et la bonté de Dieu se voient largement à travers le cycle des saisons, la pluie et le bonheur1.

Historique, parce qu’il passe en revue la manière dont les philosophes antiques (des présocratiques jusqu’aux néoplatoniciens en passant par Aristote et Platon) et les théologiens chrétiens l’ont approuvée et même pratiquée (les pères de l’Église et notamment Augustin ; Thomas d’Aquin, Luther, Calvin). C’est le sujet de la seconde partie avec un chapitre allant des présocratiques aux Pères, deux spécialement consacrés à Augustin et à Thomas d’Aquin, et un dernier sur la Réforme protestante (en particulier la tradition réformée).

Confessionnelle, (en rapport étroit avec l’histoire) car Haines ne s’intéresse pas à n’importe quel type de théologien ou de philosophe chrétien. Il ne parlera pas par exemple de Leibnitz, car bien qu’il soit un grand philosophe chrétien, son œuvre ne s’inscrit pas dans une dénomination particulière (en tout cas ce n’est pas ce qui la rend populaire). Il traite de ceux qui sont en continuité avec la tradition chrétienne et la philosophie classique, en terminant par les réformés, des protestants qui ont accepté l’héritage traditionnel du christianisme, qu’ils ont même en commun avec les catholiques. Voici quelques noms plus ou moins connus : Jean Calvin, Pierre Martyr Vermigli, Girolamo Zanchi, Heinrich Bullinger, François Turretin, Francis Junius, John Davenant, Richard Hooker, des puritains (Richard Sibbes, Stephen Charnock, William Ames), Herman Bavinck, B. B. Warfield, Charles Hodge, A. A. Hodge. Haines montre également que la théologie naturelle figurait même dans toutes les principales confessions de foi réformées comme la confession de Westminster, la confession helvétique postérieure, etc.

Il aborde la théologie naturelle selon ces deux points de vue pour montrer qu’elle est bien légitime pour la majorité des chrétiens (et en particulier des réformés). C’est donc le premier livre à lire par un croyant qui veut s’assurer du bien-fondé de la théologie naturelle et de sa compatibilité avec la foi en Christ, avant de plonger dans les arguments philosophiques. Pour une approche plus philosophique, plus diversifiée mais quand même historique, on pourra compléter cette lecture par Proofs of God de Matthew Levering.


Illustration en couverture : José de Ribera, Aristote, huile sur toile, 1637 (musée d’art d’Indianapolis).

  1. Il s’agit bien sûr d’un bonheur humain et limité, pas le bonheur issu d’une relation avec Dieu, de la vision béatifique[]

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

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