Union et communion dans les Églises réformées de France
28 mai 2021

Les rapports entre Église invisible (et universelle) et Église visible sont l’objet de nombreux développements dans la théologie protestante ; nous avons déjà eu l’occasion récemment de présenter la réflexion de Jean Calvin à ce sujet. Les actes des synodes nationaux, élaborant et réaffirmant la discipline des Églises réformées, sont un autre moyen d’aborder ce même sujet. Nous présentons ci-dessous (en en modernisant légèrement la lettre) quelques-uns des plus importants articles qui insistent sur les liens fraternels unissant les paroisses (ou Églises) et leurs pasteurs les uns aux autres. J’emprunte ces citations au recueil fort utile de François Méjan (Paris : « Je sers », 1947) qui, tout en mettant à disposition du public la discipline de la nouvelle Église réformée de France, reprenait aussi les statuts antérieurs à la Révocation.

Discipline de l'Église Réformée de France - par François MÉJAN

Article I

Article du synode de La Rochelle de 1559 :

Nulle Église ne pourra prétendre à la primauté ni à la domination sur l’autre, ni une province sur une autre.

Article II

Article du synode de La Rochelle de 1559 :

Nulle Église ne pourra rien faire de grande conséquence, où pourrait être compris l’intérêt ou le dommage des autres Églises, sans l’avis [et le consentement]1 du synode provincial s’il est possible de l’assembler ; et si l’affaire pressait, elle communiquera et aura l’avis [et consentement] des autres Églises de la province, par lettres pour le moins.

Le synode de Charenton de 1644 y ajoute une observation contre le congrégationalisme :

Sur ce qui a été représenté par quelques députés des provinces maritimes, que plusieurs, venant de pays étrangers, qui s’appellent Indépendants, parce qu’ils enseignent que chaque Église se doit gouverner par ses propres lois, sans aucune dépendance de personnes dans les matières ecclésiastiques, et sans obligation à reconnaître l’autorité des colloques2 et des synodes, pour son régime et sa conduite, établissent leur demeure en ce royaume, et y pourraient ci-après causer de grands inconvénients, s’il n’y était pourvu de bonne heure. La Compagnie, craignant que ce venin gagnant insensiblement ne jette la confusion et le désordre entre nous, et jugeant ladite secte des Indépendants non seulement préjudiciable à l’Église de Dieu, en tant qu’elle tâche d’introduire la confusion, ouvrant la porte à toutes sortes d’irrégularités et extravagances, et ôtant le moyen d’y apporter remède, mais aussi très dangereuse à l’État ; que si elle avait lieu, il se pourrait former autant de religions qu’il y a de paroisses ou d’assemblées particulières, a enjoint à toutes les provinces, et spécialement aux maritimes, de prendre garde que ce mal ne prenne pied dans les Églises de ce royaume, afin que la paix et l’uniformité tant en la religion qu’en la discipline y soient inviolablement entretenus, et que rien ne s’introduise parmi nous qui puisse altérer en aucune manière le service qui est dû à Dieu et au Roi.

Article III

Article du synode de Sainte-Foy de 1578 :

Les Églises et les particuliers seront avertis de ne se départir pour quelque persécution que ce soit de l’union sacrée du corps de l’Église, pour se procurer une paix et une liberté à part. Quiconque en fera autrement sera censuré selon ce que les colloques et synodes jugeront être expédient.


Le synode de Privas de 1612, en complément à cet article, adopte un beau serment d’union :

Nous soussignés, députés des Églises réformées de France, assemblés en synode national, en la ville de Privas en Vivarais, reconnaissant par l’expérience du passé qu’il n’y a rien tant nécessaire à l’entretien du bien, de la paix, et de l’établissement desdites Églises, qu’une sainte union et concorde inviolable, tant en la doctrine qu’en la discipline et dans ce qui en dépend, et que lesdites Églises ne peuvent nullement subsister sans une bonne et étroite union et conjonction mutuelle mieux gardée qu’elle n’a été par le passé, pour cette raison désirant éteindre à l’avenir toute semence de division et sujet de partialité entre les Églises, et faire échec à toutes impostures, menées, calomnies, et pratiques, par lesquelles plusieurs mal affectionnés à notre religion tâchent de la dissiper et ruiner, ce qui nous donne sujet plus que jamais de rechercher d’un commun accord le moyen de notre juste, légitime et nécessaire conservation en ladite union, sous l’obéissance de notre roi et souverain Seigneur, avons, au nom de toutes les Églises, pour le bien d’icelles et pour le service de sa Majesté, juré et protesté, jurons et protestons, promettant de faire ratifier les mêmes protestations dans nos provinces, de demeurer inséparablement unis et conjoints en la confession de foi des Églises réformées de ce royaume, confirmée, approuvée, et ratifiée de nous tous ; jurons tant en notre nom qu’en celui des Églises et provinces qui nous ont députés en cette assemblée, vouloir vivre et mourir en cette confession. Comme aussi protestons aux mêmes noms de garder inviolablement la discipline ecclésiastique, établie dans les Églises de ce royaume, et suivant l’ordre porté par icelle, tant pour la conduite desdites Églises que pour la correction des mœurs ; reconnaissant qu’elle est conforme à la parole de Dieu, l’empire duquel demeurant en son entier, protestons et jurons de rendre toute obéissance et fidélité à sa Majesté, ne désirant que servir notre Dieu en liberté de conscience sous la faveur de ses édits.

Nous jurons et protestons de demeurer inséparablement unis et conjoints en la confession de foi des Églises réformées de ce royaume, confirmée, approuvée, et ratifiée de nous tous ; de vouloir vivre et mourir en cette confession.

Article IV

Article du synode de Gergeau de 1601 :

Les disputes de la religion avec les adversaires seront réglées de telle sorte que les nôtres ne seront point agresseurs et s’ils sont engagés en dispute verbale, ils ne le feront qu’avec la règle de l’Écriture sainte, ne donnant lieu aux écrits des anciens docteurs, pour le jugement et décision de la doctrine. N’entreront en dispute réglée, que par écrits respectivement baillés, et signés. Et quant à la dispute publique, n’y entreront que par l’avis de leur consistoire, et de quelque nombre de pasteurs qui pour cet effet seront choisis par les colloques ou synodes provinciaux. N’entreront en aucune dispute ou conférence générale, sans l’avis de toutes les Églises assemblées au synode national, à peine aux ministres qui y entreront autrement d’être déclarés apostats, et déserteurs de l’union de l’Église.

Peu après, le besoin de ministères spécialisés dans la théologie et l’apologétique est reconnu :

Le synode de Saint-Maixent [de 1609] approuva la proposition de faire nommer par les synodes provinciaux un certain nombre de pasteurs « qui eussent charge de se préparer sur toutes controverses, mais notamment sur quelques-unes en chaque province. » Et il répartit les sujets entre les provinces : de la parole de Dieu écrite et non écrite — de l’Église et des conciles, du Christ et de l’Antéchrist, du ministère et du pouvoir des clefs, des limbes et du Purgatoire, de la béatitude, de l’invocation et des reliques, des saints, des anges, etc., des sacrements, de la messe, des indulgences, du péché originel et de la Loi, du libre arbitre et de la prédestination, de la justification et des bonnes œuvres.

Article V

Article des synodes de La Rochelle de 1581 et de Saumur de 1596 :

Les Églises doivent entendre que les assemblées ecclésiastiques des colloques et synodes, tant provinciaux que nationaux, sont les liens et appuis de l’ [leur] union et concorde contre les schismes, hérésies, et tout autre inconvénient : afin qu’elles fassent tout devoir et s’emploient par tous moyens, à ce que lesdites assemblées ecclésiastiques soient continuées et entretenues : et au cas où quelques Églises ou personnes particulières ne voudraient contribuer aux frais qu’il convient faire pour se trouver aux assemblées ecclésiastiques, elles seront sévèrement censurées, comme déserteurs de l’union sainte qui doit être entre nous. Les ministres aussi qui ne tiendront la main à ce qui précède seront sévèrement censurés par les synodes provinciaux.

Ceux que le sujet intéresse pourront à profit participer (gratuitement) au prochain colloque de l’association amie Foi et vie réformées (description ci-dessous). Je remercie d’ailleurs le pasteur Éric Kayayan pour avoir attiré mon attention sur le serment de 1612.

May be an image of tekstas „WEBINAIRE Église invisible, Églises visibles QUEL LIEN, POUR QUELLE UNITÉ ? SUR INSCRIPTION 29 MAI 2021 14H00 18H15 ORATEURS FOI&VIE FOI VIE RÉFORMÉES PAUL WELLS ÉRIC KAYAYAN FABIO GENOVEZ CHARLES NICOLAS Ressourceschrétiennes“

WEBINAIRE SUR L’ÉGLISE – 29 MAI 2021

Pour faire suite au webinaire sur l’Église organisé le 20 mars dernier, Foi et Vie Réformées propose un second webinaire sur d’autres aspects liés à ce sujet le samedi 29 mai, de 14h à 18h15, avec Paul Wells, Éric Kayayan, Fabio Genovez et Charles Nicolas. Ce webinaire est offert en partenariat avec Ressources chrétiennes, un ministère québécois de mise en ligne de ressources théologiques réformées en français (http://www.ressourceschretiennes.com/).
Les thèmes spécifiques qui seront abordés sont la relation entre l’Église universelle et les Églises locales, et, à partir de là, la nature des relations liant les Églises locales entre elles (Paul Wells & Éric Kayayan). Le pasteur Fabio Genovez illustrera ces questions à partir de la vie de l’Église presbytérienne du Brésil (IPB, qui compte quelque 900 000 membres aujourd’hui) et le pasteur Charles Nicolas donnera une prédication sur Actes 2,42. Il vous sera possible de poser des questions aux intervenants sur le chat.
Pour prendre connaissance du programme et vous inscrire, cliquez sur:
https://www.helloasso.com/associations/foi-et-vie-reformees/evenements/fevr-online-eglise-invisible-eglises-visibles

Nous espérons vous retrouver nombreux à cette occasion !

L’équipe de Foi & vie réformées

  1. Entre crochets figurent des additions mineures conservées par d’autres éditions de la Discipline.[]
  2. Le colloque ou consistoire regroupe au plus une trentaine d’Églises locales ; c’est une circonscription ecclésiale inférieure à la province.[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université et étudiant de deuxième cycle en théologie à la faculté Jean Calvin, Arthur participe au blog notamment en tant que relecteur et traducteur. Il s'intéresse notamment à l'ecclésiologie et à la liturgie, ainsi qu'aux Églises d'Europe centrale et orientale, en particulier des pays baltes où il a vécu plusieurs années.

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