Le postdarwinisme, une chance pour le créationnisme
25 octobre 2021

J’ai récemment lu deux livres du professeur Didier Raoult : Dépasser Darwin (2010) et De l’ignorance et l’aveuglement (2015). J’ai découvert le postdarwinisme, qui vise à remplacer le darwinisme orthodoxe tel que je l’ai appris au lycée. Sur ce site, nous avons assez souvent évoqué et défendu le créationnisme qui s’oppose historiquement au darwinisme depuis le XIXe siècle. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire « Le créationnisme défendu par la méthode scolastique », et synthétisé l’histoire du créationnisme au XXe siècle. Dans cet article, je vais mettre à jour ce que l’on m’a appris sur la théorie de l’évolution au lycée, et nous allons voir que les nouvelles doctrines scientifiques sont toujours aussi éloignées du créationnisme, mais que nous allons vers moins de tensions entre créationnisme et (post)darwinisme.

Rappel sur le darwinisme orthodoxe

La théorie darwiniste, dans sa version vulgarisée tient sur trois jambes :

  1. Un ancêtre commun universel, soit une forme de vie basique,
  2. qui par des mutations aléatoire héritées de parents à enfants, acquièrent des modifications qui s’accumulent petit à petit sur une longue période de temps.
  3. Les modifications bénéfiques pour l’adaptation sont sélectionnées par la sélection naturelle : les individus acquérant la mutation la plus bénéfique pour l’adaptation au milieu est l’individu le plus propice à se reproduire, et c’est ainsi que le caractère est acquis.

C’est là le mécanisme de base, auquel s’ajoutent bien des subtilités certes importantes, mais pas dans le contexte de cet article.

Les obstacles au darwinisme orthodoxe

Didier Raoult défend dans son livre que le premier obstacle au darwinisme orthodoxe est l’aspect chimérique du monde vivant : le darwinisme orthodoxe prescrit des espèces indépendantes qui n’évoluent que « verticalement » de parent à enfant, dans des « rameaux » indépendants une fois qu’ils se sont détachés d’un ancêtre commun. Or il y a beaucoup de « contamination » génétique entre êtres vivants : de micro à macro-organismes, entre macro-organismes, et entre micro-organismes, c’est la norme. Dès lors, on ne peut plus déterminer avec facilité ces ramifications élégantes qu’on nous as appris au lycée. Plutôt que de dériver telle mutation d’un parent commun avec un autre organisme, tel animal peut en fait l’avoir acquis « à l’horizontale » d’un autre organisme ce qui nous amène au deuxième obstacle.

Le deuxième obstacle au darwinisme orthodoxe est l’impossibilité d’attribuer un ancêtre commun universel : les êtres vivants se sont tellement chimérisés entre eux, même entre organismes très éloignés, qu’il est complètement illusoire de « descendre à la racine ». Le mieux qu’on puisse faire c’est partir d’une espèce « finale » (disons l’homme) et de retracer l’origine de son patrimoine génétique (1-4% de Néandertal, 8% de rétrovirus etc), comme dans un vrai arbre généalogique.

Continuons la liste là aussi rassemblée par Raoult :

  1. Kamura qui a montré que l’évolution ne va pas vers une amélioration des espèces, mais progresse de façon tout à fait aléatoire. La plupart des mutations négatives n’empêchent pas la perpétuation : avoir un bras plus court que l’autre n’empêche pas la fertilité et la longévité.
  2. Dawkins a popularisé l’idée du gène égoïste : la compétition n’est pas portée par les organismes mais par les gènes ; le « but du jeu » est que ces gènes particuliers se répandent le plus possible, et les effets sur les organismes ne sont qu’accidentels, et sans référence au « bien » de celui-ci.
  3. Jay Gould a réintroduit une dose de catastrophisme dans l’évolutionnisme, en rejetant la continuité lente de Darwin et en proposant que l’évolution a procédé par « paliers » avec des catastrophes et repeuplements très rapides. Il prend l’exemple des chevaux en Amérique, qui sont devenus extrêmement courants là-bas en moins de quatre siècles, à partir de seulement quelques individus.
  4. Jay Gould a aussi introduit l’idée que, tout compte fait, l’histoire de l’évolution ne peut emprunter qu’un seul chemin : les changements se font en système, et même si nous ignorons vers quelles formes de vies nous « allons », cela ne se passe pas par des petits changements d’individus : tout bouge en même temps.
  5. On notera aussi la revanche tardive de Lamarck sur Darwin : Darwin suggérait que le changement se faisait ad intra ; l’organisme connaissait une mutation qui s’ajoutait puis par sélection naturelle le conservait ou le perdait. Or, il s’avère que cela se produit le plus souvent par perte d’expression d’un gène, principalement déterminée par l’environnement, ce que proposait Lamarck (l’environnement pousse l’organisme à s’adapter dans une certaine direction).

Koonin résume ainsi les erreurs de Darwin:

  • Darwin dit que le changement vient par accumulation de petites modifications ajoutées, et transmises de parent à enfant (verticale). Koonin dit que c’est partiellement vrai : il y a aussi des modifications et pertes de gènes, et des modifications par l’environnement (lamarckiennes).
  • Darwin dit que la fixation des bons changements se fait par sélection naturelle. Koonin dit que c’est partiellement vrai : ce n’est qu’un mécanisme de fixation parmi d’autres. Il y a aussi des évolutions neutres (majoritaires d’ailleurs) et une sélection lamarckienne.
  • Darwin postulait des variation très petites selon sa formule la nature ne fait pas de sauts. Pour Koonin, c’est carrément faux : il y a des micro-organismes qui ensemble en forment un troisième complètement nouveau en une génération.
  • Darwin postulait une évolution uniforme et rectiligne. Pour Koonin, c’est partiellement vrai : il y a en plus des apparitions brutales d’espèces.
  • Darwin disait que l’évolution tend à produire des êtres de plus en plus complexes. Pour Koonin, c’est complètement faux : il n’y a aucune complexification garantie à travers la sélection ; les êtres vivants vont vers plus de simplification, ou plus de complexité… il n’y a pas de sens à l’évolution en ce qui concerne la complexité.
  • Darwin proposait un arbre de la vie, avec un ancêtre commun et universel et des jolies branches bien distinctes. Koonin prend plutôt l’image du rhizome : plusieurs branches qui se recombinent plus loin.
  • Darwin croyait en un ancêtre commun universel. Koonin est d’accord, mais pas Raoult.

Synthèse

Reprenons les trois éléments et ce qui reste après.

  1. L’ancêtre commun universel est aujourd’hui attaqué et remis en cause. Le problème du début de la vie d’un point de vue évolutionniste est donc encore plus insoluble, mais Raoult ne s’y intéresse pas du tout, affirmant que ce n’est pas du domaine de la science.
  2. Les mutations sont complètement redéfinies : ce n’est pas l’animal qui est modifié mais son génome ; ces modifications peuvent donc être neutres du point de vue de l’adaptabilité. Il n’y a pas de direction à l’évolution, plus de grande épopée de l’histoire de la vie.
  3. Dès lors, la sélection naturelle ne suffit plus et à l’heure actuelle ce mécanisme de sélection est assez indéchiffrable.

Dans tous les cas, nous sommes en ce moment même dans un changement de paradigme, avec des débats entre darwinisme orthodoxe, de plus en plus « mis à jour » jusqu’à être non reconnaissable d’un côté, et une nouvelle synthèse, de l’autre, qui n’a pas encore pleinement émergé. Cela peut durer quelques années encore.

Ce que cela change pour le créationnisme

L’évolutionnisme ne va pas partir, c’est évident. Le créationnisme n’est toujours pas une opinion permise dans les milieux académiques, et le postdarwinisme ne va pas être plus tolérant. Au contraire, il va s’enraciner et se durcir contre toute finalité, toute fixité dans l’espèce. Là où l’on parlait encore « d’espèces » en darwinisme, le postdarwinisme ne voudra plus considérer que des mélanges de génome. Là où l’on disait que l’australopithèque a évolué pour devenir homo erectus, c’est proscrit dans le postdarwinisme.

Notons cependant que le catastrophisme n’est plus exclu, et que l’on admet à nouveau que les évolutions peuvent être « rapides ». De même le mystère de l’origine de la vie n’a plus comme réponse qu’une réponse religieuse, et c’est positif pour nous.

Pourtant, je considère que même avec ces obstacles, le postdarwinisme est plutôt positif pour le créationnisme. La raison est la suivante : en renonçant à toute finalité et toute « grande histoire », le postdarwinisme s’interdit d’être une mythologie ou une cosmogonie comme le darwinisme a pu l’être. Il ne peut plus être le mythe athée des origines. Si le postdarwinisme l’emporte, seul le créationnisme pourra maintenir un récit des origines qui puisse servir de base à une explication et une vision du monde. Il est donc probable que, tout en se retranchant dans un anti-finalisme hostile au créationnisme, le postdarwinisme laisse en fait davantage de « place » culturelle pour le créationnisme. Charge à nous de l’occuper.

Le temps n’est donc pas venu d’adapter notre évolutionnisme théiste pour que l’on exclue à présent aussi toute fixité d’espèce. Le temps est venu d’occuper notre vraie place de chrétiens : celui de générateurs de récit fondateur (ou mythe) pour tout l’Occident, ce qui est de moins en moins possible avec l’évolutionnisme tel qu’il est pratiqué, et non tel qu’il est enseigné. Nous devons pointer du doigt et moquer le manque de mise à jour des documentaires, et à quel point ce qu’on enseigne dans les écoles est obsolète. Nous devons enseigner à nos enfants le vrai état de l’art de la « science officielle » et montrer le décalage.

Ce n’est pas le moment de « s’adapter » pour simplement survivre à ce changement. C’est le moment de conquérir.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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