L’infinité de Dieu — Turretin (3.8)
16 juillet 2022

Dieu est-il infini dans son essence ? Nous l’affirmons contre Socinius et Vorstius.

L’infinité de Dieu est la doctrine qui enseigne que Dieu n’a pas de limite. Tout simplement.

Formulation de la question (§§ 2-4)

Nous ne parlons pas ici de l’infini potentiel : c’est-à-dire un nombre très grand, dont le terme est simplement indéterminé, comme peut l’être l’étendue de l’univers matériel. Nous parlons de l’infini réel, celui où il n’y a tout simplement pas de terme fini. Dire que Dieu est infini ce n’est pas dire qu’il est très très très… grand. C’est affirmer qu’il n’y a aucune limite.

Cela était nié par les sociniens, précurseurs des libéraux, et par les remontrants (ou arminiens) qui admettaient que la puissance de Dieu était sans limite, mais pas son essence, puisqu’il fallait y mettre une limite pour que le libre-arbitre de l’homme s’y mette.

Argumentation principale (§§ 5-8)

Nous affirmons que Dieu n’a pas de limites parce que l’Écriture l’enseigne :

  • L’Éternel est grand et très digne de louange, et sa grandeur est insondable. Psaume 145,3.
  • Prétends-tu sonder les pensées de Dieu, parvenir à la connaissance parfaite du Tout-Puissant ? Elle est aussi haute que les cieux : que feras-tu ? Plus profonde que le séjour des morts : que sauras-tu ? La mesure en est plus longue que la terre, elle est plus large que la mer. Job 11,7-9.
  • Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main, pris les dimensions des cieux avec la paume, et ramassé la poussière de la terre dans un tiers de mesure ? Qui a pesé les montagnes au crochet, et les collines à la balance ? Ésaïe 40,12.
  • Voici, les nations sont comme une goutte d’un seau, elles sont comme de la poussière sur une balance ; voici, les îles sont comme une fine poussière qui s’envole. Toutes les nations sont devant lui comme un rien, elles ne sont pour lui que néant et vanité. Ésaïe 40, 15 et 17.

Deuxième argument, nous disons que Dieu n’a pas de limites parce que c’est la conséquence logique de sa perfection. La perfection pour une créature consiste à être dans ses justes limites de créature. Mais de telles limites ne peuvent pas s’appliquer à Dieu qui précède toute créature. Sa perfection consiste donc à ne pas avoir de limites.

Troisième argument à partir de sa puissance : Si Dieu est tout-puissant, alors il n’a pas de limites dans son essence. En effet, si Dieu avait une limite, ce serait soit que quelque chose d’extérieur serait plus fort que lui, soit qu’il aurait une faiblesse interne. Or ni l’un ni l’autre ne sont compatibles avec la toute-puissance. Donc si Dieu est tout-puissant, il est infini.

Nous distinguons trois sens à l’infinité de Dieu :

  1. L’infinité originale, dans le sens où il n’a pas d’origine finie, il est totalement indépendant.
  2. Une infinité formelle, dans le sens où son être (forme en langage aristotélicien) est sans limite.
  3. L’infinité virtuelle, dans le sens où sa capacité d’agir (vertu en langage aristotélicien) est sans limites, ni aide ; il agit comme il veut.

Objections (§§ 9-16)

Dieu peut-il créer une pierre à la masse infinie qu’il ne pourrait pas soulever ?

Bien que Dieu ne puisse pas produire un effet infini (parce qu’il n’est pas productible), pourtant il ne cesse pas d’être d’une infinie vertu [capacité à agir] parce qu’il agit selon un mode infini. L’infini qui ne peut être trouvé dans la fin à cause de sa répugnance se trouve dans le mode d’action.

ITE, III.8.9 (nous soulignons).

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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Les attributs ne peuvent pas être une chose différente de l’être de Dieu parce que Dieu est parfait et simple. En langage plus ordinaire, cela veut dire que nous n’avons pas un objet divin d’un côté, et les attributs divins « stockés dans un serveur platonique » à côté. Dieu n’est pas un être qui se trouve avoir de la toute-puissance, il est la définition même de la Puissance. Il n’est pas un être qui a de la justice: il est la Justice grand J, sa définition même.

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