La connaissance de Dieu – Turretin (3.12)
1 octobre 2022

Est-ce que toutes choses tombent sous la connaissance de Dieu, à la fois singulières et contingentes ? Nous l’affirmons contre Socin.

Au sujet de l’intellect de Dieu et de la disposition de sa connaissance, deux choses surtout doivent être considérées : son mode et son objet. Son mode consiste en ce qu’il connait toutes choses parfaitement, indivisiblement, distinctement et immuablement. Il diffère donc ainsi de la connaissance humaine ou angélique.

  1. Parfaitement parce qu’il connaît les choses par lui-même ou par son essence, et non par abstraction à partir des choses.
  2. Indivisiblement, parce qu’il connaît les choses intuitivement et intellectuellement1, et non par raisonnement discursif ou déduction.
  3. Distinctement, non pas comme si par une conception, il ne collectait qu’une partie des prédicats d’une chose, mais parce qu’il voit distinctement tout d’une chose d’un seul regard si bien que rien, pas même la plus petite des choses, ne lui échappe.
  4. Immuablement, parce qu’il n’y en a lui pas l’ombre d’un changement, et qu’il demeure l’immuable qui met en mouvement toute chose, si bien qu’il voit les différents changements d’une chose par une cognition infaillible.

Et concernant l’objet, Dieu se connaît lui-même, et ce qui est extérieur à lui, que ce soit possible ou actuel, présent ou futur.

Première question : Dieu connaît-il les singuliers? (§§ 4-6)

Les singuliers, ce sont les faits individuels. Averroès au Moyen Âge niait que Dieu connût le nombre de cheveux sur la tête de quelqu’un, etc. Mais l’Écriture est assez claire sur cela :

  • Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou ? Cependant, il n’en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. Et même vos cheveux sont tous comptés. Matthieu 10,29-30.
  • Nulle créature n’est cachée devant lui, mais tout est nu et découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte. Hébreux 4,13.
  • Il compte le nombre des étoiles, il leur donne à toutes des noms. Psaume 147,4.
Averroès, qui pensait que Dieu ne connaissait que les abstractions et non les particuliers.

Deuxième question : Dieu connaît-il les choses contingentes futures?

Les contingents futurs, ce sont les événements qui peuvent ou non se passer dans le futur, le contraire des futurs nécessaires. Est-ce que Dieu connaît des scénarios potentiels, ou bien sa connaissance est-elle limitée aux choses concrètes et actuelles ?

Les sociniens désiraient enlever cette connaissance de Dieu, parce qu’il est plus facile à partir de là de dire que notre volonté est libre de se déterminer seule, car Dieu ne connaît ni le futur, ni ce qu’il pourrait se passer dans le futur. Ainsi parlaient les sociniens du temps de Turretin. Ainsi que le disait Socin :

Puisque donc il n’y a aucune raison, ni passage de l’Écriture par lequel nous puissions clairement affirmer que Dieu savait toute chose avant qu’elle n’arrive, nous devons conclure qu’il n’y a aucune raison d’affirmer la préconnaissance de Dieu, surtout quand on voit les nombreuses raisons, et passages de l’Ecriture totalement opposés à cette idée.

Fausto Socin, Praelectionis Theologicae 11

Et d’autres comme Crellius (en illustration) et Smalcius, qui disent que les singuliers futurs contingents sont des choses par nature inconnaissables, et donc hors de l’omniscience de Dieu. Il n’en faut pas plus pour provoquer Turretin. Il défend que les futurs contingents font partie de la connaissance de Dieu.

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Argumentation (§§7-17)

L’Écriture l’affirme :

  • Seigneur, tu sais toutes choses Jean 21,17. Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. 1 Jean 3,20.
    Objection : Oui, mais là on parle de toutes choses connaissables et les futurs contingents ne le sont pas.
    C’est justement ce qui est à prouver : attention à ne pas faire une pétition de principe. Nous, nous disons que les futurs contingents sont connaissables certes pas en eux-mêmes, mais dans le décret de Dieu.
  • le Seigneur, qui fait ces choses, et à qui elles sont connues de toute éternité. Actes 15,18. « Ces choses » sont au futur (puisqu’elles sont connues depuis l’éternité passé) et contiennent aussi les choses contigentes. Donc Dieu connaît les futurs contingents.
  • Nulle créature n’est cachée devant lui, mais tout est nu et découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte. Hébreux 4,13. Ainsi donc nos actions volontaires (et donc contingentes) sont connues de Dieu, et nos actions futures aussi. Ce dernier point apparaît plus clairement dans d’autres passages :
  • Car la parole n’est pas sur ma langue, que déjà, ô Éternel ! Tu la connais entièrement. Psaume 139,4.
  • Avant que je t’aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais Jérémie 1,5
  • Je savais que tu serais infidèle Ésaïe 48,8.
  • Ce qui vous monte à la pensée, je le sais. Ézéchiel 11,5.

Deuxième argument :

Parce que Dieu prédit les futurs contingents, c’est donc qu’il les connaît. Car à moins de les connaître infailliblement, il ne pourrait pas les prédire, comme il le fait souvent.

François Turretin, Institution de théologie élenctique, 3.12.14

Troisième argument : Si connaître les futurs contingents est une perfection chez la créature, à combien plus forte raison la perfection de Dieu exige qu’il les connaisse aussi.

Quatrième argument : Toutes choses futures étant déterminées infailliblement par Dieu, il faut qu’il connaisse les futurs contingents pour choisir librement lesquels seront actualisés.

  1. Noétiquement, dit Turretin.[]

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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