De la vengeance de Dieu — Turretin (3.19)
21 novembre 2022

La justice de vengeance est-elle naturelle à Dieu ? Nous l’affirmons contre les sociniens.

Exposition du concept (§§ 2-9)

Turretin restitue l’essentiel de l’héritage scolastique sur le concept de justice de Dieu. Nous distinguons entre:

  • Justice universelle. Ce terme désigne l’ensemble des hautes vertus de Dieu, toutes ses qualités morales combinées : justice particulière, sainteté, bonté, etc.
  • Justice particulière, ou distributive qui donne à chacun son dû, comme punition ou récompense.

Il y a d’autres petits détails sur lesquels je passe, par souci de concision. À l’époque de Turretin, les sociniens — précurseurs des libéraux — niaient qu’il existe la justice vindicative en Dieu, soit la « justice qui punit ». Dans le but de renverser la substitution pénale (« Jésus a été puni à notre place »), Socin disait que la punition n’est pas naturelle à Dieu, mais une chose strictement volontaire. S’il le désirait Dieu pouvait punir le péché, mais il n’y avait rien dans sa nature qui le forçait à le faire.

Contre cela, les orthodoxes affirment nettement que la justice est naturelle, et non seulement volontaire, en Dieu. Il est juste, ce n’est pas une décision qu’il doit prendre. En revanche, pas de consensus net sur les détails fins qui se trouvent derrière cette décision. Mais l’essentiel de la position orthodoxe demeure : Dieu doit punir le péché, c’est sa nature.

Argumentation principale (§§ 11-15)

À partir des Écritures (§ 11)

Voici quelques citations :

  • [Dieu] ne tient point le coupable pour innocent, et qui punit l’iniquité des pères sur les enfants et sur les enfants des enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération ! Exode 34,7
  • Tes yeux sont trop purs pour voir le mal. Habacuc 1,13
  • Tu n’es point un Dieu qui prenne plaisir au mal ; le méchant n’a pas sa demeure auprès de toi. Psaumes 5,5
    Nous voyons ici que la justice de Dieu est liée à son être et non à sa simple volonté, active ou non.

Ou bien encore, quand on parle de Dieu comme juge :

  • Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir ! loin de toi ! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? Genèse 18,25
  • Mais si notre injustice établit la justice de Dieu, que dirons-nous ? Dieu est-il injuste quand il déchaîne sa colère ? (Je parle à la manière des hommes.) Loin de là ! Autrement, comment Dieu jugerait-il le monde ? Romains 3,5-6
  • La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes… bien qu’ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses. Romains 1,18 et 32
  • Il est de la justice de Dieu de rendre l’affliction à ceux qui vous affligent 2 Thessaloniciens 1,6
    Encore une fois les passages bibliques démontrent clairement que la justice de Dieu est liée à sa nature, et non à une libre volonté bien disposée ou non.

À partir de la conscience (§ 13)

Dans les replis de notre conscience est imprimée fermement l’idée qu’il existe un Dieu vengeur, au point où l’on se sent coupable et en danger même quand nul n’a vu notre crime. De même, il est étrange de considérer que dans quasiment toutes les cultures, on trouve des sacrifices ou des rituels qui ont pour but… d’éviter la colère des dieux. Un tel témoignage démontre que Dieu est aussi un Dieu vengeur.

À partir de la Loi (§ 14)

Si la loi de Dieu est basée sur sa nature, exigeant la sainteté parce qu’il est saint par exemple, alors il doit y correspondre une punition en cas d’infraction qui est elle aussi basée sur sa nature. De même, toute l’économie des sacrifices qui sont absolument nécessaires pour la continuation de l’alliance témoigne que l’expiation n’est pas un détail contournable par une autre volonté divine, mais qu’elle est liée à l’être même de Dieu, qui exige la pureté et la justice parce que Dieu est pur et juste.

À partir de la mort de Christ (§ 15)

Si vraiment la justice en Dieu est une libre volonté qu’il peut ou non appliquer, alors toute la mort de Christ devient absurde : pour quoi Jésus est-il mort ? Pour un péché que Dieu peut librement décider de tout simplement ne pas punir ? Pourquoi est-il mort à notre place, alors qu’il n’est même pas nécessaire de mourir du tout ?

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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