De la bonté de Dieu — Turretin (3.20)
29 novembre 2022

Quelle est la différence entre la bonté, l’amour, la grâce et la miséricorde de Dieu ?

C’est peut être la seule question non polémique de l’Institution de théologie élenctique, mais c’est aussi le locus le plus systématique, et la logique systématique ne dépend pas de l’existence effective de débats. Nous avons donc quelques paragraphes de définitions détaillées.

La bonté de Dieu (§ 3)

Dieu aime toutes ses créatures, mais pas avec la même intensité, ni de la même façon :

  • Il y a une bonté générale pour toutes les créatures : Éternel ! ta bonté atteint jusqu’aux cieu […]Éternel ! tu soutiens les hommes et les bêtes, Psaume 36, 6 et 7.
  • Il y a une bonté spéciale pour les hommes : Ce Dieu, dans les âges passés, a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies, quoiqu’il n’ait cessé de rendre témoignage de ce qu’il est, en faisant du bien, Actes 14,16-7.
  • Il y a une bonté très spéciale pour les élus.

Cette diversité s’explique ainsi :

  1. Elle manifeste sa souveraineté sur sa création, alors qu’il y distribue ses dons comme il veut, ainsi qu’on le remarque par cette inégalité.
  2. La sagesse de Dieu exige un ordre dans la distribution de ses biens.
  3. Cette diversité fait la beauté de l’univers.
  4. Elle manifeste l’infinie grandeur de cette bonté, dans le fait qu’aucune créature ne rassemble à elle seule toutes les bontés de Dieu.

L’amour de Dieu (§§ 4-5)

L’amour est la communication de la bonté à l’objet de son amour. C’est d’ailleurs dans les effets plus ou moins efficaces de son amour que l’on peut établir les degrés de la bonté qu’on a proposés avant.

Il y a trois degrés d’un même amour:

  1. L’amour de bienveillance : Dieu désire le bien de toutes ses créatures de toute éternité. C’est selon cet amour qu’il nous aime avant que nous soyons. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, Jean 3,16.
  2. L’amour de bienfaisance : Dieu distribue efficacement le bien à telle créature et tel moment selon son bon plaisir. Par cet amour, il nous aime tel que nous sommes. Maris, que chacun aime sa femme, comme Christ a aimé l’Église, Éphésiens 5,25 ; À celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, Apocalypse 1,5.
  3. L’amour de complaisance : Il aime sa créature à mesure de l’image de lui-même qu’il voit en elle. Par cet amour, il nous aime dans la mesure où nous lui ressemblons, notre réponse conditionne cet amour-là et les récompenses qu’il donne. On ne nommera plus ta terre désolation ; mais on t’appellera mon plaisir en elle, et l’on appellera ta terre épouse ; car l’Éternel met son plaisir en toi, et ta terre aura un époux, Ésaïe 62,3 ; sans la foi, il est impossible de lui être agréable, Hébreux 11,6.

C’est l’occasion ainsi d’enfin faire la distinction que bien des libéraux refusent de faire : oui « Dieu aime toutes les créatures » ; c’est son amour de bienveillance, qui est l’expression de sa bonté générale. Oui, « Dieu nous accepte tels que nous sommes » ; c’est son amour de bienfaisance, mais il n’est déjà valable que comme expression de sa bonté spéciale. Mais confondre ensemble toutes les sortes d’amour, et refuser de faire la moindre distinction, c’est aller contre la propre parole de Dieu, et le forcer à sauver tout le monde alors qu’il a dit lui-même qu’il ferait son bon plaisir. Les lecteurs attirés par la vérité biblique ont maintenant de quoi contrer les slogans libéraux.

La grâce de Dieu (§§ 7-8)

La grâce fait suite à l’amour par lequel Dieu est conçu comme désirant se communiquer lui-même à la créature d’un amour gratuit sans aucun mérite de la part de la créature, et quelque soit son démérite, dit Turretin.

On distingue deux sens, selon quel « bout » de la grâce on parle :

  • La grâce affective de Dieu : cela désigne sa disposition envers nous. On la retrouve dans l’élection de la grâce. Romains 11,5 ; pour célébrer la gloire de sa grâce dont il nous a favorisés, Éphésiens 1,6. Cf. aussi Romains 3,24, Luc 1,30, Tite 3,7.
  • La grâce effective de Dieu : cela désigne ce que nous reçevons concrètement de Dieu. Les charismes de Dieu reçus par le Saint-Esprit. On distingue les charismes ordinaires comme la foi, l’espérance et l’amour (1 Corinthiens 15,10 ; Éphésiens 2,7-8) et les charismes extraordinaires qui servent à l’édification de l’Église (1 Corinthiens 12,4, 7-8 ; Éphésiens 4,7).

On distingue aussi:

  • La grâce décrétive : le décret de Dieu par lequel il est décidé que nous sommes sauvés.
  • La grâce exécutive : l’application de ce décret dans l’histoire.

La miséricorde de Dieu (§§ 10-14)

Attention : cela ne désigne pas une émotion, Dieu qui aurait « le cœur qui se serre ». Elle est proprement atribuée à Dieu non pour signifier une peine à la vue de la misère d’un autre — comme entre les hommes — mais pour indiquer une volonté disposée et rapide à secourir le misérable sans angoisse ou perturbation de l’âme.

Cette miséricorde est libre et incausée d’un point de vue externe. Il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut, Romains 9,18.

On distingue :

  • La miséricorde générale que Dieu a envers toutes ses créatures : Tous ces animaux espèrent en toi, pour que tu leur donnes la nourriture en son temps, Psaumes 104,27.
  • La miséricorde spéciale qui est restreinte aux élus, et contient le salut et tous biens spirituels et éternels.

Parce que justement, la miséricorde spéciale qui mène au salut est restreinte, [la miséricorde de Dieu] est un asile pour le pénitent et le pieux, mais pas un refuge pour l’impénitent et l’impie.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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