Je publie en ce moment divers notes sur les icônes, en vue d’un traitement exhaustif à venir sous forme de vidéo. Si ce sujet vous intéresse, je vous invite à consulter les articles déjà publiés sur la question :
- Dans ce premier article de Steven Wedgeworth, plusieurs textes des Pères opposés à la vénération des icônes sont recensés ;
- Dans ce second article, nous relevions la façon dont les Francs s’étaient opposés pendant plusieurs siècles au second concile de Nicée ;
- Dans ce troisième article, le cas de Claude de Turin, chapelain de Louis le Pieux, est présenté ;
- Dans ce quatrième article, la réception occidentale du second concile de Nicée est discutée, étudiant les textes autour du concile de Francfort (794).
Aujourd’hui, nous présenterons les conclusions de la récente étude de Leslie Brubaker et John Haldon sur la crise iconoclaste et la vie à Byzance à cette époque. Cette étude parue par les presses universitaires de Cambridge en 2011 est la référence académique suprême sur le sujet de la crise iconoclaste. L’historien catholique Thomas F.X. Noble déclare à son propos en introduction du livre : « Il s’agit du livre le plus important sur Byzance paru de mon vivant. Les auteurs remplissent admirablement leur objectif. » Et pour cause, les auteurs sont plus que qualifiés : Brubaker est professeur d’art byzantin et directeur de l’école doctorale (Collège des arts et du droit) de l’Université de Birmingham ; Haldon est professeur d’histoire et d’études helléniques à l’Université de Princeton et est actuellement chercheur principal au Dumbarton Oaks Center for Byzantine Studies.
Puisqu’une des missions de notre site est de combler l’écart entre le monde populaire et le monde académique, voici quelques extraits choisis de cette étude, relative à la question historique des icônes : les icônes étaient-elles une innovation au VIIIe siècle ?
La littérature théologique que nous avons conservée, écrite avant le Ve siècle, est généralement opposée à l’imagerie religieuse1.
L’importance [des portraits de saints] a profondément évolué au cours des VIe, VIIe et VIIIe siècles. Vers l’an 800, l’icône pouvait servir d’intermédiaire entre le spectateur et le saint représenté ; ce n’était pourtant pas le cas vers l’an 400, ni même vers l’an 600… Ce n’est qu’au VIIe siècle que toutes les caractéristiques que nous associons aujourd’hui aux portraits sacrés se sont mises en place2.
Les textes du VIIe siècle accordent peu d’attention aux portraits sacrés. Les auteurs du VIIIe siècle, en revanche, leur accordent une grande importance : Jean Damascène (vers 730) et les Actes du concile [de Nicée II] de 787 abordent bien d’autres sujets que les icônes, mais ils leur accordent beaucoup plus de place que n’importe quel texte antérieur à 700 environ. En fait, Jean et les ecclésiastiques de 787 ont essentiellement établi la théorie fondamentale ou la théologie des images qui demeure centrale dans l’Église orthodoxe aujourd’hui. Vers 730, une transformation fondamentale dans la compréhension des portraits sacrés s’est produite. Une convergence de sources suggère que ce changement a eu lieu vers la fin du VIIe siècle3.
Il existe donc peu d’éléments en faveur d’un “culte des images sacrées” dans la Byzance préiconoclaste. Les preuves textuelles et matérielles concordent sur l’existence de portraits sacrés, mais rien n’indique que ces images aient fait l’objet d’une vénération particulière et constante avant la fin du VIIe siècle4.
Les iconoclastes de 754 avaient raison lorsqu’ils condamnaient la vénération des images comme étant une innovation contraire aux vénérables traditions de l’Église5.
- Brubaker et Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era, c. 680-850, Cambridge University Press, Cambridge, 2011, page 42.[↩]
- Brubaker et Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era, c. 680-850, Cambridge University Press, Cambridge, 2011, page 51.[↩]
- Brubaker et Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era, c. 680-850, Cambridge University Press, Cambridge, 2011, page 58.[↩]
- Brubaker et Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era, c. 680-850, Cambridge University Press, Cambridge, 2011, page 62.[↩]
- Brubaker et Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era, c. 680-850, Cambridge University Press, Cambridge, 2011, page 63.[↩]




0 commentaires