
Ma critique
C’est un livre pluridisciplinaire (droit, éthique, philosophie, sociologie, etc.) par un auteur catholique spécialisé dans la philosophie morale et politique. Il y défend la vision traditionnelle du mariage en réaction à l’arrêt Obergefell v. Hodges rendu par la Cour suprême des Etats-Unis en 2015 qui l’a redéfini comme une relation basée sur le seul critère du consentement entre les conjoints pour pouvoir y faire entrer des relations entre personnes du même sexe (mariage homosexuel ou mariage pour tous). Le livre traite beaucoup du contexte et des enjeux politiques et sociétaux aux Etats-Unis. Mais il peut nous être profitable en tant que Français (et en particulier chrétiens) étant donné que nous avons exactement les mêmes problématiques : la redéfinition du mariage avec la loi Taubira du mariage pour tous en 2013 (sous François Hollande) et la mise en danger des libertés de conscience (également sur l’avortement, la contraception et l’euthanasie pour les professionnels de santé).
Il est accessible à tous, de taille moyenne (200 pages sans compter les références et l’index). Il constitue une bonne introduction à la problématique de la crise du mariage traditionnel pour les conservateurs en général, mais surtout pour les chrétiens en particulier, même s’il se focalise sur un contexte américain. Comme dit précédemment, l’auteur est catholique mais il ne défend ni la vision sacramentelle catholique du mariage ni d’autres dogmes catholiques romains et se limite aux fondamentaux partagés par tous les conservateurs et les chrétiens. Il n’y a donc pas besoin pour le lecteur protestant de faire preuve de discernement sous cet aspect.
Le seul point faible est qu’Anderson se focalise largement sur la problématique du mariage homosexuel et ses effets négatifs (par exemple bien attestés en sociologie dans son chapitre sur les victimes) sans évoquer ceux du divorce qui touche encore plus de foyers et d’autres dérèglements comme le concubinage, la pornographie, etc. Mais c’est peut-être parce que la controverse aux Etats-Unis à l’époque portait surtout sur ce point là. Pour se faire idée des conséquences mortifères du divorce sur les enfants et la société, on pourra se référer au chapitre pertinent du livre Décadanse de Patrick Buisson consacré à la révolution sexuelle en France.
Voici dans ce qui suit un résumé plus précis de chaque chapitre. Mes notes n’étant que des notes, je vous renvoie au livre pour y retrouver toutes les références précises.
Introduction
Anderson commence son livre en relatant le décret Obergefell v. Hodges en 2015 qui autorise le mariage homosexuel et redéfinit le mariage uniquement avec le critère du consentement (deux personnes qui consentent à vivre ensemble).
Il expose ses craintes pour les opposants au mariage homosexuel aux Etats-Unis (je les désignerai par conservateurs pour plus de brièveté) : ils risquent d’être discriminés car considérés comme des personnes haineuses tels que les racistes. Ceci est possible parce que les partisans du mariage homosexuel et plus généralement de la cause LGBTQ+ les caricaturent souvent : leur position ne reposerait sur aucun argument rationnel mais seulement sur une haine à l’encontre des personnes homosexuelles. Anderson récuse bien évidemment ce mensonge : la position traditionnelle sur le mariage se fonde bel et bien sur des arguments rationnels.
Il donne ensuite des pistes aux conservateurs pour défendre efficacement la vision traditionnelle du mariage et de la famille. Pour ce faire, il convient de s’inspirer des méthodes qui ont fonctionné dans la lutte des pro-vie (les anti avortement) contre les pro-choix (les pro avortement). En effet, Anderson note que sa génération est beaucoup plus pro-vie que la précédente, ce qui témoigne des fruits de la stratégie des pro-vie :
- Investir dans l’activisme judiciaire : s’inspirer par exemple du rejet pro-vie de Roe v. Wade
- Protéger la liberté d’expression et de vivre en accord avec la vérité : Les pro-vie ont réussi à protéger la clause de conscience pour les professionnels de santé et les hôpitaux pro-vie, la liberté pour les pro-vie de ne pas financer des avortements par leurs impôts (grâce à l’amendement Hyde) et leur droit à ne pas subir de discriminations de la part du gouvernement.
- Défendre la position conservatrice dans l’espace public : Les pro-vie ont beaucoup investi dans des défenses scientifiques, juridiques, philosophiques et théologiques de la vie humaine dès la conception. Mais pas seulement dans les arguments abstraits : ils ont aussi monté d’innombrables associations pour aider concrètement avec amour les femmes enceintes tentées par l’avortement.
Bien sûr, nous sommes très loin en France de disposer de tous ces moyens comme la plupart des positions progressistes ont déjà été imposées à tout notre pays, pays dont le pouvoir est centralisé sans être réparti dans différents États selon le principe de subsidiarité comme aux Etats-Unis. Par exemple, les associations pro-vie ou conservatrices ont très peu de voix sur les médias mainstream et l’opinion publique est déjà acquise ou beaucoup plus endoctrinée sur ces sujets. Ne parlons même pas de l’influence inexistante des conservateurs dans le milieu judiciaire et pénal.
os aïeuls n’auraient jamais penser
Anderson prévient que son plaidoyer ne s’appuiera sur aucun argument religieux mais sur des arguments purement rationnels acceptables en théorie pour des gens de toute confession. Il insiste sur le fait que la cause conservatrice n’est pas perdue. Il en a lui-même fait l’expérience lors de discussions avec de jeunes étudiants à la suite de ses conférences (par exemple à l’université de Cambridge) : beaucoup n’avaient jamais entendu une défense purement rationnelle de la vision traditionnelle du mariage et la présentation d’Anderson les a fait réfléchir.
Chapitre 1 : Hommes, femmes et enfants: La vérité à propos du mariage
Nos aïeuls n’auraient jamais pensé qu’il fallût un jour défendre la vision traditionnelle du mariage : pour eux c’est une pratique évidente qui allait de soi, tout comme le fait qu’une balle est ronde. Elle faisait consensus pour toute l’humanité : les Grecs et les Romains, Platon, Aristote, Augustin, Thomas d’Aquin, les philosophes des Lumières comme Locke et Kant, Bouddha et Confucius par exemple. Mais ce n’est parce qu’ils n’avaient pas justifié le mariage avec des arguments rationnels qu’on ne peut pas le faire aujourd’hui. C’est ce que propose de faire ici Anderson.
Anderson présente les deux définitions possibles du mariage :
- La définition contemporaine basée sur le consentement, que la plupart de nos contemporains acceptent naturellement : le mariage est principalement une union émotionnellement intense et romantique entre adultes qui consentent à prendre soin l’un de l’autre. Le problème de cette définition, c’est qu’elle n’a aucun garde-fou légitime : elle ouvre les portes à absolument tout type de relations. Autant à des relations monogames entre deux hétérosexuels ou deux homosexuels qu’à des relations polygames (avec plus de deux personnes).
- La définition traditionnelle basée sur la complétude (comprehensiveness) : le mariage est une relation complète sous trois aspects, d’abord les époux vivent une union complète (des corps, des esprits et des cœurs) à travers l’acte conjugal, le mariage est en lui-même orienté vers un bien complet (la création et le soin de nouveaux êtres humains) et enfin il exige le respect de normes complètes (l’exclusivité ou l’engagement à chaque moment, et l’indissolubilité ou l’engagement pour toute la vie). Elle a l’avantage de reposer sur des faits biologiques et sociologiques de base : il ne peut y avoir de (véritable) rapport conjugal qu’entre deux personnes des sexes différents et un enfant a besoin de grandir dans une famille stable composée d’un père et d’une mère pour s’épanouir. Les données de la sociologie confirment tout cela : le mariage traditionnel permet (ou au moins est fortement corrélé avec) de faire baisser fortement la pauvreté, le crime et les rapports sexuels précoces et en dehors du mariage chez les enfants. On voit aisément ainsi que la définition traditionnelle ne repose pas du tout sur une haine a priori envers les personnes et les couples homosexuels.
Enfin, Anderson répond à l’argument imparable des progressistes : l’infécondité de certains couples montre qu’être en lui-même orienté vers un bien complet (la création et le soin de nouveaux êtres humains) ne peut pas être ou faire partie de la définition du mariage. Mais le fait que certains couples soient tristement inféconds ne contrevient pas à l’orientation vers la création et le soin de nouveaux êtres humains. Qu’il réussisse ou qu’il échoue, le rapport sexuel reste dans tous les cas biologiquement orienté vers l’arrivée d’un enfant.
Chapitre 2 : Les conséquences des mariages basés sur le seul consentement
Anderson décrit ici quatre conséquences de la définition contemporaine du mariage basé sur le seul critère du consentement qui se sont révélées être néfastes :
- Les désirs des adultes deviennent le cœur du mariage au détriment des besoins de l’enfant. Ainsi dès qu’il n’y a plus (ou moins) de désirs entre les adultes, il est tout à fait légitime de mettre fin à leur relation et donc de divorcer, même sans faute (abus, abandon ou adultère selon les trois A).
- Elle affaiblit les normes du mariage, y compris au sein des mariages hétérosexuels : la monogamie (relation conjugale strictement limitée à deux personnes), l’exclusivité (la fidélité à son époux ou l’interdiction de l’adultère) et l’indissolubilité (l’engagement pour la vie jusqu’à ce que la mort les sépare, sauf en cas de faute). Et cela parce qu’elle n’a aucun moyen de condamner ces pratiques qui, en soi, n’ont rien de mauvais dès lors que l’on suppose que tout ce à quoi les époux consentent est bon.
- Elle fait subir plus de risques aux enfants : si la seule chose qui importe est le consentement, on ne voit donc plus trop en quoi le mariage est utile, par conséquent beaucoup plus d’enfants naissent hors mariage et risquent alors d’être avortés car non désirés (ne font pas partie par essence du mariage selon cette définition basé sur le seul consentement des conjoints, et donc implicitement sur leurs désirs, abstraction faîte des nouveaux êtres humains pouvant être issus de leur union)
- Elle menace la liberté religieuse : elle risque de diaboliser les partisans de la définition traditionnelle du mariage et provoquer une lutte politique, sociale et économique contre eux, par exemple couper les fonds alloués aux écoles chrétiennes qui refusent d’enseigner la définition contemporaine et d’embaucher des professeurs gays ou lesbians.
Chapitre 3 : La tyrannie des juges
Dans ce chapitre, Anderson critique l’arrêt Obergefell v. Hodges de la Cour Suprême qui oblige tous les Etats américains à légaliser le mariage homosexuel et à le reconnaître comme un droit constitutionnel, et en particulier les arguments du juriste Anthony Kennedy, représentant de la majorité pro mariage homosexuel.
Il juge d’abord regrettable qu’une poignée de juristes non élus démocratiquement puissent changer la définition traditionnelle, consensuelle et millénaire du mariage. En particulier, rien dans la Constitution ne fondait un tel changement, mais ce fut une décision purement politicienne. La Constitution a été rédigée par les pères fondateurs dans le seul but de protéger les libertés des citoyens des interventions illégitimes du gouvernement. Dans le cas présent, les libertés des gays et des lesbiennes n’étaient ni ne sont menacées : rien ne leur interdisait d’avoir les relations telles qu’ils l’entendaient, l’accès à tel ou tel service, etc. Mais les juges constitutionnels ont décidé que le gouvernement devait non seulement reconnaître les mariages homosexuels, mais également forcer tout le monde à en faire de même.
Dans sa défense, Kennedy exprime et utilise la définition contemporaine du mariage basé sur le seul consentement de deux adultes. Son argumentaire rencontre donc toutes les difficultés qu’Anderson a présentées dans les chapitres précédents : par exemple l’absence de prise en compte des droits des enfants issus de cette union (le droit à la vie dans le contexte d’un couple hétérosexuel et de l’avortement, et le droit d’être élevé par un père et une mère dans le cas d’un couple homosexuel) et le nombre arbitraire d’adultes fixé à deux. De plus, pour se prémunir contre toute accusation de dérives concernant la liberté d’expression et de conscience, il inclut dans sa définition contemporaine du mariage qu’il s’agit d’une union entre deux personnes qui ne porte préjudice à aucun tiers. Or c’est précisément là le point qui est sujet à controverse : on a quelque chose qui ressemble à un raisonnement circulaire.
Il compare également l’interdiction du mariage homosexuel à celle du mariage interracial. Or comme il le montrera dans un chapitre entier, la comparaison ne tient pas du tout : la première repose sur des raisons objectives (la biologie et la sociologie) tandis que la seconde ne repose sur aucune raison valable.
Chapitre 4 : Fais-moi un gâteau bigot !
Anderson prouve ici que dans les faits le changement constitutionnel de la définition du mariage a déjà bel et bien porté atteinte aux libertés de religion et de conscience de nombreux citoyens et d’associations aux Etats-Unis, que ce n’est pas du complotisme. Parmi les victimes, on compte :
- Des chefs d’entreprise qui ont dû démissionner comme celui de Mozilla (Brendan Eich pour s’être exprimé en faveur du mariage hétérosexuel) ;
- Des intervenants à des émissions télé comme Phil Robertson à Duck Dynasty, des associations caritatives comme la Catholic Charities de Boston et de Columbia, et l’Evangelical Child and Family Agency (ECFA) qui aident les familles à adopter des enfants ou les familles tout court ainsi que des établissements scolaires comme le Gordon College que l’État a cessé de subventionner ;
- Des photographes comme Elane Photography (Elaine et Jon Huguenin), des pâtissiers comme Masterpiece Cakeshop (Jack Phillips) et Sweet Cakes by Melissa (Melissa et Aaron Klein), des fleuristes comme Arlene’s Flowers (Barronelle Stutzman), des restaurateurs comme Görtz Haus Gallery (Betty et Dick Odgaard) et Memories Pizza (famille O’Connor), des pasteurs comme ceux de Hitching Post Wedding Chapel (Donald et Evelyn Knapp), des fermiers comme Liberty Ridge Farm (Cynthia et Robert Gifford), des pompiers comme Kelvin Cochran contre qui on a porté plainte, qui ont reçu des menaces de mort, ont été licenciés ou des menaces, etc. pour avoir refusé d’offrir leur service à des couples homosexuels mariés ou pour s’être exprimé publiquement en faveur du mariage traditionnel.
Chapitre 5 : La liberté religieuse: un droit de l’homme fondamental
Dans ce chapitre, Anderson donne un plaidoyer en faveur de la liberté religieuse qu’il considère être un droit de l’homme fondamental. Légalement, il rappelle qu’elle est inscrite comme un droit humain fondamental dans la Constitution des Pères fondateurs. Philosophiquement, il la défend ainsi : la recherche de la vérité religieuse et la croyance religieuse sont intrinsèquement bonnes et n’ont de la valeur que si elles sont entreprises librement. Tout homme a donc le droit d’exercer la religion qu’il souhaite. Cette liberté religieuse ne consiste pas seulement à pouvoir exercer le culte qu’on veut dans la sphère privée mais aussi d’agir selon ses convictions religieuses dans la sphère publique (école, entreprise, etc.). C’est pourquoi il faut, par exemple, protéger la liberté de conscience des professionnels du mariage et des entreprises.
Il défend les lois sur la restauration de la liberté religieuse (RFRAs). Il critique au contraire leur remise en question et les lois SOGI (orientation sexuelle et identité de genre) qui ont pour but de punir ceux qui discrimineraient des personnes pour leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Leur problème est que l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont des catégories ambiguës, subjectives et variables, contrairement à la race, ce qui les rend sujettes à des abus et difficiles à appliquer.
Chapitre 6 : Les lois antidiscrimination: pourquoi l’orientation sexuelle est différente de la race
Les défenseurs des lois SOGI se basent en majeure partie sur l’analogie entre discriminations basées sur l’orientation sexuelle et celles basées sur la race. En gros, si l’on promulgue des lois qui interdisent les discriminations basées sur la race1 (être blanc, noir, etc.), il n’y pas de problème à promulguer des lois qui interdisent les discriminations basées sur l’orientation sexuelle.
Mais l’orientation sexuelle est très différente de la race :
- L’orientation sexuelle et l’identité de genre sont souvent liées à des actions ou des comportements, qui peuvent faire l’objet d’une évaluation morale, alors que la race n’implique rien sur les actions d’une personne.
- La race est une caractéristique facile à identifier tandis que l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont des concepts ambigus, subjectifs et variables qui ne reposent sur aucun consensus scientifique clair sur leur définition, ce qui les rend particulièrement propices aux abus.
- La croyance selon laquelle le mariage est l’union d’un homme et d’une femme a été presque universelle dans l’histoire de l’humanité tandis que ce n’est pas le cas pour celle en une hiérarchie de races. La première n’est donc pas une discrimination arbitraire semblable à la seconde.
- Les opposants au mariage traditionnel le comparent en particulier à l’interdiction des mariages interraciaux, mais cette analogie ne tient pas non plus. Les interdictions de mariages interraciaux étaient intrinsèquement liées à un système de subordination des races qui niait la dignité humaine. Elles n’avaient rien à voir avec la nature même du mariage mais tout à voir avec le racisme.
- Les lois contre la discrimination raciale étaient nécessaires pour endiguer le racisme alors endémique et résiliant aux forces du marché. A l’inverse, les marchés peuvent gérer les situations liées aux services de mariage pour les couples de même sexe sans coercition du gouvernement car d’autres prestataires leur sont généralement disponibles si certains refusent leur service par motif de conscience.
Toutes ces différences minent l’analogie entre d’un côté orientation sexuelle/identité de genre et de l’autre la race.
Chapitre 7 : Les victimes
Avant de présenter le témoignage de victimes du mariage homosexuel, Anderson rapporte le consensus implacable pendant quarante ans en sociologie sur le fait qu’un enfant élevé par un père et une mère mariés dans un environnement stable est plus heureux que ceux dans des familles homosexuelles, monoparentales, divorcées, recomposées ou en concubinage. Les données étaient si claires qu’un changement de consensus s’opéra au sein d’une seule génération alors qu’il faut habituellement attendre qu’une autre génération remplace une ancienne. Ce consensus est visible par exemple dans un résumé donné par Child Trends, un institut plutôt de gauche. Puis on a prétendu que des études ultérieures ont infirmé le consensus : en fait elles ne valent pas grand-chose comme elles avaient pris des échantillons non représentatifs de la population. Par exemple, les femmes lesbiennes de la classe moyenne supérieure de New York ou aux alentours étaient surreprésentées.
Anderson est conscient comme l’a dit le pape Benoît XVI que ce sont rarement les arguments rationnels et logiques qui convainquent, mais plutôt les exemples de vie concrets et des témoignages de personnes impliquées dans le sujet. En l’occurrence, il existe des enfants élevés par des couples homosexuels et même des homosexuels qui se sont exprimés en public contre le mariage homosexuel et l’éducation des enfants par des couples homosexuels. Pour Anderson, ils jouent un rôle de pivot essentiel et analogue à celui des ultrasons pour le succès du mouvement pro-vie. Les deux (en particulier les premiers qui ont grandi toute leur vie à leur côté) sont l’exemple parfait qui montre qu’il peut tout à fait exister des personnes qui à la fois aiment les personnes homosexuelles et condamnent tout de même le mariage homosexuel et l’éducation des enfants par des couples gays ou lesbiens.
Les enfants élevés par des homosexuels sont les premières et principales victimes du mariage contemporain. En effet, c’est pour eux la double peine : ils souffrent du manque d’un père ou d’une mère, et quand ils expriment leur douleur, soit on leur dit qu’ils ont des hallucinations, soit on les traite d’homophobes. Par exemple, Robert Oscar Lopez, Katy Faust et Heather Barwick ont témoigné dans ce sens.
Certains homosexuels comme Doug Mainwaring, Domenico Dolce et Stefano Gabbana qui ont élevé des enfants sont devenus contre le mariage contemporain après avoir vu que ces derniers souffrir d’un manque d’un père ou d’une mère. Anderson raconte en détails l’histoire touchante de Mainwaring : il s’est marié avec une femme et ont eu des enfants, puis il a divorcé pour se mettre avec un gay avant de revenir dix ans après à son ex femme avec des remords pour reconstruire un environnement sain pour ses enfants. Désormais, il désire vivre avec elle pour toujours, ses enfants se portent mieux et il s’est même converti à la foi chrétienne.
Chapitre 8 : Construire un mouvement
Dans ce chapitre, Anderson donne des conseils pour défendre la vision traditionnelle du mariage en ces heures sombres où elle n’apparaît plus comme une évidence ni même comme une position crédible (caricaturée comme étant purement haineuse).
Il insiste sur le fait que le mariage homosexuel n’est pas la cause de la décadence sexuelle de l’Occident. Il n’en est que le symptôme tardif et qui n’est que la suite logique d’un tas de dérèglements qui l’ont précédé : le divorce sans faute, la contraception, l’avortement, le concubinage, la pornographie, le sexe récréatif, etc. Si c’est le consentement et plaisir qui priment dans le mariage, pourquoi encore se cantonner au seul mariage hétérosexuel ?
Face à toutes les ressources déployées pour défendre la mouvement LGBT (et sa vision libérale concomitante du mariage), les conservateurs ont besoin de divers porte-paroles : des spécialistes du milieu universitaire, des théologiens, des chefs religieux, des journalistes, des chroniqueurs, des hommes politiques, etc. Investir la politique ne suffit pas car les hommes politiques ont une influence très fragiles : il est très facile pour les médias de les assassiner politiquement et de mettre fin à leur carrière. Il faut investir financièrement parlant à l’aide de mécènes généreux. Nous avons besoin d’établir une contre-culture avec des produits culturels alternatifs comme des films, émissions, musiques, journaux chrétiens : tous les médias (comme CNN, et même Fox News) diffusent des émissions ou des séries qui promeuvent le mariage contemporain (concubinage, divorce, etc.). Ils permettent de rendre la vérité attrayante et belle, chose que ne peuvent pas faire de simples essais philosophiques et sociologiques. Il faut aussi diffuser le mariage traditionnel dans les campus universitaires, nos Eglises et nos écoles chrétiennes.
Les gens de différentes religions peuvent s’unir sur ce point précis : tous, qu’ils soient chrétiens (catholiques, protestants ou orthodoxes), mormons, musulmans, juifs, bouddhistes, hindouistes, taoïstes, etc. adhèrent au mariage traditionnel. Il donne l’exemple du pape François, de la pentecôtiste Jacqueline Rivers, du président de la Southern Baptist Convention Russell Moore, du célèbre pasteur baptiste Rick Warren et du rabbin Jonathan Sacks.
Etant donné qu’Anderson est chrétien, il s’adresse en particulier aux chrétiens et leur conseille d’œuvrer dans ce sens :
- L’Eglise, en retard dans ce domaine, doit présenter un plaidoyer attrayant en faveur de la sexualité biblique et se confronter aux meilleurs penseurs de la pensée moderne. Elle doit montrer que le mariage traditionnel est une alternative plus humaine et stimulante que le mariage contemporain et toutes ses implications (le divorce sans faute, la contraception, l’avortement, le concubinage, la pornographie, le sexe récréatif). Elle doit montrer sur quels points les penseurs modernes se trompent et en quoi la vision biblique comble leurs déficiences.
- L’Eglise doit développer des ministères pour aider les personnes qui vivent une attirance pour les personnes de même sexe et sujettes à des conflits internes d’identité de genre. En particulier les jeunes dans ce cas qui sont victimes de solitude et sans personnes à qui se confier. Les chrétiens (en particulier les familles mariées) doivent accueillir ces personnes qui n’ont pas eu encore la chance de se marier. Il faut montrer que le mariage n’est pas la seule relation qui a de la valeur (c’est le mensonge du juriste constitutionnel Anthony Kennedy) mais que c’est aussi le cas des amitiés authentiques.
- L’Eglise doit défendre la liberté religieuse et aider ses fidèles à témoigner de la vérité où l’agenda sexuel radical s’est emparé de la sphère publique.
- C’est le conseil le plus important : les chrétiens doivent vivre la vérité du mariage et de la sexualité humaine dans leur propre vie de famille. Les époux doivent rester fidèles toute la vie. Les parents doivent prendre aux sérieux leurs devoirs vis-à-vis de leurs enfants. Les célibataires doivent se préparer à leur future vie maritale pour rester fidèles au vœu qu’ils feront. Une famille épanouie est notre témoignage le plus éloquent a dit le pape Benoît XVI.
Chapitre 9 : Le long terme
Dans ce chapitre final, Anderson récapitule en gros les enjeux du débat sur le mariage. Il commence par des notes plus positives : certains Etats comme la Caroline du Nord, le Michigan et le Texas ont déjà mis en place des politiques de protection. Il faut œuvrer pour que tous les autres Etats en fassent de même.
Il explique comment on en est arrivé là : comment se fait-il que la liberté religieuse ait tant déclinée ? Il donne trois raisons : l’arrivée d’un gouvernement de technocrates qui veut s’immiscer dans tous les domaines de la vie, une nouvelle compréhension des valeurs sexuelles (on passe de Thomas Jefferson qui reliait la liberté à Dieu à Diderot pour qui la liberté ne serait accomplie qu’au dernier prêtre chassé), et une redéfinition de la liberté religieuse en une simple liberté de culte (freedom of worship) par certains libéraux. En réponse, il préconise de défendre une bonne interprétation des lois existantes, de limiter l’influence du gouvernement et de promouvoir la loi naturelle (conformer nos désirs aux vérités morales qui découlent de notre nature créée par Dieu). Il rappelle aussi les trois pistes données dans le premier chapitre.
Illustration : Jacopo Robusti Tintoretto, Les Noces de Cana, huile sur toile, 1561.
- A noter que le mot race a effectivement pour nous européens une connotation péjorative, mais pour les Etats-uniens pas du tout étant donné que même les progressistes et gens de Gauche l’utilisent quand ils dénoncent les discriminations envers les minorités. Ils ne rejettent pas la notion de race mais plutôt le fait qu’il existe une hiérarchie de races. Je pense qu’il suffit de le remplacer par origine ou origine ethnique dans notre contexte français.[↩]





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