Contre la pratique d’avoir des images, même sans culte – Turretin (11.10)
16 février 2026

Est-ce que non seulement le culte, mais aussi la fabrication et l’usage d’images religieuses dans les lieux sacrés sont interdits par le deuxième commandement ? Nous l’affirmons contre les luthériens.

Il est rare que Turretin cible les luthériens, mais c’est le cas ici. Il est utile de remarquer qu’une des raisons des divergences entre luthériens et réformés fut que les luthériens visaient une réforme de la sotériologie (le salut), tandis que la réforme suisse était d’abord une réforme liturgique (le culte). D’où notre sensibilité plus grande à ce sujet : traditionnellement, les réformés refusent toute image dans le lieu de culte, même lorsqu’il n’y a ni culte direct ni superstition apparente.

Nous ne sommes pas contre toute forme d’image en général, mais contre les images de Dieu :

« La question n’est pas de savoir s’il est permis de représenter des créatures et d’exposer par le pinceau des événements historiques (que ce soit pour l’ornement, pour le plaisir ou même pour l’instruction et le rappel des événements passés), car cela, aucun d’entre nous ne le nie. La question est plutôt de savoir s’il est permis de représenter Dieu lui-même et les personnes de la Trinité par une image quelconque ; si ce n’est par une similitude immédiate et propre (ce que les papistes reconnaissent impossible), du moins par analogie ou par des significations métaphoriques et mystiques. C’est ce que les adversaires soutiennent et que nous nions. »

De même, nous ne condamnons pas les portraits privés, mais leur présence dans l’église :

« Enfin, la question n’est pas de savoir s’il est permis d’avoir dans nos maisons des représentations d’hommes saints pour le souvenir de leur piété et comme exemple à imiter. La question est plutôt de savoir s’il est juste de les placer dans des lieux sacrés, comme les temples et les oratoires. »

Argumentation

  1. Le deuxième commandement interdit explicitement l’usage de toute image dans le culte.
  2. L’invisibilité de Dieu : Dieu étant invisible et spirituel, il ne peut pas et ne doit pas être représenté (Ésaïe 40,18 ; Actes 17,29 ; Deutéronome 4,15-16).
    • Même les païens anciens évitaient de faire des images des dieux :
      • Plutarque : « Numa interdit toute image de Dieu ressemblant à l’homme ou à un animal ; il n’y avait auparavant chez eux aucune représentation sculptée ou gravée de Dieu. En effet, durant les 160 années précédentes, ils bâtirent continuellement des temples… mais ne firent aucune représentation corporelle, jugeant qu’il n’était pas saint de comparer les choses supérieures aux inférieures, et que Dieu ne peut être appréhendé par nous que par l’esprit seul. » (Vies parallèles : Numa 8,7-8)
      • Antiphane : « Dieu n’est pas discerné par une image, n’est pas vu par les yeux, ne ressemble à personne ; c’est pourquoi personne ne peut l’apprendre par une image. » (De Deo)
      • Hérodote : « Les Perses n’ont ni statues ni autels, et considèrent comme insensés ceux qui en fabriquent, parce qu’ils ne pensent pas (comme les Grecs) que les dieux soient issus des hommes. » (1,131)
  3. Le danger d’idolâtrie : Il est évident dès qu’une image occupe le sanctuaire.
    • Réponse à l’objection : On dit qu’il suffit de prévenir l’abus. Nous répondons que l’usage même est illégitime selon le deuxième commandement.
    • Réponse à l’objection : On dit que seul le culte est interdit. Nous répondons qu’il existe un culte indirect : en regardant ces images durant le culte, le regard se porte sur l’objet plutôt que sur Dieu en esprit.
    • C’est enfin une occasion pour les catholiques romains de pratiquer leur culte idolâtre en entrant dans vos églises.

Turretin défend alors le zèle iconoclaste de la Réforme :

« Nos ancêtres ne peuvent donc pas être blâmés pour leur zèle au moment de la Réforme en faisant retirer toutes les images des lieux sacrés. Ils n’ont rien fait ici qui n’ait été commandé par Dieu (Nombres 33,52 ; Deutéronome 7,5 ; Ézéchiel 20,7) et confirmé par divers exemples de rois et d’empereurs. En détruisant les idoles et en purgeant les lieux sacrés de toute idolâtrie, ces derniers travaillèrent diligemment, comme le fit Ézéchias, qui « fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues, abattit les idoles, et mit en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fait, car les enfants d’Israël avaient jusqu’alors brûlé des parfums devant lui » (2 Rois 18,4). Pour cette raison, divers empereurs obtinrent le nom de « briseurs d’images » (iconoclastarum). »

Réponses aux objections

Objection : L’Incarnation rend Dieu visible. Réponse : (1) Le Dieu incarné nous a tout de même interdit de fabriquer des images ; (2) Dieu s’est manifesté par des actes extraordinaires et non par des artefacts ; (3) Il y a une différence majeure entre une description métaphorique (parlée) et une fabrication matérielle (image).

Objection : Les images dans le Temple de Jérusalem. Réponse : Elles étaient instituées par commandement direct de Dieu, pas par volonté humaine ; elles étaient des types prophétiques accomplis en Christ ; elles étaient pour la plupart enfermées dans le Lieu Très Saint, hors de la vue du peuple.

Objection : Les images sont les « livres des illettrés » (Biblia Pauperum).

« Loin que les images puissent être appelées « livres du peuple » ou aides à la piété, l’Esprit Saint témoigne qu’elles sont des « enseignants de vanité et de mensonges » (Jérémie 10,8 ; Habacuc 2,18). Il existe un autre livre à consulter par tous (savants comme ignorants) qui nous rend sages : l’Écriture. Mais le pape retire ce livre au peuple pour l’impliquer dans une erreur inextricable… Il substitue d’autres livres muets par lesquels l’ignorance n’est pas supprimée mais nourrie. Ainsi, alors qu’il donne des pierres pour enseignants, le peuple se change en pierre et ne devient pas plus sage que ses maîtres. C’est pourquoi Augustin dit, à propos des images de Pierre et de Paul : « Ils méritaient ainsi de s’égarer, ceux qui cherchaient Christ et ses apôtres non dans les écrits sacrés, mais sur des murs peints ». »

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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