L’alliance de grâce est-elle conditionnelle et quelles sont ses conditions ?
Y a-t-il des conditions pour être sauvé ? Ne sommes-nous pas sauvés sans conditions de notre part ? Il y a eu, et il y a encore des débats embrouillés autour de cette question. Mais avec les bonnes distinctions, tout s’éclaircit.
Dans notre langage évangélique contemporain, « alliance de grâce » est équivalent à « l’Évangile » tel que nous l’utilisons dans des titres de livres comme : « Une Église centrée sur l’Évangile ».
L’alliance de grâce est-elle conditionnelle ?
Formulation de la question
Il y a plusieurs types de conditions :
- Condition antécédente et a priori : il faut d’abord A pour que B existe. Si j’ouvre mon parapluie, alors je est protégé de la pluie.
- Condition concomitante et a posteriori : si tu entres dans un laboratoire, tu dois porter une blouse.
- Condition naturelle : due seulement à la nature créée des choses.
- Condition surnaturelle : dépendante de la grâce de Dieu.
- La promesse d’alliance est double : soit la fin (le salut), soit les moyens (la foi et la repentance).
- L’alliance peut être considérée quant à : son institution par Dieu (comment Dieu la voit), notre première application (comment nous l’expérimentons) ou sa consommation parfaite (comment elle est achevée).
Thèse
L’alliance de grâce est inconditionnelle si nous considérons :
- La condition naturelle : ce n’est pas par la force humaine que nous entrons dans cette alliance.
- La condition antécédente et a priori : la grâce de Dieu fait toute chose et il n’y a rien en nous qui cause le salut.
- La cause méritoire et impulsive : ce n’est pas une action humaine qui fait démarrer le salut.
- Les moyens du salut : Dieu nous donne la foi et la repentance, sinon nous devrions les réaffirmer explicitement à chaque seconde.
- Son institution en Christ : c’est une pure initiative divine.
L’alliance de grâce est conditionnelle si nous considérons :
- La condition conséquente et a posteriori : pas de salut sans foi de notre part.
- Le point de vue de notre réception de l’alliance : nul n’est sauvé sans s’en rendre compte ni sans transformation de sa vie.
- Ce qui porte sur la fin : le salut final ne sera accordé qu’à ceux qui ont cru et persévéré jusqu’au bout.
- L’application de cette alliance dans notre expérience : nul ne reste chrétien sans décider de le rester.
Preuves de la conditionnalité
Cette conditionnalité est établie sur les arguments suivants :
- C’est une condition explicite dans les Écritures :
- Jean 3,16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »
- Jean 3,36 : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »
- Romains 10,9 : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »
- Actes 8,37 : « Philippe dit: Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible. L’eunuque répondit: Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. »
- Marc 16,16 : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. »
- Il n’y aurait pas de menaces et d’avertissements contre l’apostasie si la condition de foi n’était pas requise de notre part.
- Dans le cas inverse, où il n’y aurait aucune condition d’aucune sorte, cela voudrait dire que Dieu est astreint par ses promesses de sauver l’homme, mais que l’homme n’a aucune obligation réciproque, ce qui est absurde.
Quelles sont les conditions de l’alliance de grâce ?
La foi est une condition pour l’alliance de grâce, certes, mais pas de façon absolue, ni selon sa nature et son essence. La foi n’est pas une monnaie ou une nouvelle sorte d’obéissance pour satisfaire à la volonté de Dieu. Elle est un instrument qui permet à la grâce divine d’être reçue.
Elle a un rôle analogue au crochet de caravane : c’est par le crochet que la caravane est tractée ; le crochet est une condition instrumentale et non la cause efficace du déplacement de la caravane.
Cette foi n’est pas agissante par elle-même, mais par le Christ qui est son objet. C’est en ce sens qu’elle est une condition, puisque Christ est notre justice :
- 1 Corinthiens 1,30 : « Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption… »
- 2 Corinthiens 5,21 : « Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. »
L’efficacité ne se fait pas par la foi, mais son rôle instrumental est tout de même nécessaire :
- Jean 20,17 : « Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Note : Ce verset souligne la distinction et la mise en relation personnelle avec le Père par le Christ ressuscité).
Bonus : Est-ce la foi « toute seule » qui est la condition du salut, ou aussi la repentance et la vie sanctifiée ?
Il s’agit là d’un débat interne aux réformés du XVIIe siècle, que Turretin propose de résoudre en apportant quelques distinctions :
- Si on parle de la condition pour être accepté par Dieu et recevoir le pardon et la vie éternelle, alors la foi est la seule condition.
- Si on parle des choses que Dieu nous demande de faire dans cette alliance une fois qu’on y est, alors oui, la repentance, l’obéissance et la sainteté sont aussi des « conditions », mais au sens où :
- Elles sont les moyens et le chemin pour avancer et vivre pleinement les bénédictions de l’alliance.
- Elles sont les fruits normaux d’une vraie foi.
- Elles sont les preuves qu’on est vraiment enfant de Dieu et qu’on lui est reconnaissant.
Ce n’est pas du légalisme
- Sous l’ancienne alliance : il fallait obéir parfaitement pour mériter la vie (« Fais ça et tu vivras »).
- Sous la nouvelle alliance : on obéit imparfaitement mais sincèrement, non pas pour gagner la vie, mais parce qu’on l’a déjà reçue gratuitement. C’est le fruit, pas la racine du salut.




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