Quand fut l’année, le mois et le jour natal du Christ ?
L’usage de dater nos calendriers à partir de la naissance du Christ date du VIᵉ siècle en Orient, sous le règne de l’Empereur Justinien, et du IXᵉ siècle en Occident, sous le règne de l’Empereur Charlemagne. Il n’y a hélas jamais eu de consensus sur la date précise de Noël.
Pour ce qui concerne l’année de la naissance du Christ, Turretin fait un inventaire des principales opinions à son époque, avant de faire remarquer que la théologie chrétienne n’a pas besoin d’une précision absolue. La Bible dit seulement que Jésus est né du temps d’Hérode le Grand, sous le recensement du gouverneur de Syrie, par décret d’Auguste, et qu’il a été baptisé à la quinzième année du règne de l’empereur Tibère lorsqu’il avait 30 ans. Cela laisse une plage de dates plutôt qu’une date précise, mais c’est ce qui suffit pour notre salut.
Pour ce qui concerne le jour et le mois, il y a l’option reçue du 25 décembre et une option minoritaire proposée par Scaliger, Calvisius, Béroalde et d’autres qui proposent la fin septembre. Mais Turretin ne se prononce sur aucune des deux.
En faveur du 25 décembre
C’est Jean Chrysostome qui proposa la date du 25 décembre à partir d’une étude de Luc. Il dit que Jean fut conçu pendant l’équinoxe d’automne et qu’il est né au solstice d’été, et que le Christ a été conçu six mois après l’équinoxe d’automne et qu’il est donc né pendant le solstice d’hiver (c’est-à-dire le 25 décembre).
Comment le sait-il ? Parce que l’ange apparaît à Zacharie au dixième jour du 7ᵉ mois appelé Tishri (qui correspond à peu près à notre mois de septembre) lors de la fête de Yom Kippour qu’il présidait en tant que souverain sacrificateur, et ce fut là que Jean fut conçu. Le problème de cette hypothèse, c’est qu’il n’est pas écrit dans la Bible que Zacharie était souverain sacrificateur, mais simple prêtre, et donc, cela n’a pas nécessairement eu lieu lors de la fête de Yom Kippour. Cela pouvait être un jour de service sacerdotal ordinaire.
En faveur de la fin septembre
Une démonstration plus rigoureuse s’appuie sur Luc 1, 5, qui prête attention à la classe de prêtres dont fait partie Zacharie.
il y avait un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia
Or, en 1 Chroniques 24, 7-18, il est écrit que cette classe-là était appelée à servir en huitième position (1 Ch 24, 10). Si l’on regarde le calendrier liturgique restauré par les Maccabées, cela nous amène à la fin de son service le 28 juillet, date à partir de laquelle Jean put être conçu. Six mois plus tard, c’est Marie qui tombe enceinte, et neuf mois après, la naissance de Jésus-Christ tombe à la fin septembre/début octobre.
L’hypothèse est bien construite, mais elle a toujours des fragilités. Par exemple, elle présuppose que le calendrier liturgique n’a subi aucune corruption ni modification. Elle suppose que Zacharie a conçu Jean à peine un ou deux jours après être rentré chez lui, un niveau de précision que ne permet pas le texte biblique.
Même l’argument selon lequel il fait trop froid l’hiver pour que les moutons soient dehors ne convainc pas François Turretin, puisque même en Europe à cette époque, les moutons pouvaient survivre à l’extérieur. Si donc ils survivent à l’hiver français, pourquoi ne survivraient-ils pas à l’hiver judéen ?
Suspension de jugement
En fin de compte, on ne peut affirmer avec assurance ni réfuter fermement aucune des deux hypothèses. Aussi, François Turretin juge qu’il est plus sage de suspendre son opinion sur ce point. Ce qui est essentiel pour notre foi, c’est que Jésus est vraiment né, pas de savoir à quelle date précise il est né.
Et tandis que nous jugeons la célébration de l’anniversaire de Noël être très pieuse et utile, nous pensons malgré tout que l’observance précise du 25 décembre repose davantage sur la coutume et la longue pratique de l’Église plutôt que sur un commandement apostolique ou un exemple.
Contre les anglicans, Turretin reconnaît donc que le 25 décembre n’est pas apostolique, mais contre les puritains, il refuse de condamner cette fête pour autant. Une troisième voie que je suis, et que j’encourage à suivre.





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