L’article qui vient est une dissertation rendue pour le cours de missiologie (Yannick Imbert) pour la Faculté Jean Calvin, accessible en cours à la carte en plus des cursus ordinaire. Je recommande hautement cette formation et ce cours en particulier, pour ceux qui y sont intéressés. Les opinions exprimées dans cet article ne sont cependant pas nécessairement ceux de la faculté.
Voici, dans nos villes et certaines de nos campagnes se trouvent des lieux de réunions chrétiennes que l’on appelle des « Églises locales ». Comme toute association, elle réclame du temps, des ressources financières et matérielles, mais pourquoi faire au juste ? Quelle est la Mission de l’Église locale ? Comment l’Église locale peut-elle mettre en œuvre sa Mission ?
Nous tâcherons d’étudier cette question selon une méthode d’étude inspirée de la scolastique médiévale et réformée, pour être sûr de répondre de façon complète et synthétique aux problématiques posées. Nous suivrons donc le plan suivant :
Dans un premier article, nous allons prouver qu’il existe une Mission active pour l’Église. En deux questions : D’abord, prouver que les assemblées locales ne sont pas des lieux de consommation religieuses, mais bien un lieu structurant de nos vies. Ensuite, que cette Mission passe par les assemblées locales, et non par des ministères spécialisés.
Dans un second article nous poserons les définitions de « Mission » et « Église » et nous traiterons de sa fondation biblique. En trois question : d’abord, en quoi Dieu est un Dieu missionnaire, et a formulé une révélation dont le thème majeur est la Mission. Ensuite, en quoi l’Église participe à cette Mission, en tant que prémices, signe et instrument du Royaume de Dieu. Enfin, quelles sont les marques de cette Église en mission.
Dans un troisième article, il faut poser le but de la Mission, et ce vers quoi elle tend. Agir ainsi permettra de clarifier grandement les questions suivantes, notamment celles qui portent sur le « comment » faire la Mission. En trois questions : D’abord, la fin de la Mission quant à la création. Ensuite, la fin de la Mission quant à la rédemption. Enfin, nous traiterons si cette Mission consiste en accroissement quantitatif ou qualitatif.
Ces trois premiers articles sont les articles de fondement, qui nous permettent ensuite de nous tourner vers le « comment » de la Mission avec une vision claire de ses limites et ses enjeux.
Dans un quatrième article, nous regarderons de quoi est faite la Mission. En trois questions : D’abord, savoir qui est concerné par la mise en œuvre de cette mission. Ensuite, la répartition des rôles entre cadres de l’assemblée (les ministres ordonnés et anciens) et le reste du peuple. Enfin, le degré d’engagement social utile ou admissible pour la Mission.
Dans un cinquième et dernier article, nous regarderons comment faire cette Mission. Nous aborderons trois questions plus ou moins pratiques, et y répondrons succinctement. Un : l’importance de la vie de prière dans l’exercice de la Mission, même le plus pragmatique et banal ; deux : la contextualisation, son importance et ses limites ; trois : la priorité à donner aux ministères urbains.
En résumé :
- Article 1 : Y a-t-il une Mission pour l’Église locale ?
- Question 1 : L’Église locale a-t-elle une Mission active ?
- Question 2 : Est-ce bien à l’Église locale que revient cette Mission ?
- Article 2 : Cause formelle, ce qu’est la Mission.
- Question 1 : Qu’est-ce que la Mission pour Dieu ?
- Question 2 : Qu’est-ce que la Mission pour l’Église ?
- Question 3 : Quelles sont les marques de l’Église en mission ?
- Article 3 : Le but ou cause finale de la Mission.
- Question 1 : Quelle est la cause finale de la Mission du point de vue de la création ?
- Question 2 : Quelle est la cause finale de la Mission du point de vue de la rédemption ?
- Question 3 : Faut-il viser la croissance numérique ou la maturité spirituelle de l’Assemblée ?
- Article 4 : De quoi est faite, ou la cause matérielle de la Mission.
- Question 1 : Qui doit mettre en œuvre cette Mission ?
- Question 2 : Quelles parts de l’œuvre reviennent respectivement aux ministres ordonnés et au reste de l’assemblée ?
- Question 3 : L’engagement social est-il inclus dans la Mission ?
- Article 5 : Comment faire, ou la cause instrumentale de la Mission
- Question 1 : Les moyens naturels suffisent-ils à la Mission ?
- Question 2 : Faut-il contextualiser notre proclamation de l’évangile ?
- Question 3 : Faut-il privilégier le ministère urbain aux autres ministères ?
Chaque article expliquera en en-tête la logique de l’arrangement des questions. Chaque question sera traitée comme dans la Somme Théologique de Thomas d’Aquin. Bien que cette façon de procéder soit tout à fait indifférente, nous la trouvons pertinente pour ce devoir. Elle consiste en :
- Objections à la thèse principale : l’idée ici est de questionner, choquer et donner l’appétit pour la suite et mettre à l’épreuve la thèse dans tous les sens possibles.
- « En sens contraire » : la thèse défendue en une phrase, avec citation d’autorité.
- Traité : C’est ici que sera détaillé tout le raisonnement et les limites à poser dans la question traitée.
- Réponses aux objections : Pour clôturer les objections à la lumière de ce qui aura été détaillé.
Il est temps à présent de commencer le corps du devoir. Que Dieu nous assiste.
Article 1 : Y a-t-il une Mission pour l’Église locale ?
Il faut se poser d’abord la question de s’il y a une mission (Q1) et ensuite de savoir si elle est propre à l’Église locale (Q2).
Question 1 : L’Église locale a-t-elle une Mission active ?
Objection 1 : Il ne semble pas, car l’Église est avant tout un lieu pour que chacun exprime sa spiritualité et pour consommer un service religieux. A ce titre, elle a une mission passive, dans le sens où elle reçoit les croyants et leur offre un lieu d’expression religieuse, mais ne donne aucune contrainte.
Objection 2 : Il ne semble pas, car l’Église est là pour se préserver elle-même en vue de la fin des temps. Ainsi qu’il est écrit : Sortez de Babylone, fuyez d’entre les Chaldéens ! (Ésaïe 48.20, NBS). Notre tâche est de nous préserver pur du monde et non, par notre activité, de nous mélanger à lui.
Thèse : L’apôtre Paul dit à l’Église locale des Corinthiens: Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ ; c’est Dieu qui encourage par notre entremise ; au nom du Christ, nous supplions : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait pour nous péché, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu. (2 Corinthiens 5.20-21 NBS).
Traité : On voit dans ce verset que notre mission est d’être ambassadeur de la réconciliation de Dieu. Il y a donc une mission active pour l’Église locale, qui est d’être le signe, les prémices et l’instrument pour l’avancée du Royaume de Dieu, chaque notion étant traitée plus tard dans le lieu qui lui conviendra.
Réponse 1 : Cela est possible pour n’importe quelle religion inventée par les hommes. Mais pour l’Église de Jésus-Christ, fondée et définie par lui, notre nature et rôle sont différents. Ici, la volonté de Dieu précède la volonté humaine, elle est aussi un lieu d’activité orienté non vers la société présente, mais vers l’établissement du Royaume de Dieu.
Réponse 2 : Ésaïe 48.20 est lui-même une réponse suffisante. Il est écrit : « Sortez de Babylone, fuyez d’entre les Chaldéens ! Avec des cris de joie annoncez-le, faites-le entendre ; propagez-le jusqu’aux extrémités de la terre, dites : le Seigneur a assuré la rédemption de Jacob, son serviteur ! » (Ésaïe 48.20 NBS). Loin de justifier un retrait complet du monde, notre participation de l’Église exige notre retrait de l’idolâtrie, en vue d’un réengagement dans le monde, par la propagation de l’Évangile de Jésus-Christ.
Question 2 : Est-ce bien à l’Église locale que revient cette mission ?
Objection 1 : Il ne semble pas, car l’annonce de l’Évangile est plus efficace lorsqu’elle est entre les mains de « professionnels » de la communication, dont la seule tâche est de prêcher l’Évangile et faire avancer le Royaume. L’Église locale est une antenne locale destinée à relayer et faire connaître l’œuvre de ces évangélistes.
Objection 2 : L’évangélisation ne revient en aucune façon à l’assemblée, mais d’un disciple individuel à un disciple individuel. L’assemblée locale n’est qu’une façon commode de procéder, mais tout à fait optionnelle, comme lorsqu’il est écrit : Là où ils passaient, ceux qui avaient été dispersés annonçaient la Parole, comme une bonne nouvelle. (Actes 8.4 NBS)
Thèse : Christopher Wright écrit, dans son livre The mission of God :
Ce n’est pas tant le fait que Dieu ait une mission pour son Église dans le monde que le fait que Dieu ait une Église pour sa mission dans le monde. La mission n’a pas été créée pour l’Église ; l’Église a été créée pour la mission – la mission de Dieu.[1]
Traité : La Mission est, comme on le verra juste après, le rassemblement d’un peuple particulier. La dimension collective est donc impossible à éviter, aussi toute suppression de cet aspect doit être censurée. De même, l’aspect local de cette mise en œuvre de la mission ne doit pas être escamoté. En effet, le Royaume de Dieu ne consiste pas seulement en l’approbation doctrinale de thèses purement abstraites, mais la réalisation concrète des prémices du Royaume de Dieu en un lieu concret.
Réponse 1 : Il y a une utilité aux ministères para-ecclésiaux, et l’exemple de Billy Graham est là pour le prouver. Cependant, ils ne doivent jamais être utilisés en opposition aux Églises locales, mais au contraire à leur seul service. Ce service n’a pas besoin d’être immédiat, mais il doit être astreint au final à l’Église locale, car c’est dans l’Église que se réalise la Mission. Moi, c’est pour eux que je demande. Je ne demande pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi […] Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. (Jean 17.9 et 18 NBS)
Réponse 2 : L’exemple de l’Église primitive est celui où la tâche principale des apôtres était de prêcher et enseigner. Quant à nous, nous nous consacrerons assidûment à la prière et au service de la Parole (Actes 6.4 NBS).L’organisation était verticale plutôt que strictement horizontale et anti-institutionnelle. Mais ce point fera l’objet d’un traitement plus détaillé.
Article 2 : Cause formelle, ce qu’est la Mission.
Nous allons traiter des fondements de la mission depuis son point d’origine, qui est Dieu (Q1), puis son principal instrument, l’Église (Q2) et par quoi on reconnaît cette Église missionnaire (Q3).
Question 1 : Qu’est-ce que la Mission pour Dieu ?
Objection 1 : La Mission ne concerne pas Dieu, puisqu’elle est uniquement faite par l’Église, ainsi qu’il est écrit : Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé (Matthieu 28.19-20 NBS). Tout au plus aide-t-il l’Église, mais elle ne lui appartient pas premièrement.
Objection 2 : La Mission introduit un élément progressif en Dieu. Or Dieu ne change pas. Donc la Mission ne concerne pas Dieu au sens propre.
En sens contraire J. H. Bavinck dit : La mission est la grande œuvre de Jésus-Christ à travers laquelle, une fois son œuvre de médiateur accomplie, il attire à lui toute personne à son salut et leur donne les dons qu’il a obtenus pour eux.[2] Ou bien encore, Christopher J.H Wright : Ce n’est pas notre Mission ; c’est celle de Dieu.[3]
Traité : L’implication de Dieu, comme père et principal acteur de la Mission, est visible en trois points :
- Ses attributs même.
- La parenté entre mandat créationnel et mandat missionnaire.
- Sa promesse à Abraham, et la conscience missionnaire d’Israël.
Ses attributs même : La nature même de Dieu nous amène à reconnaître que la Mission appartient d’abord à Dieu.[4]
- Dieu est créateur : il est donc la seule source d’existence de son peuple et de l’Église, tout comme il est seule source de la création. Une autre conséquence est que le salut apporté par lui est à destination de toutes les nations.
- Dieu est souverain : il est donc celui qui tire son Église de la Création. De même, cette souveraineté est la raison pour laquelle il peut mettre fin au mal et amener son Royaume de Paix (Psaume 46.10-11).
- Dieu est unique : il n’est donc pas identique ou mélangé au monde. Son peuple et son salut ne peut donc pas être assimilé au Monde. (Lévitique 20.26).
- Dieu est transcendant : Il est donc le seul à pouvoir offrir un salut qui dépasse la création.
- Dieu est juste et juge : Il est donc le seul à posséder les clés du jugement dont il souhaite nous faire échapper. (Jérémie 23.6)
Parenté entre le mandat créationnel et le mandat missionnaire : Dieu sauve le monde tout comme il a créé le monde.
- YHWH est le seul créateur (Ésaïe 44.4) ; YHWH est le seul Dieu de la religion qui mène au salut (Exode 20.3).
- Jésus est aussi bien le médiateur de la création (Jean 1.3, entre autres) que le médiateur de la rédemption (Jean 1.12, entre autres).
- Le Saint Esprit est créateur (Genèse 1.2) et il est aussi l’Esprit Consolateur qui met en œuvre le salut dans l’Église (Jean 14.26).
- YHWH confronte l’idolâtrie en tant que créateur (Ésaïe 40.22-25) et en tant que Dieu de l’alliance (Ésaïe 4.2-8) indifféremment.
- Le mandat créationnel ordonne à l’homme d’être fécond et de dominer la terre (Genèse 1.28). Le mandat missionnaire ordonne à l’Église de se multiplier et de discipliner toutes les nations de la terre (Matthieu 28.19-20).
- Dieu choisit l’homme du milieu de la création, pour qu’il domine la création (Genèse 1.26). Dieu choisit l’Église du milieu de toutes les nations, pour qu’elle domine sur la nouvelle création (Philippiens 3.20-21).
- Dieu a créé l’homme à l’image de Dieu (Genèse 1.26). Dieu rend les chrétiens conformes à l’image de Christ, qui est Dieu (2 Corinthiens 3.18).
Ce motif établi, il est logique de considérer que la Mission convient à Dieu principalement, au même titre que la Création.
Sa promesse à Abraham : Il est écrit en Genèse 12.1-3
Le Seigneur dit à Abram : Va-t’en de ton pays, du lieu de tes origines et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te maudira. Tous les clans de la terre se béniront par toi.
Par cette promesse, donnée librement, Dieu annonce qu’il va non seulement bénir Abraham, mais à travers lui toutes les nations. Cette bénédiction dépasse largement ce que les nations peuvent faire, et sa portée est supérieure, ainsi que l’écrit Christopher J.H Wright lorsqu’il commente ce texte :
Mais cela ne viendra pas de l’intérieur même de ce monde. Abraham doit renoncer à tout ce qui le lie au pays de Babylone avant de pouvoir être le véhicule de la bénédiction pour la terre entière. Babel, point culminant du problème dépeint dans Genèse 1-11, ne peut être la source de la solution. De cette façon, même les grands empires mésopotamiens sont relativisés et niés. Les plus grandes réalisations humaines ne peuvent pas résoudre les problèmes humains les plus profonds. La mission de Dieu de bénir les nations est un nouveau départ radical. Elle exige une rupture, un départ radical de l’histoire jusqu’à présent, et pas seulement un développement évolutif à partir de cette histoire.[5]
Et il expose ainsi son caractère missionnaire :
Mais la seconde mission est sans limite : « être une bénédiction ». Et sa portée est illimitée dans le temps et la géographie. Abraham doit quitter son pays pour que la bénédiction vienne aux peuples de tous les pays. La bénédiction, en tant que commandement, tâche et rôle, va au-delà du sens de l’abondance créatrice que nous avons vu jusqu’ici dans la Genèse. « Sois une bénédiction » implique donc un but et un objectif qui s’étendent vers l’avenir. C’est, en bref, une mission.[6]
Il va jusqu’à définir cette promesse de Dieu comme le vrai mandat missionnaire :
Genèse 12. 1-3 lance donc l’histoire de la rédemption dans le continuum de l’histoire humaine plus large – qui est aussi, bien sûr, dans le plan souverain de Dieu. Et il lance cette histoire comme l’histoire d’une mission – la mission que Dieu assume lui-même dans ses engagements catégoriques envers Abraham et sa progéniture, et la mission que Dieu confie à Abraham en conséquence – être une bénédiction. Il serait tout à fait approprié, et ce n’est pas une mauvaise chose, que nous prenions ce texte comme « la Grande Commission ». Assurément, c’est le fondement biblique sur lequel repose le texte de Matthieu qui est généralement élevé à ce rôle.[7]
Toutes les nations sont concernées et les patriarches confirment cette compréhension en Gn 18.18 ; 22.18 ; 26.4 ; 28.14. La réception de cette bénédiction n’est pas automatique ou ignorante, mais est fortement liée à la reconnaissance du Dieu spécifique à Abraham (cf usage du passif en hébreu): elles seront bénies par Abraham (et donc en connaissant son Dieu). Cela se fera par Christ qui nous donne un accès plus large et direct au Dieu d’Abraham, si bien qu’il est le père des croyants.
On pourrait en ajouter d’autres, mais ces trois arguments suffisent à prouver que la Mission est d’abord et avant tout la Mission de Dieu, faite à son initiative, gouvernée par lui, orientée vers lui.
Réponse 1 : Dans le corps du traité, nous avons suffisamment répondu : c’est par le Saint Esprit (qui est YHWH) que l’Église accomplit son mandat missionnaire. Elle est avant tout l’instrument de la Mission et non son propriétaire.
Réponse 2 : Il en va de la Mission comme de la Création : Dieu ne change pas en « devenant Créateur » au moment de la création, ni ne « devient Sauveur » au moment de passer alliance. Ce sont les créatures seules qui ont changé en passant de la non-existence à l’existence. Le changement n’est pas en Dieu mais à partir de Dieu.[8]
Question 2 : Qu’est-ce que la Mission pour l’Église ?
Objection 1 : On vient de voir que la Mission est de Dieu et faite par Dieu. L’Église n’est donc pas nécessaire.
Objection 2 : Le salut vient d’en haut comme le dit l’apôtre Jacques « tout don excellent, tout présent parfait, vient d’en haut » (Jacques 1.17). L’Église ne participe au salut que comme lieu de celui-ci, mais pas comme instrument.
Objection 3 : Ce n’est pas l’Église qui est instrumentale dans la propagation du salut, mais les individus évangélisant. Par conséquent, la Mission n’appartient pas à l’Église.
Objection 4 : Le salut est individuel. Il consiste avant tout en la régénération des cœurs et la sanctification personnelle. Par conséquent, la Mission passe par les individus et non par l’Église.
Objection 5 : L’objet du salut étant de libérer la création du mal, c’est au niveau de la Création entière que se situe la Mission. L’Église est appelée à y participer comme membre privilégié de ce processus d’émancipation des nations, mais non pas exclusivement.
En sens contraire, J. H. Bavinck dit :
La mission est l’activité de l’Église – en essence ce n’est rien d’autre que l’activité de Christ, exercée à travers l’Église – à travers laquelle l’Église, dans cette période intermédiaire où la fin est différée, appelle les habitants de la terre à la repentance et à la foi en Christ, afin qu’ils puissent être ses disciples et à travers le baptême être incorporés dans la communion de ceux qui attendent la venue du royaume.[9]
Traité : Le rôle et la nécessité de l’Eglise se voient par deux arguments :
- Le salut s’appuie sur une alliance passée avec un peuple.
- Thème du royaume de Dieu.
Le peuple de Dieu : Pour mettre en œuvre sa mission, Dieu a décidé de ne passer que par le moyen des alliances, et les alliances de Dieu servent à la Mission. Une alliance est un contrat passé entre Dieu et les hommes dans laquelle Dieu promet de fournir biens et services nécessaires à l’homme (dont la protection, la providence et le salut) et l’homme est astreint en retour à l’obéissance et la foi. Toute la création est ainsi réglée, et elles sont indépassables (Jérémie 33.19-22).
C’est aussi par une alliance que l’évangile commence sur terre, avec la promesse à Abraham citée plus haut (Genèse 12.1-3). D’abord transmise de patriarche à patriarche de Abraham à Jacob. Puis elle est léguée à tout le peuple d’Israël (Genèse 49). Cette alliance est ensuite formalisée au Sinaï où Dieu détaille davantage les conditions d’obéissance et les avantages liées à cette alliance (Exode 19 pour le début). Jésus Christ est venu ensuite accomplir son œuvre de médiateur, ce qui a balayé les signes temporaires, et l’a remplacé par une nouvelle administration, définitive, appelée aussi « nouvelle alliance », qui est en cours actuellement. (Hébreux 8.6-7 ; 9.15)
Cette alliance est par essence collective, comme cela se voit dès Genèse 12.3 Toutes les familles de la terre se béniront par toi. Loin de voir cet aspect se gommer lors du passage à la nouvelle alliance, il est toujours d’actualité, et l’Église est toujours le peuple de Dieu (1 Pierre 2.10). Simplement, ce qui était autrefois fortement limité à Israël est maintenant plus facilement accessible à toutes les nations.
Thème du royaume de Dieu : la prédication de l’Évangile par Jésus Christ commence par la mention du Royaume de Dieu : Changez radicalement, car le règne des cieux s’est approché ! (Matthieu 3.2 NBS ; cf aussi Marc 1.15 ; Luc 4.43). Ce royaume présuppose l’Église et non une simple collection d’individus :
- Parce que le concept même de Royaume présuppose un peuple sur lequel s’exerce l’autorité de Dieu. (Genèse 17.7 ; Exode 6.7)
- Que ce Royaume est l’objet même de l’alliance de rédemption (Luc 1.68 ; Romains 9.23-25).
- Ce peuple est déjà actualisé et le Royaume de Jésus a déjà commencé sur l’Église (Jean 17.12).
- Au couronnement de Christ, l’Église est décrite comme son épouse, participante à son règne (Apocalypse 21).
- Ce que Jésus a bâti à partir des apôtres est bien une « assemblée » (terme d’origine politique) et non une collection d’individus (Matthieu 16.18).
Attention cependant : Toute l’Église est dans le Royaume de Dieu, mais tout le Royaume de Dieu n’est pas dans l’Église. L’Église militante –celle qui existe en ce temps et en ce monde- est une prémice, un signe et un instrument du Royaume. Prémice : elle est un « extrait », un « échantillon », le début du Royaume, pour montrer au monde à quoi peut ressembler la pleine consommation de ce Royaume. Signe : par sa présence et sa prédication, elle indique au monde le chemin vers le Royaume. Instrument : c’est par elle que Dieu agit pour rassembler son peuple et influer sur le monde pour préparer la venue du Royaume de Dieu.
Par ces deux aspects, il est évident que l’Église est non seulement le lieu, mais le peuple de la Réconciliation opérée par Dieu.
Réponse 1 : Il n’y a pas de nécessité absolue d’avoir recours au peuple de Dieu pour que Dieu sauve. Mais il y a une nécessité hypothétique, à cause des alliances que Dieu a librement choisi d’établir.
Réponse 2 : Le don du salut vient uniquement par Dieu, mais celui-ci a institué des moyens de grâces qui sont présents uniquement dans l’Église, à savoir la prédication et les sacrements, qui seront l’objet de la question suivante. Par l’usage de ceux-ci, l’Église n’est pas seulement le lieu, mais l’instrument actif du salut.
Réponse 3 : Comme nous l’avons vu dans le corps du traité, la dimension collective de l’Église n’est pas accidentelle et volontaire, mais essentielle et organique. Si matériellement ce sont des individus qui font avancer le Royaume de Dieu, formellement c’est en tant que membre du collectif appelé l’Église qu’il le fait.
Réponse 4 : La régénération et sanctification individuelle n’est qu’une application du salut administré par l’Église : il a pour but l’avancée du Royaume de Dieu à travers l’Église. On ne peut réduire le Salut à ces seuls aspects, quoiqu’ils soient nécessaires.
Réponse 5 : Certes, le Royaume de Dieu a pour cible toute la création et dépasse de l’Église. Mais à cause des alliances que Dieu a établi avec son peuple, l’Église n’est pas seulement un acteur parmi d’autres du salut, mais le peuple et instrument principal de l’avancée du Royaume de Dieu.
Question 3 : Quelles sont les marques de l’Église en Mission ?
Objection 1 : Le seul vrai peuple de Dieu est l’Église invisible, connue de Dieu seulement. Il n’y a donc pas de marques sûres du peuple de Dieu.
Objection 2 : Considérant que l’Église a pour mission d’être une voix prophétique pour le processus de libération des nations, sa marque est la participation au processus d’émancipation des peuples et son engagement social et politique en faveur de cette cause.
Objection 3 : L’apôtre Paul décrit une Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et sans défaut (Éphésiens 5.27 NBS). C’est donc que la marque de l’Église est la sainteté.
Objection 4 : La confession de foi de la Rochelle définit les marques de l’Église en son article 25 : Nous réprouvons les esprits chimériques qui voudraient bien, autant qu’ils peuvent, anéantir le ministère de la prédication et des sacrements. Donc seules ces deux marques sont à retenir.
En sens contraire, la confession de foi helvétique postérieure déclare, au paragraphe 156 et 157:
156 Les devoirs des ministres sont multiples. Beaucoup, néanmoins, les ramènent à deux, dans lesquels sont compris tous les autres: l’enseignement de la doctrine évangélique du Christ et l’administration légitime des sacrements. […] 157 La discipline est absolument nécessaire dans l’Église. […]
Traité L’Église possède quatre attributs et trois marques. Les attributs sont des propriétés essentielles à celles-ci, mais qui ne sont pas visibles. Les marques sont des attributs visibles qui nous permettent de reconnaître concrètement l’Église de Jésus-Christ.
Les quatre attributs sont :
- L’unité (Éphésiens 4.5) : Jésus est le seul Seigneur d’une seule Église. Cette unité est déjà réalisée quel que soit l’état extérieur de l’Église visible.
- La sainteté (Éphésiens 5.27) : Le peuple du Seigneur a un comportement marqué du Seigneur, une éthique particulière qui le distingue des autres nations.
- La catholicité (Apocalypse 7.9) Cette Église s’étend à travers toutes les nations et toutes les époques.
- L’apostolicité (Éphésiens 2.20 ; Jude 3). Le dépôt d’enseignement de l’Église est fixé une bonne fois pour toutes, dans ce qu’ont enseigné les apôtres.
C’est l’idéal à viser pour chaque Église, et à construire au besoin. Ces idéaux guident le choix des trois marques visibles :
- La prédication juste et fidèle (2 Timothée 4.1-2 ; Romains 10.14-15) : Par cela, nous entendons que le prédicateur ne doit pas livrer ses propres opinions, mais seulement l’entier conseil de Dieu. C’est ici que doit le plus s’entendre l’apostolicité de cette Église.
- Les sacrements (Luc 22.14-20 ; Actes 2.37-38 ; 1 Corinthiens 11.23-26) : Comme le dit la confession de foi de la Rochelle Nous croyons que les Sacrements sont ajoutés à la Parole pour nous la confirmer plus amplement, afin de nous servir de gages et de preuves de la grâce de Dieu, de sorte qu’à cause de notre faiblesse et de notre ignorance, ils concourent à soulager et à aider notre foi. Nous croyons que les Sacrements sont des signes extérieurs au moyen desquels Dieu agit par la puissance de son Esprit, afin de nous y rien représenter en vain.[10] C’est ici que s’exprime la catholicité et l’unité de l’Église.
- La discipline (Matthieu 16.19 ; 18.15-18) est le moyen par lequel les anciens font barrage au péché et encouragent la sainteté dans l’Église, s’assurant ainsi que, au moins du point de vue de la discipline extérieure, le peuple de Dieu conserve sa distinction au sein des nations. C’est ici qu’est reflétée la sainteté de l’Église.
Réponse 1 : Le Royaume de Dieu étant concret et visible, et Dieu ayant passé une alliance publique et visible, le peuple de Dieu est par conséquent un peuple concret et visible, quoique mixte, contenant aussi des hypocrites et des incrédules. Loin de prescrire de faire absolument correspondre l’Église visible avec l’Église invisible, notre Seigneur Jésus-Christ nous prescrit plutôt de ne pas arracher le bon grain avec l’ivraie, et tolérer la présence de cette mixité (Matthieu 13.24-30).
Réponse 2 : Ce n’est pas au monde entier que Jésus-Christ a confié l’Évangile, mais aux apôtres seuls. L’Église n’a donc pas vocation à prêcher un évangile autre que celui des apôtres, comme celui du libérationnisme. De même, si l’Église s’engage dans les œuvres sociales, ce n’est pas premièrement pour émanciper les nations du système économique et social en place, mais pour être le signe, les prémices et l’instrument du Royaume de Dieu qui transcende ce monde.
Réponse 3 : La sainteté est un attribut. Cependant nous ne pouvons pas sonder les reins et les cœurs pour savoir avec certitude l’état de sainteté d’une personne (Apocalypse 2.23). Ce que nous avons, et ce que le Seigneur a institué dans l’Église, c’est la marque de discipline. Par elle, nous faisons barrage aux manifestations les plus grossières du péché dans l’Église, et nous créons des conditions favorables à la vraie sainteté, qui vient de Dieu.
Réponse 4 : Dans le même article 27, la confession de foi de la Rochelle dit aussi : Selon la Parole de Dieu, nous disons donc que l’Église véritable est la communauté des fidèles qui, d’un commun accord, veulent suivre cette Parole et la pure religion qui en dépend; qui en font leur profit tout au long de leur vie, grandissant et se fortifiant sans cesse dans la crainte de Dieu, selon qu’il leur est nécessaire de progresser et de marcher toujours plus avant. Donc nous ne pouvons pas dire que la discipline est exclue. Au plus, elle n’est pas mentionnée explicitement, mais elle l’est dans d’autres confessions réformées.
Article 3 : Le but ou cause finale de la Mission.
Nous posons la question de ce que vise la Mission dans la création (Q1) puis par rapport au salut du monde (Q2) et enfin des bons critères à utiliser pour juger l’accomplissement de cette Mission (Q3)
Question 1 : Quelle est la cause finale de la Mission du point de vue de la création ?
Objection 1 : La Mission a pour objet le salut du monde. Elle n’a donc rien à offrir comme contribution à l’ordre créationnel actuel.
Objection 2 : L’éthique et les enseignements chrétiens ne sont pas destinés à être appliqués en dehors de l’Église, car ses enseignements sont réservés aux saints.
Objection 3 : Dans ce temps de la grâce, nous devons porter au monde entier l’invitation de Jésus Christ à croire en lui. Cette invitation respectueuse nous impose de respecter nos contemporains, y compris dans leur idolâtrie.
En sens contraire, Christopher J.H Wright dit :
L’ensemble de la création est le champ de mission de Dieu et, par conséquent, la mission à laquelle nous sommes appelés comporte une dimension écologique inéluctable. Tous les êtres humains sont faits à l’image de Dieu et, par conséquent, il y a de nombreuses implications pour notre mission découlant de l’humanité commune que nous partageons avec tous les autres habitants de notre planète.[11]
Traité : Nous affirmons que la Mission implique un engagement dans la création et non une fuite hors de celle-ci. Cet engagement se fait sur deux lieux :
- Confrontation des idoles
- Ré-humanisation du monde
Confrontation des idoles[12] : Dieu étant radicalement différent des autres idoles, et infiniment supérieur, elles ne sont rien devant lui. Cependant, elles sont quelques choses pour ceux qui les servent. À force de servir les idoles, leurs servants deviennent à leur image, car c’est la conséquence naturelle du fait d’être à l’image de Dieu : si nous refusons Dieu, nous prendrons les traits de l’objet de notre adoration, aussi cruel qu’il soit. La confrontation avec ces éléments de la création est donc inévitable :
Et dans notre souci de protéger jalousement les dieux que nous avons créés pour nous-mêmes, nous faisons preuve d’une parodie de la véritable jalousie qui est l’apanage du seul vrai Dieu que nous n’avons pas créé. Nous investissons tant de nous-mêmes dans nos dieux, nous leur consacrons tant d’argent et nous mêlons notre identité et notre importance aux leurs qu’il nous est tout simplement impossible de les démasquer, de nous en moquer ou de les renverser. Et pourtant, bien sûr, ils doivent être renversés devant le Dieu vivant. Car tel est le destin de tout effort humain qui n’est pas à la gloire de Dieu ou offert pour être racheté par lui. Au bout du compte, les dieux de la création humaine, malgré toutes leurs prétentions arrogantes et leurs mascarades, ne sont rien de plus que des statues dorées qu’il faut clouer pour les maintenir à la verticale.[13]
Concernant la part de l’Église dans cette confrontation, elle doit d’abord dévoiler l’origine des dieux de la culture. L’idée est de désacraliser les idoles. Pour ce qui est de la méthode de dénonciation, elle dépend du contexte :
- Au sein même de l’Église, entre chrétiens : Le modèle à suivre est Romains 1.18-32. Lorsqu’il écrit objectivement à des chrétiens au sujet du phénomène de l’idolâtrie, Paul retire ses gants[14].
- Dans une situation d’évangélisation : le modèle à suivre est celui de Paul à à Lystre (Ac 14.8-20) ; Athènes (17.16-34) et Ephèse (Ac 19.23-41). Dans des circonstances variables, Paul a jeté le défi contre les superstitions populaires, le décorum civique d’Athènes ou les intérêts économiques d’Ephèse. L’attitude est toujours sans compromis, mais le langage est plus poli qu’en Romains 1. Dans ses discours, il présente Dieu comme le Créateur et Pourvoyeur. Dieu a été patient et tolérant jusqu’ici mais à présent, il faut se détourner des cultes vains (Actes 13.15) qui ne lui conviennent pas. À noter, cependant, qu’il a attaqué les dieux en général, mais a évité de blasphémer Diane en particulier, pour ne pas tomber sous les lois civiles. L’évangélisation de Paul était efficace et sans compromis, mais elle n’était pas délibérément offensante[15].
- Dans une situation de guidance pastorale: En 1 Corinthiens 8-10, Paul répond au problème pastoral posé par la consommation des viandes sacrifiées aux idoles. L’enjeu ici, n’est pas théologique, ni un enjeu d’évangélisation: c’est un enjeu pratique et pastoral. Il fait les distinctions appropriées: la viande qui finit sur un étal ordinaire au marché peut être consommée librement, parce que l’idolâtrie est vaine ; retenez-vous simplement de le faire si cela porte offense envers un autre chrétien. En revanche, même si les dieux païens ne sont pas des dieux, n’allez surtout pas participer aux sacrifices païens dans les temples, quelqu’en soit le coût. La participation à l’idolâtrie requiert plus qu’un contact accidentel. Ce n’est pas tant le raisonnement que la différence de tact qu’il faut imiter quand on traite de l’idolâtrie au niveau pastoral.[16]
- En résumé : lorsqu’on s’adresse aux non-croyants, la confrontation avec l’idolâtrie consiste surtout à faire comprendre que l’idole « n’en vaut pas la peine » et qu’il y a mieux. Entre croyants, nous sommes plus libre d’être tranchants et faire comprendre toute l’étendue de l’horreur des idoles. Il en va déjà de même dans l’Ancien Testament: la liste des péchés des autres nations est souvent une liste de maux sociaux et politiques. C’est lorsque les prophètes parlent aux israélites qu’ils réservent leur polémique la plus tranchante.[17]
Ré-humanisation du monde[18] : Dieu nous as fait à son image, pour manifester l’autorité et la domination de Dieu sur la création. C’est ce qu’en dit François Turretin :
La domination est le pouvoir qui lui as été donné par Dieu en tant que chef sur toutes les créatures inférieures, par lequel il a le droit d’en user à volonté. Toutes sont astreintes à le servir comme leur maître et il doit les administrer pour son utilité, qui est une émanation de l’image divine et une impression de la dominance suprême du Créateur, dont la prééminence est en quelque sorte communiquée à l’homme.[19]
Or, lorsque l’homme se rebelle contre Dieu, il ne perd pas cette domination, mais perd la sainteté qui rend cette domination agréable et supportable. Il en ressort toutes sortes de désordre et d’abus, qui sont l’objet de nos souffrances. Le problème peut aller jusqu’à se manifester dans notre société, car de nos mauvaises habitudes individuelles émergent de mauvaises habitudes collectives, que l’on appelle des mauvaises mœurs.
Mais lorsque l’Évangile s’applique, les paroles de Paul nous disent : vous vous êtes dépouillés de l’homme ancien, avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau, qui se renouvelle en vue de la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé (Colossiens 3.9-10 NBS, emphase personnelle). Notre image de Dieu est donc restaurée. Elle est même plus que restaurée, puisque ce n’est pas à l’image naturelle d’Adam que nous sommes restaurés, mais l’image glorieuse de Christ (2 Corinthiens 3.18). D’où le terme de ré-humanisation. Nous passons de moins qu’humain (car notre image de Dieu est ruinée) à, progressivement, plus qu’humain (car notre image de Dieu est glorifiée).
Réponse 1 : La Mission a pour seul objet le Salut, mais cela ne veut pas dire que le Salut ne touche pas le monde créé ensuite, comme nous l’avons montré dans le corps du traité.
Réponse 2 : L’éthique que Dieu demande à son peuple n’est pas seulement privée ou limitée à l’Église. Elle couvre toute l’étendue de la création, parce que justement en restaurant l’image de Dieu en nous, nous restaurons aussi l’étendue de notre mandat créationnel, comme nous l’avons dit. Si donc l’éthique chrétienne est d’abord prêchée dans l’Église, elle n’a pas vocation à rester dans l’Église. Au contraire, l’intégrité de l’Évangile exige que toute notre vie soit transformée.[20]
Réponse 3 : Il n’est ni sage ni respectueux de personne –des humains comme de Dieu- que de respecter les idoles et les laisser en place. Au contraire, l’amour du prochain doit nous conduire à vouloir dénoncer et renverser les idoles. Cela ne nous oblige pas à manquer de respect, cela nous oblige seulement à avoir de la prudence, ce que nous avons déjà détaillé dans le traité de la réponse.
Question 2 : Quelle est la cause finale de la Mission du point de vue de la rédemption ?
Objection 1 : Selon Rauschenbusch, le but de notre Mission est l’accomplissement du projet politique libéral :
Puisque le Christ a révélé la valeur divine de la vie et de la personnalité, et que son salut vise à la restauration et à l’épanouissement des plus petits, il s’ensuit que le Royaume de Dieu, à tous les stades du développement humain, tend vers un ordre social qui garantira le mieux à toutes les individualités leur développement le plus libre et le plus élevé. Cela implique la rédemption de la vie sociale de l’influence étouffante du sectarisme religieux, de la répression de l’affirmation de soi dans les relations entre les classes supérieures et inférieures, et de toutes les formes d’esclavage dans lesquelles les êtres humains sont traités comme de simples moyens de servir les fins des autres.[21]
Objection 2 : Le salut étant individuel, l’accomplissement du Salut est la jouissance individuelle du Salut, et ses bienfaits spirituels individuels.
Objection 3 : Le Royaume étant décrit comme à venir (Romains 16.20 ; Apocalypse 22.20) il n’y a pas d’autre chose à attendre avant le retour de Christ que la simple perpétuation de ce qui existe déjà.
En sens contraire, Christopher J.H. Wright dit :
Le monothéisme est missionnaire parce qu’il génère la louange et aussi parce qu’il globalise la louange – la louange du seul vrai Dieu vivant, connu par sa grâce, son jugement et surtout son Messie. Ainsi, la nature missionnaire du monothéisme chrétien ne découle pas d’un impérialisme religieux endémique ou d’un triomphalisme de style militaire (même s’il a pu être infecté par ce virus à différentes époques), mais des racines de notre foi dans l’Israël de l’Ancien Testament et de leur croyance en un Dieu, le seul vrai Dieu vivant, dont la mission d’amour pour le monde a conduit à l’élection d’Israël et à l’envoi de l’Église. C’est ce Dieu, et aucun autre, qui était si déterminé à bénir les nations qu’il a choisi Abraham. C’est ce Dieu, et nul autre, qui a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique. Ce Dieu est le seul à avoir réconcilié le monde avec lui-même dans le Christ. Et c’est ce Dieu qui a confié la mission et le ministère de la réconciliation aux personnes à qui Jésus a dit « vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre ». Telle est la nature missionnaire du « monothéisme biblique ».[22]
Thèse : La mission correctement appliquée a pour but final l’adoration de Dieu (λειτυουργια leiturgia). Cette adoration est nourrie par le service (διακονια diakonia). Ce service s’enracine dans la communauté (κοινονια koinonia). Cette communauté s’assemble autour du kérygme de l’Evangile. En résumé, du point de vue de la rédemption, la fin ultime de notre Mission est l’adoration ou jouissance de Dieu, tandis que ses fins utiles sont la communauté et le service. Nous allons décrire ce déroulement par ordre d’expérience.
Le kérygme (Matthieu 3.2 ; Actes 28.31). Il s’agit du noyau de l’évangile, son contenu propositionnel le plus essentiel. C’est cela qui est l’objet de l’évangélisation verbale, formulée à chaque fois de façon différente.
La communauté : À partir de la prédication du kérygme s’assemble naturellement une communauté de gens ayant la même vision. Ils ont à cœur d’œuvrer en commun pour la réaliser. Comme nous l’avons déjà dit, il y a une dimension collective authentique, qui doit être conservée.
Le service : Cette communauté est là pour accomplir un service, envers l’Eglise et plus largement envers la société, afin de manifester les prémices du Royaume.
L’adoration : Les cœurs unis et serviteurs le font par amour pour leur Sauveur, un amour qui s’exprime de façon suprême dans l’adoration. En retour, l’adoration unifie tous les croyants malgré leurs divergences. Elle est l’élément structurant et unifiant de tous ces serviteurs [διακονοι diakonoi] en communauté [κοινονια koinonia] proclamant le kérygme. L’adoration commune produit des expériences communes. Ces expériences renforcent la vision commune et créent une solidarité naturelle. Cette solidarité facilite notre œuvre commune qui est la mission de l’Église, l’application et la proclamation de l’Évangile.
Réponse 1 : Cette vision néglige que le Salut est surnaturel et que sa fin est donc elle aussi surnaturelle : l’adoration. D’autre part, il n’y a même pas besoin d’être chrétien pour participer à ce « Salut » de l’Évangile Social. Il n’est donc pas propre à l’Eglise. Même en admettant, le temps de cet argument, que l’établissement d’un ordre politique libéral soit un effet du Salut, ce serait au mieux un effet accidentel et non l’accomplissement essentiel de celui-ci.
Objection 2 : Si l’obtention des dons individuels est une étape nécessaire, ils ne sont pas la fin ultime du Salut. En effet, ils ne sont reçus qu’en vue de leur expression droite pour le service dans la communauté, afin de renforcer l’adoration collective. Ils sont eux-mêmes des éléments de notre service et non la fin ultime du Salut.
Objection 3 : Il est vrai que le Royaume n’est pas encore là et qu’il ne le sera pas avant le retour de Christ. Mais, il est aussi déjà là, selon la formule already and not yet. Il faut donc faire la distinction entre la consommation des choses du Royaume, qui viendront plus tard, et leurs prémices, qui sont déjà là, et motivent notre adoration déjà décrite.
Question 3 : Faut-il viser la croissance numérique ou la maturité spirituelle de l’Assemblée ?
Objection 1 : Il faut viser la croissance numérique car c’est ce qu’a promis Dieu (Genèse 15.5 ; 17.2) et que l’abondance numérique est le signe de la bénédiction de Dieu (Genèse 1.22).
Objection 2 : Il faut rejeter les mesures numériques et se concentrer sur la fidélité de l’Eglise, conformément aux paroles de Paul (Tite 1.9).
En sens contraire, Timothy Keller dit :
Je suis arrivé à la conclusion qu’un thème plus biblique pour l’évaluation du ministère que le succès ou la fidélité est la fructification […]La métaphore du jardinage montre que le succès et la fidélité sont en eux-mêmes des critères insuffisants pour évaluer le ministère. Les jardiniers doivent être fidèles dans leur travail, mais ils doivent aussi être habiles, sinon le jardin sera un échec. Pourtant, en fin de compte, le degré de réussite du jardin (ou du ministère) est déterminé par des facteurs indépendants de la volonté du jardinier. Le niveau de fécondité varie en raison des « conditions du sol » (c’est-à-dire que certains groupes de personnes ont un cœur plus dur que d’autres) et des « conditions météorologiques » (c’est-à-dire l’action de l’Esprit souverain de Dieu).[23]
Traité Il n’y a pas lieu d’opposer ces deux notions, qui ne sont pas exclusives l’une par rapport à l’autre. Il n’y a pas lieu d’absolutiser l’une ou l’autre, jusqu’à l’absurdité de soutenir une croissance numérique sans maturité ou une maturité croissante sans nouveaux chrétiens. Au contraire, il est sain pour la maturité même des croyants d’être toujours au contact de gens nouvellement convertis, afin d’approfondir leur propre foi et aussi développer les qualités plus paternelles qui vont avec la maturité.
De même, l’abus d’objectifs chiffrés ne supprime pas leur usage : un ministère sain peut avoir une faible croissance numérique ; un ministère malsain n’a généralement aucune croissance numérique. C’est pourquoi, convenablement utilisés et en combinaison avec d’autres mesures plus qualitatives, les objectifs chiffrés peuvent être un bon outil pour détecter les ministères « malades ».
Réponse 1 : La croissance numérique dépend également de facteurs qui sont hors de notre contrôle, et peut récompenser des ministères de l’Evangile sans profondeur ni intérêt. Ce critère ne suffit donc pas.
Réponse 2 : Jésus ne nous as pas demandé d’essayer fidèlement, mais de répandre efficacement l’Evangile. La fidélité efficace doit donc être préférée à la fidélité inefficace, car cette dernière n’est un avantage pour personne.
Article 4 : De quoi est faite, ou la cause matérielle de la Mission.
Dans cet article, nous allons préciser qui a la responsabilité de faire avancer la mission (Q1) et comment cette responsabilité se répartit entre cadres et laïcs de l’assemblée (Q2). Nous verrons aussi si leurs actions contiennent un élément d’engagement social dans les œuvres. (Q3)
Question 1 : Qui doit mettre en œuvre cette Mission ?
Objection 1 : Nous l’avons vu, c’est l’Eglise en son collectif à qui appartient à la mission. Ce n’est donc que lorsqu’elle est rassemblée que l’Evangile peut être prêché et appliqué.
Objection 2 : C’est aux pasteurs qu’est confié la tâche de l’enseignement et la conduite de l’Eglise. Le rôle du reste de l’assemblée est donc passif.
En sens contraire, Luther dit :
Si un chrétien est dans un endroit où il n’y a pas d’autres chrétiens, il n’a besoin d’autre appel que d’être un chrétien appelé et oint par Dieu de l’intérieur. Dans ce contexte, son devoir est de prêcher et d’enseigner l’Évangile aux païens errants ou aux non-chrétiens sous l’obligation de l’amour fraternel, même si aucun homme ne l’oblige à le faire.[24]
Traité : La Mission est motivée par l’amour du début à la fin. Or, c’est chaque chrétien qui a le devoir d’aimer Dieu et son prochain. Donc il revient à chaque chrétien d’évangéliser et vivre la Mission, chacun en sa part et selon ses dons.
En guise d’illustration, c’est ce qu’il s’est passé au IVe siècle, lorsque les deux chrétiens, Frumentius et Edesius, partirent en voyage vers l’Inde, et échouèrent en Ethiopie. Ils commencèrent à évangéliser là où ils se trouvaient jusqu’à ce que le roi local leur demande de prendre en charge l’éducation de son fils. Quelques années plus tard, Frumentius revint à Alexandrie pour demander au patriarche Athanase d’envoyer un évêque et des prêtres. Athanase ordonna Frumentius évêque en Ethiopie.[25]
Ou bien encore pour les géorgiens : il y avait parmi ce peuple une captive chrétienne, qui vivait dans une vie de prière. Lorsque le prince de ce peuple, encore bébé, fut malade, la reine fit le tour des femmes capables de le guérir, selon la coutume du pays. Lorsque le bébé fut présenté à la chrétienne elle dit : Christ, qui en a guéri beaucoup, guérira aussi celui-ci et pria pour sa guérison. Il fut guéri à l’étonnement de la reine. Peu après, une chose semblable arrive à la reine, et la chrétienne dit simplement ce n’est pas mon œuvre mais celle de Christ, qui est le Fils de Dieu qui a fait le monde. Le roi envoie des richesses pour la remercier, mais elle les décline en disant que Christ lui suffit, qu’en guise de remerciement, elle préfèrerait la conversion du roi. Plus tard, le roi se perd en chasse, pris dans un brouillard opaque. Après avoir invoqué ses dieux en vain, il invoque le Christ et le brouillard se disperse aussitôt. Le roi se convertit et devient le principal prédicateur de son peuple, allant jusqu’à construire la première église du pays.[26]
Dans chacune de ces histoires, l’initiative a été individuelle, chacun selon son niveau et son autorité. Ensuite seulement est venue l’organisation cléricale, non pour remplacer l’œuvre individuelle, mais pour la renforcer et la structurer. A chacun d’évangéliser, chacun en sa part et selon ses dons.
Réponse 1 : Chaque individu peut agir en tant que membre et représentant de l’Église, à l’image de Frumentius qui a finalement agi en tant que membre et ambassadeur de l’Église d’Alexandrie.
Réponse 2 : Il y a un enseignement et une forme de gouvernement de l’Église qui est propre aux pasteurs. Cela ne recouvre pas tous les formes d’enseignement et de participation au gouvernement possibles, aussi longtemps que les choses sont faites avec ordre (1 Corinthiens 14.40 ; Tite 1.5). Ainsi, la captive chrétienne en Géorgie a eu raison de prêcher que Jésus était le créateur et la providence. De même, le roi de Géorgie a eu raison de bâtir la première église, dans la mesure où ils n’ont pas remplacé l’ordre de l’Eglise par le leur propre.
Question 2 : Quelle part de l’œuvre reviennent respectivement aux ministres ordonnés et au reste de l’assemblée ?
Objection 1 : Le pasteur est une sorte de prêtre devant l’assemblée (Malachie 2.7)[27]. C’est à lui seul que revient donc toutes les affaires religieuses.
Objection 2 : Nous sommes tous prêtres devant Dieu (1 Pierre 2.9-10 ; Apocalypse 1.6). Il n’y a donc aucun ministère spécial qui concentrerait une quelconque autorité religieuse.
En sens contraire, la confession de foi helvétique postérieure dit :
Ce sont choses grandement diverses et différentes, que la prêtrise et le ministère. Car la prêtrise est commune à tous les chrétiens, mais non pas le ministère. Aussi, n’avons-nous pas ôté les ministères dans l’Église quand nous avons rejeté la prêtrise telle qu’elle est en l’Eglise romaine.[28]
Traité : Nous affirmons avec la Bible que tous les croyants sont prêtres devant l’Eternel, ainsi qu’il en était déjà sous l’Ancienne Alliance (Exode 19.6). Mais comme du temps de l’Ancienne Alliance, cela n’exclue pas qu’au sein du peuple, un ordre particulier soit institué par Dieu pour s’occuper plus spécialement des tâches autrement dévolues à tous. Le fait que les prêtres s’occupent de sacrifier au sanctuaire pour le peuple n’empêchait pas les gens du peuple de le faire aussi en un autre sens (1 Samuel 20.29 ; 1 Rois 19.21).
C’est ainsi que Charles Nicolas propose l’expression de « pastorat mutuel » pour désigner l’équilibre entre assemblée et pasteur :
C’est ce constat qui nous permet d’utiliser l’expression « pastorat mutuel »: tous ne sont pas pasteurs dans l’Eglise; mais tous sont appelés à développer une attitude pastorale.[29]
Ainsi, tous participent au culte, mais c’est au pasteur de diriger la liturgie. Tous sont appelés à la sanctification, mais c’est au collège d’anciens de veiller à la discipline. Tous participent au gouvernement de l’Eglise, mais c’est aux pasteurs et anciens de porter la responsabilité exécutive. Pour ce qui est de l’autorité, on peut récupérer la formule d’Althusius en disant que le pasteur a autorité sur chaque individu par mandat de l’Église, mais pas sur l’Église elle-même.[30]
Réponse 1 : La distinction proposée par la confession helvétique postérieure est bonne : le sacerdoce est commun à tous les croyants et donc tous participent aux activités religieuses dont la Mission.
Réponse 2 : Il est nécessaire qu’il y ait un ministère, non seulement à cause de l’institution divine, mais aussi parce qu’un tel office est nécessaire pour conserver l’unité de l’Eglise locale. Ainsi que le dit Thomas d’Aquin :
S’il est naturel à l’homme de vivre en société nombreuse, il faut qu’il y ait parmi les hommes quelqu’un qui les gouverne. Là où existent des hommes nombreux, chacun pourvoyant à ce qui lui est avantageux, la multitude ne tarde pas à se disloquer, à moins qu’il n’y ait quelqu’un pour s’occuper de ce qui est le bien même de la multitude.[31]
Question 3 : L’engagement social est-il inclus dans la Mission ?
Objection 1 : La Mission est de nature spirituelle et religieuse. L’Eglise dépasse de son rôle en s’occupant des affaires du monde.
Objection 2 : Les Églises sont les bienvenues pour l’action sociale, mais elles ne doivent pas le faire à cause de la Mission, car ce serait rompre la laïcité.
Objection 3 : Il est écrit en Matthieu 7.12 Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. Nous devons donc aider tous nos frères en humanité sans discrimination particulière.[32]
En sens contraire : Christopher J.H. Wright dit :
Il n’est plus nécessaire de qualifier la mission d’ « holistique », ni de faire la distinction entre « mission » et « mission holistique ». La mission est, par définition, « holistique », et donc la « mission holistique » est, de facto, la mission. La proclamation seule, en dehors de toute préoccupation sociale, peut être perçue comme une distorsion, une version tronquée du véritable évangile, une parodie et un travestissement de la bonne nouvelle, sans pertinence pour les problèmes réels des personnes réelles vivant dans le monde réel. À l’autre extrémité du spectre, l’accent exclusif mis sur la transformation et la défense des intérêts peut simplement déboucher sur un activisme social et humanitaire, dépourvu de toute dimension spirituelle. Les deux approches ne sont pas bibliques ; elles nient l’intégralité de la nature humaine des êtres humains créés à l’image de Dieu. Puisque nous sommes créés « entiers » et que la chute affecte notre humanité totale dans toutes ses dimensions, alors la rédemption, la restauration et la mission ne peuvent, par définition, qu’être « holistiques ».[33]
Traité : Cette conclusion est inévitable une fois que l’on a traité la cause finale de la Mission. Nous avons vu que du point de vue de la création, la Mission consiste en la régénération de l’Image de Dieu en nous, avec la justice et la sainteté qui en découle. Si cette régénération n’aboutit pas à un engagement social et une expression de charité en dehors de l’Église, c’est qu’elle n’est pas complète, car des domaines important de nos vies n’ont pas encore été touchés par la grâce de Dieu, notamment ceux qui touchent à notre engagement dans la cité.
Nous avons vu aussi que du point de vue de la rédemption, la Mission nous amenait au service. Si ce service est d’abord dans l’Église, l’amour qui l’anime lui n’a pas vocation à être restreint à l’Église. Tout comme le kerygme doit être proclamé à tous ceux du dehors, qui veulent bien l’entendre, le service de l’Église doit être étendu à tous ceux du dehors, pour lequel il est prudent de le faire.
N’avoir aucun élément d’engagement social est donc la marque d’une Mission corrompue ou mutilée. Par définition, la Mission inclue des éléments spirituels et matériels, religieux et sociaux.
Réponse 1 : Dieu est venu sauver tout l’humain, âme et corps, spiritualité et société. L’Église est son instrument pour sauver tout l’humain.
Réponse 2 : Si la Mission est notre cause finale, cela n’exclut pas d’autres motifs, tout à fait compatibles avec la laïcité et bons, notamment l’amour du prochain. Il faut cependant bien comprendre que cet amour du prochain est lui-même une composante de la Mission, nous ne pouvons pas avoir l’un sans l’autre.
Réponse 3 : Charles Nicolas et Daniel Hillion sont tombés d’accord pour utiliser Galates 6.10 comme texte clé. Ainsi donc, pendant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien envers tous, et surtout envers les frères en la foi. A celui qui veut trop restreindre, il faut rappeler l’universalité du bien à pratiquer. A celui qui veut être trop universel, il faut rappeler la priorité du soin aux chrétiens.[34]
Article 5 : Comment faire, ou la cause instrumentale de la Mission
Nous poserons d’abord le besoin constant de la prière (Q1) ; de la contextualisation (Q2) et la pertinence du ministère urbain (Q3)
Question 1 : Les moyens naturels suffisent-ils à la Mission ?
Objection 1 : Puisque l’Église est le principal instrument de la Mission, c’est que Dieu lui as déjà confié tous les moyens nécessaires. Nous avons déjà tous les moyens utiles, il nous suffit de les mettre en œuvre.
Objection 2 : Bien sûr qu’il faut prier pour les grandes choses et ce qui est hors de ma portée, mais les petites choses qui ne dépendent que de moi n’ont pas besoin d’être demandées à Dieu.
En sens contraire, l’Apôtre dit : Frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course et soit glorifiée comme elle l’est chez vous. (2 Thessaloniciens 3.1 NBS)
Traité : Nous avons dit dans l’article 2 que la Mission est d’abord et avant tout la Mission de Dieu, et l’Église est son instrument. Le fait même d’être l’instrument de Dieu, doit nous faire prendre conscience que toutes les actions impliquant la Mission (c’est-à-dire presque toutes dans la vie d’un chrétien) doivent faire l’objet de nos prières, demandes et supplications à Dieu, qui est l’origine, l’efficacité et la fin de la Mission.
Réponse 1 : La prière ne sert pas qu’à obtenir des biens et dons spirituels. Elle consiste aussi en la communion du chrétien au Saint Esprit. Par elle, le chrétien peut, ensuite, mettre en œuvre correctement les dons déjà reçus. Il ne suffit pas de recevoir de Dieu, il faut aussi mettre en œuvre avec Dieu.
Réponse 2 : L’Apôtre dit : Priez pour nous ; nous sommes en effet persuadés d’avoir une bonne conscience, avec la volonté de nous bien conduire à tous égards. (Hébreux 13.18 NBS). Bien que la bonne conscience et sa bonne volonté ne dépendent que de lui et de ses actes même les plus petits, il demande tout de même la prière. Faisons de même.
Question 2 : Faut-il contextualiser notre proclamation de l’évangile ?
Objection 1 : La contextualisation a été inventée par les libéraux pour justifier ensuite toutes sortes de corruptions de l’Évangile. Nous ne devons pas utiliser un tel outil qui met en péril l’autorité de la Bible.
Objection 2 : La contextualisation consiste à élever la culture humaine au même rang que la révélation biblique. Nous ne devons donc pas y avoir recours, car elle met en péril l’autorité biblique.
Objection 3 : Il n’y a pas besoin de contextualisation, car nous avons déjà le message universel de la Bible. Si nous le modifions, c’est un syncrétisme.
En sens contraire, Timothy Keller dit :
La contextualisation ne consiste pas – comme on le prétend souvent – à « donner aux gens ce qu’ils veulent entendre ». Il s’agit plutôt de donner aux gens les réponses de la Bible, qu’ils ne veulent peut-être pas toutes entendre, aux questions sur la vie que les gens se posent à leur époque et en leur lieu particulier, dans un langage et sous des formes qu’ils peuvent comprendre, et par le biais de sollicitations et d’arguments qu’ils peuvent ressentir, même s’ils les rejettent.[35]
Traité La tâche de contextualisation doit être faite nécessairement, car c’est l’efficacité de la Mission qui est en jeu. Refuser de le faire est refuser que la Mission soit faite. En soi, il ne s’agit que d’essayer de rendre le message éternel de la Bonne Nouvelle de Christ, compréhensible, pertinente et sanctifiante pour une culture et un temps donné.[36]
Dans son fonctionnement, on prend souvent l’analogie de la spirale :
- Du point de vue de la culture cible : s’y immerger pour identifier sa façon de raisonner, les idoles qui s’opposent à l’Évangile et les traces de grâce commune utilisables pour renforcer l’Évangile.
- Retour à la Bible : découvrir et étudier ce que la Bible dit sur ces éléments culturels importants.
- Retour à la culture : l’influencer en utilisant les éléments de vérité bibliques contenus dans cette culture pour contrer les éléments hostiles à l’Évangile. En apprendre davantage sur cette culture au passage.
- Retour à la Bible : apprendre à lire la Bible comme quelqu’un de la culture cible, pour mieux adapter son expression de l’Évangile.
- À la culture : montrer ce que l’Évangile a de non seulement pertinent, mais aussi séduisant (selon les appétits propres à cette culture) et ainsi de suite, jusqu’à ce que la culture soit de plus en plus subvertie et transformée par l’Évangile.
Ainsi, Keller proposait comme illustration son expérience de pasteur à New York : après avoir pris connaissance des ressorts de la pensée cosmopolitaine occidentale, il met l’accent sur l’amour de Dieu (doctrine très facilement acceptée dans cette culture) pour montrer que cela est compatible avec la doctrine de la jalousie de Dieu (doctrine très difficile pour cette culture) : « voyez, Dieu nous aime tellement qu’il ne veut que le meilleur pour nous et ne se contenterait pas de moins. Nous laisser à nos idoles c’est manquer d’amour ».[37]
Et ainsi, d’influence en influence, il exprime l’évangile par des formes, des raisonnements et des invitations qui rendent l’Évangile plus facile à accepter pour les new-yorkais, sans retirer les éléments difficiles de la Bible.
Autre exemple de contextualisation : Timothy Keller mentionne l’exemple des presbytériens coréens[38], confessant la confession de foi de Westminster, mais devant contextualiser l’interprétation du cinquième commandement que fait la confession de Westminster au contexte coréen. L’appel à obéir aux autorités propre à l’Angleterre du dix-septième siècle n’adressait pas ou mal le culte aux ancêtres fermement implanté dans la culture coréenne. Par conséquent, les réformés coréens devaient développer leur propre interprétation de ce fait culturel propre. Ainsi, tout en ayant le même héritage réformé, un chrétien anglais et un chrétien coréen auront naturellement deux interprétations différentes, venant d’un même texte, et exprimant une même vérité biblique.
Ce qui est fait d’une culture à l’autre, doit être fait avec tout autant de soin dans le contexte de l’Église locale : ici, la « culture cible » doit être le voisinage de l’Église, qu’il faut étudier avec soin et prendre connaissance, pour adapter au mieux la prédication et les activités de l’Église locale.
Réponse 1 : Le concept de contextualisation a été exploré tout d’abord parce que la philosophie qui guidait les missions étrangères, quoiqu’ayant déjà fait des progrès par l’application de « l’indigénisation » des Églises, marquait ses limites : l’Évangile ne semblait pas pénétrer davantage la culture ou du moins d’une façon satisfaisante. Si les premiers à l’avoir fait sont des libéraux, cela ne veut pas dire que la contextualisation ne peut pas être faite de façon fidèle à l’autorité de l’Écriture. Elle n’est pas en elle-même un concept libéral.
Réponse 2 : L’abus ne supprime pas le bon usage. Que certains aient maniés la contextualisation en diminuant l’autorité biblique ne signifie pas que cela soit nécessaire. De fait, des personnes comme Harvie Conn ont proposés des modèles fidèles.
Réponse 3 : En réalité, il n’est pas une seule expression de l’Évangile qui ne soit culturellement marquée. Même le Nouveau Testament est un document qui correspond à la culture des juifs du premier siècle. L’enjeu est de « traduire » l’Évangile, non seulement de langue à langue, mais de culture à culture. Ce que nous croyons être l’expression aboutie de l’Évangile correspond en fin de compte à notre héritage occidental chrétien, d’autres cultures doivent développer leur propre compréhension d’un même message de l’Évangile.
Question 3 : Faut-il privilégier le ministère urbain aux autres ministères ?
Objection 1 : Les villes sont des hauts lieux de péché, comme le montre l’exemple biblique de Babylone, Sodome et Gomorrhe. Par conséquent, il vaut mieux privilégier notre mission vers les campagnes, plus accessibles à l’évangile.
Objection 2 : Il ne faut implanter que dans les villes parce que le mandat culturel se déroule dans les villes et que l’eschatologie biblique est urbaine. Comme le dit Timothy Keller :
Au fur et à mesure que l’histoire de la rédemption progresse, nous constatons que le peuple de Dieu commence par être des vagabonds et des nomades en dehors des villes, et des réfractaires aux villes (Babel). Puis Dieu le dirige vers la construction et la reconstruction de villes (Jérusalem) et vers l’exil dans des villes (Babylone). À l’époque du Nouveau Testament, le peuple de Dieu devient missionnaire dans les villes. (En effet, les écrits du Nouveau Testament contiennent peu de traces d’un christianisme non urbain). Enfin, lorsque l’avenir de Dieu arrive sous la forme d’une ville, son peuple peut enfin se sentir pleinement chez lui. La nature déchue de la ville […] est finalement surmontée et résolue ; le mandat culturel est achevé ; les capacités de la vie urbaine sont finalement libérées pour servir Dieu. Tout le peuple de Dieu le sert dans sa ville sainte.[39]
En sens contraire Albert Mohler dit :
Ce qui est clair, c’est que les villes sont là où se trouvent les gens. En moins de 300 ans, notre monde sera passé d’une situation où seulement 3 % de la population vit dans des villes à une situation où 80 % réside dans des zones urbaines. Si l’Église chrétienne n’apprend pas de nouveaux modes de ministère urbain, nous nous retrouverons à l’extérieur, à l’intérieur. L’Évangile de Jésus-Christ doit appeler une nouvelle génération de chrétiens engagés dans ces villes grouillantes. Comme ces nouveaux chiffres le montrent clairement, nous n’avons pas vraiment le choix. [40]
Traité. Les Églises locales doivent être implantées là où sont les gens, notre civilisation est fortement urbaine. Donc elles doivent être implantées dans les villes. A ceci s’ajoute les considérations stratégiques suivantes :
- Crucialité culturelle: c’est en ville que sont les institutions culturelles structurantes comme les écoles.
- Crucialité globale: il y a différentes cultures en villes, donc plus d’occasion de transmettre à de nouvelles cultures (et toucher les arrières-pays correspondant à leur retour en campagne).
- Crucialité personnelle: les esprits sont plus ouverts à des nouveautés comme l’évangile.[41]
Il faut cependant davantage parler de priorité urbaine que d’exclusivité urbaine. Les campagnes aussi ont besoin d’entendre l’Évangile, il n’est ni plus facile ni plus difficile d’implanter une Église en campagne. Dans les deux cas, il faudra faire un effort de contextualisation. Les choix d’implantation doivent être fait avec prudence, en considérant les ressources, opportunités et connexions culturelles que l’Église mère possède déjà. Selon les cas, une implantation rurale ou en banlieue peut être plus prudente.
Réponse 1 : Les villes sont aussi incluses dans le plan de rédemption de Dieu, comme le montre la citation de Keller en objection 2. Par ailleurs, il faut considérer que si les villes sont coupable d’un mal en apparence plus grand c’est aussi parce qu’elles sont une concentration de personnes d’une toute autre échelle. Ainsi que le dit Keller : Un cheval a plus de valeur qu’une souris, mais un cheval fou est capable de faire beaucoup plus de dégâts qu’une souris folle ; de même, la force d’une ville sous le péché peut déclencher un mal plus destructeur.[42] Il n’y a donc pas de raison de considérer les villes comme plus propice au péché que les campagnes.
Réponse 2 : Il faut cependant considérer que le mandat créationnel ne comprend pas que le mandat culturel, mais aussi la domination sur les forces de la nature, ce qui est accompli au contact de la nature seulement, soit à la périphérie des villes. De même, si Jérusalem est la cité de Dieu, c’est parce qu’elle est là où vit le peuple de Dieu, qui vit en ville. Cela n’exclut pas un peuple de Dieu en périphérie. L’exclusivité est donc difficile à tenir, même si la priorité urbaine demeure.
Conclusion
Maintenant que nous avons détaillé la fondation, le but final, de quoi est faite la Mission de l’Église locale et quels sont les instruments, il ne reste plus qu’à considérer avec prudence et sens pratique les solutions d’évangélisation et de Mission propre à l’Église locale, et son contexte.
- Une Église vieillissante fera bien de former les grands-parents à évangéliser leurs petits-enfants.
- Une Église avec beaucoup de familles fera bien de renforcer le service aux enfants.
- Une Église en banlieue aisée fera bien de sensibiliser à l’engagement social en faveur des modestes.
- Une Église au contact des migrants fera bien de développer un programme d’aide et d’apprentissage du français.
- Une Église où il y a beaucoup de passage mais peu y restent fera bien de renforcer l’accueil.
Et ainsi de suite. Les cas particuliers sont trop nombreux pour être traités ici. Il revient à chaque chrétien d’être curieux de ce que font d’autres Églises, pour voir si cela serait pertinent dans son Église locale. Pour être sûr de mobiliser au mieux les ressources humaines de l’Église, permettre des réunions en petits groupes en semaine s’avère très pertinent, on invite plus volontiers des voisins ou prochains.
Aussi longtemps que toute choses sont faites pour l’édification de l’Église et l’adoration de Dieu, selon les limites décrites dans ce devoir, elles peuvent et doivent être faites, chacun selon ses dons et ses capacités, en tout conformité avec la volonté de Dieu.
[1] C.J.H WRIGHT, The mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, p.43 (traduction personnelle).
[2] J. H. Bavinck, Introduction to the Science of Missions, pp. 57-58.
[3] C.J.H WRIGHT, The Mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, p.43 (traduction personnelle).
[4] Sur le fondement de la Mission dans la doctrine de Dieu telle qu’expliquée par la théologie biblique, cf Wright, The Mission of God, chapitre 3.
[5] C.J.H WRIGHT, The Mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, pp. 187-188 (traduction personnelle).
[6] Ibid., pp.196-197 (traduction personnelle).
[7] Ibid., p.199 (traduction personnelle).
[8] A ce sujet, voir François Turretin, Institution de Théologie Élenctique, locus 3, question 11, §5 ; synthétisé ici par mes propres soins : https://parlafoi.fr/2022/09/12/dieu-ne-change-pas-turretin-3-11/. Cf aussi Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Pars Prima, Question 9 ; synthétisé ici par mes propres soins https://parlafoi.fr/2019/02/23/limmuabilite-de-dieu-thomas-daquin-2/
[9] J. H. Bavinck, Introduction to the Science of Missions, p. 62.
[10] Confession de foi de la Rochelle, article 34.
[11] C.J.H WRIGHT, The Mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, p. 427 (traduction personnelle).
[12] A ce sujet, cf Wright, The Mission of God, chapitre 5. Chaque point qui suit est un argument de la section « Confronting idolatry ».
[13] C.J.H WRIGHT, The Mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, p. 147 (traduction personnelle).
[14] Ibid, p.165 (traduction personnelle).
[15] Ibid., p.167 (traduction personnelle).
[16] Ibid. pp.168-171.
[17] Ibid. pp.171-174.
[18] A ce sujet, cf. Wright, Mission of God, ch. 13.
[19] François Turretin, Instituts de Théologie Elenctique, Locus 5, Question 10, §22 (Traduction personnelle)
[20] A ce sujet, cf Maxime Georgel, Peut-on imposer la morale chrétienne aux non-croyants ? https://parlafoi.fr/2022/04/05/peut-on-imposer-la-morale-chretienne-aux-non-croyants/
[21] Walter Rauschenbusch, A Theology for the Social Gospel, Abingdon press, 1917, p.142 (traduction personnelle).
[22] C.J.H WRIGHT, The Mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, p. 123. (traduction personnelle).
[23] Timothy Keller, Center Church Doing Balanced Gospel-Centered Ministry in Your City, Zondervan, 2012,, pp.12-13 (traduction personnelle).
[24] Cité dans Adrew Buckler, Jean Calvin et la mission de l’Église, pp.28-29.
[25] Socrate le scolastique, Histoire Ecclésiastique, Livre 1, §19 ; cf aussi Théodoret de Cyr, Histoire Ecclésiastique, Livre 1, §22.
[26] Socrate le scolastique, Histoire Ecclésiastique, Livre 1, §20 ; cf aussi Théodoret de Cyr, Histoire Ecclésiastique, Livre 1, §23.
[27] A ce sujet, Etienne Omnès, Le pasteur est un prêtre pour l’assemblée, publié sur Par la Foi le 23/09/2020, consulté le 05/10/22, https://parlafoi.fr/2020/09/23/le-pasteur-est-un-pretre-pour-lassemblee/
[28] Confession de foi helvétique postérieure, chapitre 18.
[29] Charles Nicolas, Sacerdoce commun des croyants et ministère ou ministère de l’Eglise et ministères dans l’Eglise, article paru dans la Revue Réformée, publiée le 17/08/11, consulté le 27/10/22 à https://larevuereformee.net/articlerr/n213/sacerdoce-commun-des-croyants-et-ministeres-ou-ministere-de-l%E2%80%99eglise-et-ministeres-dans-l%E2%80%99eglise
[30] Althusius, Politica, livre 5 §49 Le préfet ou supérieur de la vielle est l’administrateur et chef des citoyens, ayant autorité et pouvoir sur les individus par mandat général de la communauté organisée, mais non sur le groupe.
[31] Thomas d’Aquin, Du Principe des Régimes 1.1.1 ; cité dans Benoît-Marie Schwalm, Leçons de Philosophie Sociale, Bloud et cie, 1910, p.88.
[32] Cf. contribution de Daniel Hillion dans Charles Nicolas et Daniel Hillion, Dialogue autour de « Qui est mon prochain ? », article de la Revue Réformée, publié le 16/02/14, consulté le 27/10/22 à https://larevuereformee.net/articlerr/n266/dialogue-autour-de-qui-est-mon-prochain
[33] C.J.H WRIGHT, The Mission of God Unlocking the Bible’s Grand Narrative, Downers Grove, InterVarsity Press, 2006, p. 123 (traduction personnelle).
[34] Charles Nicolas et Daniel Hillion, Dialogue autour de « Qui est mon prochain ? », article de la Revue Réformée, publié le 16/02/14, consulté le 27/10/22 à https://larevuereformee.net/articlerr/n266/dialogue-autour-de-qui-est-mon-prochain
[35] Timothy Keller, Center Church Doing Balanced Gospel-Centered Ministry in Your City, Zondervan, 2012,p.132 (traduction personnelle).
[36] Citation du cours.
[37] Cf Timothy Keller, Center Church, 2012, ch. 10.
[38] Timothy Keller, Center Church Doing Balanced Gospel-Centered Ministry in Your City, Zondervan, 2012,p.183.
[39] Timothy Keller, Center Church Doing Balanced Gospel-Centered Ministry in Your City, Zondervan, 2012,p.237 (traduction personnelle).
[40] Albert Mohler, “From Megacity to ‘Metacity’ — The Shape of the Future,” AlbertMohler.com
(April 22, 2010), www.albertmohler.com/2010/04/22/from-megacity-to-metacity-the-shape-ofthe-
future/(accessed January 24, 2012). – Cité par Keller, Center Church, Zondervan, 2012, p.247 (traduction personnelle).
[41] Synthétisé depuis Keller, Center church, 2012, p.231.
[42] Timothy Keller, Center Church Doing Balanced Gospel-Centered Ministry in Your City, Zondervan, 2012,p.216 (traduction personnelle).


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