Dieu ne change pas — Turretin (3.11)
12 septembre 2022

Dieu est-il immuable en essence et en volonté ? Nous l’affirmons.

L’immutabilité est un attribut incommunicable de Dieu qui nie en lui tout changement, et aussi toute possibilité de changement, aussi bien en ce qui concerne l’existence que la volonté.

A l’époque de Turretin c’était un remontrant comme Vorstius qui attaquait l’immuabilité de la volonté de Dieu. Encore récemment, j’entendais un « prophète » nier frontalement ceci, soutenant implicitement le théisme ouvert dont mon ami Laurent a publié une définition récemment. C’est un « point chaud » des débats actuels.

Argumentation principale (§§ 3-4)

L’Écriture prouve que son essence est immuable:

  • Je suis l’Éternel, je ne change pas Malachie 3,6.
  • Les cieux sont l’ouvrage de tes mains. Ils périront, mais tu subsisteras ; ils s’useront tous comme un vêtement ; tu les changeras comme un habit, et ils seront changés. Mais toi, tu restes le même, et tes années ne finiront point. Psaumes 102,26-28.
  • Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation. Jacques 1,17. Notez que l’on ne nie pas seulement le changement, mais même la possibilité du changement.

L’Écriture prouve que sa volonté aussi est immuable :

  • Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’un homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas ? Nombres 23,19.
  • J’annonce dès le commencement ce qui doit arriver, et longtemps d’avance ce qui n’est pas encore accompli ; Je dis : mes arrêts subsisteront, et j’exécuterai toute ma volonté. Ésaïe 46,10.

La raison prouve que Dieu est immuable :

  • Si Dieu est totalement indépendant et incréé, alors il ne peut pas être changé par quelque chose d’extérieur. De qui reçoit il donc son être pour que cet être puisse être changé, sinon de lui-même ?
  • Il ne peut pas être changé pour le meilleur, car il est déjà le meilleur. Il ne peut pas être changé pour le pire, car il cesserait d’être le meilleur. D’où la parole d’Augustin : Quel que soit ce qui est changé du meilleur au pire et du pire au meilleur, ce n’est pas Dieu, parce qu’une parfaite vertu ne peut ni changer pour le meilleur, ni être le vrai éternel pour le pire (Traité 23 De l’Évangile de Jean).
  • Il n’y a pas de cause de changement en lui : pas de dépendance a priori, c’est à dire à quelque chose qui le précède ; pas de puissance passive, c’est-à-dire de chose qui puisse recevoir un acte ; pas d’inconstance de sa volonté.

Réponse aux objections (§§5-14)

§ 5 : Pourtant Dieu est devenu créateur en créant le monde. Voilà un changement en lui !
Réponse : Dieu n’a pas changé puisqu’il était toujours le même « avant » et après la création. Ce sont les créatures seules qui ont changé en passant de la non-existence à l’existence. Le changement n’est pas en Dieu mais à partir de Dieu.

§ 6 : L’incarnation a changé quelque chose en Dieu.
Réponse : Dieu ne s’est pas converti en homme, mais il a assumé (porté, ajouté) la nature humaine à son hypostase divine.

§ 7 : Bien sûr que sa volonté à changé : tantôt il a voulu instituer la loi de Moïse, puis il veut l’abroger.
Réponse : C’est une chose que de changer de volonté ; c’en est une autre de vouloir le changement de quelque chose. C’est une seule et même volonté inchangée qui a voulu qu’à tel moment la loi de Moïse fût instituée, et qu’à tel autre elle fût abrogée. De toute éternité il a décidé une seule chose, qui traverse ensuite diverses phases.

§ 10 : Il est écrit dans la Bible que Dieu se repentit, ce qui est un changement.
Réponse : Ce n’est qu’un anthropomorphisme, une figure de style qui le décrit en termes humains. Il faut comprendre cette repentance ainsi :

  • non quant au conseil, mais quant à l’événement : Ce n’est pas l’avis ou l’idée de Dieu qui a changé, mais ce qu’il a fait advenir.
  • non quant à sa volonté, mais quant à la chose voulue : c’est la chose changée qui porte le changement, et non la volonté de Dieu.
  • non quant à la l’affection ou une peine intérieure, mais quant à l’effet et l’oeuvre extérieure parce qu’il ne fait pas ce que fait usuellement un pénitent : La « repentance » décrite ne décrit pas un Dieu qui déchire ses vêtements, mais qui fait simplement quelque chose de différent.
  • En Genèse 6, le passage le plus connu du genre, Turretin dit qu’il faut comprendre cette repentance dans un sens énergétique et non pathétique, formule concise qui résume ce qui précède: il a changé sa politique de création, et non pleuré à son sujet.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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