Comment interpréter les dix commandements ? – Turretin (11.6)
19 janvier 2026

Quelles règles doivent être appliquées pour l’explication et l’obéissance au décalogue ?

Nous avions déjà exposé les règles d’interprétation réformées des 10 commandements proposées par Zacharias Ursinus. Dans cet article, nous allons voir la même chose proposée par Turretin, et c’est l’occasion de voir qu’il y a beaucoup de convergence entre les deux, signe qu’il s’agit de bien plus que de Turretin, mais d’une part de la tradition réformée entière que je vais exposer.

Règles d’interprétation

Règle 1 : La loi est spirituelle, elle concerne aussi bien les actes extérieurs, mais aussi les mouvements intérieurs.

Cf Romains 7,14 la loi est spirituelle. Ce n’est pas seulement le comportement extérieur réglé par. Cette règle est donnée par Jésus dans ses controverses avec les pharisiens :

  • Matthieu 5,22 Mais moi je vous dis: Tout homme qui se met [sans raison] en colère contre son frère mérite de passer en jugement; celui qui traite son frère d’imbécile mérite d’être puni par le tribunal, et celui que le traite de fou mérite d’être puni par le feu de l’enfer.
  • Matthieu 5,28 Mais moi je vous dis: Tout homme qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.

Règle 2 : Dans les préceptes affirmatifs, la négative ; dans les préceptes négatifs, l’affirmatif est contenu

Comme dans l’Écriture il y a plus de choses que de mots, de même dans les préceptes et les interdits, il y a toujours plus que ce qui est exprimé par les mots. Non pas que la loi doive être considérée comme une règle lesbienne (pour lui faire dire n’importe quoi), mais afin que nous puissions sonder plus profondément l’intention du législateur et embrasser ces choses qui sont mutuellement connectées ou qui dépendent les unes des autres. Par conséquent, puisqu’un bon précepte ne peut être accompli par la loi sans que le mal opposé soit évité (ni un mal interdit être fui sans que le bien opposé soit accompli), il s’ensuit que dans les préceptes affirmatifs, les négatifs sont contenus, et dans les négatifs, les affirmatifs ; de sorte que ceux qui sont expressément négatifs sont implicitement affirmatifs et vice versa. Et ainsi, les vertus sont recommandées lorsque les vices sont interdits. Non pas que la vertu doive être placée dans la seule abstinence du vice (comme on le dit communément), car nous devons aller plus loin (à savoir, vers les devoirs et les actes contraires). Ainsi, dans le précepte « tu ne tueras point », la raison ne voit rien d’autre que le fait que nous devons nous abstenir de toute mauvaise action, mais il est certain qu’en plus, l’amour est recommandé afin que nous chérissions la vie de notre prochain de toutes les manières possibles. La raison exige cela parce que Dieu nous interdit d’assaillir ou de blesser un frère par injustice, car il veut que sa vie nous soit chère et précieuse. Ainsi, nous devrions déployer tous nos efforts pour la préserver. De même, lorsque le vol est interdit, la bienfaisance est prescrite. Si Dieu nous commande d’honorer nos parents et promet une récompense à ceux qui les respectent, il nous interdit par cela même de leur nuire et laisse entendre que celui qui agit différemment ne restera pas impuni.

Règle 3 : Dans tous les préceptes, il faut reconnaître la synecdoque

Une synecdoque, c’est lorsqu’en mentionnant une chose, on mentionne aussi tout son environnement. Par exemple: « Il créa les cieux et la terre » est une synecdoque pour désigner toutes les petites créatures entre le ciel et la terre.

Ainsi « tu ne commettras pas d’adultère » n’est pas seulement ne pas tromper sa femme, mais s’abstenir des inconduite sexuelle inférieures. « Tu ne tueras pas » inclut aussi les plus petits péchés de colère.

Règle 4 : Dans l’effet la cause, dans le genre, l’espèce, dans le relatif, le correlatif est inclus.

Si l’adultère et les inconduites sexuelles sont interdites, alors ce qui peut y mener aussi doit être interdit (comme la pornographie) et ce qui aide à l’éviter est prescrit (comme la modestie vestimentaire)

Celui qui veut ou interdit une chose, veut ou interdit aussi ce sans quoi elle ne peut être faite ou n’est pas habituellement faite. Ainsi, dans l’interdiction de l’adultère sont interdits tous les désirs illicites et leurs sources — l’intempérance et toutes leurs incitations. Ainsi, alors que la loi prescrit la chasteté, elle exige aussi sa nourrice — la tempérance et la modération dans l’alimentation. Lorsque les enfants reçoivent l’ordre d’honorer leurs parents, les parents reçoivent à leur tour l’ordre de chérir leurs enfants paternellement et de les élever dans la discipline du Seigneur. Sous le mot « parents » sont compris tous les supérieurs — magistrats, maîtres, enseignants, pasteurs — à qui, à leur tour, sont prescrits les devoirs qu’ils sont tenus d’accomplir envers les inférieurs.

Règle 5 : Les règles de la première table passent avant la seconde.

La première table, ce sont les commandements 1-4 qui concernent le culte de Dieu et la seconde table ce sont les commandements 5-10 qui concernent l’amour du prochain.

quant aux actes nécessaires internes et externes, lorsqu’ils ne peuvent tous deux avoir lieu en même temps. Ainsi, l’amour de notre prochain doit être soumis à l’amour de Dieu. Nous sommes tenus de haïr père et mère pour l’amour du Christ (Luc 14,26), lorsque l’amour des parents est incompatible avec l’amour du Christ. Les commandements humains doivent être négligés lorsqu’ils s’opposent aux commandements de Dieu (Matthieu 10,37 ; Actes 4,19). Mais en retour, « le cérémoniel de la première table cède à la morale de la seconde parce que Dieu désire la miséricorde et non le sacrifice » (Osée 6,6), c’est-à-dire le culte moral principalement et prioritairement comme meilleur et nécessaire en soi ; le cérémoniel, cependant, seulement secondairement à cause du moral. Par conséquent, nous ne devrions pas être aussi anxieux pour le premier que pour le second.

Règle 6 : Certains préceptes sont affirmatifs et sont normatifs à toujours, mais pas toujours ; les préceptes négatifs s’appliquent toujours et à toujours.

Derrière cette expression étrange, on veut simplement dire que ce qui est positivement prescrit ne s’applique pas forcément en permanence. Par exemple, on ne peut pas honorer notre père et notre mère s’ils sont morts ou absents. Sauf pour les devoirs envers Dieu, qui s’appliquent en tous temps.

En revanche ce qui est interdit est interdit en tout temps.

Règle 7 : le début et la fin de tous les préceptes est l’amour.

Cf 1 Timothée 1,5 ; Romains 13,10.

L’amour remplit toutes les exigences de la bienfaisance de Dieu et de l’obéissance de l’homme. Comme toutes les bénédictions de Dieu découlent de l’amour et y sont contenues, ainsi tous les devoirs de l’homme sont inclus dans l’amour. L’amour de Dieu est la plénitude de l’Évangile ; l’amour de l’homme est la plénitude de la loi. Dieu est amour et la marque des fils de Dieu n’est autre que l’amour (Jean 13,35). Cependant, comme l’objet de l’amour est double (Dieu et notre prochain), un double amour est commandé : de Dieu dans la première table de la loi ; de notre prochain dans la seconde. L’un est appelé « le premier et grand commandement » ; l’autre « le second semblable à lui ». L’amour de Dieu est appelé à juste titre le « premier » commandement parce que, comme il n’y a rien avant Dieu, son culte doit d’abord être soigné par nous afin que toutes choses puissent commencer et finir en lui. Il est appelé « grand » (a) par rapport à l’objet, parce qu’il s’occupe de l’objet le plus grand et infini (à savoir, Dieu) ; (b) par rapport au sujet, parce qu’il exige toutes les puissances et facultés de l’homme, que nous aimions Dieu de tout notre esprit, de tout notre cœur et de toute notre force ; (c) par rapport à l’amplitude et à l’extension, parce qu’il enferme toutes choses dans son étreinte et coule dans toutes les actions de l’homme, car rien ne peut être agréable à Dieu si ce n’est fait pour son bien. Le second est dit être « semblable » à lui, non pas en ce qui concerne l’importance, mais (1) en ce qui concerne la qualité, parce que tant dans l’amour de Dieu que de notre prochain, la sincérité et la pureté de cœur sont requises ; (2) en ce qui concerne l’autorité, parce que chacun est commandé par Dieu et tend à sa gloire ; (3) en ce qui concerne la punition, parce que la violation de l’une ou l’autre table expose à la mort éternelle ; (4) en ce qui concerne la connexion et la dépendance, parce qu’ils sont si étroitement liés l’un à l’autre que ni l’un ni l’autre ne peut être accompli sans l’autre (car de même que Dieu ne peut être aimé sans un amour pour notre prochain fait à son image, de même notre prochain ne peut être aimé sans l’amour de Dieu qui l’a créé). « Si un homme dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, il est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il a vu, comment peut-il aimer Dieu qu’il n’a pas vu » (1 Jean 4,20) ?

Règle d’application

Règle 1 : Toute la loi est faite pour tout l’homme

Car, de même que Dieu nous prescrit la loi entière dans tous ses préceptes sans aucune division, de même il exige l’homme tout entier, et non une moitié, pour la garder ; non seulement extérieurement quant au corps, mais aussi intérieurement quant à l’âme et à toutes ses puissances (car rien des préceptes ne doit être omis par nous afin que nous demeurions dans toutes les choses qui sont écrites). Comme l’homme tout entier est sous la loi de Dieu, aucune partie de celle-ci ne peut ou ne doit être soustraite à son obéissance. Tout ce qui est en l’homme (que ce soit dans l’esprit ou dans la volonté et les affections ; que ce soit dans l’âme ou dans le corps) peut adorer Dieu et lui être soumis. Cela est également exigé par la justice la plus stricte du législateur, par la nature du bien (qui doit être parfait) et par la formule de l’alliance légale.

Règle 2 : Les quatre perfections

  1. Sur le principe : notre obéissance doit être vraie et sincère, jusqu’au coeur. (1 Timothée 1,5)
  2. Quant aux parties : il nous faut obéir à toute la loi et tous les commandements, pas juste une partie.
  3. Quant à l’intensité : il nous faut obéir au maximum.
  4. Quant à la durée : nous devons obéir à perpétuité.

Règle 3 : L’obéissance intérieure vaut mieux que l’obéissance cérémonielle

Troisièmement, comme l’obéissance intérieure est bien meilleure que l’extérieure, la morale que la cérémonielle, de même c’est en vain que cette dernière est rendue sans la première. D’où les plaintes douloureuses des prophètes qui réprimandent le peuple pour son impiété parce qu’ils séparent les choses que Dieu a jointes par un lien indissoluble, se contentent d’un culte extérieur et cérémoniel et ne montrent aucune inquiétude pour l’intérieur et la morale (cf. Ésaïe 1,15–18 ; 58,1–4 ; 66,1–4 ; Michée 6,7 ; et fréquemment ailleurs).

Règle 4 : Toutes les désobéissance ne sont pas égales

Quatrièmement, comme les préceptes n’ont pas un égal degré d’importance et de nécessité, l’obéissance n’est pas non plus estimée du même ordre et de la même valeur ; et toute désobéissance n’a pas le même démérite, mais contracte une culpabilité plus ou moins grande. L’omission d’un commandement est une chose ; l’opposition à celui-ci en est une autre ; l’oubli, la négligence et le mépris sont différents. La négligence procède de la langueur de la paresse, mais le mépris de l’enflure de l’orgueil. Par conséquent, l’exaltation du mépriseur augmente la culpabilité et transforme sa faute en crime. Dans les choses plus faciles, le mépris est plus digne de condamnation et l’acte moins louable. Dans les choses plus difficiles, l’obéissance est d’autant plus acceptable que la violation est plus odieuse.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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