L’institution du jour du Seigneur est-elle divine ou humaine ? Est-il nécessaire et perpétuel, ou bien d’observation libre et muable ? Nous affirmons la première proposition et nions la deuxième.
Qu’est-ce que le jour du Seigneur ?
C’est l’usage chrétien de fixer le jour de culte public au dimanche (premier jour de la semaine), choisi afin d’honorer le jour de la résurrection du Christ (Matthieu 28,1).
Qui s’est permis de changer le jour du sabbat ?
L’opinion réformée majoritaire au XVIIe siècle est que le changement du jour de sabbat s’est fait par ordonnance divine : soit directe et immédiate par Christ ; soit par les apôtres inspirés par Dieu, et ratifiés par l’Église fidèle.
Certains réformés proposaient qu’en ressuscitant le dimanche, Christ a institué tacitement le nouveau jour, mais Turretin n’est pas d’accord, faisant remarquer qu’il n’y a aucune parole ou exemple explicite de la part du Christ à ce sujet durant son ministère terrestre. Ce sont donc les apôtres qui ont institué le dimanche comme jour de sabbat de la Nouvelle Alliance.
Premier argument : l’exemple apostolique
- Actes 20,7 : « Le dimanche [litt. le premier jour de la semaine], nous étions réunis pour rompre le pain. » On parle ici de la Sainte Cène, et donc du culte qui a lieu le dimanche.
- 1 Corinthiens 16,1-2 : « que chacun de vous, le dimanche, mette de côté chez lui ce qu’il pourra… » C’est conforme au modèle de culte des synagogues juives (Josèphe, Antiquités Juives, 18.312) que de faire de telles quêtes le jour du sabbat. Or, pour les assemblées chrétiennes, cela est fait le dimanche.
- Apocalypse 1,10 : « Je fus saisi par l’Esprit le jour du Seigneur ». Le fait qu’il l’appelle ainsi signifie que l’usage consistant à appeler le premier jour « jour du Seigneur » était déjà répandu et admis, à cause du culte qui avait déjà changé de jour.
Autres arguments
- Le Maître du Sabbat : Il est naturel et légitime que le « Maître du Sabbat » (Matthieu 12,8) puisse changer ce jour, directement ou par ses apôtres.
- La condition de l’Église : Si ni Christ ni les apôtres n’avaient institué ce jour, notre condition d’Église serait pire que celle des Juifs sous la Loi, puisqu’eux au moins bénéficiaient d’un jour de repos divinement garanti.
- L’autorité souveraine : Si le dimanche était une simple institution humaine, alors n’importe quel homme pourrait l’annuler. Il est nécessaire que ce jour s’appuie sur une autorité divine pour lier la conscience.
- Témoignages patristiques : Turretin cite Ignace d’Antioche, Justin Martyr, Denis de Corinthe, Méliton de Sarde, Irénée de Lyon, Tertullien et Origène pour prouver l’antiquité de cette pratique.
Est-il nécessaire d’observer le dimanche ?
Turretin veut tenir une voie médiane entre une rigueur excessive et judaïsante, et un laxisme trop léger.
- L’observance du sabbat n’est pas indispensable au salut, mais elle l’est à la bonne tenue du culte et à l’ordre de l’Église.
- Le sabbat chrétien est pour l’Église universelle, et non pour quelques Églises particulières.
- Le mémorial de la résurrection doit continuer jusqu’à ce que Christ revienne (1 Corinthiens 11,26).
Pour observer ce jour convenablement, il convient qu’il n’y ait pas seulement l’assistance au culte (action positive), mais aussi une abstention de ce qui nous en détourne (action négative). Il ne s’agit pas de faire du dimanche un jour de loisir profane, mais de s’abstenir du travail servile.
Exceptions à la cessation du travail :
- Les travaux ayant un rapport direct au culte et à la gloire de Dieu.
- Les œuvres de charité et de miséricorde (Matthieu 12,10-12 ; Luc 13,15).
- Les œuvres de nécessité immédiate pour le soutien de la vie (Luc 14,5).
« Par conséquent, nous ne pensons pas que dans cette cessation les croyants soient liés à une précision judaïque que certains (plus scrupuleux qu’il n’est juste) soutiennent n’avoir pas été révoquée — au point qu’il ne serait permis ni d’allumer un feu, ni de cuisiner de la nourriture, ni de prendre les armes contre un ennemi, ni de poursuivre un voyage commencé par terre ou par mer, ni de se rafraîchir par une innocente relaxation de l’esprit et du corps (pourvu que cela soit fait en dehors des heures fixées pour le culte divin)… Car bien que cette opinion présente une belle apparence de piété… elle ne peut être retenue sans ramener dans l’église et imposer à nouveau sur les épaules des chrétiens un joug insupportable (abastakton), contraire à la liberté chrétienne et à la douceur du Christ… tourmentant les consciences par des scrupules infinis et des difficultés inextricables. »
« L’autre partie de l’observation du jour du Seigneur concerne la sanctification du repos employé dans les assemblées sacrées et dans le culte public de Dieu. Car bien que les assemblées sacrées… puissent et doivent être fréquentées aussi les autres jours par chacun… néanmoins, en ce jour plus que les autres, une sainte convocation doit avoir lieu (comme c’était la coutume pour le Sabbat, Lévitique 23,3) durant laquelle on s’adonnera à la lecture et à l’audition de la Parole (Hébreux 10,25), à la célébration des sacrements (Actes 20,7), aux psaumes et à la prière (Colossiens 3,16), ainsi qu’aux aumônes pour les pauvres (1 Corinthiens 16,2). »
Les Canons de Dordrecht
Turretin conclut en citant le Synode de Dordrecht : « Ce jour doit être ainsi approprié au culte divin, que l’on s’y repose de tous travaux serviles (à l’exception de ceux que la charité et une nécessité pressante exigent) et de tous les plaisirs qui pourraient entraver le culte… afin que le peuple, après midi, ne soit pas distrait par d’autres labeurs ou exercices profanes… et apprenne ainsi à sanctifier l’entier jour du Sabbat. »


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