Du prêt bancaire – Turretin (11.19)
20 avril 2026

Qu’est-ce qui est interdit et commandé par le précepte de ne pas voler ? L’usure sous toutes ses formes est-elle interdite ? Nous le nions.

En plus d’une exposition habituelle du huitième commandement, nous allons aborder une question devenue inhabituelle chez les évangéliques contemporains : celle de la légitimité du prêt d’argent. Je profite de l’occasion pour rappeler nos articles sur le sujet :

Turretin démarre son exposition en expliquant que, de même que le sixième commandement nous prescrit de défendre la vie d’autrui et le septième la vertu et l’intégrité du prochain, le huitième prescrit de défendre la propriété d’autrui. Il avance trois raisons :

  1. Divine : Dieu le Créateur nous donne des biens ; porter atteinte à ces biens est une atteinte au Créateur lui-même.
  2. Naturelle : La propriété et les distinctions de possession sont conformes à l’ordre naturel.
  3. Politique : Si l’atteinte aux biens est permise, la tranquillité et la paix publique sont compromises.

Le vol est donc interdit en général, défini comme « l’appropriation illégale de ce qui appartient aux autres, ou l’utilisation illégale (contre la volonté du propriétaire) de ce qui appartient aux autres, par ruse ou par violence ». On distingue :

  • Le sacrilège si l’on s’approprie une chose sacrée.
  • La péculation si l’on dérobe un bien public appartenant à l’État.
  • L’enlèvement s’il s’agit d’une personne.
  • Il faut y ajouter l’escroquerie et la tricherie.
  • Le commandement interdit également toutes les fraudes, tromperies et contrats biaisés.
  • Il interdit la paresse au travail, considérée comme un vol de salaire.
  • Enfin, il interdit l’avarice, racine de tout mal (1 Tim 6.9-10). > « Elle consiste en un désir insatiable de gain et une soif maudite de l’or ; ou un amour désordonné des richesses, qui est incompatible avec l’amour que nous devons à Dieu et à notre prochain » (Jc 4.4 ; Eph 5.5).

Le problème de l’avarice n’est pas la possession de richesses en soi, mais leur abus.

« La possession de richesses n’est pas illicite en soi, pourvu qu’elles soient acquises par des voies légitimes et que nous les utilisions comme des moyens, sans en jouir comme d’une fin (comme le firent de nombreux croyants dont on dit qu’ils abondèrent en richesses, même sous le Nouveau Testament, tels que Joseph d’Arimathée [Mt 27.57], Corneille le centurion [Ac 10.2], Tabitha [Ac 9.36] et d’autres). S’il est dit que les riches peuvent difficilement entrer dans le royaume des cieux (Mt 19.23), ce n’est pas à cause des richesses, mais à cause de leur abus. Cela est clair en Marc 10.24 où sont condamnés ceux qui se confient dans les richesses. C’est pourquoi elles sont appelées « Mammon d’iniquité » (Lc 16.9) ; non par nature, mais accidentellement à cause de leurs possesseurs, car elles sont trop souvent acquises injustement et mal utilisées. On leur attribue la « séduction » (apatē) [Mt 13.22], non par elles-mêmes, mais par rapport à l’esprit de celui qui les possède. En ce sens, le souci du monde et l’étouffement de la parole leur sont aussi attribués, non en raison des richesses elles-mêmes, mais à cause de l’esprit du possesseur qui, anxieux, étouffe en lui la semence de la parole. Par conséquent, l’avarice ne réside pas dans l’objet possédé, mais dans la disposition du cœur ; non dans les richesses, mais dans le désir désordonné et l’usage illicite que l’on en fait. »

De l’usure

Considérant que le texte est déjà traduit par ailleurs, je m’efforcerai de rester bref. Vous pouvez vous référer à la synthèse que j’ai déjà faite auparavant.

Il suffira de dire ici que le prêt d’argent est acceptable sous conditions :

  1. Que le taux ne soit pas excessif.
  2. Que le prêt soit contracté pour une cause juste et entre des personnes de bonne foi. Il appartient aux magistrats de définir précisément ces limites.
  3. Qu’il ne s’agisse pas d’une activité de prêteur professionnel (banquier) au sens où on l’entendait alors.

Comme je l’ai écrit sur Phileosophia : au vu des raisons historiques de son rejet, on peut rester fidèle à la tradition réformée en imposant certains principes aux activités financières actuelles, tels que :

  • Les produits financiers doivent avant tout servir à être investis dans « l’économie réelle » et non dans des placements à but purement spéculatif.
  • Une limite doit être placée à la recherche du profit, sans quoi la quête de rentabilité finira par ruiner toute tentative d’obéissance au 8e commandement.
  • Le banquier doit rechercher avant tout à servir les entreprises et la société, et non ses propres intérêts.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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