L’abolition des cérémonies de Moïse – Turretin (11.25)
1 juin 2026

La loi cérémonielle fut-elle abolie sous le Nouveau Testament ? Si oui, quand et comment ?

Il faut d’abord noter que la vérité contenue mystiquement dans cette loi n’a jamais été abrogée. L’agneau, autrefois brûlé en holocauste chaque matin et chaque soir, est désormais assis à la droite de Dieu.

Cependant, à la suite des apôtres et contre les opinions des juifs du Ier siècle, nous affirmons que nous ne sommes plus obligés d’obéir en pratique aux rites de Moïse.

Argumentation (§§2-9)

L’abrogation de la loi cérémonielle s’appuie sur plusieurs piliers scripturaires :

  1. Le temps du Shilo (Gen 49.10) : La loi est désignée par le sceptre et le bâton souverain de l’économie légale. Cette économie prend fin avec la venue du Messie (שִׁילֹה, Shilo), moment où les nations commencent à obéir au Dieu d’Israël.
  2. La promesse d’une Alliance Nouvelle (Jér 31.31-32) : Dieu annonce explicitement une alliance qui ne sera pas comme l’ancienne, impliquant l’abrogation des lois précédentes à cause de la désobéissance d’Israël.
  3. La fin des sacrifices (Dan 9.27) : L’Écriture prédit que le Messie fera cesser le sacrifice et l’offrande au milieu de la semaine.
  4. Une prêtrise nouvelle (Ps 110.4) : La promesse d’un prêtre à la manière de Melchisédek démontre que la prêtrise d’Aaron était temporaire, un point explicité en Hébreux 7.11-13.
  5. La fin de la mission pédagogique : Si la raison d’être d’une loi change, la loi elle-même change.
    • La loi était un pédagogue menant à Christ ; sa mission s’achève avec sa venue (Ga 3.24).
    • Elle était un mur de séparation désormais inutile puisque les nations sont incluses (Ga 4.2).
    • Elle était l’acte écrit contre nous, désormais cloué sur la croix (Col 2.14).
    • Elle était une ombre : qui garderait l’échafaudage une fois l’escalier terminé ? (Hé 10.1).
    • Elle était une prison nous protégeant des idolâtries, mais nous sommes désormais dans la liberté de l’Esprit (Gal 3.23).
  6. L’universalité du culte : L’Église n’est plus limitée à un seul lieu, mais répandue sur toute la terre (Jn 4.21). Les sacrifices sont devenus spirituels (Rom 12.1) et la prêtrise n’est plus réservée à la lignée d’Aaron (1 Pi 2.5).
  7. Les circonstances historiques : Depuis la destruction du Temple et la dispersion de la nation, l’application de la loi cérémonielle est devenue matériellement impossible.
  8. L’autorité apostolique : Le concile de Jérusalem (Actes 15) a formellement déchargé les chrétiens du poids de la loi cérémonielle.

Le mode de l’abrogation

Le statut de la loi cérémonielle a évolué à travers trois étapes historiques :

  • Avant Christ : La loi était vive et utile.
  • Après la mort du Christ : La loi était morte.
  • Après le concile de Jérusalem : La loi est devenue mortelle.

L’abrogation ne signifie pas une annulation sans but, mais une consommation parfaite : la réalité remplace le signe.

Réponses aux objections : Quid d’une restauration d’Israël ?

Certains oracles prophétiques semblent promettre une restauration de l’économie légale (reconstruction du Temple, retour des sacrifices). Comment les comprendre ?

Selon Turretin, ces textes ne contredisent pas l’abrogation pour plusieurs raisons :

  • Contexte historique : Beaucoup de ces promesses concernaient le retour de la captivité babylonienne.
  • Langage symbolique : Lorsqu’elles concernent l’ère messianique, ces expressions ne doivent pas être prises à la lettre. Elles sont typiques et spirituelles.
  • Restauration spirituelle : Israël est restauré selon la promesse et l’esprit, non selon la chair (Rom 9). La ville sainte désigne l’Église et le culte renouvelé est spirituel. Les prophètes utilisent des termes légaux (encens, sacrifices) pour décrire des réalités spirituelles (prières, conversion des nations) car c’était le langage compréhensible par leur nation à l’époque.

« Le fait qu’elles ne peuvent être comprises simplement littéralement est évident : elles n’ont pas été accomplies ainsi jusqu’à présent et ne peuvent l’être, le temple ayant été détruit et la nation dispersée. »

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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