Qu’est-ce qui est interdit et commandĂ© par le prĂ©cepte de ne pas voler ? L’usure sous toutes ses formes est-elle interdite ? Nous le nions.
En plus d’une exposition habituelle du huitiĂšme commandement, nous allons aborder une question devenue inhabituelle chez les Ă©vangĂ©liques contemporains : celle de la lĂ©gitimitĂ© du prĂȘt d’argent. Je profite de l’occasion pour rappeler nos articles sur le sujet :
- Le prĂȘt bancaire est-il permis ? – Turretin (Traduction complĂšte depuis le latin).
- Le pĂ©chĂ© d’usure – Thomas d’Aquin (Description des objections anciennes).
- Scolastique versus prĂȘt immobilier (Exploration Ă©thique appliquĂ©e).
- OĂč en est la vision chrĂ©tienne sur les crĂ©dits bancaires ? (ConsĂ©quences et applications).
Turretin dĂ©marre son exposition en expliquant que, de mĂȘme que le sixiĂšme commandement nous prescrit de dĂ©fendre la vie d’autrui et le septiĂšme la vertu et l’intĂ©gritĂ© du prochain, le huitiĂšme prescrit de dĂ©fendre la propriĂ©tĂ© d’autrui. Il avance trois raisons :
- Divine : Dieu le CrĂ©ateur nous donne des biens ; porter atteinte Ă ces biens est une atteinte au CrĂ©ateur lui-mĂȘme.
- Naturelle : La propriĂ©tĂ© et les distinctions de possession sont conformes Ă l’ordre naturel.
- Politique : Si l’atteinte aux biens est permise, la tranquillitĂ© et la paix publique sont compromises.
Le vol est donc interdit en gĂ©nĂ©ral, dĂ©fini comme « l’appropriation illĂ©gale de ce qui appartient aux autres, ou l’utilisation illĂ©gale (contre la volontĂ© du propriĂ©taire) de ce qui appartient aux autres, par ruse ou par violence ». On distingue :
- Le sacrilĂšge si l’on s’approprie une chose sacrĂ©e.
- La pĂ©culation si l’on dĂ©robe un bien public appartenant Ă l’Ătat.
- L’enlĂšvement s’il s’agit d’une personne.
- Il faut y ajouter l’escroquerie et la tricherie.
- Le commandement interdit également toutes les fraudes, tromperies et contrats biaisés.
- Il interdit la paresse au travail, considérée comme un vol de salaire.
- Enfin, il interdit l’avarice, racine de tout mal (1 Tim 6.9-10). > « Elle consiste en un dĂ©sir insatiable de gain et une soif maudite de l’or ; ou un amour dĂ©sordonnĂ© des richesses, qui est incompatible avec l’amour que nous devons Ă Dieu et Ă notre prochain » (Jc 4.4 ; Eph 5.5).
Le problĂšme de l’avarice n’est pas la possession de richesses en soi, mais leur abus.
« La possession de richesses n’est pas illicite en soi, pourvu qu’elles soient acquises par des voies lĂ©gitimes et que nous les utilisions comme des moyens, sans en jouir comme d’une fin (comme le firent de nombreux croyants dont on dit qu’ils abondĂšrent en richesses, mĂȘme sous le Nouveau Testament, tels que Joseph d’ArimathĂ©e [Mt 27.57], Corneille le centurion [Ac 10.2], Tabitha [Ac 9.36] et d’autres). S’il est dit que les riches peuvent difficilement entrer dans le royaume des cieux (Mt 19.23), ce n’est pas Ă cause des richesses, mais Ă cause de leur abus. Cela est clair en Marc 10.24 oĂč sont condamnĂ©s ceux qui se confient dans les richesses. C’est pourquoi elles sont appelĂ©es « Mammon d’iniquité » (Lc 16.9) ; non par nature, mais accidentellement Ă cause de leurs possesseurs, car elles sont trop souvent acquises injustement et mal utilisĂ©es. On leur attribue la « sĂ©duction » (apatÄ) [Mt 13.22], non par elles-mĂȘmes, mais par rapport Ă l’esprit de celui qui les possĂšde. En ce sens, le souci du monde et l’Ă©touffement de la parole leur sont aussi attribuĂ©s, non en raison des richesses elles-mĂȘmes, mais Ă cause de l’esprit du possesseur qui, anxieux, Ă©touffe en lui la semence de la parole. Par consĂ©quent, l’avarice ne rĂ©side pas dans l’objet possĂ©dĂ©, mais dans la disposition du cĆur ; non dans les richesses, mais dans le dĂ©sir dĂ©sordonnĂ© et l’usage illicite que l’on en fait. »
De l’usure
ConsidĂ©rant que le texte est dĂ©jĂ traduit par ailleurs, je m’efforcerai de rester bref. Vous pouvez vous rĂ©fĂ©rer Ă la synthĂšse que j’ai dĂ©jĂ faite auparavant.
Il suffira de dire ici que le prĂȘt d’argent est acceptable sous conditions :
- Que le taux ne soit pas excessif.
- Que le prĂȘt soit contractĂ© pour une cause juste et entre des personnes de bonne foi. Il appartient aux magistrats de dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment ces limites.
- Qu’il ne s’agisse pas d’une activitĂ© de prĂȘteur professionnel (banquier) au sens oĂč on l’entendait alors.
Comme je l’ai Ă©crit sur Phileosophia : au vu des raisons historiques de son rejet, on peut rester fidĂšle Ă la tradition rĂ©formĂ©e en imposant certains principes aux activitĂ©s financiĂšres actuelles, tels que :
- Les produits financiers doivent avant tout servir Ă ĂȘtre investis dans « lâĂ©conomie rĂ©elle » et non dans des placements Ă but purement spĂ©culatif.
- Une limite doit ĂȘtre placĂ©e Ă la recherche du profit, sans quoi la quĂȘte de rentabilitĂ© finira par ruiner toute tentative dâobĂ©issance au 8e commandement.
- Le banquier doit rechercher avant tout Ă servir les entreprises et la sociĂ©tĂ©, et non ses propres intĂ©rĂȘts.




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