De la concupiscence – Turretin (11.21)
4 mai 2026

Quelle concupiscence est interdite par le dixième commandement ? Les mouvements intérieurs sont-ils des péchés ? Nous l’affirmons.

On distingue traditionnellement deux facultés motrices dans l’âme : l’évitement du mal (l’irascible) et le désir du bien (le concupiscible, une forme d’attrait). Ces facultés ne sont pas mauvaises en soi ; tout dépend de l’objet qui est craint ou désiré.

Le problème réside dans la concupiscence dépravée ou désordonnée, dont parle par exemple Jacques (1.14-15). On peut distinguer la tendance générale au mauvais désir (concupiscence originelle ou habituelle) du désir mauvais délibéré et déterminé (concupiscence actuelle). Le dixième commandement, « Tu ne convoiteras point », interdit ces deux formes.

La concupiscence originelle est-elle interdite par le dixième commandement ?

Notre disposition innée aux mauvais désirs est-elle un péché ? Les théologiens romains (du XVIIe siècle comme d’aujourd’hui) ne la considèrent généralement pas comme un péché en soi, mais comme un « attrait au péché » (fomes peccati). À l’inverse, les réformés orthodoxes affirment que cet état est un péché, interdit par la loi de Dieu.

  1. Généralité du précepte : Le dixième commandement est formulé de la manière la plus large possible pour condamner toute forme de convoitise, sans distinction de degré.
  2. La sainteté de l’habitus : La loi de Dieu ne vise pas seulement la sainteté des actes extérieurs, mais aussi celle de l’être (habitus). Dieu ne demande pas seulement de ne pas pratiquer le mal, il exige un cœur intrinsèquement pur de tout désir corrompu.
  3. L’origine de la convoitise : La concupiscence habituelle est « du monde » et non de Dieu (1 Jean 2.16). Si elle n’est pas de Dieu, elle est nécessairement une transgression de sa volonté sainte.
  4. L’argument paulinien : Paul l’identifie formellement en Romains 7.7 : « Je n’ai connu le péché que par l’intermédiaire de la loi. En effet, je n’aurais pas su ce qu’est la convoitise si la loi n’avait pas dit : Tu ne convoiteras pas. »

Les « premiers mouvements » sont-ils des péchés ?

Qu’en est-il des premiers mouvements de désirs mauvais, avant même qu’ils ne soient délibérés ou acceptés par la volonté ? Là encore, Rome soutient que ce n’est pas un péché tant que la volonté n’y consent pas. Nous affirmons, au contraire, qu’il s’agit déjà d’une transgression de la Loi.

  1. La conscience universelle : Même les sages païens comprenaient que le mal moral précède l’acte. Turretin cite Sénèque (De Beneficiis, 5.14.2) et Juvénal (Satires, 13) pour montrer que l’intention vicieuse souille déjà l’homme.
  2. L’exigence de perfection : Dieu nous ordonne de l’aimer de « tout notre cœur » et de « toute notre force ». La simple apparition d’un désir contraire à cet amour, même involontaire, est incompatible avec la sainteté parfaite exigée par la Loi.
  3. La synthèse du Décalogue : Le dixième commandement sert de conclusion et de généralisation aux autres. Si la colère intérieure est un meurtre (Mt 5.21-22) et le regard convoiteur un adultère (Mt 5.28), alors tout mouvement intérieur vers un objet interdit est un péché de convoitise.

Objection : Mais ces désirs sont naturels ! Réponse : Ils sont « naturels » au sens de notre nature déchue (nature corrompue). Si Adam n’avait pas péché, nous n’aurions jamais connu ces mouvements désordonnés. Ils sont donc le signe d’une corruption qui offense la pureté de Dieu.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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