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Christ, la clé pour comprendre la Bible… et les autres livres !

Lorsque le chrétien lit l’Ancien Testament, trahit-il l’intention des auteurs en y voyant le Christ là où les auteurs originaux ne le voyaient pas explicitement ?

Christ dans l’Ancien Testament

Lorsque David, dans le Psaume 22, nous fait part de ses souffrances, du rejet qu’il connait, du fait qu’il sent comme ses mains et ses pieds percés, que savait-il sur le Messie promis ? Je pense qu’il ne savait pas que tous les détails que nous voyons maintenant s’accomplir en Jésus le serait. En un certain sens, maintenant que Jésus est venu, nous avons accès à un sens plus profond du texte que les auteurs originaux de l’Ancien Testament. Mais nous ne trahissons pas le texte pour autant, car lorsque David décrit ses tourments en tant que juste persécuté par les méchants, qui dira que nous le trahissons en appliquant ces passages au seul vrai Juste souffrant ? Lorsqu’il annonce que Dieu ne laissera pas son saint connaître la corruption, qui dira que nous tordons le texte lorsque nous l’appliquons au seul Saint qui n’a pas connu la corruption mais a vaincu la mort ?

David a placé les points, nous pouvons tracer la ligne. Mais plus encore, les auteurs de l’Ancien Testament étaient habités par l’Esprit du Christ qui leur témoignait que leurs souffrances étaient celles du Christ et qui les poussaient à comprendre, à chercher ce qu’allait vivre le Messie qui est la clé de l’Ancien Testament, le but de la Loi. Voici ce qu’en dit Pierre :

Les prophètes, qui ont prophétisé au sujet de la grâce qui vous était destinée ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations. Ils se sont appliqués à découvrir à quelle époque et à quelles circonstances se rapportaient les indications de l’Esprit de Christ qui était en eux et qui, d’avance, attestait les souffrances de Christ et la gloire qui s’ensuivrait.

1 Pierre 1:10,11

Ainsi, pour ces deux raisons (à savoir, que Christ est l’accomplissement parfait de la justice, la souffrance, l’amour et que les auteur de l’Ancien Testament cherchaient consciemment à en savoir plus par l’Esprit), il est juste que l’Ancien Testament soit relu à la lumière de Jésus-Christ. Il est juste que les passages qui dans l’esprit de leur auteur humain, ne parlaient pas premièrement du Messie, ou du moins pas dans la mesure que nous pouvons y voir aujourd’hui, soient lus à la lumière de ce Messie.

Ce sens plus profond des Écritures est appelé sensus plenior par la tradition. Mais ce constat a pu donner lieu à bien des excès, comme si reconnaître cette réalité autorisait à placer abusivement le Christ derrière chaque élément symbolique de l’Ancien Testament ou chaque personne. Le Christ doit être cherché principalement en 4 endroits (et c’est ce que font les apôtres dans leur interprétation de l’Ancien Testament) : (1) dans les prophéties, (2) dans l’histoire d’Israël, car Christ est le véritable Israël, (3) dans les types du Christ comme David, le roi-prophète et (4) dans tous les éléments qui nous apprennent des choses sur la Beauté, la Bonté et la Vérité car c’est Christ la Vérité. C’est ce dernier élément que je relevais plus haut : lorsque la Bible nous parle des tourments du juste dans un monde déchu, nous pouvons l’appliquer à Christ qui est le Juste par excellence. Tout simplement en raison de la nature commune de ces deux justices. Une analogie est permise.

Mais bien d’autres livres que la Bible nous parlent de la Justice, de la Vérité, de la Bonté. Ce pourrait-il que ces passages aussi nous parlent du Christ ?

Christ chez Platon ?

Est-ce tordre Platon que de voir Christ dans ses livres ? Il n’était pas guidé par l’Esprit et ne connaissait pas le Christ. Le deuxième élément donné plus haut pour l’Ancien Testament n’est donc pas valable pour lui. Mais si Platon nous décrit un homme parfaitement juste et touche, en tâtonnant, la vérité sur ce qui arriverait à un tel homme dans une société injuste, est-ce malhonnête d’appliquer ce texte au véritable homme juste au milieu des injustes ? Certes, Platon ne savait pas forcément qu’un tel homme viendrait, mais s’il est venu et que la description qu’il en avait donné correspond, je pense que nous ne trahissons pas ses écrits en y voyant Jésus.

Il ne s’agit pas de dire que Platon était un proto-chrétien ou un prophète grec du Christ ni de dire qu’il était inspiré. Il s’agit simplement de dire qu’à chaque fois qu’un homme a saisi la vérité sur la nature de la justice, de la bonté, de l’amour, de la miséricorde ; il peut nous apprendre quelque chose du Christ qui est la Vérité, la Justice, l’Amour, etc. Peut-être même qu’un auteur qui rejette consciemment le Christ aura de très justes choses à dire sur l’amour, des choses qui alimenteront notre méditation sur l’amour du Christ. En fait, il s’agit de dire que tous les textes qui parlent des vertus peuvent être lus par le chrétien avec un sensus plenior, à la lumière du Christ. C’est ce que la tradition chrétienne a fait très tôt (au moins dès Clément d’Alexandrie) avec Platon, c’est pour cela que je le mentionne. Prenons en effet la façon dont Platon décrit l’homme parfaitement juste dans son dialogue entre Socrates et Glaucon au livre II de La République :

« Évoquons l’homme juste, un homme simple et noble, qui, selon la parole d’Eschyle, ne consent pas seulement à paraître homme de bien, mais qui veut être tel. Enlevons-lui toutefois ce paraître, car s’il paraît juste, il recevra les honneurs et les gratifications qui sont accordés à celui qui paraît juste, et dès lors il ne sera pas clair s’il est juste pour obtenir les honneurs et les gratifications, ou par amour pour la justice. Il faut donc qu’il soit dépouillé de tout, sauf de la justice, et qu’on le mette dans cette situation : que sans avoir commis aucune injustice, il ait la réputation de l’injustice la plus considérable, afin qu’il soit mis à l’épreuve dans son engagement envers la justice par son indifférence à l’égard de la mauvaise réputation et de toutes les conséquences qui en découlent ; qu’il aille, inébralable, jusqu’à la mort – paraissant être injuste au cours de sa vie, mais étant au contraire juste. […] Le juste, dans la situation où je l’ai représenté, sera fouetté, soumis à la torture, emprisonné, on lui brûlerai les yeux et enfin, après avoir enduré tant de sévices, il sera crucifié. »

(La République, II, 360-361)

Ce n’est pas sur le terme « crucifié » que je veux m’arrêter, on aurait aussi pu le traduire par « empalé », mais c’est sur le fond de ce que dit Platon : pour que l’on reconnaisse qu’un homme est parfaitement juste, il faut qu’il obtienne le déshonneur pour récompense de sa justice, ainsi il sera clair qu’il aime la justice pour elle-même et non pour les honneurs. Un tel homme parfaitement juste finira par être rejeté, torturé et mis à mort. N’avait-il pas vu clair sur le sort du juste dans notre monde ? Dès lors, il est honnête d’y voir le Christ, le seul véritable Juste. Ainsi, il est possible de faire une lecture honnête et spécifiquement chrétienne d’oeuvres païennes. Platon ne pouvait que placer les points, nous qui en savons plus que lui sur l’homme juste pouvons tracer la ligne.

Et nous pouvons faire de même avec les écrits intertestamentaires juifs, qui ont l’avantage de connaître la révélation de l’Ancien Testament et de toucher donc d’encore plus près la vérité lorsqu’ils décrivent, par exemple, les tourments du juste au milieu des méchants. C’est ce que fait le livre de la Sagesse au chapitre 2 :

Traquons donc le juste, puisqu’il nous incommode qu’il est contraire à notre manière d’agir, qu’il nous reproche de violer la loi, et nous accuse de démentir notre éducation.
Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme fils du Seigneur.
Il est pour nous la condamnation de nos pensées, sa vue seule nous est insupportable; car sa vie ne ressemble pas à celle des autres, et ses voies sont étranges.
Dans sa pensée, nous sommes d’impures scories, il évite notre manière de vivre comme une souillure; il proclame heureux le sort des justes, et se vante d’avoir Dieu pour père.
Voyons donc si ce qu’il dit est vrai, et examinons ce qu’il lui arrivera au sortir de cette vie.
Car si le juste est fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le délivrera de la main de ses adversaires.
Soumettons-le aux outrages et aux tourments, afin de connaître sa résignation, et de juger sa patience.
Condamnons-le à une mort honteuse, car, selon qu’il le dit, Dieu aura souci de lui.

Sagesse 2:12-20

Puisque l’auteur de Sagesse connaissait bien l’Ancien Testament qu’il reprend presque explicitement (Psaume 22 en particulier), il peut aller plus loin que Platon car il sait que les justes sont fils de Dieu. Ainsi, il est juste d’appliquer ce passage qui décrit les souffrances du croyant au milieu des méchant au Christ, le véritable Fils de Dieu et véritable Juste. Et l’on constate encore une fois que l’auteur a touché de près, aidé quant à lui par la révélation, la réalité de ce que le Christ a connu.

Conclusion

Cet article aurait pu s’appeler « pour une lecture chrétienne de l’Ancien Testament » ou « pour une lecture chrétienne de Platon » ou « le sensus plenior ». L’idée qu’il défend est que dès qu’un texte, biblique ou non, nous parle de la Justice, de la Bonté, de l’Amour, etc. les chrétiens doivent y prêter attention, sachant que l’auteur a pu toucher quelque chose de la vérité au sujet du Christ. La différence entre les écrits bibliques et les autres à ce sujet réside dans l’inspiration des premiers, qui les a gardé d’erreurs et dans le fait que les auteurs bibliques ne réfléchissaient pas seulement à la justice dans un sens général mais était conscient qu’un serviteur juste souffrant viendrait. Il est donc, pour ainsi dire, d’autant plus justifié de lire Christ dans l’Ancien Testament qu’ailleurs.

Mais en raison de la révélation de Jésus-Christ, le chrétien dispose d’une source de connaissance et d’une motivation spécifique pour lire les philosophes et tous ceux qui ont cherché à mieux comprendre l’amour, la bonté, et toutes les vertus. Ainsi, ce fondement du Christ est la base d’une lecture chrétienne des oeuvres païennes. Et quand je parle d’oeuvres, je ne parle pas que des traités de philosophie ou des livres juifs intertestamentaires mais aussi des romans sur la vérité, l’amour, l’héroïsme ; des oeuvres d’art sur la beauté, la miséricorde ; des films sur la justice, le courage ; bref, de toutes les façons par lesquels les hommes communiquent leurs réflexions. Nous le voyons, cette réalité de l’accomplissement parfait en Christ de toutes les vertus est donc aussi la base de l’apologétique culturelle, qui part des oeuvres culturelles pour annoncer le Christ. Cette réalité est aussi la base d’un art spécifiquement chrétien, où l’artiste peut méditer sur ces vertus en ayant en tête le Christ lui-même, comme Lewis ou Tolkien ont pu le faire dans leurs écrits fantastiques ou de science-fiction.

« Jésus dit : je suis la Vérité »

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