La transsubstantiation : un problème philosophique.
6 janvier 2018

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Les critiques courantes et modernes de la transsubstantiation d’un point de vue philosophique se limitent souvent à dire que celle-ci est la triste conséquence d’un mélange entre vérité biblique et philosophie païenne, entre Paul et Aristote. Rien n’est plus faux. Et ce n’est pas ainsi que Wycliffe critiquait la transsubstantiation, ni les protestants par la suite. Ainsi, le théologie réformé Barthélémy Keckermann (1572-1608) considère que la transsubstantiation, non seulement ne s’accorde pas avec la Parole, mais contredit les principes fondamentaux de la philosophie, hérités d’Aristote. En maintenant que la substance du pain disparait mais que les accidents demeurent, la transsubstantiation détruit le fondement de toute certitude, elle détruit l’épistémologie d’Aristote : nous connaissons les substances par les accidents.

« Le dogme de la transsubstantiation fait l’objet de contradictions concernant des principes suprêmes et éternellement vrais (verissimis in aeternum) : le fait que les accidents sont toujours accompagnés du sujet auquel ils se rapportent. Ainsi, puisque la couleur, l’odeur et le goût du pain et du vin sont des accidents du pain et du vin, ils ne peuvent certainement pas être sans la substance du pain et du vin. Cela est contraire à ce qu’attestent les quatre sens – la vue, le toucher, l’odorat et le goût – qui témoignent de manière plus évidente que la substance du pain et du vin existe et demeure. Ce témoignage des sens a du poids car la théologie est claire en ce qui concerne le fait que Christ et les anges invitent au recours à ce témoignage, comme nous l’avons démontré au cours de notre enseignement sur la logique. »

Keckermann, Sur la Sainte Cène, 458-459 (traduction par Dahlia Faltas).

Keckermann voyait donc un problème majeur dans la transsubstantiation, elle détruit le témoignage des sens, pourtant établi comme principe suprême par la philosophie et confirmé par l’Écriture puisqu’elle y fait appel. C’est exactement le même problème que voyait Wycliffe (et Hus à sa suite).

Comme nous l’avons déjà fait remarqué dans un autre article, la transsubstantiation, en déclarant que la substance du pain disparait, contredit la façon dont Dieu utilise sa création. Il ne détruit pas la substance de ce qu’il a créé ni ne le sépare de ses accidents. Mais il s’en sert comme véhicule de sa grâce, en les utilisant comme signes et sceaux de celle-ci.

La transsubstantiation détruit aussi l’union sacramentelle. Car le pain n’est plus réellement uni au corps ni le vin au sang. Le pain n’existe plus réellement ! Seuls les accidents demeurent. Si l’on a faussement accusé les réformés de contredire la présence réelle du Christ dans la Cène, on peut toutefois dire que les (catholiques) romains enseignent une absence réelle du pain ! Enseigner, comme les luthériens, que la substance du Christ vient cohabiter avec celle du pain (consubstantiation) n’établit pas non plus d’union entre le signe et la grâce. Il est différent d’accompagner quelque chose et d’être uni à cette chose. Les réformés, au contraire, maintiennent l’union sacramentelle. C’est réellement par le lien spirituel (par l’Esprit) établi entre le pain, le vin et le corps, le sang que la grâce nous vient dans les sacrements, quand ils sont pris avec foi.

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Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

2 Commentaires

  1. ladangvu

    Si j’ai bien compris l’essentiel de l’argument c’est que les Catholiques contredisent le dogme aristotélicien auquel ils prétendent adhérer en séparant à tort les accidents d’une chose (ici le pain et le vin) de sa substance ?

    Réponse

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