Est-il légitime de rendre un culte aux Saints? Nous le nions – Turretin
25 décembre 2019

Cet article est une traduction depuis le latin d’un extrait des Instituts de Théologie Elenctique, volume 2, Sujet 11, Question 7. François Turretin était professeur de théologie à Genève à la fin du 17e siècle. Il est connu pour ce chef-d’oeuvre, dans lequel il aborde avec une précision inhumaine tous les débats théologiques de son temps, et qui est un des meilleurs livres de théologie réformée existant. Malheureusement, bien qu’il ait été écrit en Suisse Romane, il a été écrit en latin, et n’a été traduit qu’en anglais. Ce que vous allez lire est la toute première traduction en français, depuis le latin, de cet extrait. Bonne lecture. – Etienne OMNES


QUESTION 7

Au sujet du premier commandement

Dieu seul doit-il être honoré et invoqué ? Ou bien est-il permis d’invoquer les saints décédés et les honorer religieusement ? Nous l’affirmons, contre les papistes.

I. Au sujet du premier commandement Tu n’auras pas d’autres Dieu devant ma face, le vrai objet du culte est proclamé. Non seulement l’athéisme, qui ne reconnaît et n’honore pas Dieu, et le polythéisme, qui s’invente d’innombrables dieux, sont rejetés, mais aussi toutes les superstitions et l’idôlatrie dans l’objet, par laquelle on honore et considère comme Dieu ce qui ne l’est pas en réalité (Galates 4.8) ou qui est une simple innovation humaine, telles que les innombrables fictions qu’étaient les dieux païens, ou des choses existantes réellement, mais qui sont créées et finies, à qui l’on rend un culte religieux, la foi, l’adoration et l’invocation qui ne devraient être rendues qu’à Dieu seul. Les papistes pèchent en de nombreux endroits autour de cette interdiction : par le culte religieux aux créatures, aux anges, aux saints, aux reliques, aux hosties consacrées, et au pape lui-même. Ils ne sont pas coupables que d’une seule idolâtrie. Nous discutons ici de la doctrine la plus importante qui nous divise. Nous avons déjà parlé du culte des anges au Locus 8 Question 9, maintenant parlons de l’invocation des saints.

Formulation de la question

II. La question n’est pas de savoir si les saints, morts dans le Seigneur, en toute piété, sont dignes de respect et d’honneur. En effet nous ne nions pas qu’ils méritent un degré d’honneur plus excellent que le nôtre, à la fois en les reconnaissant comme de brillants et très heureux serviteurs, admis dans la communion de Dieu, et en chérissant leur mémoire, nous souvenant d’eux avec plaisir et reconnaissance (Luc 1.48 ; Marc 14.9), racontant leurs luttes et leurs victoires, conservant leur doctrine, louant leurs vertus, et les imitant (Hébreux 12.1) et louant Dieu en eux et pour eux, et le remerciant pour la grâce d’avoir suscité un tel bien dans l’Eglise. Cependant, s’il s’agit de dire que cet honneur rendu doit être proprement religieux, comme le voudraient nos adversaires, nous le refusons.

Nous nous opposons d’entrée de jeu aux calomnies des papistes, qui nous font passer pour des ennemis et des personnes qui méprisent les saints. Parce que nous rejetons leur culte, ils croient que c’est par mépris des saints que nous ne leur demandons pas ce qui n’appartient qu’à Dieu et Christ seuls. Et bien que leur mémoire soit sacrosainte pour nous, cependant nous faisons attention à ne pas leur accorder un honneur qui pourrait faire offense à Dieu. Je dirai même plus : nous estimons que c’est une grave offense que de les changer en idole et un abus envers ces amis de Dieu, que de provoquer ainsi sa jalousie. Nous n’hésitons pas non plus à dire que s’ils pouvaient voir depuis les sommets de gloire ce que nous faisons ici, non seulement ils rejetteraient le culte qui leur est rendu, mais ils témoigneraient de la plus grande indignation contre ces adorateurs qui manquent à leurs devoirs.

III. La question ne concerne pas l’invocation selon un sens impropre, ou l’honneur civil, social, et aimant, qui a cours entre les hommes vivants, et qui relève de la Seconde Table de la Loi. Nous traitons ici de l’invocation à proprement parler et de la vénération de piété, qui est prescrite dans la Première Table, et qui est la principale partie de la Religion, qui désigne souvent par synecdoque tout le culte du à Dieu (Romains 10.13). Sous cette invocation nos adversaires y comprennent le culte rendu à tous les saints. D’après eux, le culte des saints consiste :

  • En notre jugement intérieur à l’égard des saints, qui connaissent nos nécessités, et peuvent nous venir en aide
  • En notre confiance en eux, parce qu’ils veulent nous venir en aide.
  • Et d’une manière extérieure en des sacrifices et des invocations que nous leur offrons, en des fêtes et des temples que nous leur consacrons.

La question n’est pas de savoir s’il faut les honorer dans l’amour et la communion, du genre d’honneur qui est rendu aux homme de Dieu dans cette vie par imitation, mais du saint culte de vénération par démarche religieuse, dont parle Augustin dans sa Réponse contre Faustus et les manichéens, 20.21. Ceci nous le rejetons tandis que les papistes l’affirment.

IV. La question n’est pas de savoir si les saints sont médiateurs et intercesseurs pour nous auprès de Dieu. Cela relève en effet d’une autre question à venir, quand nous traiterons de l’intercession de Christ. La question est plutôt : Faut-il les invoquer commes nos médiateurs et intercesseurs ? Faut-il les invoquer non pas comme intercesseurs – qui par leurs prières et leurs mérites, obtiennent le bien qu’ils demandent par eux-même – mais comme les distributeurs de ces biens ? Les papistes, bien qu’ils ne soient pas tous du même avis, affirment cela, tel qu’on le verra plus bas dans leurs prières aux saints.

V. La question est donc : Le culte d’adoration et d’invocation doit-il être rendu à Dieu seul à l’exclusion de toutes les créatures, quelles que soient leur ordre et leur dignité ? Ne peut-il pas être aussi accordé aux anges et aux saints (non pas militants sur cette terre, mais triomphants dans la gloire) ? Les papistes affirment la dernière proposition ; nous affirmons la première.

Opinion des papistes

VI. L’opinion des papistes vient non seulement de leur pratique, mais aussi :

  • de la sanction du Concile de Trente, session 25, soit le décret sur l’invocation des saints et la vénération des reliques : Il commande d’enseigner l’invocation des saints, l’hommage aux reliques, et l’utilisation des images et condamne ceux qui enseignent autrement une opinion impie.
  • Bellarmin dit : « Les saints, qu’ils soient anges ou hommes, sont justement et utilement invoqués par les vivants. » (De sanctorum beatidune 1.19)
  • Le catéchisme de Trente prouve l’invocation des saints par différents arguments et surtout par celui-ci : « Parce qu’ils font des prières incessantes pour le salut des hommes, et que Dieu leur confie beaucoup de bienfaits pour nous, à cause de leurs mérites et de leurs grâces. » (1er commandement, Question 12)
  • Perronius essaye de prouver qu’il est non seulement utile, mais nécessaire de s’appuyer sur l’invocation des saints (Réponse de cardinal de Perron au roi de Grande Bretagne).
  • Maldonatus dit aussi à propos de Matthieu 5.34 : « C’est une erreur mauvaise et ignorante que de ne pas accorder d’honneur religieux à d’autres que Dieu. »

Ils vont jusqu’à s’occuper de détruire dans leurs index d’expurgation, tout ce qui affirme le culte exclusif à Dieu, dans les livres ou les écrits des pères. Dans le livre de Vatablius, sur Esaïe 8.32 ils enlèvent : « ceux qui croient en Dieu seront sauvés, ceux qui n’y croient pas périront ». Ils enlèvent de l’index d’Athanase : « Nous ne devons adorer que Dieu, et aucune créature ne doit être adorée. » Ils enlèvent du 1er livre De la vraie Religion d’Augustin : « Les saints doivent être honorés par l’imitation et non par l’adoration. » et « Contre ceux qui disent : je ne rend pas hommage à l’image, mais par elle je suis amené à celui que je dois honorer. » dans son commentaire du Psaume 112.

VII. Quant à la leur pratique, nul n’ignore que ce culte est une des principales composantes de la religion papiste, que les saints sont honorés dans des temples, des chapelles, des autels, des images, des têtes auréolées, des messes, des votos, des cierges, des offrandes et des dons qui leurs sont faits, des prières qui leurs sont adressées, des serments jurés sur leur nom, des vœux prononcés pour eux, l’espoir du salut et la confiance placée en eux. Pour cette raison, on les invoque, non pas comme intercesseurs, mais plutôt comme protecteurs contre le mal, et ceux qui donnent à la fois la grâce et la gloire. Ainsi, l’invocation est dirigée vers tous les saints :

  • Comme dans le Bréviaire Romain, à la date du 1er novembre. « Ô armée des bienheureux esprits célestes, chasse les maux passés, présents et futurs. »
  • Aux apôtres, dans l’Hortulus Animae : « Ô Bienheureux Apôtres, délivrez-moi du péché, defendez-moi, renforcez-moi, et amenez-moi au Royaume du Ciel. » et de même : « Je souhaite que vous me sauviez au jugement dernier. »
  • A Saint Pierre dans le Bréviaire Romain, fête de Pierre et Paul : « Maintenant, Bon Pasteur Pierre, reçois l’offrande de ma prière, et délivre-moi du lien du péché par ta puissance transmise par celui dont la parole ouvre et ferme le ciel. »
  • A Jacques le majeur dans l’Hortulus Animae : « Ô Jacob, hâte-toi de détruire mon péché, me donnant le don de la justice à la place du ferment de méchanceté. »

La même chose pourrait facilement être montrée pour les autres apôtres et saints. D’où il apparaît très clairement qu’ils ne sont pas seulement invoqués comme intercesseurs qui prient pour nous, mais aussi comme distributeur de ces dons en qui nous plaçons notre espérance et notre confiance. Pour cette raison, ils ordonnent d’invoquer à l’article de la mort n’importe quel saint, qui s’est montré d’une grande dévotion dans cette vie, de cette manière : « Ô très glorieux saint ou sainte, [Nom] J’ai toujours placé en toi la confiance et mon espérance particulière pendant toute cette vie, secours-moi alors que je lutte dans cette extrême nécessité. » (Hortulus Animae)

Mais cela devient particulièrement évident en ce qui concerne la Bienheureuse Vierge, à qui ils atttribuent non seulement le nom et les titres divins tels que : « Déesse, Dame [Féminin de Seigneur. NdT], Reine du Ciel, Mère de miséricorde, Rédemptrice, Notre Dame Toute-puissante, Refuge des pécheurs » etc… mais ils lui rendent aussi le culte divin tant interne qu’externe. Cela est prouvé par d’innombrables exemples, notamment le Psalterium Mariae [Psautier de Marie. NdT]  composé par Bonaventure. Il n’a jamais été censuré par l’Eglise Romaine, ou inscrit dans l’index d’expurgation, ce qui prouve très clairement ce culte marial. Dans ce psautier on transfère méchamment à Marie ce qui est à Dieu. Voir ce que nous avons dit dans la 2e dispute du « De necessaria secessatione ab Ecclesia Romana. » et ce qu’a écrit Downame dans De Antichristo 1.5.1-2, et plus spécialement Drelincourt dans De l’honneur qui doit estre rendu à la saincte Bienheurese Vierge Marie. »

VIII. Pour comprendre plus pleinement, nous devons remarquer que le culte chez les papistes est l’honneur que les inférieurs rendent aux supérieurs, et qui requiert trois choses :

  1. Un acte de l’intellect, qui appréhende l’excellence de ceux-ci.
  2. Un acte de la volonté, où nous nous inclinons intérieurement devant eux.
  3. Un acte extérieur, où nous baissons la tête et plions le genou, ou bien nous montrons notre soumission par un autre geste.

Ensuite, ils comprennent trois sortes de culte ou d’adoration, qui sont le sujet de cette question.

  • L’adoration divine, qui est l’espèce d’adoration qu’ils appellent Latrie.
  • L’adoration humaine, qui est placée dans les dignités, vertus et différents grades des hommes, que l’on appelle la religion civile [cultus civillis], ou l’observance humaine.
  • L’adoration intermédiaire qui tire son origine de la grâce ou de la gloire, que l’on nomme dulie. Celle-ci est soit simple –comme pour les anges et les saints- soit elle est de l’hyperdulie, qui est attribuée à l’humanité de Christ prise isolément, bien qu’unie au Verbe, et à la Vierge Marie, qu’ils considèrent comme un hommage religieux.

IX. Cependant nous ne nions pas qu’une diversité d’hommage soit légitime, selon la diversité d’excellence des choses ; Et nous concédons facilement qu’à cause de l’excellence de ce qui est incréé et infini d’une part et ce qui est créé et fini d’autre part, il est possible d’admettre deux types de cultes, l’un religieux qui rendu à Dieu seulement, et l’autre civil pour les créatures. On peut même distinguer ce culte civil entre ce qui concerne notre citoyenneté mondaine, qui consiste dans les offices de révérence, d’amour, et de déférence rendue aux hommes –même ceux qui sont étrangers à la foi. Ou bien le culte civil rendu à notre citoyenneté d’en-haut qui consiste dans l’honneur que nous rendons à la maison de la foi, ou bien entre vivants par la communication des offices, ou bien aux morts par l’amour, la louange, la mémoire, l’imitation etc. Cependant nous ne commettons pas l’erreur grave de diviser le culte religieux en plusieurs grades, mais nous affirmons qu’il unique en son être, qu’il appartient à Dieu seulement, et qu’il est incommunicable à toutes les créatures.

X. Il ne sert à rien de faire appel à la distinction entre latrie et dulie pour cette erreur :

  1. Parce qu’elle ne repose sur un aucun fondement solide. Ni sur les propriétés des mots,
    1. parce que latreias et douleias ont la même signification chez les auteurs profanes.
      1. Hesychius utilise latreian pour douleian.
      2. Glossator douleia latreia, latreuo douleuo.
    2. Douleuia a un sens plus fort que latreia, ce dernier marquant uniquement la soumission et l’hommage d’un salarié (latris ho epi mistho douleuon) mais le premier s’applique à un esclave ou un serviteur qui doit tout au maître dont il est le sujet.
  2. Ni sur leur usage dans l’Ecriture :
    1. Car bien que dans le Nouveau Testament, le mot latreias est attribué uniquement au culte rendu uniquement à Dieu, le même culte est aussi rendu par douleuias, comme dans Galates 4.8 ; 1 Thessaloniciens 1.9 ; Matthieu 6.24 ; Romains 12.11 et 14.18 ; Ephésiens 6.7.
    2. Latreia dans la Septante est attribué à l’hommage rendu aux hommes comme en Deutéronome 28.48 et Lévitique 23.7.
    3. Un travail servile qui ne doit pas être fait pendant le sabbat est appelé latreuton
    4. Paul se désigne toujours comme le doulon de Christ, mais jamais comme le latreuten.
  3. Ni sur l’autorité des Pères :
    1. Bien qu’Augustin distingue entre latreian et douleuian, son idée n’était pas distinguer l’hommage religieux en deux degrés, l’un qui serait pour Dieu et l’autre pour les hommes ; Au contraire, son but était de distinguer entre la servitude qui nous lie à Dieu seulement, et qu’il appelle latreian (et « servitude de religion » par ailleurs) pour des raisons pédagogiques, et l’autre servitude qui est pour les hommes, qu’il appelle en particulier dulie. Cf Livre 10 de la Cité de Dieu, chapitre 1 : « Mais cette servitude » qui est opposée à la latrie rendue à Dieu « que nous devons rendre aux hommes, quand l’apôtre dit aux esclaves qu’ils doivent être soumis aux maîtres, a l’habitude d’être appelée d’un autre nom, à savoir dulia. »
    2. Nos adversaires sont forcés de confesser que cette distinction est agraphon (non-écrite), et que les mots hébreux comme grecs sont utilisés pareillement. Cf Bellarmin De Sanctorum Beatitudine 1.12 ; Vasquez Commentarium ac Disputationum in Tertiam Partem I, Disp 93.1.

L’invocation des saints est rejetée par Exode 20.3

XI. Les orthodoxes s’opposent à l’invocation des saints et au culte des créatures en faveur du culte rendu à Dieu uniquement. Premièrement, à cause du commandement explicite de Dieu, de ne pas avoir d’autre dieux devant la face de Dieu, en Exode 20.3. Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. Ou bien, comme le dit la Septante : plen emou « excepté moi ».

Ici Dieu prescrit que nul ne doit être honoré religieusement excepté lui-même, le Dieu Suprême. En effet, être notre Dieu, et avoir pour Dieu se dit de ce que ce que nous adorons, et que nous accompagnons d’un hommage religieux, quelqu’il soit, en lui-même ou près de nous, parce qu’évidemment nous rendons l’honneur qui est seulement pour Dieu.

Cela est confirmé par Jésus quand il argumente contre Satan : « C’est devant le Seigneur, ton Dieu, que tu te prosterneras, et c’est à lui seul que tu rendras un culte. » (Matthieu 4.10). Bien que la particule exclusive seul ne se trouve pas dans Deutéronome 6.14 et 10.20 – d’où la citation est tirée – elle est cependant nécessairement incluse par la nature de la chose, comme l’exprime 1 Samuel 7.3 « servez–le, lui seul » et dans le lieu cité la Septante utilise monon, suivie par la Vulgate. Et même si rien ne s’y opposait, l’expression du Sauveur suffit pour conclure que l’hommage religieux ne doit être rendu qu’à Dieu.

On ne doit pas répondre non plus que la particule exclusive est ajoutée seulement aux derniers mots, où apparaît le mot latreuion, et non aux premiers pour montrer que l’hommage religieux est commun à Dieu et aux saints, mais que latreian est attribuée seulement à Dieu.

  • Parce que la même espèce d’hommage est désigné par adorer et servir, si l’on ajoute la particule exclusive, il faut aussi comprendre qu’elle est ajoutée à l’autre.
  • Ensuite, Satan ne demande pas la latreian, mais la proskynesin : « Je te donnerai toutes ces choses, dit-il, si tu t’inclines et que tu m’adores (ean peson pokyneses moi) ». Vu que Christ le lui as refusé, il est invinciblement prouvé que nous devons rendre à Dieu seul aussi bien la latreian que la proskynesin.

A partir de l’absence de commandement ou d’exemple

XII. Ensuite, parce que l’invocation des saints n’a ni commandement, ni promesse, ni exemple dans l’Ecriture, sur laquelle elle serait fondée. Pour cette raison, ce n’est rien d’autre qu’un culte volontaire (ethelostreskeia) vicieuse et digne de punition 1. L’invocation à Dieu est en effet prescrite de partout, mais pourtant il n’y a aucune mention de l’invocation aux créatures.

Mieux encore : le verbe « prier » est utilisé uniquement pour « prier Dieu », parce qu’aucun autre usage légitime ne peut être donné à l’invocation, sinon quand elle est adressée à Dieu. 

  • Bannes ne le nie pas : « Les Ecritures n’enseignent pas qu’il faut faire des prières aux saints, ni de façon explicite, ni de façon implicite. » (2.2, Q1, art 10+)
  • De même pour Eck (Enchiridion des lieux communs, 15) ; Salmeron (Commentarii in evangeliam historiam et in acta apostolorum, Disp. 8 sur 1 Tim2) 
  • Cotton dit : « Quant au commandement concernant l’invocation des saints, L’Eglise n’a jamais enseigné qu’il existait, si ce n’est quand elle ordonne d’obéir à l’Eglise. » (Institutio Catholica 1.16)
  • Bellarmin dit : « Un commandement n’est pas nécessaire, quand la nécessité même nous y pousse. » (De Sanctorum Beatudine, 1.20) Mais il suppose gratuitement qu’il y a une nécessité pour cet hommage.

Plus encore : Vu que ce qui est fait sans foi est un péché, alors un tel hommage (qui nous n’avons jamais lu qu’il était institué par Dieu) est nécessairement corrompu.

Quant aux exemples, ils reconnaissent que sous l’Ancien Testament, l’invocation des saints n’était pas utilisée, parce qu’ils n’étaient pas encore reçus au Ciel, mais qu’ils étaient dans les limbes. Cependant sous le Nouveau Testament, nous ne lisons aucune adresse directe soit à la vierge Marie, soit aux apôtres, ni à aucuns des saints, ce qui fournit un argument clair contre cette tromperie.

Parce qu’ils manquent du savoir, de la puissance et de la volonté qu’il faut chez ceux qui sont invoqués

XIII. L’invocation présuppose la foi dans celui qui invoque (Romains 10.14) et le savoir, la puissance et la volonté chez celui qui est invoqué.

  • Le savoir pour connaître toutes nos nécessités, et nos prières tant orales que mentales qu’il entend de partout, et qu’il soit réellement un sondeur des cœurs (kardiognostes).
  • La puissance pour pouvoir nous secourir dans nos luttes.
  • La volonté, pour vouloir nous aider et demander à ce que notre hommage lui soit rendu.

Or ceci appartient à Dieu seulement, qui doit être le seul objet de notre foi, est le seul kardiognostes et omniscient, le seul omnipotent, qui appelle à lui et a des oreilles ouvertes aux prières qui lui sont adressées. Cependant, concernant les saints, ils n’ont pas le savoir, encore moins la puissance, ni la volonté, et pas plus l’office de médiateur et d’intercesseur. Bien plutôt, ils ne veulent pas faire paraître en eux ce qu’ils savent être à Dieu seul. C’est ce que dit Augustin, quand il donne la raison pourquoi les anges ne veulent pas être adorés « Ils sont nos compagnons d’esclavage (Apocalypse 19.10) » (Contre Faustus et les Manichéens, 20.21).

Les Ecritures affirment clairement en plus d’un passage qu’à Dieu seul est attribué l’omniscience, d’être kardiognostes, et l’omnipotence. (1 Rois 8.39 ; 2 Chroniques 6.30 ; Apocalypse 2.23 ; Jérémie 17.10)

Les Ecritures prouvent que les créatures ne peuvent pas être à la hauteur, et attribuent plus d’une fois aux saints l’ignorance de ce qui se passe sur la terre. (Esaïe 63.16 ; Ecclesiaste 9.6 ; 2 Rois 22.20)

XIV. On ne peut pas corriger ce défaut, comme le veulent les papistes.

  • Soit par l’image renvoyée –selon leur imagination- par le miroir de la Trinité, comme si les bienheureux voyant toute l’essence de Dieu, voient aussi tout ce que Dieu fait.
    • Parce que comme elle est inventée gratuitement en dehors de l’Ecriture, elle est aussi facilement rejetée qu’elle est proposée, bien qu’elle ne déplaise pas aux moindres des meilleurs papistes : Pierre Lombard, Thomas d’Aquin, Altissiodoriensis, Bannes, Estius et plusieurs autres. Même si les saints voient toute la face du Dieu qui voit toutes choses, c’est-à-dire, jouissent immédiatement de sa vision, il n’en suit pas qu’ils voient toutes ces choses en Dieu. Sinon ils n’ignoreraient pas le jour du jugement, dont ils sont pourtant ignorants.
    • Ajoutons aussi qu’un miroir est soit naturel, soit volontaire. S’il est naturel, rien ne leur sera caché, pas moins qu’à Dieu, ce qui est blasphématoire. S’il est volontaire, ils ne verront rien d’autre en lui que ce que Dieu veut librement y représenter, et qui peut dire ce qu’il y est représenté ?
  • Soit par révélation de Dieu, qui révèle aux saints les prières et pensées du fidèle. Pour commencer, une telle révélation est projetée pour rien au vu du silence de l’Ecriture. Ensuite, pourquoi chercher un tel circuit, là où Dieu nous appelle droit vers lui-même ? Et à quoi bon Dieu révèlerait-il nos nécessités et nos prières aux saints, si c’est pour qu’elles soient à nouveau offertes à lui ? Même si Dieu veut révéler à un quelconque prophète les pensées du cœur, pour qu’il accomplisse son office (Ezéchiel 2 ou Roi 5.26) il n’en suit pas que c’est la conduite ordinaire pour les saints, vu que les Ecritures sont silencieuses sur le sujet. Il n’est pas non plus prouvé qu’il faut accomplir envers les hommes, quelque chose dont il manque le commandement.
  • Soit par don de la béatitude, par le fait qu’ils peuvent voir du ciel ce qu’il se passe sur la terre (comme le veut Coster dans son Enchiridion controversarium, 14). En effet, il suppose faussement qu’une telle vision leur est donnée, et que c’est ce que fait la béatitude des saints. L’exemple d’Etienne, à qui il est permis de voir Christ au ciel par une concession extraordinaire, ou bien l’exemple de Paul qui enlevé au troisième ciel, y entend des choses ineffables, ne peut pas prouver que les saints passent leur temps à voir les pensées des cœurs, ce qui appartient à Dieu seul.

Parce que c’est idôlatre

XV. Parce que tout hommage et invocation religieuse dirigée vers une autre que Dieu est idolâtre.  En effet l’idolâtrie est en réalité:

  • l’honneur rendu aux créatures « au-delà du Créateur » (para ton kisanta)
  • Ou « au lieu » du Créateur (Romain 1.25)
  • Ou ceux qui honorent des « dieux qui, par nature, n’en sont pas. » (Galates 4.8). Personne ne nie que c’est vrai des saints.
  • Ainsi, Grégoire de Naziance appelle l’idolâtrie « le transfert de l’adoration du créateur à la créature » (metathesis tes poskyneseos apo tou pepoiekotos epi ta ktismata) Discours 38.
  • Thomas d’Aquin définit l’idolâtrie  « celui qui attribue à la créature un quelconque honneur divin » (Somme Théologique, II-IIae, Q94.3.)

Les distinctions et incrustations objectées par les papistes sont vaines, et ne peuvent purifier un tel crime. Ils nient rendre aux saints le culte suprême qui est dû à Dieu, mais ils affirment seulement présenter un honneur subalterne envers les Saints, non pas comme à Dieu, mais comme à des amis de Dieu.

  1. Parce qu’ils inventent faussement un degré dans le culte religieux, qui est unique et indivisible.
  2. C’était la restriction des païens, qui faisaient la distinction entre le Dieu suprême, auquel l’honneur suprême était dû, et les dieux intermédiaires et inférieurs, auquel un honneur inférieur était rendu.
  3. Les ariens et les nestoriens, qui n’adoraient pas Christ comme Dieu, les uns parce qu’ils considéraient que Jésus était une créature de Dieu et les seconds parce qu’il était une personne distincte du Logos, ont pourtant été accusés d’idolâtrie par les papistes.
  4. Qui supportera qu’une femme adultère s’excuse en disant qu’elle a donné son corps non à son mari, mais à l’ami de son mari ? Et pourtant c’est à Dieu seul que tout honneur religieux est à rendre, tout comme le dévouement conjugual est dû au mari seul. C’est ainsi que notre communion avec Dieu est souvent imagée par le mariage, et que l’idôlatrie est représentée par l’adultère et la fornication.
  5. Le culte offert aux créatures par les Romains ne diffère en rien du culte divin, ni quant au culte intérieur d’espérance et de confiance qui sont placées en eux, ni quant au culte extérieur d’adoration et d’invocation qu’ils rendent comme nous l’avons vu plus haut et prouvé ailleurs dans De Necessaria Secessione nostra ab Ecclesia Romana 2.16.

Ainsi, s’ils font une distinction dans les mots pour tromper les plus simples, c’est pourtant bien la même chose dans la pratique.

Elle repose sur une fondation doublement fausse

XVI. Parce que l’invocation des saints repose sur une fondation doublement fausse.

  • La première est de considérer que les saints sont nos médiateurs et intercesseurs devant Dieu, qui obtiennent les bienfaits temporels et spirituels non seulement par leurs prières, mais aussi par leurs mérites. Vu que c’est une idée très fausse et très méprisante de Christ (comme nous le démontrerons au lieu convenable), tout ce qui est construit par-dessus est nécessairement faux et fictif.
  • L’autre est la canonisation ou l’apothéose des saints, par laquelle les saints qu’il faut invoquer dans l’Eglise Romaine sont déclarés tels qu’ils doivent être honorés et invoqués par le Pape de Rome au cours d’une certaine cérémonie, principalement par une échelle d’or. Mais cet « divinisation » (theopoiias) inventée et impie constitue un sacrilège. Dans cette cérémonie, des petits hommes terrestres qui ne sont même pas sûrs de leur salut, veulent se prononcer celui des autres, et se faire les distributeurs des biens célestes. C’est purement et simplement l’imitation de l’impureté des païens, et de la superstition des Juifs, qui n’a de fondements ni dans l’écriture, ni dans l’antiquité, comme tant d’hommes savants l’ont observé et solidement démontré. (Cf Jean Prideaux « Oratio XIII, de Canonizatione Sanctorum » ; Hospinius « De Festis Judaeorum et Ethnicorum… de origine 6). Sans parler des nombreux saints fictifs qui sont honorés, ou qui n’ont jamais existé ou qui sont tout sauf bienheureux.

A cause du témoignage des anciens

XVII. Parce que l’invocation des saints fut ignorée de l’Eglise Apostolique et des Chrétiens des premiers siècles. C’est ce qui apparaît dans le témoignage des pères :

  • « Ainsi donc nous n’adorons que Dieu, et pour le reste, nous vous obéissons de grand coeur ». (Justin Martyr, Première Apologie 17)
  • L’Eglise de Smyrne nie qu’« elle puisse rendre un culte à un autre » dans Eusèbe (Histoire Ecclésiastique, 4.15)
  • « C’est lui seul que les disciples du Christ devaient servir etc. » (Irénée de Lyon, Contre les Hérésies 5.22)
  • « Nous ne rendons de culte qu’à Dieu seul » Tertullien (A Scapula 2 ; Apologie 17)
  • « La Sainte Eglise de Dieu n’adore aucune créature » (Epiphane, Hérésies 69)
  • « Une créature n’adore pas des créatures, à Dieu seul est l’adoration. » (Athanase, 3e discours contre les ariens)
  • « Celui qui adore la créature, même s’il le fait au nom de Christ, est un idolâtre. » (Grégoire de Nysse, A Placilla)
  • « Ne rendant de culte ni à ce qui au-dessus, ni à ce qui est en-dessous (med’hypersebontes, med’hyposebontes) car le premier ne peut pas être fait, et le deuxième est néfaste et impie. » (Grégoire de Naziance, Discours 14, sur la paix)

Différents arguments peuvent prouver que que les saints n’étaient ni l’objet d’un culte, ni invoqués à cette époque.

  • Il n’y aucune mention d’un temple, autel, image, fête, ou offrande etc. consacrés aux saints, contrairement à ce que l’on voit partout chez nos adversaires.
  • Dans le culte public de l’Eglise, seuls des hymnes à Dieu étaient chantés
  • Pour exposer le premier commandement et la prière du Seigneur, ils ne faisaient pas mention des prières religieuses aux saints, comme le font les romains.
  • La canonisation des saints était inconnue et n’a jamais été entendue chez eux.
  • La plupart d’entre eux croyaient que les âmes des saints attendaient la résurrection en-dehors du ciel.
  • Les païens avant le quatrième siècle n’ont jamais accusé les chrétiens d’avoir rendu un culte aux divinités.
  • Les païens répondaient constamment qu’ils honoraient Dieu au niveau suprême, mais aussi ses ministres en second lieu, et niaient rendre un culte à d’autres que le Dieu suprême, et refusaient de distinguer le culte rendu à Dieu du culte rendu aux ministres.
  • Et d’autres choses du même genre, qui prouvent clairement qu’un tel culte était inconnu aux premiers siècle, comme l’a rassemblé le célèbre Daille Adversus Latinorum de cultus religiosi obiecto 3.

Et si cette erreur s’est renforcée progressivement dans le temps, elle apparaît clairement vers l’an 370 et il n’a pas manqué d’opposants vigoureux contre celle-ci :

  • Elle est condamnée par le concile de Laodicée, canon 35.
  • Et par le concile de Carthage, canon 23.
  • Epiphane s’oppose aux collyridiens qui invoquaient la Vierge dans Hérésies 79
  • Et par Augustin : « Il faut les honorer par l’imitation et non les adorer par religion, par un culte d’amour et de fraternité » (De la Vraie Religion, 55). Du genre de celui qui convient à des compagnons de service ou des concitoyens, et non celui qui convient à Dieu (Réponse à Faustus le Manichéen 20.21)

A partir du témoignage de nos adversaires

XVIII. Il n’y a pas qu’un petit nombre, parmi nos adversaires, qui sont d’accord avec nous.

  • Cassander mentionne diverses erreurs à ce sujet (De articulis Religionis… consultatio Art 20 et 21)
  • Vivès confesse ingénument que beaucoup de « chrétiens pêchent très souvent, en ne vénérant les saints et les saintes pas différemment de Dieu, et ils ne voient pas en de nombreux endroits qu’il n’y a pas de différence entre leur opinion des saints, et celle que les païens avaient de leurs dieux. » (Saint Augustin de la Cité de Dieu…. Avec… commentaires de Ludovicus Vives 8.27).
  • Le cardinal de Richelieu reconnaît que l’église primitive avant le 4e siècle n’invoquait pas les saints et maintient que l’Eglise Catholique ne doit pas obliger absolument les chrétiens à prier actuellement les saints. (Livre 3 chapitre 4 de sa Méthode, page 410). Ainsi il s’efforce d’enlever l’infâme idolâtrie de son Eglise, mais en vain, comme le confirme de multiples sanctions et la pratique qui continue.

Sources d’explication

XIX. De l’hommage civil aux vivants à l’invocation religieuse des morts, la conséquence ne tient pas.

  • Parce qu’entre les vivants il y a un échange de service. Il n’y a aucun échange entre les vivants et les morts (Esaïe 63.16 ; Ecclésiaste 9.6-7).
  • Le premier est fondé sur le commandement et les promesses de Dieu et l’exemple louable des saints de l’Ancien et du Nouveau Testaments. L’autre en est dépourvu.
  • Le premier est un simple effet de l’amour social et mutuel. L’autre est religieux, et il est la partie principale du culte à rendre à Dieu seul.
  • Le premier est basé sur la charité seule des vivants. Cependant le deuxième est basé sur les mérites des morts.

Même si les saints décédés sont maintenant davantage pourvus de charité, il n’en suit pas qu’ils veulent être invoqués par nous. Nous disons même plus : ils le permettraient bien moins encore que dans cette vie (Actes 10 et 14) puisqu’ils savent parfaitement que cet honneur est dû à Dieu seul. Et même si on pouvait s’adresser à eux, soit par la voix, soit par les lettres parce qu’ils étaient des pélerins comme nous dans leur patrie terrestre, ils ne doivent pas être invoqués depuis leur patrie céleste, qui est très éloignée de nous.

Si l’invocation des saints a la même raison que de s’adresser aux vivants, pourquoi Paul, qui tant de fois commandé aux autres de prier pour les autres, ne commande-t-il pas d’invoquer les saints ? Pourquoi ne prie-t-il pas lui-même Etienne ou la Bienheureuse Vierge ou d’autres ?

C’est donc en vain que les frères de Wallenburg (Meth. Aug. C32) et l’évêque Condomensis (Exposition de la foi catholique) veulent nous persuader que les papistes invoquent les Saints morts comme les réformés invoquent les Saints vivants, afin qu’ils prient pour nous. Cette protestation est contraire au fait, et la chose elle-même crie que demander la protection, le salut, la libération du mal et choses semblables est différente de leur demander l’intercession. On ne peut pas cacher non plus l’intention de l’Eglise, quand les mots eux-même convainquent du contraire, à moins que nous ne voulions qu’elle nous trompe en pensant une chose et disant une autre, ce que personne ne dit.

XX. C’est une chose pour Jacob de demander d’appeler les fils de Joseph, Ephraïm et Manassé, ses fils, et qu’ils soient les deux chefs de tribus d’entre les fils de Jacob, quand il dit « Qu’on les appelle de mon nom » (Genèse 48.16). C’en est une autre que de vouloir être invoqué par eux après sa mort, ce que nous nions. C’est aussi ce que reconnaissent Tostatus, Ribera, Cajetan, Cornelius a Lapide, Arias Montanus et d’autres ; Esaïe 4.1.

Dans le livre de Job

XXI. Quand Eliphaz conseille Job de se tourner vers un autre saint (Job 5.1), il ne parle pas d’un saint défunt, mais appelle au témoignage des vivants parmi lesquels il n’y a pas un seul qui puisse affirmer que Dieu afflige les innocents et les justes, comme l’enseigne l’antithèse et la série du contexte.

Quand Job appelle ses amis par le mot r’y – « compagnons » en Job 19.21, dont il implore la miséricorde, il ne comprend pas les anges et ceux qui sont aux ciel, vu que ses compagnons et sa famille n’y étaient pas. Il y comprend les amis et compagnons qu’il avait autrefois, à qui il demande la sympathie (sympatheian).  D’où le fait qu’au verset suivant, il se plaint de ses amis, et non des anges.

« Un messager, un interprète, un seul entre mille » qui est référé en Job 33.23 n’est rien d’autre que le messager de l’alliance, Christ. A lui seul peuvent être adressées ces prières, c’est à lui qu’est attribué la miséricorde, de prier pour la délivrance, d’indiquer la justice à l’homme, d’intercéder en montrant khphr lytrou (la rançon) devant son père. Parce que Christ seul peut dire : « J’ai trouvé une rançon » ms’thy khphr. C’est ce qu’explique la Glose ordinaire.

XXII. L’invocation est une chose, la commémoration en est une autre. Moïse ne s’adresse pas à Abraham, ni ne se réfugie sous son patronage en Exode 32.13. A la place, il dirige ses prières vers Dieu, qui se rappelle le pacte passé avec le patriarche, afin de demander le pardon miséricordieux pour le veau d’or.

XXIII. Les conciles cités par Bellarmin, tenus 400 ans après les apôtres, ne peuvent pas introduire de nouveaux dogmes religieux qui ne sont pas dans les Ecritures, ni promulgués par l’Eglise primitive pendant tant d’années. Ils montrent davantage ce qui a été fait que ce qui est à faire, et aussi que les ténèbres de la superstition s’épaississaient.

XXIV. Il est évident qu’aucun père de l’église des trois premiers siècles ne pourra être trouvé le patron des invocations.

Sous Origène, qui était un bon interprète mais un mauvais dogmaticien, selon Jérôme, l’opinion de l’intercession commençait à se répandre parmi les enseignants. Pourtant, tous ne se sont pas mis immédiatement à invoquer les saints, sauf progressivement, en partie à cause du platonisme, et des restes d’héllénisme ; et en partie à cause de la licence poétique et oratoire et des eulogies et apostophes hyperboliques de Basile, Grégoire de Nysse, Grégoire de Naziance (parmi les grecs) et Ambroise de Milan (parmi les latins) qui ont ouvert plus grand la voie à cette erreur.  Sixtus Senens remarque à propos : « Nous devons avoir à l’esprit que les mots des orateurs ne sont pas à prendre avec la même rigueur que ce qui nous viendrait au premier abord. Car les orateurs utilisent souvent des hyperboles soit influencé par l’endroit, le temps et les personnes, ou bien transportés par l’impulsion de leurs émotions et le flot de leurs discours. » (Bibliotheca Sancta 6.152).

Les pères déclarent le plus souvent que les saints étaient invoqués, et non qu’ils devaient être invoqués. Ou ils utilisent une invocation hypothétique, en hésitant, avec une limite dans les mots : « à mon avis » « à moins que je ne me trompe » « si les morts ressentent quelque chose » « s’ils ont soin de nous ». Et quand ils ne disent pas explicitement ces conditions, elle doit être comprise implicitement.

  1. NdE : voir Col 2:21-23[]

Etienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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