La substitution pénale annule-t-elle la liberté de Dieu en le soumettant à une justice supérieure ?
11 mai 2020

Cet article est le deuxième d’une série qui vise à répondre aux objections à la substitution pénale puis à la défendre positivement. Retrouvez l’article précédent ici.


Une autre objection courante à la substitution pénale est l’idée que cela soumettrait Dieu à une justice supérieure à lui-même. Si Dieu doit punir pour pardonner, disent les critiques, cela ne le rend-il pas sujet à une justice supérieure qui l’empêcherait d’attribuer librement son pardon ?

Dieu peut-il tout faire ?

Dieu ne peut pas se renier lui-même, nous dit Paul (2 Timothée 2:13). Est-ce à dire qu’il serait soumis à une Loi, supérieure à lui-même, qui l’empêche d’agir librement ?

En réalité, dire que Dieu ne peut pas se renier est une affirmation de la même nature que les suivantes :

  • Dieu ne peut pas ignorer ;
  • Dieu ne peut pas pécher ;
  • Dieu ne peut pas ne pas être Dieu.

Autrement dit, nous ne sommes pas en train de placer des limites à Dieu en disant ces choses mais nous sommes en train de décrire qui il est. Que Dieu soit tout-puissant implique qu’il peut faire tout ce qu’il veut et qu’il peut faire tout ce qu’il est logiquement possible de faire. Par exemple, Dieu ne peut pas pécher car il ne le veut pas et car “Dieu pèche” est une phrase incompréhensible sur le plan logique. Que la bonté suprême ne soit pas bonne est un non-sens. Cela revient à dire “Dieu ne peut pas faire un triangle à 4 côtés” : il ne le peut pas car il ne le veut pas et car un triangle à 4 côtés n’a pas de sens et n’existe pas, même théoriquement. Si Dieu pouvait pécher, il ne serait pas tout-puissant, dit Augustin, car la perfection de la puissance exclut l’imperfection du péché.

Simplicité de l’essence, multiplicité du langage théologique

Une autre donnée à considérer avant d’aborder la réponse précise à l’objection est la simplicité divine. Dieu est parfaitement un. Ses attributs ne sont pas des parties de lui mais sont des descriptions de qui il est, dans tout son Être.

Nous sommes forcés d’utiliser une diversité de termes pour décrire sa parfaite unité parce que notre intellect raisonne en composant et divisant les concepts. Aucun mot ne saurait exprimer parfaitement et totalement ce que Dieu est. Nous ne pouvons alors que formuler des notions multiples pour le désigner. Mais ici il ne faut pas se séduire nous-mêmes : nos notions sont multiples en raison de notre finitude et non parce que Dieu serait multiple en lui-même. Il transcende notre compréhension de sorte qu’en lui les perfections que l’on appelle bonté, justice, amour, vérité et beauté se trouvent parfaitement une.

Dieu est la justice même

Ainsi, si vous lisez un auteur qui parle de la substitution pénale et qui affirme que Dieu ne pouvait simplement pas laisser les péchés impunis (Romains 3:25), comprenez qu’il ne dit rien d’autre que Dieu ne pouvait pas ne pas être Dieu.

On le voit, dans le contexte d’une juste doctrine de Dieu, la puissance n’est pas un attribut qui vient renverser les autres au point de permettre un dieu qui ignorerait la justice pour faire grâce. Dieu peut être tout à la fois celui qui pardonne le péché et celui qui ne laisse pas le coupable impuni (Exode 34:7). Il peut être celui qui est juste et qui justifie l’impie (Romains 3:26, 4:5).

Nous retenons de cela que lorsque nous définirons la substitution, nous devrons le faire dans le contexte d’une juste compréhension de la doctrine de la simplicité de Dieu.

>> Cet article peut vous intéresser : Un argument simple… pour la simplicité de Dieu.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

sur le même sujet

Les Écritures ont été écrites par décret divin — Turretin (2.3)

Les Écritures ont été écrites par décret divin — Turretin (2.3)

Afin de diluer l’autorité des Écritures, les apologistes romains du XVIIe siècle faisaient feu de tout bois: d’abord ils niaient la nécessité des Écritures, puis ils niaient qu’elles soient à l’initiative de Dieu. Ainsi, le cardinal Bellarmin enseignait Christ n’avait pas commandé aux apôtres de mettre son enseignement pas écrit, et que ceux-ci n’imaginaient pas en écrivant leurs lettres qu’elles seraient considérées canoniques. L’enjeu pour Bellarmin est de mettre l’emphase sur la Tradition comme vrai canal de la Révélation, et aussi de renforcer le dogme catholique qui veut que ce soit l’Église qui ait canonisé les Écritures, plutôt que de les avoir simplement reconnues comme divines.

Mais évidemment, Turretin ne pouvait pas laisser passer ça.

De la nécessité des Écritures — Turretin (2.2)

De la nécessité des Écritures — Turretin (2.2)

Dans leur hostilité au Sola Scriptura, les catholiques du XVIIe siècle allaient jusqu’à dégrader la Bible elle-même. Des modérés comme Bellarmin disaient que les Écritures étaient utiles, mais non nécessaires. Des personnes plus emportées comme le Cardinal Stanislas Hozjusz disait: «Il aurait été plus intéressant pour l’Église que les Écritures n’aient jamais existé» ou bien encore Pedro de Valencia : «Il aurait mieux valu qu’elles [les Écritures] ne soient jamais écrites».

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *