La question des origines n’appartient pas à la science, mais à la foi
30 novembre 2020

Suite à mon article sur le créationnisme défendu par la méthode scolastique, on m’a fait parvenir une remarque que je synthétise de la façon suivante : Il n’est pas évident que la question des origines soit une question de foi, plutôt qu’une question soumise à la raison humaine. Je vais répondre à cette remarque en tâchant de développer un peu ce point.


  1. Pour que les origines soient un sujet de science, il faudrait que la nature se fût toujours comportée de façon identique.
  2. Or, la nature ne s’est pas toujours comportée de façon identique.
  3. Donc les origines ne sont pas un sujet de science.

Le raisonnement est serré (la conclusion suit bien les prémisses). Il reste donc à défendre chaque prémisse.

1. Pour que les origines soient un sujet de science, il faudrait que la nature se fût toujours comportée de façon identique

La raison en est que les théories scientifiques ne sont basées que sur l’état actuel des choses. La validité des théories scientifiques sur les origines dépend donc du présupposé que les lois de la nature ont toujours été les mêmes.

En effet, la démarche scientifique consiste à dégager des lois universelles à partir des évènements physiques concrets et actuels. Ces lois ne sont donc pas réellement universelles : elles ne sont universelles que si ce régime de fonctionnement physique est universel. Si nous étions dans un univers physique différent avec un comportement physique différent, nous aurions tout simplement d’autres lois physiques.

Il est donc crucial de déterminer si la nature s’est toujours comportée de la même façon, du début de l’univers jusqu’à aujourd’hui.

2. La nature ne s’est pas toujours comportée de façon identique

C’est ce que décrit la révélation spéciale dans le récit de la Genèse et le témoignage de l’Écriture suffit pour affirmer cette proposition.

Mais ce n’est pas ce que décrivent les théories scientifiques contemporaines, fondées sur la révélation générale. Ma tâche est donc de montrer par la raison uniquement que a) l’ordre de la nature n’est pas nécessaire, mais fondé en Dieu seul. Et que b) nous ne sommes pas justifiés de croire que Dieu ait toujours donné le même ordre à l’univers.

Pourquoi par la raison uniquement ? Parce que la question ne porte pas sur la révélation spéciale (la Bible), qui présuppose la foi. Elle porte sur la révélation générale, qui se lit par l’usage de la droite raison qui est comme l’œil de notre esprit. (Romains 1:20).

2.1 L’ordre de la nature est fondé en Dieu

Voilà le point central de l’exposé. Je le soutiens en exposant tout simplement la nature du raisonnement scientifique, qui procède par induction.

En effet, comme je l’ai dit plus tôt, nos théories scientifiques sont des universalisations des comportements particuliers de la matière. Nous observons que la matière a ce comportement concret, nous en déduisons qu’elle suit cette loi universelle. Ainsi, en mesurant le temps concret que met une balle à chuter au sol, Galilée en a déduit la loi universelle suivante :

v(t) = gt

C’est-à-dire que la vitesse à un temps t, c’est l’accélération de la pesanteur terrestre (une constante qui représente la force d’attraction de la terre) multiplié par le temps. Cette jolie formule est ce que l’on nous apprend en 1re S, mais concrètement, la seule chose qui existe, c’est une balle qui tombe à la vitesse v. La formule universelle n’est que l’abstraction qui est faite à partir de ce particulier.

Premier problème : les lois naturelles ne sont pas nécessaires. Elle sont aussi contingentes (= capables de changement) que la matière elle-même. Seul leur rattachement à un être nécessaire (seul Dieu correspond à cette définition) peut leur permettre d’être fondée.

Deuxième problème : David Hume a fait remarquer la fragilité de cette induction par la formulation du problème de l’induction :

  • En termes généraux, il consiste à dire : Nous ne sommes pas justifiés d’appliquer des propositions de nature universelle « le soleil se lève à l’est » à des objets de nature concrète et particulière (le vrai soleil qui s’est levé ce matin).
  • En langage plus courant, cela consiste à dire : Avoir observé 10 000 fois le soleil se lever à l’est ne prouve pas qu’il se lèvera à l’est la 10 001e fois. Les particuliers ne contiennent pas cette proposition universelle en eux-mêmes. La loi physique est dans notre tête, pas dans l’objet.
David Hume, philosophe sceptique (et athée) du XVIIe siècle

Si ce que David Hume dit est vrai, il n’y a plus de science possible (du moins de sciences naturelles). Il y a plusieurs réponses possibles :

  • Karl Popper a proposé que la science ne cherchait pas à exprimer l’universel à partir des particuliers (elle n’utilise pas l’induction), mais à supprimer les erreurs dans les représentations scientifiques contemporaines. Elle est une œuvre critique et non inductive. Le problème est que dans ce cas, nous n’avons pas de vérité scientifique, mais simplement des « récits (scientifiques) non encore réfutés ». Il manque un élément purement constructif qui permettrait de fournir du savoir positif.
  • La réponse chrétienne consistera plutôt à dire que l’induction est justifiée par le fait que les objets particuliers portent bien des propositions universelles en eux, dans leur forme. L’abstraction que fait le scientifique est non seulement justifiée, mais elle est le mode de connaissance naturelle de l’être humain.

Le problème de cette deuxième réponse aux yeux d’un sceptique, c’est qu’elle présuppose un créateur qui donne à la matière une forme contenant l’universel. En effet, dans la démarche naturaliste qui caractérise la science contemporaine, il n’y a aucun moyen de mettre de l’universel dans la matière, sauf erreur de raisonnement : si tout ce qui existe est une infinité de matières particulières, vous n’êtes pas justifié de définir des lois universelles. Vous avez besoin d’un créateur qui a ordonné la matière pour dire que la matière suit des lois universelles.

2.2 Dieu n’a pas nécessairement donné le même ordre à la nature en tout temps

Certes, admettons un être suprême juste pour garder à la science sa fondation ; mais tout ce qu’il a fait, c’est définir des lois physiques éternelles, et c’est suffisant. J’objecte alors que c’est impossible : les lois physiques ne sont pas nécessaires, ni éternelles. Plus nous nous projetons ces lois vers le lointain passé, et plus nous quittons la science pour faire de la philosophie.

Tout d’abord, faisons remarquer que la nécessité des lois de la physique est une proposition métaphysique. C’est de la philosophie, et non de la science. On ne peut donc pas prouver scientifiquement que les lois scientifiques sont nécessaires.

Ensuite, nous n’avons aucune raison de croire en cette nécessité : sur quoi serait-elle fondée ? Elles ne tirent pas leur existence d’elles-mêmes, mais de la matière dont elles sont la forme. Si on admettait qu’elles sont des objets platoniques (de pures idées éternelles) qui influencent la matière, comment l’influencerait-elle ? Par quelles capacités ? Il faut un agent extérieur pour que la matière corresponde aux lois physiques, le démiurge de Platon par exemple. Mais qu’est ce qui empêche ce démiurge de changer d’avis ? C’est à mes opposants de dire pourquoi ces lois sont nécessaires.

Objection : Si la matière avait eu un comportement différent par le passé, nous pourrions le voir et le mesurer.
Réponse : Uniquement si nous adoptons l’article philosophique qui permet cette observation. Si nous disons que l’Univers a toujours eu les mêmes lois, nous créerons trente-six théories scientifiques différentes pour expliquer les « bizarreries », plutôt que de dire que le comportement de la matière était différent.

Conclusion

Bref, la philosophie précède la science. Or la vraie philosophie vient de la foi (2 Corinthiens 10:5). Donc c’est de la foi que nous devons tirer les principes philosophiques qui guident notre science. Donc la vraie science suit le témoignage de la vraie foi.

Considérant que les théories évolutionnistes s’opposent à la vraie foi (ce qui est démontré par un autre débat sur la nature des premiers chapitres de la Genèse), nous devons en conclure que toutes les théories évolutionnistes sont philosophiquement impossibles, et donc de la fausse science. La question des origines est le domaine de la foi avant d’être accessible à la science.


Illustration : Willem Bartel van der Kooi Jan (Baptist) Kobell II (1778-1814), Peintre, en uniforme de membre de l Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-Arts, huile sur toile, 1811 (Amsterdam : Rijksmuseum).

Etienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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