Les Lamentations de Jérémie en vers : chapitre 4 – Alfred de Montvaillant
30 mai 2021

Alfred de Montvaillant (1826-1906) était un poète réformé français qui écrivit des fables et des cantiques mais qui, surtout, versifia de nombreux livres de l’Ancien Testament1. Je vous propose à la lecture le deuxième chapitre du livre des Lamentations de Jérémie, les autres chapitres seront aussi retranscris et publiés sur notre blog. Les numéros de versets sont indiqués. Vous pouvez lire le premier chapitre icile deuxième là et le troisième ici.


Jérémie déplore la désolation de Jérusalem. — Il annonce les vengeances du Seigneur contre l’Idumée et le rétablissement de Sion.

1 Ah ! comment se peut-il hélas ! qu’un or si pur
Ait changé sa couleur pour devenir obscur ?
Comment sur le chemin voit-on rouler la pierre
Dont on avait bâti le divin sanctuaire ?

2 Comment de tes enfants le précieux trésor
Estimé jusqu’ici comme le meilleur or
Peut-il être semblable à ce vase d’argile
Que tire le potier d’une matière vile ?

3 Les bêtes ont donné du lait à leurs petits,
La fille de mon peuple aux sanglants appétits
Comme au désert l’autruche est pour les siens cruelle.

4 La langue de l’enfant encore à la mamelle
Dans son extrême soif s’attache à son palais ;
Ses petits avaient faim, ils ne mangeaient jamais.

5 Ceux qui se nourrissaient de délicates viandes
Sont morts, hélas ! sans voir exaucer leurs demandes,
Et ceux qui s’asseyaient sur la pourpre au festin
Sont sur un vil fumier, lamentable destin !

6 La fille de mon peuple est plus coupable encore
Que ne furent jadis et Sodome et Gomorrhe
Qu’on vit toutes les deux périr en un moment,
Sans que l’homme ait eu part à leur écroulement.

7 De ses Nazaréens la peau resplendissante
Surpassait en blancheur la neige éblouissante ;
Le corail est moins rouge et le lait est moins pur,
Ils avaient la beauté du firmament d’azur.
Ils avaient des saphirs la splendeur merveilleuse,

8 Leur teint a du charbon la couleur ténébreuse,
Qui les reconnaîtrait au milieu de leurs maux ?
Leur peau toute séchée est collée à leurs os.
Elle est comme du bois, ils sont méconnaissables,

9 Les morts ont des destins qui seraient préférables.
Ceux qui dans les combats périrent par le fer,
Ce n’est pas une mort lente qu’ils ont souffert,
Comme les malheureux qu’a tués la famine
Sur un stérile sol que le soleil calcine.

10 Les femmes, tendres cœurs aux soins compatissants,
Ont de leurs propres mains fait cuire leurs enfants :
Les enfants ont servi d’affreuse nourriture
Quand Sion endurait une atroce torture.

11 Le Seigneur satisfit à sa juste fureur
Et l’indignation déborda de son cœur.
La flamme descendit sur la ville sacrée,
Jusques aux fondements le feu l’a dévorée.

12 Les rois des nations, pas plus qu’aucun mortel
N’auraient cru voir jamais un événement tel :
Que l’ennemi vainqueur lancerait ses cohortes
Contre Jérusalem et forcerait ses portes.

13 Les prêtres corrompus, les prophètes pécheurs
Voilà les artisans de nos cruels malheurs.
Les sacrificateurs de leur main criminelle
Des justes répandaient le sang au milieu d’elle.

14 L’aveugle ne trouvait nulle part en passant
De robe qui ne fut dégouttante de sang.

15 Vite retirez-vous, cœurs remplis de souillures
Et ne nous touchez point avec vos mains impures,
Leur criait-t-on, alors ils s’en allaient honteux,
Et les peuples ont dit : Dieu n’est plus avec eux.

16 Dieu les a rejetés dans sa juste colère,
Ils n’ont pas respecté le prêtre au front austère,
Ils ont vu le vieillard, mais sans compassion.

17 Quand nous étions comptés pour une nation,
Du vain secours d’autrui nous bercions l’espérance,
Mais de là ne pouvait venir la délivrance.

18 Dans nos places afin que nous ne marchions pas
Un ennemi jaloux épiait tous nos pas.
Nos jours sont accomplis, notre fin est venue.

19 Ils ont été plus prompts que l’aigle de la nue,
Ils nous ont poursuivis sur les monts dans les airs.
Leurs pièges se tendaient pour nous dans les déserts.

20 L’oint du Seigneur fut pris dans leur embûche sombre,
Celui dont nous disions : nous vivrons sous ton ombre.

21 Fille d’Édom, tu peux encore t’éblouir,
Dans ton pays de Huts tu peux te réjouir,
La coupe passera, tu seras enivrée.
Tu seras à ton tour aux insulteurs livrée.

22 Ô fille de Sion, toi dont l’iniquité
Reçut son châtiment hélas ! trop mérité,
Jouis d’un sort meilleur, c’est la fin de ta peine,
Tu n’émigreras plus sur la rive lointaine.
Fille d’Édom, c’est toi que Dieu visitera,
De tes méchancetés l’horreur apparaitra.


Illustration en couverture : Jérémie se lamentant, Rembrandt, peintre réformé, 1630, détail.

  1. J’ai pu retrouver la trace de ses versifications complètes d’Ésaïe, Jérémie, Lamentations, Ézéchiel, Daniel et tous les petits prophètes, Job, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques, les cantiques de Moïse et David et même Baruch, l’Ecclésiastique, le cantique de Déborah et de Judith. Je pense aussi avoir identifié une versification du Livre de la Sagesse dite de Salomon, bien que je n’en ai pas la certitude. Il tenta aussi une versification de la vie du Christ et des évènements autour du Lac de Tibériade.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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