Les Lamentations de Jérémie en vers : chapitre 1 – Alfred de Montvaillant
9 mai 2021

Alfred de Montvaillant (1826-1906) était un poète réformé français qui écrivit des fables et des cantiques mais qui, surtout, versifia de nombreux livres de l’Ancien Testament1. Je vous propose à la lecture le premier chapitre du livre des Lamentations de Jérémie, les autres chapitres seront aussi retranscris et publiés sur notre blog. J’indique les numéros de versets correspondant aux vers entre parenthèses.


Lamentation sur Jérusalem et sur la Judée. Jérémie déplore la désolation de Jérusalem, et annonce les vengeances du Seigneur contre ceux qui se réjouissent des malheurs de cette ville. Après que le peuple d’Israël eut été mené en captivité, et que Jérusalem fût devenue déserte, le prophète Jérémie fondant en larmes s’assit, et fit ces lamentations sur Jérusalem, soupirant dans l’amertume de son cœur, et disant avec de grands cris :

(1) Comment cette cité, bruyante multitude,
S’est-elle transformée en une solitude ?
Comment cette cité, reine des nations
Ployant sous le fardeau de ses afflictions,
Abîmée en son deuil semble-t-elle une veuve
Dont le cœur accablé succombe sous l’épreuve?
Comment celle dont tous attendaient leur salut
Aujourd’hui porte-t-elle aux autres son tribut ?

(2) Elle passe la nuit au milieu des alarmes,
Son visage défait est inondé de larmes,
Aucune voix ne vient consoler sa douleur.
Ses intimes amis redoublant son malheur
Hélas ! ont tous agi perfidement contre elle,
Ils en ont fait l’objet de leur haine cruelle.

(3) Subissant les horreurs de la captivité
La fille de Juda sous ce joug détesté
Sent son cœur envahi d’une morne tristesse,
Les nations ont vu sa profonde détresse,
Elle est tombée aux mains de lâches insulteurs,
Elle est à la merci de ses persécuteurs.

(4) Les chemins sont en deuil, un peuple de fidèles
N’y passe plus courant aux fêtes solennelles,
Les portes en débris ont cessé de s’ouvrir,
Les prêtres atterrés ne font plus que gémir,
Le regret fait pâlir les vierges qu’il consume
Et Sion est plongée au sein de l’amertume.

(5) Ses ennemis grandis dans sa calamité
La dominent et sont dans la prospérité.
Car les iniquités de cette infortunée
Aux yeux du Tout-Puissant seules l’ont condamnée
Et ses petits enfants sous un maître irrité
Subissent les rigueurs de la captivité.

(6) La fille de Sion a perdu son prestige,
De son honneur ravi sa dignité s’afflige,
Ses chefs sont devenus des béliers languissants
Qui pour paître n’ont plus des gazons verdissants.
Ils sont allés tremblants, se soutenant à peine,
Devant les ennemis les chassant dans la plaine.

(7) Jérusalem conserve encor le souvenir
De ces funèbres jours où Dieu vint la punir
De ses transgressions dont le fardeau l’accable,
Et de tout ce qu’elle eut jadis de désirable,
Quand son peuple tombait aux mains de son vainqueur
Sans que d’aucun secours elle obtint la faveur.
De tous ses ennemis aujourd’hui méprisée,
Voilà que ses sabbats deviennent leur risée.

(8) Jérusalem commit bien des transgressions,
Elle est errante aussi parmi les nations ;
Tous ceux qui l’honoraient naguère l’ont honnie,
Ils ont été témoins de son ignominie,
Elle s’en est allée hélas ! en gémissant,
Détournant ses regards et son front pâlissant.

(9) Dans les pans de sa robe emportant ses souillures,
Oubliant de sa fin les calamités sûres,
Elle tomba bien bas d’une grande hauteur
Et sa chute terrible est sans consolateur.
Considère, Seigneur, ma profonde souffrance,
Devant un ennemi si rempli d’arrogance.

(10) Son vainqueur a pillé ses trésors précieux
Et tout ce qui rendait les peuples envieux.
Ceux dont tu repoussais le mélange adultère
Sont entrés sous ses yeux jusqu’en ton sanctuaire.

(11) Tout son peuple gémit, il cherche un peu de pain
Pour soutenir sa vie et pour calmer sa faim.
Ils abandonnent tout ; ô Seigneur, considère
Mon avilissement au sein de ma misère.

(12) Ô vous tous qui passez par le chemin, voyez
S’il est une douleur aussi grande et sachez
Que l’ire du Seigneur contre moi s’est vengée,
Je suis, comme il l’a dit, la vigne vendangée.

(13) Un feu tombé du ciel a gagné tous mes os
Et ne m’a plus laissé ni trêve ni repos.
Le Seigneur à mes pas oppose une barrière,
Mes pieds sentent un rets et je tombe en arrière.
De tristesse et de deuil il remplit mon séjour
Et mon cœur languissant soupire tout le jour.

(14) De mes iniquités le fardeau sur moi tombe
Avec le joug fatal sous lequel je succombe ;
Et ces iniquités s’attachent à mon cou
Et le serrent ainsi que ferait un écrou.
J’ai perdu ma vigueur, le Seigneur m’a livrée
A la main qui toujours doit me tenir serrée.

(15) J’ai dû voir retirer par l’ordre du Seigneur
De mon peuple vaincu tous les hommes de cœur ;
Tous mes soldats choisis ont mordu la poussière.
Le pressoir a reçu sa pression dernière,
Et du vin généreux les restes ont coulé ;
Ô Vierge de Juda, tout est donc immolé ;

(16) Aussi je fonds en pleurs au sein de mes alarmes,
Mes yeux sont devenus deux fontaines de larmes,
Car celui qui devait, consolant mon émoi,
Me redonner l’espoir s’est éloigné de moi.
Mes enfants sont perdus, ô destinée horrible !
Ils sont à la merci d’un ennemi terrible.

(17) Sion a bien tendu les mains pour appeler,
Personne n’est venu qui put la consoler.
Le Seigneur ordonnant qu’elle fut attaquée,
Les ennemis cruels de partout l’ont traquée.
Jérusalem parmi ses vainqueurs détestés
Etait comme une femme en ses impuretés.

(18) Oui l’Eternel est juste autant qu’il est sévère,
Ma désobéissance attira sa colère.
Peuples écoutez tous, regardez ma douleur,
Veuillez considérer, de grâce, mon malheur.
Voyez-vous ma jeunesse ici que l’on entraîne,
De la captivité tous ils portent la chaîne.

(19) J’appelai mes amis, leurs cœurs étaient fermés,
Mes prêtres, mes vieillards ont été consumés,
Au sein de la cité, quand leur unique envie
Etait un peu de pain pour soutenir leur vie.

(20) Seigneur, jette les yeux sur mon affliction,
Daigne prendre en pitié ma désolation ;
Mon cœur bouleversé par ma douleur extrême
Palpite vivement au-dedans de moi-même ;
Aux entrailles je sens d’affreux déchirements,
Personne ne connaît mes épouvantements.
Mes enfants au-dehors périssent par l’épée,
D’une image de mort mon âme est occupée.

(21) Tout le monde est témoin de mes gémissements,
Personne n’est venu consoler mes tourments.
Mes ennemis sachant mon angoisse cruelle
Ont tressailli de joie à sa triste nouvelle.
Mais, ô Dieu, quand luira ton jour consolateur.
Eux tu les traiteras avec cette rigueur.

(22) Vois le mal qu’ils ont fait et que ton bras nous venge,
Traite-les comme on fait les vignes qu’on vendange
Et que les châtiments de nos iniquités
Atteignent à leur tour qui les a mérités.
Je sanglote, je sens redoubler ma tristesse
Et mon cœur consterné s’abîme en sa détresse.

Illustration en couverture : Jérémie se lamentant, Rembrandt, peintre réformé, 1630, détail.


  1. J’ai pu retrouver la trace de ses versifications complètes d’Ésaïe, Jérémie, Lamentations, Ézéchiel, Daniel et tous les petits prophètes, Job, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques, les cantiques de Moïse et David et même Baruch, l’Ecclésiastique, le cantique de Déborah et de Judith. Je pense aussi avoir identifié une versification du Livre de la Sagesse dite de Salomon, bien que je n’en ai pas la certitude. Il tenta aussi une versification de la vie du Christ et des évènements autour du Lac de Tibériade.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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1 Commentaire

  1. Olivier

    Bonjour,

    Très beau site (j’adore cette sobriété) et très beaux articles ! Est-ce qu’on peut espérer une transcription des autres livres par la suite ?
    Merci, bonne continuation.

    Olivier

    Réponse

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