Étant à la fois médecin et passionné de théologie, le sujet des miracles eucharistiques est d’un certain intérêt, se situant à la croisée des domaines que j’ai le plus étudiés. Comme je l’ai annoncé récemment, je prévois de publier des articles analysant chacun des cinq miracles considérés comme les plus établis. Voici les articles déjà publiés dans cette série :
- Considérations générales sur les miracles eucharistiques : que peut donc bien faire un protestant d’un miracle eucharistique ?
- À propos des analyses de groupe sanguin des miracles eucharistique : réfutation d’un argument fallacieux.
Nous débutons aujourd’hui par le miracle le plus ancien, celui de Lanciano. Il s’agit du seul miracle allégué qui ait fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique. Pour tous les autres, comme nous le verrons, il n’y a que des témoignages écrits ou oraux de chercheurs, ainsi que des résultats d’examens dépouillés de leurs données brutes. Comme le dit le Dr Trasancos, chimiste catholique ayant été chargée par des autorités ecclésiastiques pour enquêter sur le sujet :
Je pensais qu’il serait utile de développer la préoccupation unique qui traverse tous les cas, en particulier les plus récents (Buenos Aires, Tixtla et Sokółka). Il s’agit des données brutes — ou plutôt de leur absence. […] Sans exception — et je ne le dis pas à la légère — aucune des enquêtes sur les miracles eucharistiques n’a publié de données brutes. Dans la plupart des cas, les enquêteurs n’ont même pas publié de rapport. Ils émettent des affirmations (« ce tissu est vivant », ou « ce patient souffrait de telle affection », ou encore « cet ADN ne présente aucune contribution paternelle »), et comme certains de ces enquêteurs sont des scientifiques ou des professionnels de la santé, d’autres personnes occupant des positions d’autorité — ecclésiastiques, théologiques, philosophiques, ou influentes sur les réseaux sociaux — confondent ces affirmations avec des données brutes1.
Mais pour ce qui est de Lanciano, nous avons justement un rapport à étudier. Nous allons dans un premier temps résumer l’histoire de ce prétendu miracle et les analyses scientifiques qui sont présentées par ses défenseurs. Puis nous offrirons une analyse de chacun des éléments avancés. Nous serons alors en mesure de conclure en classifiant ce miracle allégué parmi l’une des trois options énoncées dans notre article de considérations générales. Mais avant cela, il est utile que je mentionne les sources que j’ai consultées pour cette étude, en résumant très brièvement leur propos.
Bibliographie
- Le chapitre et les sections correspondant à Lanciano dans l’ouvrage Un cardiologue rencontre Jésus du cardiologue catholique Franco Serafini. Serafini présente l’histoire des cinq miracles que nous examinerons, et en fait l’apologie ;
- Divers articles publiés dans des revues à comité de relecture du docteur en immunologie Kelly Kearse, lui aussi catholique. Kearse conteste plusieurs des arguments utilisés par les apologètes et par le docteur Serafini. Il n’offre pas de propos généraux sur les miracles eucharistiques mais, en bon scientifique, examine plutôt des affirmations très précises. Vous aurez une idée de ses travaux en consultant notre article sur les groupes sanguins. J’ai correspondu en privé avec lui également.
- Une vidéo de « l’apologète athée » Absinners. Il y résume divers arguments pertinents à propos des miracles de Buenos Aires et Lanciano, avec le ton moqueur qui caractérise malheureusement une partie du contenu polémique anti-religieux.
- Un article d’Ethan Muse, philosophe et blogueur catholique, dédié spécifiquement à Lanciano et visant à offrir la défense la plus exhaustive qui soit de ce miracle.
- Le chapitre de Matthieu Lavagna sur les miracles eucharistiques dans son livre d’apologie du catholicisme ainsi que sa vidéo de réponse à Absinners.
- L’ouvrage Behold it is I du docteur en chimie Stacy Trasancos, co-écrit avec un prêtre et préfacé par l’évêque traditionaliste Joseph Strickland. Le docteur Trasancos, également catholique, y explique pourquoi les résultats à propos des miracles qu’elle examine ne sont pas conclusifs. Son propos est complété par divers articles sur son blog, sur lequel elle se livre à une réfutation minutieuse des allégations de miracles eucharistiques.
- Le blog Skeptasmic, examinant avec grand soin divers miracles eucharistiques depuis cinq ans. L’autrice, qui publie sous le nom de Kerry, est accompagnée de son époux, docteur en biologie. Elle conclut également à l’absence de miracle, plusieurs de ses arguments demeurent sans réponse du côté des partisans.
- Le livre de Bruno Sammaciccia, qui se veut un compte rendu partisan de l’histoire du miracle.
- Un article de mars 2025 de Thomas Grzybowski et 12 autres chercheurs, publié dans une revue à comité de relecture. L’étude analyse 25 cas récents (Pologne, Allemagne, États-Unis, Afrique du Sud) via une approche multidisciplinaire (microbiologie, mycologie, histologie, tests forensiques ADN et sanguins) et démontre l’origine naturelle des modifications constatées sur les hosties. L’étude propose aussi une procédure pour évaluer les futurs miracles allégués. Elle permet de constater, par comparaison, à quoi doit ressembler une étude sérieuse sur de telles allégations.
- Divers résumés et extraits de l’étude du docteur Linoli, dont nous aurons à reparler dans cet article ainsi que divers documents que m’ont communiqués des partisans de la thèse du miracle.
L’histoire du miracle de Lanciano, racontée par ses défenseurs
La légende de Lanciano, ville d’Italie, voudrait qu’au VIIIe siècle, un prêtre doutant de la présence réelle du Christ ait constaté que l’hostie se changeait en chair dans ses mains, et le contenu du calice en sang. Il s’agit là du premier miracle de Lanciano, miracle de transformation. Les précieuses reliques auraient alors fait l’objet d’une « dévotion ininterrompue », selon Franco Serafini.
En 1574 aurait eu lieu la première inspection ecclésiastique de ce miracle, lors de laquelle un second miracle aurait été constaté : chacun des 5 caillots de sang pesait le même poids et un caillot pesait autant que la totalité !
Le 17 février 1574, l’archevêque Rodriguez procéda à une première reconnaissance ; comme l’atteste une inscription gravée sur un bloc de marbre situé dans l’église, il constata en présence du peuple que le poids total des cinq caillots de Sang était identique au poids de chacun d’eux2.
C’est ici le deuxième miracle de Lanciano, le miracle de la pesée.
En 1886, une autre inspection a lieu. Durant celle-ci, le miracle de la pesée n’a pas lieu, car chaque caillot a un poids différent l’un de l’autre et, évidemment, différent de l’ensemble.
Serafini affirme que durant la période napoléonienne, le couvent fut fermé puis subi diverses transformations, étant même brièvement une loge maçonnique. Ce fut seulement en 1952, affirme-t-il, que le couvent fut restauré aux franciscains.
Vient alors la narration de l’inspection « moderne », celle de 1970. À l’ère de la modernité post-Vatican II, il fallait un examen scientifique plutôt que des légendes médiévales. Le professeur Linoli, anatomo-pathologiste et donc qualifié pour examiner des tissus humains, est choisi par le couvent pour être en charge de la chose. La texture de l’objet d’étude est décrite comme solide, presque comme du bois. La substance est couverte de moisissures, avec des résidus de corps d’insectes. À l’aide d’une pince, il est autorisé à prélever 2 morceaux d’une totalité de 20 milligrammes de la substance censée correspondre au corps. De même, les 5 résidus de sang sont présentés, pesés à nouveau (et chacun faisait évidemment un poids différent). Un prélèvement est effectué.
Après bien des examens, Linoli conclut que le sang est bien du sang, que la chair est un muscle cardiaque, que les deux sont humains et de groupe AB, que la proportion de protéine correspond au sang humain, que la plupart des minéraux étaient présents de manière réduite et le calcium de manière augmentée (ce que Serafini affirme être dû à la contamination de l’échantillon). Il affirme encore qu’il ne peut pas s’agir d’un faux car il serait difficile d’obtenir une tranche de myocarde comme celle-ci. Il publie ses recherches dans une revue scientifique.
L’inspection de 1970 est complétée en 1981, par le même Linoli, à la demande des moines. D’autres structures cardiaques sont décrites par Linoli à cette occasion, Linoli fait encore l’hypothèse, à propos de 14 petits trous issus des clous utilisés pour fixer la relique, que la distension dont ils témoignent résultent de la rigidité cadavérique survenue 3 h à 48 h après la mort de ce cœur. Ainsi, le cœur du miracle originel aurait été vivant. Il pense que l’ensemble des prélèvements témoignent du fait qu’il s’agirait d’une coupe anatomique, comme une « tranche » complète d’un cœur humain. À cette occasion, divers auteurs évoquent également une conservation miraculeuse des reliques. Nous avons donc à examiner le miracle de transformation, de pesée mais également de conservation !
Dans la fin des années 1970, l’OMS et les Nations Unies, interpellées par ces résultats, auraient à leur tour réalisé une étude confirmant, après plus de 500 prélèvements, les conclusions de Linoli.
Les arguments scientifiques des défenseurs du miracle
Afin que ma réponse aux arguments des miraculistes soit comprise, j’aimerais résumer leurs arguments brièvement. Vous les trouverez sous forme plus développée dans les sources indiquées en début d’article.
- Argument sur l’aspect macroscopique : l’aspect de la relique à la fois dans sa taille, sa texture, son épaisseur, correspondrait à du cœur ;
- Argument microscopique/histologique : les conclusions de Linoli à l’examen microscopique correspondent à du tissu cardiaque, à la fois en raison de l’orientation des fibres musculaires, la structure syncithiale du tissu observé, la présence d’adipocytes (cellules graisseuses), une couche conjonctive avec des vaisseaux évoquant un endocarde, des structures vasculaires et nerveuses, plusieurs de ces éléments étant spécifiques au cœur ;
- Le test de Uhlenhuth, revenu positif pour le sérum humain et négatif pour le sérum bovin et le sérum de lapin, prouverait que le tissu examiné est humain ;
- Le test d’absoption-élution dont l’agglutination témoigne d’un groupe sanguin AB. Ce résultat, affirme-t-on, serait spécifique à l’homme ;
- L’électrophorèse des protéines signale une composition protéique similaire à celle du sang frais humain.
À partir de ces arguments, d’autres sont offerts :
- Un faussaire médiéval ne prendrait pas le temps de se procurer de la chair humaine, il se contenterait de chair animale impossible à distinguer pour l’époque (cela suppose que les tests précédents sont exactement interprétés, évidemment) ;
- Seule une main experte aurait pu réaliser une coupe longitudinale du cœur ;
- Les techniques de préservation de tissu connues au Moyen Âge auraient laissé des traces que l’on ne retrouve pas dans l’échantillon ;
- Les globulines, normalement fragiles, sont présentes en abondance dans l’échantillon ;
- Les proportions de ces globulines correspondent à du sang frais, notamment parce qu’on y observe pas l’inflation de la bande gamma attendue.
- La chromatographie sur couche mince témoigne d’une présence d’hémoglobine.
Enfin, il est argumenté que Linoli ne pourrait pas avoir falsifié les résultats car :
- Il aurait couru le risque que d’autres études indépendantes à l’avenir le démasquassent ;
- Il n’aurait pas cherché à faire publier ses résultats et à les exposer ainsi à la critique ;
- Il n’avait pas de raison de le faire. D’ailleurs, en tant que catholique, il devait savoir que mentir sur des sujets liés à la foi est une faute grave ;
- Il n’aurait pas pu produire les photos du rapport de 1970 ;
- Une fraude par Linoli servirait à couvrir une toute aussi improbable fraude médiévale.
Ces arguments sont presque tous mauvais, et c’est ce que la suite de l’article va chercher à démontrer.
Réponse aux arguments
Il est plus simple d’énoncer un argument que d’y répondre. En effet, la force rhétorique du récit miraculeux est qu’il présente une « version des faits » cohérente et plaisante. À l’inverse, la réponse ne consiste pas principalement en une version concurrente, mais en la réfutation et contestation de ce qui est allégué. Aussi, cette section de l’article sera sûrement un peu aride, parce que la rigueur le nécessite. Cet article relèvera 8 problèmes principaux et quelques problèmes secondaires dans l’argumentaire. Pour la rédaction du dernier problème principal, j’ai fait appel à un spécialiste en histologie et anatomopathologie, je vous recommande particulièrement cette section.
Premier problème : le gap historique
Huit siècles de silence
La narration que nous avons relayée en début d’article affirme que les reliques ont fait l’objet d’une « vénération ininterrompue » depuis le VIIIe siècle. Le souci avec cette affirmation, c’est que nous n’en avons aucune trace. La première mention écrite en notre possession de ce miracle remonte au XVIe siècle, époque où l’Église catholique, en pleine Contre-Réforme, avait un besoin urgent de « miracles anti-protestants » pour défendre la doctrine de la transsubstantiation. Comme preuve de l’ancienneté de la chose, Serafini mentionne, sans aucune source première3, des conflits autour de la possession de l’église où aurait eu lieu le miracle, ce qu’il interprète comme un combat pour la possession des précieuses reliques qu’elle contenait supposément. Il concède, avec honnêteté, qu’il doit s’agir d’un conflit pour son « précieux, quoique jamais mentionné, contenu. » Belle formule !
Ethan Muse, dans l’article mentionné en introduction de cet article, évoque comme « plus ancienne mention » du miracle de Lanciano un texte du XIe siècle de Guitmund d’Averse, un moine normand, mentionnant que son maître Lanfranc lui avait parlé d’une hostie devenant rouge et étant conservée dans un reliquaire. Le souci est que des histoires de ce type, il y en eut plus d’une durant la période médiévale et que le texte en question ne mentionne ni calice, ni la ville de Lanciano, ni même l’Italie. Serafini est plus prudent, affirmant que ce même texte pourrait être un indice en faveur d’une vénération à Lanciano.
Le premier problème donc, avec la thèse du miracle, c’est l’écart conséquent entre l’événement allégué et la première mention incontestable de celui-ci si bien que, quel que soit ce que nous examinons aujourd’hui (ou en 1970), nous n’avons aucun moyen de savoir qu’il s’agissait bien un jour d’une hostie : tout repose sur la confiance que nous avons dans le récit qu’un document en italien des années 1630 fait d’un événement survenu prétendument huit siècles plus tôt.
Ainsi, le docteur Transancos relève de manière opportune en conclusion de son chapitre sur Lanciano :
Aucune des investigations scientifiques ne peut prouver que le pain s’est réellement transformé en chair. Elles se contentent d’analyser la substance qui leur est présentée. Les données ne valent jamais mieux que leur maillon le plus faible ; or, en l’absence de témoins oculaires vérifiables et d’une chaîne de transmission indiscutable, les tests scientifiques restent non concluants sur la question d’un changement physique et chimique réel. Tout repose, au bout du compte, sur le témoignage auquel on choisit de croire.
Aucun des échantillons n’a été daté par des méthodes radiométriques ; donc, dans un sens strictement technique et objectif, la science ne peut rien dire sur leur état de conservation. Si l’échantillon s’est effectivement changé en chair en l’an 700, s’il s’agit bien du même morceau qui a été exposé dans l’ostensoir pendant tous ces siècles, s’il n’a jamais été manipulé ou remplacé, et si toute explication naturelle (dessiccation, momification, etc.) peut être exclue, alors oui, le profil protéique obtenu est absolument remarquable. Des analyses supplémentaires pourraient être réalisées, mais des questions resteront toujours sans réponse. Au final, tout reviendra à savoir quel témoignage nous choisissons de croire4.
De même, Silvano Fuso, membre du CICAP (une association italienne regroupant une centaine de chercheurs et qui vise à débusquer la pseudo-science), relève :
D’un point de vue scientifique, il est clair que toute investigation sur la prétendue transformation de l’hostie et du vin en chair et en sang est impossible. Croire en une telle transformation relève donc de la pure foi. Les seules analyses possibles concernent l’état actuel de la relique, sa véritable nature et les méthodes de sa conservation5.
Outre cela, plusieurs éléments plaident en faveur d’une origine vers la fin du Moyen Âge ou le début de l’ère moderne :
- Premièrement, l’histoire d’un prêtre qui doute et qui est conforté dans sa foi par une hostie sanglante est un thème récurrent des légendes eucharistiques médiévales : c’est le cas pour Ratisbonne (1257), Bolsena (1264) et Macerata (1356). L’historien Steven Justice en étudie une bonne vingtaine, par exemple, ils sont tous médiévaux6.
- Deuxièmement, la relique elle-même relève d’un anachronisme. Elle correspond à la taille d’une fine hostie telle qu’on en usait à la fin du Moyen Âge. Or, c’est à partir du IXe siècle, et très progressivement, que le pain azyme commence à être largement utilisé. Auparavant, on utilisait du pain commun, levé7. Cela est demeuré la pratique en Orient. Les Francs ont introduit très progressivement la pratique du pain azyme, cuit entre deux plaques, qui demeurait une large galette plate, pas tout à fait de la taille d’une tranche de cœur ! Raban Maur au neuvième siècle, avec Alcuin, est le premier témoin que nous avons du pain azyme en Occident, selon le père Jungmann, qui précise que cette pratique s’est répandue très lentement8. Et ce n’est que plus tard que l’hostie fine et de petite taille apparaît, au XIe siècle. Ainsi, la taille et la finesse de la relique présentée comme provenant d’une hostie ne correspondent pas à la pratique du VIIIe siècle mais collent plutôt avec la fin de la période médiévale.
- Du reste, l’exemple de Grégoire de Tours que nous avons analysé, assez proche temporellement (en tout cas, plus proche de six siècles que le premier récit du miracle !), nous montre que l’écoulement de sang d’un pain consacré n’était pas perçu à son époque comme un signe en faveur de la présence réelle mais comme un mauvais présage. Il ne va donc pas de soi qu’au huitième siècle un tel événement serait perçu comme confirmant la présence réelle.
Deux interrogations
Un autre gap historique relève plutôt de l’interrogation de ma part : le couvent a été désacralisé sous Napoléon et n’a été rétabli qu’au milieu du vingtième siècle ; où ont été stockées les reliques pendant ce temps ? De même, on sait qu’en 1770 le reliquaire a été nettoyé et que la prétendue hostie miraculeuse en a été sortie pendant quelques temps. Ces divers évènements ne permettent pas d’établir une chaîne de transmission indiscutable même depuis le XVIe siècle, à moins que l’on puisse fournir des informations que j’ignore à ce propos.
Une analogie, trois prophéties
Il n’y a rien d’outrageusement sceptique à considérer que huit siècles d’écart entre un événement et son premier rapport écrit rendent la narration peu crédible. C’est exactement une considération de ce genre qui fait conclure les historiens et concéder même les apologètes orthodoxes qu’il n’y a jamais eu d’icône de Marie peinte par Luc, la première mention de celle-ci survenant huit siècles après saint Luc, dans un contexte iconodule9.
Mais si un catholique était tenté de nous objecter l’accusation de scepticisme excessif, j’aimerais lui retourner le défi avec trois événements relatés comme surnaturels dans la tradition réformée.
La prophétie de Jean Huss
Lorsque le Réformateur de Bohème Jean Huss fut fait martyr au concile de Constance, il prononça la parole suivante : « vous allez cuire une oie (hus signifie en effet oie en tchèque), mais dans cent ans viendra un cygne que vous ne pourrez ni rôtir ni bouillir ! » Cent ans plus tard vint Martin Luther. Plus d’une église luthérienne sont surplombées d’un cygne en lieu et place du coq aujourd’hui, en référence à cette prophétie de Jean Huss.
Mais voilà, les premières sources de cette prophétie sont des auteurs luthériens, un siècle après celle-ci10. Il n’en demeure pas moins que nous avons plus de raisons de croire à cette prophétie qu’au récit de Lanciano survenu huit siècle plus tard :
- Premièrement, parce qu’un siècle et huit siècles sont des choses bien différentes pour la conservation d’une tradition ;
- Deuxièmement, parce que ce propos de Jean Huss est rapporté par les luthériens comme une chose connue de leur époque, à dessein de l’appliquer à Luther ;
- Nous possédons plusieurs lettres de Jean Huss dans lesquelles il se désigne comme « l’oie » et notamment une où il parle « d’autres oiseaux qui, par la parole de Dieu et par leur vie, s’élèveront vers les sommets et briseront leurs pièges en morceaux11 »
- Un compagnon de Jean Huss, quelques temps avant le martyre, écrivit ceci dans une autre lettre : « Écrit à Constance le samedi précédant la Saint-Martin. L’oie n’est pas encore cuite et n’a pas peur de l’être, car cette année, la veille de la Saint-Martin tombe un samedi, jour où l’on ne mange pas d’oies12 ! » Il est ironique que Jean Hus n’ait pas pu être exécuté avant la Saint-Martin, quand on sait que c’est à cette date que, plus tard, naîtra un certain Martin en Allemagne. Ainsi, le langage de l’oie cuite pour désigner le martyre probable de Jean Huss est attesté à cette époque.
Quoi qu’il en soit de cette prophétie alléguée de Jean Hus, elle relatée par des sources bien plus proches de l’événement et ne souffre d’aucun anachronisme, puisqu’elle correspond au langage qu’employait Huss et ses compagnons. Or, cette prophétie, si elle est divine, ne s’intègre pas aisément dans le paradigme catholique romain.
« Ce sera ta dernière cène »
En guise d’anecdote, je relate un autre épisode prophétique en Écosse, rapporté par un témoin direct de l’évènement dans un récit biographique :
Ayant assisté à Contin, un sabbat de Sainte-Cène13 où mon père officiait, après que tous les autres communiants eurent pris leur place à la table, lui — pour une raison qu’il n’a pas vécue assez longtemps pour révéler — demeura encore à son siège. Le ministre dit : « Il reste ici un communiant qui n’est pas encore venu, et tant que cette personne n’aura pas pris place à la table, je ne puis poursuivre le service. » On chanta alors un autre verset, mais « le marchand de Kiltarlity » ne vint pas. Il n’était pas dans l’œil du ministre, bien qu’il y eût quelqu’un sur son esprit, lorsqu’il dit : « Je vous implore de venir, car c’est votre dernière occasion d’annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne14 ; car si je ne me trompe pas grandement, vous n’atteindrez pas votre demeure vivant après la fin du service. »
Le marchand s’avança alors, et à peine eut-il pris sa place à la table que le ministre dit : « Nous pouvons maintenant poursuivre le service. »
Au renvoi de la congrégation, le lundi, le marchand prit le chemin de sa maison ; mais, en traversant le gué de la Conon, il fut emporté par le courant et se noya15.
Des anecdotes comme celle-ci, il y en a des dizaines rien que dans les pages de l’histoire de l’Église réformée en Écosse. Or, si cette prophétie est divine, elle suppose la validité des sacrements réformés, et ne s’intègre ainsi pas aisément non plus dans le paradigme catholique romain.
Les prophéties de John Knox
De nombreux auteurs contemporains ou proches du réformateur de l’Écosse John Knox rapportent diverses prophéties qu’il énonça à propos de plusieurs opposants et persécuteurs des protestants. Samuel Rutherford, par exemple, qui naquit 30 ans environ après le ministère de Knox, relate en passant :
Il existe une troisième révélation, accordée à certains hommes particuliers, qui ont prédit des choses à venir même depuis la clôture du canon de la Parole. Ainsi Jean Huss, Wyclif, Luther ont annoncé des événements futurs, et ceux-ci se sont assurément accomplis. Et, dans notre nation d’Écosse, maître George Wishart prédit que le cardinal Beaton ne sortirait pas vivant des portes du château de St. Andrews, mais qu’il mourrait d’une mort honteuse ; et il [Beaton] fut pendu à la fenêtre même par laquelle il regardait lorsque, lui, il vit le serviteur de Dieu [Wishart] brûlé. Maître Knox prophétisa la pendaison du lord de Grange. Maître John Davidson prononça des prophéties connues de beaucoup dans le royaume ; divers prédicateurs saints et mortifiés en Angleterre ont fait de même16.
Assurément, ces divers témoignages à propos de Knox, Wishart, Davidson s’intègrent également difficilement dans le paradigme catholique romain, pourtant ils étaient assez connus pour n’avoir pas été contestés à cette époque, à ma connaissance.
Je referme cette parenthèse et poursuis avec Lanciano.
Deuxième problème : le faux rapport de l’OMS
Vous avez peut-être remarqué qu’à la fin de mon résumé historique, je mentionnais une étude prétendument réalisée par l’OMS qui aurait confirmé les conclusions de Linoli. Ainsi, l’Exposition internationale vaticane, organisée par l’Association des amis des miracles eucharistiques du fraîchement canonisé Carlo Acutis affirme-t-elle :
En 1973, le Conseil supérieur de l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) nomma une commission scientifique pour vérifier les conclusions du professeur Linoli. Les travaux durèrent 15 mois et 500 examens furent effectués. Les conclusions de toutes les recherches confirmèrent ce qui avait été déclaré et publié en Italie. L’extrait de la recherche scientifique de la commission médicale de l’O.M.S. fut publié à New York et à Genève en 1976, et confirma l’incapacité de la science à expliquer le phénomène17.
Cette histoire fut relayée par un nombre incalculable de sites catholiques durant plus de 20 ans (et continue de l’être). En France également, l’association 1000 raisons de croire, les influenceurs Le catho de service et Ignis s’en sont fait l’écho, comme le signale Absinners. Matthieu Lavagna également, dans la première version de son livre d’apologie du catholicisme, reproduisait cette affirmation. La dernière version du livre, fort heureusement, ne contient plus ces allégations et, à la place, produit cette note de bas de page :
Beaucoup de sites internet et de livres catholiques fervents indiquent que l’OMS aurait étudié l’hostie de Lanciano dans les années qui suivirent les travaux de Linoli. Or, il s’agit d’une fausse information, réfutée par Franco Serafini (op. cit., pp. 28-29) : l’auteur s’est rendu en Italie pour consulter le rapport qui, en réalité, concernait des momies égyptiennes ! J’ai moi-même relayé cette erreur dans la première édition de mon ouvrage et l’honnêteté intellectuelle m’oblige ici à me rétracter publiquement.
En effet, pendant des années divers auteurs sceptiques ont relevé l’impossibilité de mettre la main sur ce document de l’OMS. Le docteur Serafini s’est alors rendu dans le couvent de Lanciano où un coffre fut ouvert pour lui donner de consulter le précieux document. Il s’agissait de plusieurs centaines de pages à propos de momies égyptiennes, auxquelles une première page sur le docteur Linoli avait été accolée. En bref, il ne s’agissait pas simplement d’une fausse information diffusée par amplification des faits ou déformation de ceux-ci mais d’une fraude caractérisée avec production d’un faux rapport stocké jusque dans le couvent de Lanciano pendant des années. Cette histoire pose question à trois égards :
- Premièrement, elle montre le peu de sérieux des travaux qui ont relayé cette information. En effet, toutes ces personnes n’ont pas pu consulter le rapport dont elles relatent les conclusions, puisque ce rapport n’existe pas. Elles n’ont vraisemblablement pas trouvé opportun de pouvoir consulter une source première avant de faire une affirmation aussi spectaculaire. L’exposition de Carlo Acutis qui, aujourd’hui encore, présente cette information, a tourné dans plusieurs milliers de paroisses et des centaines d’université. Si l’on ne peut guère reprocher au jeune Acutis, qui n’était qu’un adolescent, d’avoir été crédule, on peut certainement le reprocher à l’association d’ampleur mondiale qui entend prolonger son travail.
- Deuxièmement, cette histoire pose question quant à la probité du couvent de Lanciano. Comme nous le verrons, cette fraude circule depuis l’année 2005 au moins. Cela signifie que pendant plus de 10 ans le couvent a disposé de ce document frauduleux et l’a présenté comme argument à des milliers de pèlerins. Or, le docteur Serafini signale qu’il lui a fallu moins de 2 minutes pour constater la fraude en ouvrant le document. Personne donc n’a ouvert le document durant les près de 15 ans minimum où il fut conservé ? En parcourant un forum italien dans la préparation de cet article, je suis d’ailleurs tombé sur un commentaire laissé par un catholique (sous le pseudo Aldo Grano) en 2014 dans lequel il affirme : « Pour lire le document original, le plus simple – le seul que j’aie trouvé jusqu’à présent – est de se rendre à Lanciano, où les frères, que j’ai contactés par téléphone, m’ont dit qu’ils le possédaient en anglais. » Ainsi, en 2014, alors qu’ils recevaient des questions à propos de l’authenticité de cette étude, les frères du couvent continuaient de soutenir ce mensonge.
- Troisièmement, cette histoire pose question quant à la probité du docteur Linoli lui-même. En effet, c’est suite à un congrès en 2005 auquel il participait comme l’un des principaux intervenants que ce mensonge s’est diffusé. La première mention de ce rapport se trouve dans un entretien écrit avec le docteur Linoli lui-même, lors de ce congrès. La deuxième mention de ce document figure également dans un article de mai 2005 relatant le déroulé du congrès. Et c’est à partir de cette mention que des sites comme EWTN, PhatMass ainsi que des forums ont discuté de cette information. Est-ce à dire que le docteur Linoli, qui donnait encore des conférences sur ce miracle jusque dans ses vieux jours, n’a jamais lu les entretiens publiés qu’il a eu avec ces journaux ? Faut-il croire qu’il aurait échappé aux centaines d’articles affirmant cela ? S’il en a eu vent, à supposer qu’il ne soit pas lui-même à l’origine de cette affirmation, pourquoi n’a-t-il pas corrigé le tir ? Comme le dit le docteur Trasancos à propos de l’article de 2005 : « La façon dont l’article est rédigé donne l’impression que c’est Linoli lui-même qui a raconté au journaliste l’existence d’études de l’OMS ayant vérifié ses travaux sur les échantillons de Lanciano. » Puisque le docteur Linoli fut choisi par le couvent comme le scientifique auquel ils confiaient cette charge, qui d’autre que lui aurait pu leur fournir ce faux rapport ? Bien qu’on ne puisse formellement l’accuser d’être le faussaire, il demeure le suspect numéro 1.
Troisième problème : le pseudo-miracle de la pesée
La fameuse brochure de l’association dont je parlais plus tôt affirme encore :
Dans le sang du prodige, on retrouve tous les composants présents dans le sang frais. Et, miracle dans le miracle, chacun des cinq caillots de sang pèse séparément 15,85 grammes : ce qui est le poids exact de tous les caillots pesés ensemble18 !
Cette affirmation est tout simplement fausse. À la fois lors de la pesée de 1886 et lors de l’étude de Linoli (même si cette dernière ne reporte étonnamment pas le poids précis), ce miracle de la pesée n’a pas été constaté. La seule preuve du « miracle dans le miracle » est donc une pierre gravée dans l’église à Lanciano qui relate la légende. Franco Serafini considère que ce miracle est vraisemblable parce que… ses ancêtres italiens savaient utiliser une balance.
Les trois premiers problèmes concernaient l’histoire du miracle et de sa transmission, les prochains problèmes s’attaquent à l’étude de Linoli pour elle-même ainsi qu’aux arguments qui en sont tirés par Franco Serafini, Ethan Muse et Matthieu Lavagna.
Quatrième problème : l’étude de Linoli est publiée sans contrôle
Linoli a publié son étude dans une revue scientifique. Cela est suffisamment rare pour être remarqué : de tous les miracles que nous aurons à examiner, c’est le seul qui ait fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique, comme nous l’avons dit. Ainsi, les chercheurs Thomasz Grzybowski et Marta Wrzosek ainsi que onze autres collaborateurs (tous catholiques et polonais, à ma connaissance) relèvent dans une étude de mars 2025 :
Malheureusement, à l’exception de quelques cas isolés (Virgolini et al., 2023 ; Linoli, 1971), les résultats de ces investigations n’ont jamais été communiqués à la communauté scientifique générale sous la forme d’articles publiés après revue par les pairs. Au lieu de cela, certaines conclusions ont été diffusées sous une forme populaire plutôt que scientifique, ce qui a engendré de l’ambiguïté et de la confusion (Chłopkowska, 2017 ; Serafini, 2021)19.
Les deux « cas isolés » mentionnés sont une étude d’Irene Virgolini sur un miracle allégué à Tyrol en Autriche — l’étude conclut à une contamination bactérienne responsable des modifications observées20 — et l’étude de Linoli qui nous intéresse désormais. Relevez que ces chercheurs ne considèrent pas le livre de Serafini comme scientifique et affirment qu’il engendre plutôt de la confusion.
Néanmoins, une faiblesse importante de cette étude, avant même de la lire, est le risque de ce que l’on appelle en médecine le « biais de prévarication ». En effet, Linoli a été sélectionné par le couvent pour réaliser l’étude. Il croyait, avant même de réaliser l’étude, que ce qu’il avait entre les mains était issu d’un miracle :
Tous les participants considéraient déjà ce miracle comme authentique. Le rapport tout entier montre que le Dr Linoli n’a pas abordé l’étude en se disant qu’il s’agissait peut-être de la chair et peut-être du sang, mais bien de la chair et du sang du miracle de Lanciano21.
Lorsqu’il a fait appel à un autre chercheur pour confirmer ses conclusions, c’est lui qui a choisi le chercheur en question et ce chercheur n’a pas réalisé son analyse en aveugle, puisque la lettre où il relate ses conclusions contient en introduction :
Le Professeur Odoardo Linoli, chef du laboratoire d’analyses cliniques et d’anatomie pathologique de l’Hôpital « Santa Maria Sopra i Ponti » d’Arezzo, a soumis à mon évaluation une série de préparations histologiques obtenues à partir d’un fragment par lui prélevé, m’a-t-il formellement déclaré, sur une Sainte Hostie conservée dans une église de Lanciano22.
La confirmation par cet autre chercheur ne fait d’ailleurs pas partie de l’étude publiée mais est connue par une lettre complémentaire.
Ainsi, nous devons faire confiance de bout en bout au Dr Linoli, catholique, convaincu avant son analyse de la nature miraculeuse de ce qu’il examinait. Nous devons lui faire confiance lorsqu’il présente des coupes histologiques qu’il s’agit bien du matériel prélevé à Lanciano. Nous devons, s’il s’agit bien de cela, lui faire confiance quant au fait qu’il n’aurait pas masqué d’autres coupes moins favorables à sa thèse. Nous devons lui faire confiance lorsqu’il s’agit de la sélection de coupes envoyées à son collègue chercheur à la retraite. Comme le dit le Dr Trasancos :
Ici, nous devons nous fier aux images sélectionnées par le Dr Linoli pour raconter l’histoire. En effet, on fait confiance aux scientifiques qui observent, photographient et interprètent les lames au microscope. Nous ne savons pas à quoi ressemblait le reste du matériel, mais nous pouvons supposer que les photographies ont été choisies pour offrir la meilleure visualisation possible23.
Je n’énonce pas ici mes soupçons : je suis disposé à lire Linoli comme étant honnête, comme le fait le Dr Trasancos. J’affirme simplement ce que tout étudiant en médecine sait dès ses premières années : son étude ne peut pas être lavée du soupçon de biais de prévarication (et de confirmation), et c’est l’un des pires biais pour une étude. Aucun médicament ne serait approuvé sur le marché avec un tel risque de biais manifeste. Ce risque de prévarication est d’autant plus dommageable que le couvent ayant fait appel à Linoli a été complice d’avoir stocké le faux rapport de l’OMS dont nous avons parlé et que, comme nous l’avons dit, plusieurs éléments pointent vers une origine de ce rapport dans des cercles proches de Linoli lui-même. Ce risque est également d’autant plus sérieux que l’analyse histologique est, sans parler de la fraude, une analyse examinateur-dépendant. Franco Serafini lui-même reconnaît qu’il s’agit d’une faiblesse et déclare :
L’ensemble de l’enquête a été mené par le professeur Linoli seul. Il n’y avait aucun comité de supervision : il a prélevé les échantillons, et ceux-ci ont été analysés par lui, et par lui seul24.
Cette absence de contrôle est également une faiblesse parce que Linoli n’a publié dans aucune revue internationale durant sa carrière médicale ni aucune revue à facteur d’impact mais uniquement des revues locales. Il n’avait d’ailleurs pas de compétence spécifique pour les tissus anciens. Autrement dit, il n’est pas un universitaire particulièrement influent ou remarqué dont la simple réputation puisse faire autorité dans ce genre d’exercice.
L’absence d’aveugle, par ailleurs, ne peut pas être excusée par l’ancienneté de l’étude. En effet, depuis les années 40 déjà les études en aveugle étaient généralisées25.
Cinquième problème : le joker de la conservation miraculeuse sélective
On lira ici et là, à la fois chez Serafini et chez des apologètes vulgarisant les découvertes, que les reliques de Lanciano témoignent d’une conservation miraculeuse. Pourtant, chose étonnante, on va du même coup invoquer le piètre état de conservation dès qu’un résultat ne colle pas à ce que l’on devrait obtenir s’il s’agissait de sang et de tissu humain.
Des protéines du sang sont présentes en même quantité que dans le sang frais : « voyez comme l’échantillon est miraculeusement préservé au travers des siècles ! »
Deux tests pour la présence d’hémoglobine sont négatifs : « Comment pourrait-il en être autrement après tant de siècles ? »
Il ne fait aucun sens de parler d’un miracle de préservation si l’absence de globules rouges et blancs, l’absence d’hème, la sur-concentration en calcium, la sous-concentration en chlore, phosphore, magnésium, potassium, la présence de moisissures, l’absence du septum interventriculaire, etc. sont ensuite expliquées par une mauvaise conservation ! On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Soit la relique est miraculeusement préservée et on s’astreint à ne pas évoquer la mauvaise préservation pour expliquer ce qu’on y observe, soit on cesse d’invoquer ce prétendu miracle de conservation. Du reste, il ne fait pas beaucoup de sens de juger de la préservation d’un échantillon dont la date n’a fait l’objet d’aucune étude scientifique. La seule raison de le dater du VIIIe siècle, je le rappelle, est un récit dévotionnel écrit huit siècles plus tard.
Silvano Fuso, membre du CICAP, relève d’ailleurs :
Bien entendu, la préservation des protéines et des minéraux observée dans la chair et le sang de Lanciano n’est ni impossible ni exceptionnelle […]. Malheureusement, les études du professeur Linoli laissent encore de nombreuses questions sans réponse. Par exemple, elles ne fournissent aucune information sur l’âge de la relique et n’excluent pas totalement la possibilité qu’un spécimen anatomique ait été conservé naturellement dans ces conditions, même sans ajout de conservateurs5.
Linoli affirme en effet qu’il n’y a pas de traces de substances momifiantes dans la chair, sans expliquer le fondement de cette affirmation ni avoir procéder à une analyse spécifique pour l’affirmer. À vrai dire, l’usage de telles substances n’est pas nécessaire. Pour conserver la viande à l’état « momifié », il n’est pas nécessaire de l’imprégner de quoi que ce soit ; la dessiccation est l’une des plus anciennes méthodes de conservation de la viande. De plus, l’étude suivante présente une série de photographies d’échantillons histologiques de momies chiliennes vieilles pour certaines de 3 000 ans, dont la conservation est due à une momification spontanée provoquée par des conditions environnementales, un phénomène similaire au séchage de la viande. Il est à noter que la conservation des tissus de ces momies chiliennes est infiniment supérieure à celle de l’échantillon de Lanciano, la table comparative en fin d’article permet d’en juger d’un coup d’œil pour quiconque a suivi des cours d’histologie.
Par ailleurs, cette même étude relève, à la section relative à l’observation au microscope optique de tissus momifiés :
La première chose observée au microscope est la quasi-disparition des noyaux cellulaires dans tous les tissus26.
Or, Linoli décrit exactement cela dès les premières observations au microscope :
Le profil structural du tissu apparaît notablement modifié par l’incapacité à colorer les noyaux et par un certain degré d’homogénéisation globale27.
L’affirmation selon laquelle il ne peut pas s’agir de tissus conservés par dessiccation, par exemple, est infondée. Et l’affirmation d’Ethan Muse selon laquelle le traitement par l’alcool (dans l’hypothèse d’un tissu conservé artificiellement) empêcherait une réactivité aux tests ABO s’assoit sur la possibilité d’une contamination bactérienne (même ancienne) de l’échantillon longtemps après son traitement, qui suffit à expliquer les résultats. Pour ce qui est de la réactivité au test de Ulhenhuth, son affirmation est plus vraisemblable, mais il serait souhaitable de présenter des études spécifiques portant sur des tissus anciens traités à l’alcool et les conséquences de ce traitement sur les antigènes. Du reste, il n’y a en réalité rien dans l’échantillon de Lanciano qui ne soit pas retrouvé dans d’autres échantillons et qui nécessiterait une explication miraculeuse à la piètre préservation observée. Ethan Muse pousse la hardiesse jusqu’à dire qu’il s’agit d’un défi pour le sceptique que les protéines soient préservées mais pas l’hème, réputé plus stable. En réalité, c’est une donnée que doit expliquer celui qui prétend que la conservation est miraculeuse et qui plaide plutôt pour une analyse défectueuse de l’échantillon.
Sixième problème : les conclusions qui sont douteuses
Certaines autres conclusions de l’étude de Linoli qui sont présentées comme certaines sont en fait bien moins établies que ne le voudraient les défenseurs de celle-ci.
Les groupes sanguins
J’ai déjà traité en grand détail de la question des groupes sanguins et vous renvoie à mon article à ce propos pour sourcer tout ce qui suit. Pour faire bref, divers contaminants peuvent être responsables de faux positifs au test ABO. Puisque tous les tissus anciens hormis quelques exceptions sont contaminés, ces tests sérologiques ne sont plus utilisés de nos jours. Le passage de bactéries dans l’échantillon peut à la fois laisser des fragments de paroi cellulaire bactérienne qui fausseront le résultat mais les bactéries peuvent également modifier chimiquement des molécules présentes. Le prétendu sang de Lanciano est revenu de groupe AB, or c’est précisément le groupe qui est sur-représenté dans les sangs anciens et contaminés. L’affirmation de Ethan Muse selon laquelle ces résultats ne sont explicables qu’en présence de sang de primates est infondée et la source qu’il produit en bas de page n’affirme rien de tel. En fait cette source mentionne une étude s’intéressant spécifiquement la présence d’agglutinines anti-B chez une espèce de poule (la Leghorn blanche). Dans l’exemple étudié, c’est en raison d’un contact avec une bactérie E. Coli et de virus que ces agglutinines étaient développées et non pas en raison d’un contact avec des primates ! Ethan Muse produit également 5 études en bas de page pour démontrer que les bactéries n’auraient pas survécues dans les conditions de la relique de Lanciano. Ces études ne sont à nouveau d’aucune utilité pour démontrer cela, puisqu’elles étudient la survie des bactéries en milieu sec (alors que la relique a été retrouvée avec de la moisissure, ce qui ne correspond pas à un milieu sec) ou dans des milieux considérablement différents de la relique et que la présence de paroi bactérienne (et non d’une bactérie en vie) suffit à fausser le résultat. (mise à jour : je constate d’ailleurs que Ethan Muse a, depuis la publication de mon article, retiré son affirmation ainsi que la note contenant ces 5 études, comme on peut le constater en comparant la version actuelle de son article avec cet enregistrement de fin septembre 2025).

Ethan Muse fait encore l’affirmation incompréhensible que l’échantillon étant prélevé sur le bord interne et non à la surface externe, il ne pouvait pas être contaminé. L’échantillon prélevé dans la chair fait 20 milligrammes, il est donc particulièrement superficiel, et rien n’indique que seul le bord externe était exposé, puisque, selon le propre rapport de l’enquête, il est affirmé :
On a immédiatement constaté que l’étui contenant la Chair n’avait pas été scellé hermétiquement, ce qui expliquait la présence de moisissures et d’autres matières sans rapport avec le sujet, que l’examen microscopique rendit visibles28.
Pour ce qui est de l’échantillon de sang, je ne sais pas ce qui permet à Ethan Muse de dire qu’il a été prélevé dans une zone particulièrement préservée. Seule une source seconde se permet de l’affirmer (le résumé de Nasuti) l’étude de Linoli, elle, se contente de dire :
Le soussigné a demandé à S. Exc. Mgr l’Archevêque de pouvoir prélever, aux fins d’analyse, un petit fragment du Sang. Le fragment ainsi prélevé, soigneusement pesé au laboratoire d’Arezzo, a accusé un poids de 318 mg2.
Un fait étrange que je n’ai pas fini d’investiguer est que la version de l’article de Linoli reproduite par Sammaciccia (qui sert de base à la traduction française de l’étude) contient plus d’un paragraphe qui ne figurent pas dans l’étude originel. Le chiffre même de 318 mg n’y est pas, par exemple.
Du reste, il faut comprendre que pour qu’une bactérie modifie le résultat d’un test antigénique AB, il n’est pas nécessaire que la bactérie soit vivante au moment de l’examen, ni même que des morceaux de bactéries subsistent dans l’échantillon. En effet, les bactéries produisent également des réactions chimiques qui peuvent modifier (par déacétylation) des structures de type A en antigènes B, ce qu’on appelle un « groupe B acquis » par un échantillon29. Serafini semble passer complètement à côté de l’argument lorsqu’il affirme :
Il est bon que le lecteur sache, une fois pour toutes, […] qu’une population d’entérobactéries en forme de bâtonnets n’a rien à voir avec un tissu musculaire strié cardiaque ! Dès la première année de médecine, dans le cours d’histologie, on apprend aux étudiants à distinguer les différents tissus du corps humain: si vous ne distinguez pas une contamination bactérienne d’un tissu organisé, vous échouez ! C’est comme si l’on reprochait à un pilote de ligne ayant trente ans d’expérience de ne pas savoir distinguer, en altitude, une piste d’atterrissage d’un champ de pommes de terre 3030 !
En effet, il confond un argument histologique et un argument immunologique. Le propos de Kearse n’est pas de dire que l’on pourrait confondre le cœur humain et une bactérie au microscope, mais que la présence actuelle ou ancienne d’une bactérie dans un échantillon, quel qu’il soit, peut conduire à un faux positif dans un test immunologique. Dès lors, on ne peut pas se prévaloir de ces résultats et encore moins de leur convergence comme le fait pourtant Franco Serafini.
Le test de Uhlenhuth
Ethan Muse (qui, je le rappelle, est philosophe et non médecin) affirme que le test antigénique de Uhlenhuth, revenu positif pour le sérum humain et négatif pour le sérum bovin et le sérum de lapin, établit sans aucun doute qu’il s’agit de sang humain. Kelly Kearse, qui est immunologiste et dont ce genre d’étude est donc la spécialité, affirme quant à lui :
Dans un récent ouvrage consacré à la nature scientifique des miracles eucharistiques, A Cardiologist Examines Jesus, Serafini affirme qu’« il est qualitativement indiscutable que le miracle de Lanciano contient du sang humain véritable ». Toutefois, il ne peut malheureusement pas être déclaré que les résultats sont spécifiques au sang humain, car très peu d’éléments sont fournis concernant la possible réactivité croisée des antisérums utilisés, seulement deux autres espèces ayant été testées : bovine et lapin. En effet, cette étude repose sur une préparation d’anticorps polyclonaux obtenus par une immunisation relativement peu raffinée utilisant du sang humain entier ; de telles préparations peuvent raisonnablement présenter des réactivités croisées avec le sang d’autres espèces31.
À titre indicatif, voici un tableau ci-dessous indiquant la proportion de réactivité croisées pour d’autres primates ainsi que le bœuf, le mouton, le cheval, le cerf, etc. L’agglutination n’est pas spécifique aux primates, avant même de parler de contamination. C’est d’ailleurs précisément parce que le test n’est pas spécifique que le Dr Linoli a testé également le sérum bovin et de lapin (et uniquement ces deux là, malheureusement). En réalité, même la négativité des tests pour le sérum bovin et le sérum de lapin n’est pas certaine, parce que la sensibilité de ce test diminue avec l’altération d’un échantillon et que les échantillons considérés étaient très altérés32. Les tests portant sur des isotopes différents selon l’espèce, il est possible que la perte de sensibilité ait été asymétrique. Ainsi, c’est une interprétation possible, mais généreuse, de conclure à du sang humain.

Chose cocasse, la référence que Linoli lui-même cite dans son étude affirme que la même réaction est observée avec du sang humain, du sang d’autres primates ou même de ratons laveurs, ce qui rend impossible de les distinguer33. Nous savons aujourd’hui que ces réactions croisées se produisent avec un plus grand nombre d’espèces, y compris les chiens et les chats34. Lorsque j’ai fait part à Ethan Muse de ces diverses données, il m’a répondu qu’il considérait que les proportions de réactivités croisées étaient trop faibles pour importer. Le problème est que ces proportions varient considérablement selon les sources consultées. Du reste, les tests quantitatifs de précipitation sont 100 et 1000 fois moins sensibles que des méthodes comme ELISA35. Cette perte de sensibilité implique de devoir concentrer l’échantillon, ce qui à son tour conduit à des faux positifs. Le taux de réactivité croisée va dépendre de la concentration de l’échantillon en antigène. Cette information, si je ne m’abuse, nous ne l’avons pas pour Lanciano : aucune donnée n’est fournie sur la dilution. Nous savons simplement que l’extrait a été concentré 5 fois pour le test à l’électrophorèse.
L’électrophorèse protéique
Le profil des protéines dans l’échantillon sanguin offre un dépôt comparable à celui du sang humain frais. Toutefois, il faut rappeler comment fonctionne ce test avant de sauter à la conclusion comme Ethan Muse le fait. Ce test fait migrer les molécules grâce à un champ électrique selon leur poids. Imaginez que nous placions sur une table devant vous divers objets de poids différents. Du papier, des plumes, de la paille, des copeaux de bois, des petits cailloux, des boules de plombs, etc. Imaginez qu’ensuite nous allumions un ventilateur à l’une des extrémités de la table et notions où se sont déplacés les divers objets. Vraisemblablement, les objets les plus lourds se seront déplacé moins loin que les plus légers. Cette analogie est une grossière vulgarisation, mais elle vous permet de saisir que ce n’est pas parce qu’un objet s’est déplacé à la même distance qu’un autre qu’il est le même que celui-ci : cela signifie simplement qu’il a une masse similaire. D’autres tests sont nécessaires pour s’assurer de la nature de la molécule en question. Autrement dit, ce test est un bon test pour analyser la composition du sang humain une fois que l’on s’est assuré qu’il s’agit bien de sang humain. Mais ce n’est pas un test qui peut par lui-même nous en assurer, il n’est pas conçu pour cela. Une électrophorèse simple sur gel ne peut pas distinguer l’albumine humaine intacte d’une protéine dégradée, d’un agrégat protéique, d’une albumine d’une autre espèce, ou d’une molécule chargée ayant la même mobilité. Cette limitation de l’électrophorèse est ce qui a conduit la recherche moderne à l’abandonner au profit de la spectrométrie de masse. Et cet abandon rend difficile la comparaison : le fait de trouver un résultat étonnant pour une méthode qui n’est pas couramment utilisée pour des tissus anciens n’invite pas à conclure à une préservation miraculeuse mais à analyser la composition protéique par des méthodes qui permettent d’identifier les protéines en question, ce qui n’a pas été fait à Lanciano. Or, l’intégralité de l’analyse d’Ethan Muse suppose que l’identification des protéines est établie.
Comme le dit le Dr Trasancos qui est, rappelons-le, chimiste et sait donc de quoi elle parle pour ce test en particulier :
Les mesures d’électrophorèse sont semi-quantitatives. Puisque ces tests séparent les grosses molécules chargées des petites molécules grâce à un champ électrique, ils ne permettent pas d’identifier avec certitude la composition chimique des composants séparés. Si on les compare à des témoins, comme l’a fait le Dr Linoli avec du sang humain, on peut tout au plus conclure que l’échantillon est identique au témoin, même s’il est indéniablement remarquable que les témoins et les tests soient si proches.
Tout comme pour la détermination du groupe sanguin, l’électrophorèse est un test préliminaire qui nécessiterait des analyses complémentaires pour déterminer la présence d’autres grosses molécules se déposant de la même manière que les molécules témoins. Les résultats indiquent la présence de grosses molécules, de la taille de l’albumine, dans l’échantillon. Des tests génétiques ou la spectrométrie de masse pourraient apporter des informations supplémentaires. Le Dr Linoli a utilisé les outils de son époque, mais aujourd’hui, pour affirmer qu’il s’agit d’un « résultat remarquable », il faudrait des analyses plus approfondies36.
Du reste, la présence de protéines sanguines a depuis été identifiée sur d’autres tissus anciens37, ce qui a poussé Silvano Fuso, professeur et chimiste, à commenter :
Bien entendu, la préservation des protéines et des minéraux observée dans la chair et le sang de Lanciano n’est ni impossible ni exceptionnelle5.
Le test à l’orthotolidine
À propos du test de Stone et Burke, qui s’avère positif, Linoli précise cependant qu’il s’agit d’un test de détection de l’oxydase, et il est en effet facile de constater que l’oxydase est loin d’être une molécule spécifique du sang. Linoli reconnaît lui-même qu’aucune conclusion ne peut être tirée de la détection d’oxydase, puisque celle-ci peut apparaître « en présence d’organes riches en ferments, d’extraits végétaux ou de métaux finement divisés38 » ; rappelons qu’au cours de l’examen microscopique il disait avoir détecté de « rares corps étrangers de probable nature végétale39 ».
La chromatographie sur couche mince.
Cette technique consiste à déposer l’échantillon sur une plaque de gel de silice placée verticalement, laquelle est ensuite posée dans un solvant ; le liquide remonte alors par capillarité, entraînant plus ou moins haut les différents composants de l’échantillon selon leur polarité. On mesure ensuite la distance parcourue par les différents points obtenus, depuis le dépôt initial, puis on divise cette distance par celle parcourue par le solvant : ceci donne le Rf (ratio of front).
En appliquant cette méthode au sang de Lanciano, Linoli observe un point dont le Rf est de 0,88, ce qui coïnciderait avec la valeur qu’il aurait mesurée dans les mêmes conditions pour un échantillon d’hémoglobine. À partir de là, il conclut à la présence d’hémoglobine et, par conséquent, au fait qu’il s’agit réellement de sang. Mais cette conclusion est précipitée : la chromatographie sur couche mince n’a de valeur probante qu’en sens négatif, c’est-à-dire lorsqu’elle donne des valeurs de Rf divergentes ; l’inverse n’est pas vrai, puisque des molécules différentes peuvent avoir le même Rf, et l’identification ne serait ici que de nature indiciale, dans l’attente d’une confirmation par d’autres tests, exactement comme pour l’électrophorèse40.
Septième problème : les difficultés qui sont occultées
D’autres tests réalisés ne font l’objet que de mentions passagères plutôt que d’explications détaillées dans les sources partisanes. Relatons-les.
Réaction de Teichmann
Il s’agit d’un moyen de recherche en médecine légale de tâches de sang basée sur la transformation de l’hémoglobine en cristaux d’hémine après traitement par l’acide acétique bouillant41. Ce test revient négatif, signalant l’absence d’hémoglobine. Une telle chose est fort possible pour un tissu ancien. Mais il n’est alors plus pertinent de prétendre à une conservation miraculeuse.
Réaction de Takayama
Un test complémentaire est utilisé en médecine légale pour identifier la présence de sang, il s’agit de la réaction de Takayama. Les experts en médecine légale signalent que « seuls les tests de confirmation comme le Takayama Crystal Test et le Teichmann Crystal Test permettent de conclure […] que nous sommes face à du sang42. » Ce test est également revenu négatif. Là encore, cette chose est possible sur du sang ancien (mais ça n’est pas toujours le cas). Là aussi, il ne convient plus d’évoquer une conservation miraculeuse.
Absence de globules rouges et blancs
Aucune cellule n’est observée dans l’échantillon de sang, comme le relate Serafini. Là encore, cela est possible pour un tissu ancien. Mais ces mêmes cellules ont été observées dans des échantillons millénaires de momies43, sur des outils préhistoriques44 et sur un fameux Iceman pluri-millénaire45. En fait, il est maintenant bien connu que des ossements de dinosaure contiennent également des globules rouges.
Ainsi, là encore bien qu’il ne soit pas surprenant qu’un tissu ancien ne contienne plus ces cellules, on peine à comprendre pourquoi la préservation de l’échantillon, qui est moins bonne que pour d’autres exemples plus anciens, devrait nous faire conclure à un miracle de préservation.
Les composants chimiques
Dans l’étude de Linoli figure le tableau qui suit :

Dans ce tableau, la première ligne rapporte les valeurs de Calcium, Chlore, Phosphore, Magnésium, Potassium (Kalium) et Sodium (Natrium) du « sang » de Lanciano. Les dix lignes qui suivent comparent avec les valeurs obtenus pour 10 prélèvements sanguins de contrôle qui ont été séché. Vient ensuite la moyenne des valeurs des 10 contrôles et enfin les valeurs considérées comme normales sur un bilan sanguin. Aucune des valeurs obtenues n’est dans les normes du sang. Et la simple présence de ces minéraux n’est absolument pas spécifique au sang, encore moins au sang humain. Le taux de Calcium est très augmenté, tous les autres minéraux sont nettement diminués. Pourtant, de manière incompréhensible, Linoli commente :
On peut dire que, dans l’ensemble, les composants du « Sang » se sont maintenus à travers les siècles d’une manière non différente du sang de contrôle desséché22.
On peut difficilement résumer de manière plus inexacte ces données. Linoli suggère, à propos de l’augmentation du Calcium, une pollution due au verre du reliquaire (sans produire de source qui témoigne de la possibilité d’une telle pollution). Ethan Muse passe sous silence ces données. Serafini les mentionne en évoquant la mauvaise conservation de l’échantillon (mais où est passé le miracle de préservation ?).
Huitième problème : la subjectivité de l’analyse histologique et macroscopique
L’analyse au microscope d’un tissu pourrait sembler pour le profane comme une donnée objective et indubitable (et c’est souvent ainsi que la littérature populaire présente les choses pour ce miracle). En réalité, il ne s’agit pas simplement de zoomer très fort et de constater. Un tissu se prépare, on utilise des colorants voire des marqueurs, selon les hypothèses que l’on a formulées. « Les échantillons ont été, de l’aveu même des chercheurs, altérés par le temps, déshydratés pendant des siècles de conservation, réhydratés au laboratoire, fixés à l’alcool, inclus dans de la paraffine, coupés en fines tranches, puis colorés46. » Ainsi, les Dr Frank Ligaj et Kelly Kearse relèvent de manière opportune :
Un problème récurrent dans bon nombre de ces rapports histologiques est qu’ils reposent uniquement sur l’inspection visuelle. Bien que cela puisse convenir dans la routine normale d’examen d’échantillons provenant de personnes dont de nombreuses informations sont connues, l’identification de certains types cellulaires ou de tissus dans des cas tels que celui-ci nécessite des études complémentaires avec des marqueurs spécifiques47.
Bien que cette analyse soit l’une des plus intéressantes de l’étude, sous réserve de l’absence de prévarication de la part de Linoli, elle demeure douteuse en raison de la nature particulièrement modifiée de l’échantillon observé.
Aspect macroscopique
Pour ce qui est de l’analyse macroscopique du tissu, le Pr Giuseppe Costantino Budetta, professeur associé à l’université de Palerme, qui a écrit plus de cent publications scientifiques, dont certaines dans d’importantes revues américaines (J. Anatomia) et anglaises, spécialiste en immuno-histochimie, à la faculté de médecine de Naples, et en alimentation des animaux domestiques, à la faculté de médecine vétérinaire de Naples, dit avoir assisté à une visite à Lanciano en septembre 2007 et relève dans une publication pour l’Auditorium (un site d’essais académiques en archéologie) des incohérences macroscopiques entre l’hypothèse d’une coupe cardiaque qui lui a été exposée durant sa visite et les images observables48. Sans contester l’origine humaine voire cardiaque du tissu (car on ne peut pas en juger par l’aspect macroscopique), il retient quant à lui l’hypothèse d’une fraude médiévale et relève des signes de modifications volontaires dudit tissu.
Aspect microscopique
Pour ce qui est de l’analyse microscopique, n’étant pas compétent pour juger des images à notre disposition (voir les 18 coupes compilées par Nasuti), j’ai eu l’idée de contacter mon ancien professeur d’histologie, qui est également chef de service en anatomopathologie et a travaillé avec l’INSERM et le CNRS. Une recherche sur PubMed ramène plus de 300 articles à son nom dont certains dans PlosONE et The Lancet. Autrement dit, son métier est d’observer des coupes pour les analyser et il a une expérience académique nettement plus conséquente que le Dr Linoli. Linoli affirme : « Les illustrations qui accompagnent ce texte suffisent en elles-mêmes à confirmer ce diagnostic, irréfutable en dépit des limitations de la coloration du tissu49. » J’ai donc transmis les 18 images à mon professeur, en lui précisant le grossissement et la technique de coloration utilisée ainsi que la décennie lors de laquelle l’étude a été réalisée, mais sans lui donner l’origine des coupes. Je lui ai simplement précisé qu’il s’agissait d’un tissu très dégradé. Il m’a alors répondu :
En effet, ce n’est pas de la grande qualité. On voit un tissu conjonctif fibreux acellulaire. Tissu cicatriciel, aponévrose… En 11, petit doute avec une épithélium du fait des cavités mais pas de cellules visibles donc plus probablement un tissu fibreux avec des artéfacts. Je ne connais pas la méthode d’Ignesti (photo 5 et 8).
Autrement dit, les images ne lui évoquent pas un tissu cardiaque mais plutôt conjonctif fibreux, avec un petit doute sur de la peau.
Il m’a alors demandé des informations complémentaires. Afin de ne pas lever l’aveugle, j’ai tenté le même exercice en sens inverse : toujours sans lui dire d’où proviennent les coupes, je lui ai fourni les interprétations que Linoli faisait de chacune d’elle pour qu’il estime si elles sont vraisemblables, je lui ai précisé que le contexte était celui d’une enquête forensique. Avant de vous livrer sa réponse, je précise que j’ai aussi cherché à savoir pourquoi la méthode d’Ignesti lui était inconnue : cette méthode ne figure que dans des sources italiennes, elle semble assez ancienne et désuète, possiblement en raison d’un manque de spécificité. Elle serait nommée d’après Ugo Ignesti et était un trichrome utilisé pour les pathologies musculaires. Je lui ai communiqué les informations à propos de ce trichrome. Voici alors sa réponse, image par image (il faut se souvenir que les images en question sont censées « offrir la meilleure visualisation possible50 »), le commentaire de Linoli est suivi, en gras, du commentaire de mon professeur :
Pour la figure 1, il est affirmé : Aspect histologique global d’un échantillon de Chair constitué de fibres regroupées en faisceaux à orientation longitudinale.
OKPour la figure 2 : Cellules musculaires d’orientation longitudinale.
Pas convaincu, plutôt tissu fibreux.Pour la figure 3 : Tissu myocardique dont les cellules sont de diverses orientations.
Pas convaincu, plutôt tissu fibreux, on ne reconnait pas de strie, ni de noyaux.Pour la figure 4 : pont anastomotique entre les cellules myocardites
Plutôt tissu collagène, un peu craquelé, les stries que je subodore sont celles liées à la pixélisation.Pour la figure 5 : pont anastomotique entre les cellules myocardites
IdemPour la figure 6 : Aspect global montrant la structure de muscle strié du tissu avec des fibres qui se relient entre elles selon un aspect syncytoïde.
IdemPour la figure 7 : Cet agrandissement montre une structure tissulaire très dense en fibres, qui présente l’aspect d’un syncytium.
On peut avoir un doute car on devine une striation mais les ponts me semblent plus des artéfacts.Pour la figure 8 : Bien que le tissu soit ancien, il est constitué de fibrocellules musculaires isolées ou regroupées en faisceaux. En de nombreux points, les fibrocellules se rejoignent entre elles. Le tissu, de type syncytoïde, est clairement évident. Malgré certains artefacts dus à l’âge du tissu, il est manifeste que celui-ci est constitué de cellules musculaires cardiaques isolées ou en faisceaux.
Ininterprétable.Pour la figure 9 : Disposition syncytiale des cellules myocardiques.
On devine de rares noyaux mais impossible à interpréter.Commentaire complémentaire : L’agrégation syncytiale des fibres est une caractéristique constante du tissu, avec parfois des jonctions transversales (Fig. 6, Fig. 7), y compris dans les zones où les fibres sont plus denses et forment un corps compact. De plus, un lobule de tissu adipeux a été retrouvé dans l’interstice du muscle strié, traversé par des fibres qui s’éparpillent autour (Fig. 10, Fig. 11, Fig. 12).
Fig. 10 – Éosine x 200. Lobule de tissu adipeux dans l’espace interstitiel du muscle strié. Les cellules musculaires sont dissociées et mélangées à des cellules adipeuses au sein du tissu myocardique.
Pour ce qui est des adipocytes (vacuoles claires) : pourquoi pas mais ils me semblent petits pour ce grossissement.Figure 11 : Vaisseaux sanguins (artères et veines).
Je ne reconnais pas de structures vasculaires. Ininterprétable.Figure 12 : Vaisseaux sanguins (artères et veines) au sein du tissu myocardique. Un nodule de tissu adipeux est entremêlé au tissu myocardique.
Idem.Figure 13 : Une artère et, très proche, une branche du nerf vague.
??Figure 14 : Branche du nerf vague. Périnèvre mince et structure fasciculaire bien conservée.
Possible qu’il y ait un nerf.Figure 15 : Structure endocardique avec des « collines » en forme de papilles.
Avec les yeux de la foi.Figure 16 : Mise en évidence de l’aspect « rugueux » de l’endocarde ; sous-jacent, la structure syncytoïde du tissu myocardique.
Idem.Ces données sont confirmées également à plus fort grossissement, même si la couche endothéliale est absente en raison de l’âge du tissu (Fig. 17, Fig. 18).
Idem.Figure 17 : L’endocarde, en couche conjonctive continue, et en dessous le tissu myocardique avec des vaisseaux sanguins.
Idem.Figure 18 : Fragment d’endocarde en forme de couche fibreuse d’épaisseur régulière, avec des vaisseaux sanguins dans le tissu sous-endocardique et le tissu myocardique. »
Possible que ce soit une lumière vasculaire mais on ne reconnait pas le tissu périphérique.
Au total, les phénomènes d’autolyse cadavériques et les artéfacts techniques gênent la reconnaissance tissulaire et ne permettent pas de confirmer les légendes. Elles ne permettent pas d’infirmer certaines car l’auteur savait à priori où le prélèvement avait été fait (où l’a-t-il déduit ?) et je suis gêné par un examen sur des photos pixélisées et de petit format. Peut-être qu’en agrandissant, il serait possible de voir certains détails.
Ainsi, si l’on résume son avis, les images 1 à 6 correspondent plutôt à un tissu fibreux qu’à du tissu myocardique. Les images 7 à 12 sont soit artéfactées (ce que Linoli lui-même avait noté), soit douteuses : les vacuoles semblent petites pour être des adipocytes. Ces 12 images correspondent à celles de l’étude de 1971, les suivantes proviennent d’un document complémentaire édité pour les 10 ans de l’autorisation ecclésiastique pour l’étude. Ces 6 suivantes sont douteuses pour la 14 et 18 : peut-être un nerf, peut-être un vaisseau. Pour les 15 à 17, les affirmations sont faites « avec les yeux de la foi » (l’expression m’a fait sourire, étant donné le contexte !). Une précision est encore d’intérêt : mon professeur suppose que Linoli n’a pu offrir de tels propos que parce qu’il savait où le prélèvement avait été fait. Or, Linoli ne le savait pas puisque c’est ce que son étude devait déterminer, et c’est précisément ce qui rend son analyse incertaine. Puisque j’ai évoqué le contexte d’une enquête, mon professeur a supposé une origine cadavérique, il ne s’agit pas d’une interprétation histologique de sa part. Si l’un de mes lecteurs a accès à des photographies complémentaires ou de meilleures qualités, je les transmettrai à mon professeur et complèterai l’article par ses réponses. J’ai également contacté d’autres anatomopathologistes, dont j’attends encore le retour. Je complèterai mon article à l’occasion.
L’article d’Ethan Muse offre plusieurs remarques sur l’aspect macroscopique et microscopique, sans autre source que les images elles-mêmes et en concédant toute l’analyse de Linoli, sachant qu’il n’a aucune compétence particulière en histologie pour évaluer cette analyse. Ces remarques sont de valeur scientifique nulle en elles-même et ne sont qu’une réitération de l’avis de Linoli, étendue et élaborée par un amateur. Du reste, certains arguments ont peu de sens : on nous dit que l’aspect uniformément longitudinal des cellules sur les coupes témoigne d’une main experte. Mais la troisième image, par exemple (ainsi que le neuvième), ne présente pas un aspect longitudinal. La légende même de Linoli déclare qu’elles sont « de diverses orientations. » Rappelons que nous parlons d’un morceau de 20 milligrammes, qui ne peut absolument pas nous informer sur la structure de l’ensemble de la relique.
En ce qui concerne la manière dont l’échantillon a été découpé, il ne s’ensuit pas nécessairement qu’une main expérimentée en dissection anatomique n’aurait pu produire qu’un spécimen en forme d’hostie, comme l’a suggéré Linoli. L’avis est intéressant, mais, encore une fois, il n’est tout simplement pas concluant51.
En concluant cette section histologique, une interrogation persiste pour moi : Pourquoi Linoli n’a-t-il pas utilisé de microscope électronique, existant depuis plusieurs décennies lors de la réalisation de son étude ?
Conclusion
En bref, pour conclure à un miracle dans le cas de Lanciano il faut :
- Supposer que le récit fait huit siècle après l’évènement allégué est exact ;
- Miser sur la probité de Linoli et l’absence de biais de prévarication ;
- Adopter les conclusions les plus charitables possibles des tests réalisés et
- Concéder les interprétations histologiques et macroscopiques de Linoli, qui n’ont rien d’évidentes.
Chacun de ces points connaît des difficultés sérieuses. Et je n’ai pas abordé l’affirmation purement pseudo-scientifique qui voudrait que les 14 petits trous dans la « chair » soient dus à la rigidité cadavérique témoignant que le pseudo-cœur était vivant lors du « miracle ». Aucun lecteur informé scientifiquement n’y verra autre chose qu’une spéculation gratuite.
Pour ce qui est des arguments en faveur de l’impossibilité ou l’improbabilité d’une fraude médiévale, ils dépendent tous de l’interprétation histologique douteuse. Certaines répugnent d’ailleurs au bon sens : Ethan Muse affirme qu’un fraudeur aurait souhaité créer une relique plus spectaculaire. Ignore-t-il que des milliers de fausses reliques ont été produites au Moyen-Âge, allant du « lait de la Vierge » à des simples fils de tissu en passant par des poils52 ? Du reste, si cette relique a été conservée, c’est bien qu’elle semblait suffisamment « spectaculaire » pour l’être. Cet argument relève de la psychologie de comptoir spéculant sur ce qu’un fraudeur médiéval aurait estimé.
Bien que la probité de Linoli ne puisse être affirmée, l’hypothèse d’une fraude médiévale anachronique, étant donnée les nombreux précédents, avec une erreur d’interprétation pour Linoli (pour ne pas dire le biais de confirmation), n’est en rien écartée par les observations faites, et c’est donc l’option que je retiens.
Le principal souci avec Lanciano
Le principal problème de Lanciano demeure théologique : notre Seigneur Jésus-Christ est au ciel, depuis l’Ascension et jusqu’à son retour, son corps ressuscité y est glorifié, il ne se trouve, ni entièrement ni partiellement, sous une forme sujette à la moisissure sur cette terre, car il est écrit « tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption. » (Psaume 16,10 ; Actes 13,35). Le culte des reliques, absent des Écritures saintes et condamné par saint Antoine et saint Athanase, n’est qu’un « culte volontaire… qui ne mérite pas d’honneur » (Colossiens 2,23) : Dieu ne prend pas plaisir dans les inventions que nous aurions imaginé pour lui rendre un culte mais désire que nous nous conformions à ce qu’il a prescrit.
Quel discrédit jeté sur le christianisme, que ces histoires d’hosties sanguinolentes accompagnées de preuves pseudo-scientifiques ! Les remarques de Jean Calvin dans son Traité des reliques demeurent pertinentes aujourd’hui : celui qui vénère une relique ne sait pas plus aujourd’hui qu’hier s’il ne vénère pas l’os d’un âne ou d’un criminel plutôt que celui d’un saint53. Quelle énergie dépensée dans des conférences, des livres, des reportages, des articles pour tenter de démontrer qu’un bout de chair se trouve dans un ostensoir en Italie plutôt que pour s’atteler à présenter, prêcher et défendre l’Évangile de Jésus-Christ. Même un catholique romain doit concéder que l’on peut être chrétien sans croire un instant à ces histoires qui, dès lors, reçoivent beaucoup trop d’attention et sont une distraction, dans nos courtes vies, de l’essentiel : « Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. » (1 Corinthiens 2,2). À lui la gloire.
P.S. : En préparation de cet article, j’ai pris bien d’autres notes relatives à des arguments secondaires, si vous souhaitez y accéder, vous pouvez me contacter.
- Stacy Trasancos, Eucharistic Miracles and Raw Data.[↩]
- Bruno Sammaciccia, Le miracle eucharistique de Lanciano.[↩][↩]
- La source seconde est vraisemblablement le livre de Bruno Sammaciccia mentionné plus tôt, qui n’offre aucune référence de sources premières en édition moderne.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold it is I.[↩]
- Fuso S, Il miracolo eucaristico di Lanciano, CICAP, 2006.[↩][↩][↩]
- Justice Steven, 2012, « Eucharistic Miracle and Eucharistic Doubt », Journal of Medieval and Early Modern Studies, 42(2), pp. 307-332.[↩]
- Erny Pierre, 2000, « Une question de boulange sacrée : le pain eucharistique doit-il être azyme ou fermenté ? », Revue des sciences sociales, 27, pp. 12-17 ; [↩]
- Jungmann Joseph A., 1951, The Mass of the Roman Rite: Its Origins and Development (Missarum Sollemnia), New York, Benziger.[↩]
- Voir notre article à ce propos.[↩]
- Par exemple, Martin Luther, Commentaire sur l’édit impérial, 1531.[↩]
- Jean Huss, Lettre d’octobre 1412.[↩]
- Jean Cardinalis, Lettre du 10 novembre 1414.[↩]
- Les presbytériens dans cette région célébraient la Cène quatre fois par an.[↩]
- L’expression annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne désigne le fait de communier à la Cène et provient de la première épître de Paul aux Corinthiens.[↩]
- John Kennedy, The Days of the Fathers in Ross-Shire, 1867, p. 220.[↩]
- Samuel Rutherford, A Survey of Spiritual Antichrist, Londres, 1648, p. 42.[↩]
- Le texte en français est disponible ici.[↩]
- Le texte en français est disponible ici, en page 2.[↩]
- Grzybowski, T., Wrzosek, M., Wołyniec, W. et al., “Methodology for the analysis of biological impurities associated with peri-eucharistic phenomena”, Appl. Microbiol. Biotechnol., 109, 58, 2025.[↩]
- Virgolini I, Zelger B, Zelger B, Kenner L, 2023, Reality or fiction of the « real presence » of Jesus Christ in the holy eucharist ?, Ann Case Rep 8:1289.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, “Commentary on the Commencement of the Investigation”.[↩]
- Bruno Sammaciccia, Le Miracle eucharistique de Lanciano, Considérations terminales.[↩][↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, “Commentary on the Histological Study of the Flesh and the Blood”.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus.[↩]
- Bothwell, Laura E., et Scott H. Podolsky. « The Emergence of the Randomized, Controlled Trial ». The New England Journal of Medicine 375, n° 6 (2016) : 501-504.[↩]
- Fernández PL, Esteban J, Tortosa M, Rull E, Fresno L, Fernández E, Gerszten E, Allison MJ (s. d.) Técnicas de estudio histopatológico de partes blandas de especímenes momificados. Grupos de Trabajo, p. 2.[↩]
- Linoli O., Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del miracolo eucaristico di Lanciano (VIII secolo). Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio 7(3):661-674, 1971, p. 663.[↩]
- Voir la page 23 de la compilation de Nasuti.[↩]
- Kearse, K.P. The relics of Jesus and Eucharistic miracles: scientific analysis of shared AB blood type. Forensic Sci Med Pathol 21, 1507–1510 (2025) ; Brinkkötter A, Klöss H, Alpert C, Lengeler JW. Pathways for the utilization of N-acetyl-galactosamine and galactosamine in Escherichia coli, Mol Microbiol, 2000, 37(1):125–35 ; Acquired BP. 2014. Acquired B Phenotype – Lablogatory.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus, Artège, 2025, p. 101[↩]
- Kearse K, Ligaj F., Scientific Analysis of Eucharistic Miracles: Importance of a Standardization in Evaluation. J Forensic Sci Res. 2024; 8(1): 078-088, page 79.[↩]
- Wolfe HR. “Factors Which May Modify Precipitin Tests in Their Applications to Zoölogy and Medicine.” Physiological Zoology, vol. 6, no. 1, janvier 1933, pp. 55-90.[↩]
- Gradwohl, R. B. H. Clinical Laboratory Methods and Diagnosis. 7ᵉ éd., vol. I. Saint Louis : The C. V. Mosby Company, 1970, p. 892-893.[↩]
- Kearse, K. P. « Unanticipated Issues in Serological Analysis of Blood Species : The Shroud of Turin as a Case Example ». Forensic Science International: Reports, vol. 2, 1ᵉʳ décembre 2020 ; voir également cet article pour d’autres réactions croisées, page 293.[↩]
- Noreen Tuross, Protein Identification of Blood Residues on Experimental Stone Tools, Journal of Archaeological Science, Volume 23, Issue 2, March 1996, Pages 289-296.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is, Commentary on the Electrophoresis of Proteins.[↩]
- Loy, T. H. « Prehistoric blood residues: detection on tool surfaces and identification of species of origin » Science, 1983, 220(4603): 1269–1270.[↩]
- Linoli O, Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del miracolo eucaristico di Lanciano (VIII secolo). Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio 7(3):661-674, 1971[↩]
- Linoli O, Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del miracolo eucaristico di Lanciano (VIII secolo). Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio 7(3):661-674, 1971.[↩]
- Fried Bernard et Serma Joseph, Thin-Layer Chromatography, 4e édition, New York : Marcel Dekker, 1999, chap. 9.[↩]
- Voir la définition du Dictionnaire médical de l’Académie de médecine, 2020.[↩]
- Voir cet article du Laboratoire d’analyses criminalistiques.[↩]
- Zimmerman, M. R. « Blood cells preserved in a mummy 2000 years old » Science, 1973, 180(4092): 303–304 ; Riddle, J. M., Mowers, H. A., et al. « Peripheral blood elements found in an Egyptian mummy: a three‑dimensional view » Science, 1975, 192(4242): 374–375 ; Reyman, T. A., et al. « Histopathological Examination of an Egyptian mummy » Bulletin of the New York Academy of Medicine, 1976, 52(4): 506–516 ;Hart, G. D., et al. « Blood‑group testing of ancient material with particular reference to the mummy Nahkt » Transfusion, 1978, 18(5): 474–478.[↩]
- Loy, T. H. « Prehistoric blood residues: detection on tool surfaces and identification of species of origin » Science, 1983, 220(4603): 1269–1270.[↩]
- Janko, M., et al. « Preservation of 5300‑year-old red blood cells in the Iceman » Journal of the Royal Society Interface, 2012.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, Commentary on the Histological Study of the Flesh and the Blood.[↩]
- Kearse K, Ligaj F., “Scientific Analysis of Eucharistic Miracles: Importance of a Standardization in Evaluation”, J. Forensic Sci. Res., 2024; 8(1): 78-88, p. 80.[↩]
- Budetta GC, Su una particolarità del miracolo eucaristico di Lanciano che genera perplessità, Auditorium, 2007.[↩]
- Voir la traduction de Bruno Sammaciccia.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, “Commentary on the Histological Study of the Flesh and the Blood”.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is, Commentary on the Conclusions of the Linoli Report.[↩]
- Voir par exemple cet article, celui-là ou encore Jelle Koopmans, « L’équarrissage pour tous ou la scène des mystères dits religieux », Littératures classiques, mars 2010, pp. 109-120.[↩]
- Jean Calvin, Traité des reliques : « Au lieu de méditer la vie [des apôtres, martyrs et autres saints], pour suivre leur exemple, [le monde] a mis toute son étude à contempler et tenir comme trésor leurs os, chemises, ceintures, bonnets, et semblables fatras. Quel sacrilège est-ce, d’abuser ainsi du nom de Jésus-Christ, pour couvrir des fables tant froidement forgées ? Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus, qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un âne, ou d’un chien, ou d’un cheval. On ne saurait adorer un anneau de Notre-Dame, ou un sien peigne, ou ceinture, qu’on ne soit en danger d’adorer les bagues de quelque paillarde. Le principal serait d’abolir entre nous chrétiens cette superstition païenne de canoniser les reliques, tant de Jésus-Christ que de ses saints, pour en faire des idoles. »[↩]





Très bon article ! Chui pô un apologète athée par contre !
Merci pour cette information que j’avais complétement loupé dans ma vidéo :
« La première mention de ce rapport se trouve dans un entretien écrit avec le docteur Linoli lui-même »
Et merci d’avoir pris le temps de renvoyer Ethan aux fraises.
Merci pour ce retour !
Comment appeler quelqu’un qui fait l’apologie de l’athéisme, ou du moins la critique de la religion ?
Maxime